Déclaration de M. Jean-Marc Ayrault, ministre des affaires étrangères et du développement international, sur l'action extérieure des collectivités locales, à Paris le 4 juillet 2016.

Texte intégral

Monsieur le Vice-Président, Cher François Rebsamen,
Mesdames et Messieurs,
Au fil des années, les collectivités locales ont vu leur champ d'action s'étendre. Économie, développement durable, éducation, santé, logement, solidarité... elles interviennent désormais dans presque tous les domaines. La coopération décentralisée a donc également changé d'ampleur et de nature.
Dans un tel contexte, où communes, métropoles, départements et régions sont présents sur la scène internationale et contribuent à l'action extérieure de la France, la Commission nationale de la coopération décentralisée est devenue une instance essentielle pour le dialogue entre l'État et les collectivités territoriales.
Dans un monde de compétition, l'intérêt de la France est de veiller à la cohérence entre tous les acteurs. Après la loi NOTRe, avec les nouvelles régions et la création des métropoles, c'est même devenu indispensable.
C'est pour cette raison que j'ai décidé d'organiser, dans le cadre de la semaine des ambassadeurs qui se tiendra fin août, une journée entière de réflexion sur le thème «Diplomatie et territoires». Ce sera l'un des temps forts de la réunion annuelle de notre réseau diplomatique.
Cette réflexion pourra s'appuyer sur le travail conduit actuellement par le secrétaire général du ministère et le délégué à l'action extérieure des collectivités territoriales, Bertrand Fort, auquel votre commission est pleinement associée.
Historiquement, l'action internationale des collectivités territoriales s'est déployée dans deux directions : l'Europe et la solidarité avec les pays en développement. Ces deux objectifs restent d'actualité.
L'Europe, je sais que vous y êtes très attachés. Après le référendum britannique et face à l'incertitude, il est important de le rappeler. Aujourd'hui, près de deux tiers des partenariats internationaux des collectivités françaises sont conclus au sein de l'Union européenne. Je vous invite à approfondir ces échanges. Ce sont vos actions et celles des associations, des écoles, des hôpitaux et des entreprises que vous soutenez qui font l'Europe : l'Europe de la proximité, l'Europe de la solidarité et de l'enrichissement mutuel. J'encourage également les associations de collectivités à s'investir avec leurs homologues des autres États membres. Mon ministère vous soutiendra toujours dans cette approche.
Je salue, à cette occasion, le rapprochement en cours entre l'Association française des conseils de communes et régions d'Europe et Citées Unies France présidée par le Maire de Strasbourg, Roland Ries qui est avec nous aujourd'hui et que je salue. Ensemble, elles formeront bientôt une seule et même association, plus forte et plus visible.
L'autre domaine «historique» de l'action extérieure des collectivités locales, c'est la coopération et la solidarité internationale.
Depuis longtemps, vous avez su mobiliser les énergies autour de projets concrets pour le développement des pays du sud. Il y a quelques jours, j'étais en Seine-Saint-Denis pour inaugurer, avec la ministre ivoirienne de la Recherche et la maire de Bondy, un campus de l'innovation pour la planète. Porté par l'Institut de recherche pour le développement et la ville de Bondy, ce projet favorise les échanges entre un de nos territoires les plus dynamiques, la Seine-Saint-Denis, et plusieurs villes en Afrique.
Il illustre parfaitement le rôle que jouent nos collectivités dans la recherche de solutions concrètes à des problèmes globaux, tels que le changement climatique. La réunion des 1.000 maires pour le climat accueillie par la maire de Paris Anne Hidalgo, en décembre dernier, a été une contribution importante à la COP21 et vous êtes nombreux à répondre aux appels à projets «CLIMAT» du ministère des affaires étrangères.
Je sais également l'attention particulière que les collectivités portent à la jeunesse, à son ouverture au monde et à la mise en oeuvre de projets de coopération sur la formation professionnelle, la citoyenneté, l'accès à la culture etc...
Sur ces sujets, vous pouvez bien sûr compter sur mon ministère mais également sur l'Agence française de développement dont le mandat va être renforcé pour permettre une plus grande coopération avec les collectivités locales.
J'ai évoqué l'Europe, le développement et les enjeux globaux. Je voudrais maintenant aborder un autre aspect : votre action pour renforcer la place de la France dans la mondialisation.
Aujourd'hui, vous vous organisez pour accompagner le développement international des entreprises. Vous agissez pour renforcer l'attractivité économique et le rayonnement culturel des territoires. Vous valorisez la «destination France» pour accueillir des touristes étrangers toujours plus nombreux.
Mon ministère est, comme vous le savez, en charge du développement international. C'est une mobilisation constante pour accompagner nos PME et nos grands groupes qui exportent, pour stimuler l'investissement étranger en France et pour attirer les touristes étrangers.
Je mesure pleinement votre contribution à la croissance et à l'emploi dans notre pays. Nous devons travailler ensemble pour démultiplier l'impact de nos actions respectives. Vous pouvez compter sur les opérateurs de l'État tels que Business France et Atout France pour vous soutenir.
Mesdames et Messieurs les Élus,
Je sais que ce chantier ambitieux de l'internationalisation de votre action implique des défis en termes d'organisation et de moyens. Ces quinze dernières années, la demande de coopération a explosé dans vos domaines d'expertise : urbanisme et transports publics, agriculture, eau et assainissement, gestion des déchets, formation des cadres territoriaux, éducation... Vous avez su y répondre par une professionnalisation de vos équipes et une énergie incroyable qui ont rendu possible le succès de vos projets.
Vous l'avez fait en dégageant des moyens conséquents, tant financiers qu'en termes de ressources humaines. Vous l'avez fait pour promouvoir vos territoires et les entreprises qui en assurent le dynamisme, pour développer des actions de solidarité avec les pays en développement, comme pour construire des partenariats économiques et de recherche dans les pays développés. Aujourd'hui, des contraintes budgétaires sans précédent pèsent sur vous comme sur l'État.
Mais ne nous trompons pas, la coopération internationale ne doit pas être considérée comme la variable d'ajustement pour l'État comme pour les collectivités. Car l'ouverture au monde est un facteur déterminant de notre prospérité à venir, de notre capacité à l'emporter dans la compétition planétaire.
Je suis à cet égard heureux que, malgré l'effort important d'économies budgétaires demandé notamment au ministère des affaires étrangères, le gouvernement ait globalement préservé les crédits de soutien à la coopération décentralisée. Je vous invite à faire de même, à poursuivre cet investissement bénéfique pour le rayonnement international de vos territoires.
L'action extérieure de nos collectivités constitue une force pour notre pays. Les collectivités sont devenues, partout, des acteurs importants des grandes mutations. Leur action est de plus en plus attendue et appréciée dans les enceintes multilatérales. Elle est également plébiscitée par nos concitoyens. Car cette action est complémentaire de celle de l'État. Elle contribue à notre influence et renforce notre développement international. À travers elle, nous portons également des valeurs de solidarité et d'ouverture qui nous sont chères. Vous pouvez donc compter sur tout mon soutien pour maintenir et renforcer cette action internationale.
À présent, je passe la parole au secrétaire général de la CNCD pour le premier point à notre ordre du jour.Source http://www.diplomatie.gouv.fr, le 5 juillet 2016