Interview de Mme Annick Girardin, ministre de la fonction publique, à Radio Classique le 7 juillet 2016, sur le recours à l'article 49.3 de la Constitution pour l'adoption de la loi Travail, le dégel du point d'indice des fonctionnaires et les relations entre le PS et le PRG.

Texte intégral

GERARD LECLERC
Bonjour, donc, Annick GIRARDIN. On vient d'en parler, la loi El Khomri adoptée grâce au 49.3 une majorité fracturée. Après des manifestations parfois violentes, est-ce que tout ça en valait la peine ?
ANNICK GIRARDIN
Ecoutez, oui, cette loi en valait la peine et elle a été débattue à plusieurs reprises - deux fois à l'Assemblée nationale, une fois au Sénat – il y aura encore quelques passages, elle a été travaillée avec les organisations syndicales, il y a des organisations syndicales qui la soutiennent, qui l'ont portée, il fallait aller jusqu'au bout, quand on est persuadé d'apporter des réponses aux difficultés des Français dans le domaine de l'emploi on va jusqu'au bout, les responsabilités ont été prises et cette loi aujourd'hui a été hier adoptée à l'Assemblée nationale. Il est important maintenant qu'on passe dans l'action et qu'on montre et qu'on explique encore cette loi et en quoi, parce qu'il faut reconnaître qu'il y a eu un affrontement ou des affrontements sur cette question de loi, mais il y aussi tout un mécontentement qui s'est exprimé à cette occasion-là qui ne sont pas liés obligatoirement à la loi Travail, donc il est important maintenant, de manière apaisée, de rediscuter et de re-débattre ou du moins dans l'action maintenant de parler de ce que va apporter cette loi. Mais je crois que ce qu'il faut dire c'est que l'heure du bilan, parce qu'effectivement on parle déjà des affrontements, de la cassure au sein du PS, l'heure du bilan il va venir – l'heure du bilan sera pour avant la fin de l'année – et d'ici-là il y a un capitaine à la tête de ce gouvernement, nous avons tous des missions à terminer, pour ma part il s'agit de la fonction publique...
GERARD LECLERC
Oui, on va en parler.
ANNICK GIRARDIN
Et nous avons un certain nombre de mois pour répondre encore aux besoins des Français et aux différentes difficultés qui restent encore à régler.
GERARD LECLERC
Alors, Annick GIRARDIN, juillet est marqué d'une pierre blanche pour 5,5 millions de fonctionnaires puisqu'il y a le dégel du point d'indice, dans les faits c'est une petite augmentation de 0,6 % - il y en aura une deuxième du même montant en février – c'est très peu quand même 0,6 % ?
ANNICK GIRARDIN
C'est ce qu'on avait appelé un dégel qui répondait à un besoin et qui était juste, un besoin parce que les fonctionnaires ont participé au redressement des comptes de la France puisque ce gel a permis au gouvernement...
GERARD LECLERC
Il date depuis 2010, il faut le rappeler quand même.
ANNICK GIRARDIN
D'économiser jusqu'à sept milliards d'euros. Il était temps qu'on ait une reconnaissance en direction de l'ensemble des fonctionnaires, nous en avions déjà eu une pour les catégories C en 2014 et en 2015, il a donc été décidé en 2016 de dégeler le point d'indice en deux fois : une fois en juillet 0,6, une fois en février 0,6. Alors ça peut paraître effectivement...
GERARD LECLERC
Oui, ça fera 1,2 % au total.
ANNICK GIRARDIN
1,2 %, c'est ce qui a été annoncé à ce moment-là au total, ça représente 1,2 % pour 5,5 millions de Français qui seront effectivement concernés, c'est un juste retour des choses et c'est aussi une juste réponse quand on connait aussi les difficultés budgétaires que nous avons encore à traiter.
GÉRARD LECLERC
Justement le problème c'est que cette affaire va quand même coûter pas loin de 2,5 milliards d'euros, la Cour des comptes tire la sonnette d'alarme, les dépenses de l'Etat sont de nouveau en train de déraper, de repartir à la hausse ?
ANNICK GIRARDIN
Moi ce que je dis tout le temps c'est que nous assumons le sérieux budgétaire mais nous n'assumons pas la rigueur et il faut aujourd'hui pourvoir répondre à la fois aux besoins des Français – et la question des fonctionnaires est – et puis également pouvoir être au rendez-vous de ce que nous avions annoncé en termes de réduction budgétaire. La Cour des comptes a donné effectivement un certain nombre d'informations, confirmées d'ailleurs par le secrétaire d'Etat ECKERT, et je crois effectivement que si nous allons pouvoir là avoir des dépenses supplémentaires - qui étaient nécessaires – nous serons quand même au rendez-vous en 2017 tel que nous l'avions dit.
GERARD LECLERC
Est-ce qu'il ne serait pas plus simple, comme le proposent les candidates de droite, d'avoir un peu moins de fonctionnaires mais qui soient mieux payés ?
ANNICK GIRARDIN
C'est un certain nombre de propositions qui sont faites aujourd'hui dans le cadre des primaires à droite, on va de 300.000 suppressions d'emploi…
GERARD LECLERC
A 600.000 pour certains.
ANNICK GIRARDIN
Oui, à un million pour certains.
GERARD LECLERC
Voilà ! Oui. Mais est-ce que ce n'est pas plus cohérent, il y en a un peu moins mais on les paie mieux ?
ANNICK GIRARDIN
Moi la question c'est de sortir de ces histoires de calculs de fonctionnaires et de savoir combien systématiquement ça coûte, les Français sont très attachés à leurs services publics - le service public a un coût – quels sont les services publics que nous voulons demain pour les Français, quelle est la France que l'on veut et, dans ce cas-là, combien de fonctionnaires et dans quels domaines ? La fonction publique c'est trois versants ! Pour faire ces économies en nombre, on fait quoi ? On supprime la fonction publique territoriale ? On supprime la fonction publique hospitalière ? On garde que le régalien ?
GERARD LECLERC
Non, mais sans les supprimer, on peut réduire un petit peu non ?
ANNICK GIRARDIN
On garde que le régalien, c'était l'idée, ce n'est pas la France que moi je veux. Les fonctionnaires vous savez ce sont des hommes, des femmes engagés au quotidien au service des Français, ce sont ceux qui défendent les valeurs de la République, ce sont les gardiens de cette République partout, sur tous les territoires - y compris les territoires les plus isolés – et moi je veux les féliciter de leur travail, les défendre à chaque fois qu'ils sont attaqués à tort ; en même temps, je suis exigeante et je veux une fonction publique exemplaire, une fonction publique ouverte et surtout une fonction publique transparente parce que ça permet d'éviter les fausses critiques.
GERARD LECLERC
Vous dites une fonction publique exemplaire, Annick GIRARDIN, or il y a un rapport qui va sortir-là, un rapport Lhorty, qui va être présenté au Premier ministre sur la discrimination à l‘emploi dans la fonction publique et on voit qu'une personne qui a un nom à consonance maghrébine reçoit un tiers de réponses en moins quand elle fait sa candidature à l'hôpital ?
ANNICK GIRARDIN
Tout à fait. Le rapport Lhorty...
GERARD LECLERC
Ah ! C'est ennuyeux.
ANNICK GIRARDIN
Tout à fait, c'est même scandaleux. Le rapport Lhorty sera remis au Premier ministre lundi, il traite de la discrimination dans la fonction publique au niveau des concours et du recrutement et il démontre effectivement ce type de situations scandaleuses liées aux patronymes de Français qui seraient effectivement et qui sont discriminés, donc il faut absolument apporter des réponses, c'est ce que nous venons de faire dans le cadre de la loi Egalité & Citoyenneté qui vient d'être votée à l'Assemblée nationale pour lutter contre toutes les discriminations. Il est important aussi d'ouvrir davantage notre fonction publique à la diversité et à la jeunesse, la fonction publique aujourd'hui c'est simplement ou c'est seulement 8 % de moins de 30 ans d'agents publics, on a donc une problématique au sein de cette fonction publique vieillissante, il nous faut pouvoir attirer davantage de jeunes de toutes les diversités et que cette fonction publique elle soit davantage attirante, et attrayante ; et j'y travaille, et la question de la rémunération est au centre aussi de cette fonction publique attrayante, qui peut attirer des talents et qui doit attirer des talents pour défendre notre modèle mais aussi répondre aux défis de demain.
GERARD LECLERC
Annick GIRARDIN, vous êtes membre du Parti Radical de Gauche, or le torchon brule avec les socialistes, Jean-Michel BAYLET a clairement dit que le pacte fondamental est rompu. Concrètement, ça veut dire quoi ? Vous ne participerez pas aux primaires de la gauche ? Vous aurez votre propre candidat ? Qu'est-ce qui va se passer ?
ANNICK GIRARDIN
Les relations entre le PS et le PRG, Jean-Michel BAYLET l'a effectivement exprimé dans un article, on peut dire qu'elles sont tendues, elles sont tendues puisque...
GERARD LECLERC
Pourquoi ? Ils vous méprisent ? Ils ne vous donnent pas la place que vous méritez ?
ANNICK GIRARDIN
On a décidé de suspendre notre participation à la... puisque les décisions qui ont été prises, notamment sur l'organisation des primaires, ont été prises sans avoir de concertation ou simplement de relation avec le PRG. Vous savez, quand on est partenaires, il faut se respecter et il faut communiquer.
GÉRARD LECLERC
D'accord, mais qu'est-ce qui va se passer maintenant ?
ANNICK GIRARDIN
Vous savez les radicaux de gauche doivent se mobiliser, se mobiliser pour une primaire si elle devait avoir lieu, mais plus largement pour avoir un programme à présenter également aux Présidentielles, soit effectivement en ayant un candidat, soit en soutenant un autre candidat. Nous avons un projet spécifique à présenter, à porter, nous parlons d'une VIème République - et je crois qu'elle devient indispensable - des droits nouveaux, l'Europe, cette Europe fédérale que l'on pourrait viser mais surtout effectivement une Europe que l'on pourrait reconstruire avec un noyau dont la France, l'Allemagne et Italie pourraient participer... nous avons ce projet pour la France à porter - et nous devons le faire - peu importe effectivement aujourd'hui les relations avec le PS ; en même temps, nous sommes au sein de ce gouvernement, je suis au sein de ce gouvernement comme deux autres ministres, nous sommes loyaux et nous avons du travail là aussi en tant que ministre de la Fonction publique à accomplir sous les ordres de Manuel VALLS d'ici la fin de ce quinquennat.
GERARD LECLERC
Vous parlez d'une candidature au PRG, vous pourriez être cette candidate ?
ANNICK GIRARDIN
Vous savez moi je voulais que mon parti politique soit en mouvement et qu'avant le Congrès de septembre, qui nous amènera à désigner un nouveau président, on puisse débattre de différentes idées au sein de ce PRG et que ce ne soit pas l'élection d'un homme ou d'une femme seulement mais bien une adhésion à un projet.
GÉRARD LECLERC
Avec un projet, un programme, on est bien d'accord. Mais, à partir de là ?
ANNICK GIRARDIN
Ensuite, si nous devions aller à des primaires, il faudrait un candidat – ce seront effectivement l'ensemble des adhérents de ce parti qui le décideront – et moi j'ai dit effectivement que je pouvais être intéressée pour représenter mon parti à une primaire.
GÉRARD LECLERC
Donc, vous seriez candidate à la primaire si tout cela se précise. Merci Annick GIRARDIN, ministre de la Fonction publique.Source : service d'information du Gouvernement, le 8 juillet 2016