Déclaration de Mme Barbara Pompili, secrétaire d'Etat aux relations internationales chargée de la biodiversité, sur la réussite des parcs naturels régionaux (PNR) et leurs perspectives d'avenir dans le cadre de la loi du 8 août 2016 relative à la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, à Chevreuse le 1er mars 2017.

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Circonstance : Cérémonie des 50 ans du décret du 1er mars 1967 instituant des Parcs Naturels Régionaux, dans la Haute-Vallée de Chevreuse (Yvelines) le 1er mars 2017

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Texte intégral

Je ne sais si les inspirateurs du décret signé par le général De Gaulle, il y a 50 ans de cela aujourd'hui, avaient en tête la réussite qu'allaient rencontrer les parcs naturels régionaux.
Il y a aujourd'hui 51 parcs régionaux et une vingtaine d'autres sont à l'étude. Avouez que l'on aimerait que tous les projets labellisés par l'État, et dont la concrétisation est confiée aux territoires, connaissent la même réussite !
Les parcs naturels régionaux, c'est tout à la fois une reconnaissance, une détermination à exercer une responsabilité et une ambition de saisir une opportunité.
Une reconnaissance, en premier lieu : celle du caractère exceptionnel d'un site, tant dans sa dimension naturelle que dans sa dimension culturelle.
En ces temps de doute, où il est de bon ton de pratiquer un dénigrement national délétère, il est bon de le rappeler : la France, c'est un patrimoine naturel et culturel d'une rare richesse. Ces paysages, entretenus et façonnés au fil des générations, font la force de notre pays. Ils font souvent son image internationale, son attractivité touristique, son rayonnement. Mais ils contribuent également à notre qualité de vie.
Parce qu'il fait bon les découvrir et les parcourir, mais aussi - et cette dimension prend une importance toute particulière aujourd'hui - parce qu'ils apportent des services essentiels : régulateurs des conséquences du dérèglement climatique, contributeurs à la préservation de la biodiversité, ils constituent des points d'appui essentiels à la réponse indispensable aux crises écologiques auxquelles nous devons faire face.
Ils sont notre patrimoine commun : oui, alors que le débat politique vise trop souvent à diviser ou à opposer les Français entre eux, je crois qu'il est indispensable de rappeler que la première chose que les Français ont en commun, au-delà de leurs origines propres, de leurs croyances, de leur statut social, c'est une nature d'exception que le monde entier nous envie.
Et les parcs naturels régionaux sont une part importante de ce patrimoine en partage.
Un parc naturel régional, disais-je, c'est la reconnaissance d'une responsabilité : la responsabilité d'entretenir, de protéger, de préserver aussi, ce patrimoine.
De la même façon que la richesse de notre territoire est un élément constitutif de notre identité nationale, sa protection est une responsabilité nationale.
C'est pourquoi, si l'initiative de la création de vos parcs revient aux collectivités, et notamment aux Régions, c'est l'État qui signe les décrets adoptant ou renouvelant les chartes.
C'est là une démarche qui tranche avec une conception, il faut bien le reconnaître, encore trop souvent colbertiste de l'État en France. La création d'un Parc Naturel Régional, ce n'est pas une décision qui se prend dans un bureau parisien, qui serait imposée au territoire : c'est une volonté locale, accompagnée et reconnue par l'État.
Les PNR sont des territoires de projet, des lieux où le développement durable d'un territoire n'est pas une notion abstraite, mais prend tout son sens.
Des lieux où l'intelligence collective se construit, où la créativité est bienvenue.
Des lieux où on sait gérer la complexité, où on sait créer des compromis.
Des lieux où la facilité des oppositions factices n'est pas de mise.
Là, on démontre, 51 territoires démontrent, que protection de la biodiversité et développement économique sont évidemment compatibles. Qu'ils se conjuguent, qu'ils se stimulent mutuellement, comme l'illustre la marque commune « Valeurs parc naturel régional » que nous avons lancée ensemble monsieur le président, cher Michael l'an dernier.
Les parcs régionaux jouent un rôle éminent en faveur de nos territoires et de la biodiversité. Ce sont des territoires d'avenir.
Alors oui, l'État soutient les parcs régionaux. C'est le sens de ma présence aujourd'hui. Il l'a fait, récemment, au travers de la loi pour la reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages.
Ce texte affirme le rôle de cohérence et de coordination assuré par les syndicats mixtes des PNR. Il reconnaît la Fédération des PNR. Il simplifie les procédures de création de parcs ou d'adhésion.
Je sais les inquiétudes de la fédération des PNR sur ce dernier point, et notamment sur le décret d'application dont le texte en a été examiné par le Conseil d'État le 14 février. Le Conseil d'État a formulé des modifications qui pourraient aboutir à supprimer l'avis intermédiaire du ministre chargé de l'environnement, après avis du CNPN et de la fédération des PNR, sur les projets de charte. Je vous confirme que le gouvernement est mobilisé pour que la simplification poursuivie ne soit pas synonyme d'abandon de l'ambition environnementale.
La loi a créé également l'Agence Française pour la Biodiversité, qui est opérationnelle depuis le 1er janvier. Elle est dotée de moyens renforcés.
J'ai échangé avec le président de son conseil d'administration, Philippe Martin, et son directeur, Christophe Aubel : je vous confirme la représentation des PNR dans le comité d'orientation « espaces naturels » ou « terrestres » - son intitulé reste à préciser - que le conseil d'administration de l'AFB du 21 février a décidé de créer.
Les comités d'orientation sont des dispositifs nouveaux. Il est important que les PNR y jouent un rôle actif.
Il en est de même pour le conseil national de protection de la nature, dont l'appel à candidature des futurs membres est clos depuis le 25 février. Le directeur de la fédération des PNR a été associé à la rédaction de cet appel à candidatures. L'ancien CNPN comportait une commission spécialisée « charte de parcs » régionaux et nationaux. S'agissant du nouveau comité, les commissions seront définies dans le règlement intérieur. Je ne doute pas que les PNR y trouveront toute leur place.
De même, le projet de décret portant création du Conseil National de la Biodiversité comprend bien, explicitement, une place pour un représentant de la fédération des PNR dans le collège des gestionnaires d'espaces naturels. Ce conseil sera installé dans les toutes prochaines semaines.
J'ajoute que dans une période difficile pour les finances publiques, le Gouvernement affiche son soutien aux parcs naturels régionaux au travers de ses choix budgétaires : comme je l'avais annoncé lors du congrès national des Parcs Naturels Régionaux il y a quelques mois, les moyens attribués par l'État aux PNR ont été stabilisés.
Les crédits accordés à la fédération des PNR ont été également maintenus, pour favoriser l'animation et les échanges de bonnes pratiques et permettre de construire un partenariat fort avec les structures nationales.
Ces efforts budgétaires vont de pair avec une rationalisation permanente de l'usage des fonds publics. Parce que la dette financière n'est pas plus acceptable que la dette écologique. C'est dans cette perspective que va être réalisée une revue de dépenses dédiée à la gestion des espaces naturels et des parcs régionaux, obligatoire car annexée la loi de finances. Sa lettre de mission ne fera figurer aucun objectif préalable d'économies chiffré et elle souligne le rôle des PNR en matière de développement local.
Car oui, les PNR jouent un rôle essentiel en matière de développement économique des espaces ruraux.
Au risque de me répéter, je le redis aujourd'hui, parce que les PNR en sont l'illustration la plus éclatante : protéger la nature, ce n'est pas la mettre sous cloche.
Ce fantasme de la protection conçue comme un frein au développement ou à la modernité perdure, malheureusement, dans certains esprits : c'est le fameux « l'environnement, ça commence à bien faire ».
C'est aussi parfois, il faut bien le dire, une occasion pour certains d'exploiter des peurs, de laisser croire que développement des territoires et protection des espaces ou des espèces seraient antinomiques.
A ceux-là, je dis toujours : allez donc voir ce qui se passe dans les parcs naturels régionaux.
D'abord, parce que l'anniversaire que nous célébrons aujourd'hui démontre que protéger l'environnement ce n'est pas une lubie de bobos du XXIème siècle.
Mais également, mais surtout, parce que pendant ce demi-siècle, les Parcs naturels régionaux se sont imposés comme des outils efficaces, qui inventent des solutions concrètes en matière de développement durable, concilient qualité de vie, préservation d'un patrimoine naturel et culturel qui contribue à l'identité et à l'attractivité de notre pays, et activités économiques : les 4 millions de Français qui ont la chance de vivre sur le territoire d'un de nos 51 parcs naturels régionaux, qui représentent 15% du territoire national, ne vivent pas sous cloche, bien au contraire ! Les 300.000 entreprises qui y développent leurs activités, qui y entretiennent et y créent l'emploi, sont la preuve du dynamisme du concept.
Ils inventent - vous inventez - un modèle de société. Un modèle qui vaut non seulement pour son objectif : concilier au mieux l'équilibre entre les aspects économiques, sociaux et environnementaux de ces territoires, de vos territoires. Mais un modèle précieux également pour la philosophie qui préside à la gouvernance de ces territoires : une gouvernance basée sur la coopération entre les acteurs, collectivités, entreprises, gestionnaires et usagers des espaces, engagés dans un projet de territoire partagé, qui s'illustre au travers des chartes de Parcs.
Nous avions lancé l'an dernier ensemble, monsieur le président, la marque des parcs régionaux, et ce n'était pas un hasard, puisque bon nombre des produits dont la marque fait la promotion a pour origine des ressources naturelles qui sont le fruit d'une biodiversité préservée et entretenue.
Et comme nous l'avions affirmé alors, lorsqu'on se bat pour préserver des espèces naturelles, végétales ou animales, ce n'est pas seulement pour leur intérêt intrinsèque, c'est aussi pour l'usage que l'Homme peut en faire, c'est aussi pour protéger un « savoir-produire » particulier qui préside à leur transformation.
Les Parcs sont au cœur de stratégies de développement durable qui répondent et aux défis du présent et aux besoins de nos concitoyens : ils contribuent à la création de filières énergétiques locales qui associent entreprises, collectivités et habitants consommateurs. Ils valorisent les projets économiques basés sur la recherche de santé, de bien-être et d'alimentation de haute qualité environnementale. Ils doivent être le creuset de l'émergence de projets en matière d'écoconstruction, de biomimétisme et de services éco-systémiques.
Cette marque, je vous encourage à toujours la développer : elle constitue notamment un ambassadeur auprès des décideurs locaux engagés, ou sur le point de s'engager, dans la démarche d'animation de parcs naturels régionaux.
Je pense notamment aux régions, qui sont les premières concernées, puisqu'elles ont en charge désormais de manière plus claire et plus cohérente le développement économique des territoires et des responsabilités accrues en matière de gestion environnementale.
Certaines d'entre-elles sont aujourd'hui engagées dans la création d'agences régionales pour la Biodiversité. Elles jouent, pour les PNR, un rôle fondamental.
Et, disons le franchement : si certaines régions sont volontaristes, d'autres mettent fin à des projets de parcs régionaux patiemment construits avec l'ensemble des acteurs de terrain.
Face à cela, la meilleure arme pour convaincre, c'est l'exemple.
L'exemple en matière de biodiversité, c'est l'objet de « La biodiversité en actions », opération pilotée par le secrétariat d'État, bientôt reprise par l'AFB, qui vise à faire connaître à tous des initiatives prises sur le territoire en faveur de la biodiversité, en ciblant précisément trois domaines : l'éducation à la nature, la nature en ville, la biodiversité et les activités économiques.
Dans ces différents registres, les PNR sont actifs et ont une riche expérience : près de 10 % des actions valorisées via le portail internet qui y est dédié sont issues des PNR. Je m'adresse d'ailleurs aux gestionnaires de parcs ici présents par ton intermédiaire, cher Michael, et, à tous les autres : continuez à déclarer vos actions. Parce que faire, c'est bien, mais le faire savoir, c'est encore mieux. Cela constitue le plus souvent une source de motivation et d'inspiration à agir.
Et puis l'exemple, c'est aussi celui que vous donnez ici, en Haute Vallée de Chevreuse, Monsieur le président, mesdames et messieurs les élus. Le programme de nos visites d'aujourd'hui a démontré l'apport essentiel du PNR à la protection de la Nature – que ce soit le travail formidable réalisé sur les prairies, ou la restauration écologique des marais. Mais je n'oublie pas le rôle joué en matière de développement économique, avec les 380 entreprises accompagnées depuis 15 ans, les plus de 1000 emplois aidés, les près de 3 millions d'euros de subventions accordées.
Je ne sais donc si les inspirateurs du décret signé il y a 50 ans par le général de Gaulle avaient conscience de leur œuvre : mais notre responsabilité aujourd'hui, c'est tout à la fois de leur rendre hommage et de perpétuer leur ambition. Au-delà du temps, par-delà les alternances politiques. Parce que leur œuvre est désormais partie prenante de notre patrimoine commun.
Bon anniversaire aux Parcs Naturels Régionaux !
Source http://www.developpement-durable.gouv.fr, le 6 mars 2017