Interview de Mme Juliette Méadel, secrétaire d'Etat à l'aide aux victimes, à CNews le 23 mars 2017, sur l'attentat de Westminster et la prise en charge des lycéens français rapatriés, le remaniement ministériel et le climat de la campagne électorale de la présidentielle.

Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonjour.
JULIETTE MEADEL
Bonjour.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord merci d'être avec nous Juliette MEADEL. Vous avez eu des nouvelles, les plus récentes, des 92 lycéens, et surtout des trois qui ont été blessés, nous avons tous eu peur pour eux, comment vont-ils ?
JULIETTE MEADEL
Ils ne sont pas en état d'urgence absolue comme on dit, donc ils sont tous les trois hospitalisés, ils sont dans un état sérieux, mais leur vie n'est pas en danger. Il y en a un qui va peut-être sortir aujourd'hui, et les deux autres sont en train de se remettre à l'hôpital.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils sont dans les hôpitaux en Angleterre.
JULIETTE MEADEL
Ils sont tous les trois dans des hôpitaux à Londres. Les 53 élèves…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les parents les rejoignent, les ont vus ?
JULIETTE MEADEL
Les parents les ont rejoints ce matin, ils ont été accompagnés par un représentant de l'Etat, ils sont avec eux, ils sont auprès d'eux aujourd'hui. Dans ces moments-là on a besoin d'être soutenu évidemment, et d'être accompagné par ses proches.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et les deux blessés qui sont encore à Londres, ils resteront jusqu' la fin des soins, où ils seront rapatriés en France pour être soignés dans leur région ?
JULIETTE MEADEL
Pour l'instant ils restent à l'hôpital, ils sont suivis par les hôpitaux, à Londres, et ensuite ils seront évidemment rapatriés en France.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, il y avait 92 lycéens de Concarneau, ils étaient tous au même endroit sur le pont ?
JULIETTE MEADEL
Non, il y a 53 élèves qui étaient sur le pont, et il y a un autre groupe de 36 élèves qui était loin du pont, qui était à Londres, mais qui a quand même eu peur, parce que c'était des élèves du même lycée. Donc, les 53, qui étaient sur le pont, n'ont pas encore été accompagnés psychologiquement, ils ont été mis dans un hôtel tout près de la zone de danger, et ils ont été, pour l'instant, épaulés, mais pas encore par les psychiatres, et c'est seulement quand ils rentreront en France que nous déclencherons ce processus d'accompagnement psychologique.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais apparemment ils commencent à raconter ce qu'ils ont vécu pour la première fois de leur vie, on sent bien qu'ils ont été tous traumatisés.
JULIETTE MEADEL
Ils ont été très choqués, évidemment ce sont les images de ce que nous avons connu à Paris qui reviennent, et puis ils étaient inquiets pour leurs amis. Donc, maintenant que tout le monde est à l'abri, que personne n'est en urgence absolue, s'organise le processus de mise en place d'aide aux victimes.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais d'abord, quand rentreront ils ? D'abord il y a les 92 moins les trois, c'est-à-dire 89, quand ils rentrent ?
JULIETTE MEADEL
Ils rentrent aujourd'hui, ils seront aujourd'hui rapatriés, et tous les élèves, donc ces 92 là, vont rentrer en France. Nous sommes en train de déclencher – j'ai demandé au préfet de déclencher le comité local de suivi des victimes dans le Finistère, qui va permettre de les accompagner, psychologiquement, sur le plan sanitaire, de les accompagner aussi sur le plan administratif, en tout cas ces trois blessés sont des victimes de terrorisme, donc seront indemnisés…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les trois seulement ou l'ensemble ?
JULIETTE MEADEL
Les trois blessés, certainement, puisqu'ils ont été en zone de danger, et puis ensuite nous examinerons quels sont ceux qui présentent un état de choc psychologique tel, qu'ils seront aussi indemnisés. Donc, tout ça s'organise, l'Etat est présent…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que l'Etat les prend en charges.
JULIETTE MEADEL
L'Etat prend en charge, c'est ce qu'on appelle…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Sans traîner, sans tarder ? Parce que souvent on dit l'Etat les prend en charge, l'Etat s'occupe d'eux, et puis on a l'impression qu'il les lâche en cours de route.
JULIETTE MEADEL
Non seulement l'Etat est avec eux puisque, aujourd'hui, un représentant du ministère des Affaires étrangères est avec les parents à Londres et auprès des blessés, la consule de France à Londres était au chevet des deux blessés hier, et du troisième ce matin.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ils rentrent à bord d'un avion de l'Etat français, ou affrété par…
JULIETTE MEADEL
Un avion de l'Etat, absolument.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ils ont échappé à un crime qui aurait pu être encore beaucoup plus meurtrier.
JULIETTE MEADEL
Oui, c'est pour ça qu'ils sont dans un état psychologique évidemment grave, et c'est pour ça aussi qu'il faut faire très attention, parce que c'est un jeune public, et, vous savez, à cet âge-là, évidemment, on est forcément fragile, donc moi j'insiste, et je vais insister dans le suivi de ces victimes-là, et c'est pour ça que dans le Finistère tous les acteurs de l'Etat seront présents pour les accueillir.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
A votre avis, à partir de votre expérience, en combien de temps, je ne dis pas qu'ils oublieront, mais qu'ils se détacheront des souvenirs les plus noirs de cette journée, qui a été une journée difficile, dramatique pour eux, mais ce n'est pas le Bataclan, mais ils ont vécu ça comme un événement qui va les marquer.
JULIETTE MEADEL
C'est un événement traumatique parce que dans ces cas-là vous voyez la mort arriver. Le processus de reconstruction dépend d'une chose, c'est est-ce que vous êtes pris en charge tout de suite, si des pédopsychiatres, des psychiatres, prennent en charge tout de suite ces jeunes, on peut espérer que les séquelles s'effacent, mais tout dépend ensuite du profil de chacun et de ce qu'il a vécu dans son passé.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi vous dites indemnisés, ils sont victimes, pour vous, du terrorisme ?
JULIETTE MEADEL
Une personne blessée par un acte terroriste, française…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Même psychologiquement blessée aussi ?
JULIETTE MEADEL
Une personne psychologiquement atteinte et qui présente ce qu'on appelle un choc post-traumatique, qui se caractérise assez facilement, parce que les psychiatres savent très bien le faire, oui, est victime de terrorisme, mais, ensuite, bien entendu, il faudra que le fonds détermine, comme on le fait d'habitude, ce qu'on appelle la zone de danger.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais est-ce qu'il faut poursuivre ces voyages scolaires, à Londres, en Angleterre, ou les interdire au moins pendant un moment, ou les suspendre ?
JULIETTE MEADEL
Ecoutez, Theresa MAY a dit ce matin de ne pas céder à la panique, je crois qu'elle a dit ce qu'il fallait, ensuite ce sont les Anglais qui détermineront les conditions de sécurité et qui feront l'analyse de la sécurité sur leur territoire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Le nombre d'enfants victimes de violences d'une manière générale, de harcèlement et de violences, augmente…
JULIETTE MEADEL
Cent mille par an.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pas en France ?
JULIETTE MEADEL
Cent mille par an en France.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous appelez violences ou harcèlement ?
JULIETTE MEADEL
Violences sexuelles, ou maltraitance, maltraitance physique, et ces 100.000 ce n'est que la partie émergée du sujet, puisque ce sont ceux qui se déclarent, et ce que qu'on constate, hélas, et c'est aussi ce que disent les psychiatres et les pédopsychiatres, c'est que bien souvent les enfants ne parlent pas, sont dans un processus de culpabilité et n'osent pas s'exprimer. C'est pour ça que c'est important pour les jeunes publics d'être accompagnés, d'être aidés et d'être épaulés.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce n'est pas le cas des jeunes lycéens de Concarneau, eux ont leurs parents avec eux, ils sont chouchoutés, normalement…
JULIETTE MEADEL
On n'est pas du tout dans ce cas-là.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ils vont être protégés pendant leur journée, aujourd'hui, et à leur retour à Concarneau. Je vous poserai une seule question politique. François FILLON accuse en ce moment l'Elysée, Matignon, et la justice, de comploter contre lui. Pourquoi, vous avez tellement peur de François FILLON, pourquoi le harceler ? Vous ne voulez pas de candidat de la droite ?
JULIETTE MEADEL
C'est donc François HOLLANDE qui a obligé François FILLON à embaucher ses filles ? C'est donc François HOLLANDE aussi qui a commandé, ou qui a fait commander ses costumes ? C'est donc François HOLLANDE, aussi, qui est responsable, et qui est allé faciliter par des commissions financières des réunions entre François FILLON et POUTINE ? Non, écoutez, tout ça n'est pas sérieux, et je trouve que, à tout vous dire…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il n'y a pas de machination, dites-vous.
JULIETTE MEADEL
Tout ça c'est triste. Qu'un ancien Premier ministre alimente la théorie du complot, je trouve ça triste, ça salit…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il faut aussi tenir compte des coups qu'il prend régulièrement, chaque matin.
JULIETTE MEADEL
Ça salit, en général, l'image même des politiques, alors même que, à gauche en tout cas, nous sommes capables de prendre des décisions en moins de 36 heures, le dernier exemple en date étant celui d'hier, où dès lors qu'il y a une enquête…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire Bruno LE ROUX.
JULIETTE MEADEL
Qui est ouverte, on se met en retrait. Alimenter la théorie du complot…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Avec Bruno LE ROUX… comme au billard, vous tapiez aussi sur la boule FILLON.
JULIETTE MEADEL
On ne peut pas dire que François HOLLANDE ait traîné, aujourd'hui, ait mis du temps, tout au long de ce quinquennat, à se séparer des ministres qui avaient fait preuve de négligence ou qui étaient sous le coup d'une enquête. Je trouve ça triste et j'ai l'impression que François FILLON a perdu le contact avec la réalité.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais, Pierre LELLOUCHE vous répondra sans doute, je pense qu'il dira quelques mots là-dessus, mais ce qui était important aujourd'hui c'est le témoignage de ce que fait l'Etat pour protéger…
JULIETTE MEADEL
C'est le sujet essentiel.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et garder le moral de ces jeunes qui vont arriver dans la journée. Vous avez tout expliqué, merci.Source : Service d'information du Gouvernement, le 27 mars 2017