Interview de Mme Annick Girardin, ministre de la fonction publique, à CNews le 28 mars 2017, sur le temps de travail dans la fonction publique, la place des fonctionnaires dans les programmes des candidats à l'élection présidentielle et la situation en Guyane.

Prononcé le

Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Annick GIRARDIN bonjour...
ANNICK GIRARDIN
Bonjour.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être là. Est-ce que vous permettez que je vous appelle la Dame aux deux circulaires ?
ANNICK GIRARDIN
Oui, pourquoi pas.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà ! Justement parce qu'il y a deux circulaires sur la laïcité et le temps de travail qui concernent les 5.500.0000 fonctionnaires français dont les 30 % d'actifs en Guyane, la première des circulaires sur les 35 heures quand la publierez-vous ?
ANNICK GIRARDIN
Elle sera publiée pour vendredi au plus tard.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et sur la laïcité ?
ANNICK GIRARDIN
La laïcité jeudi.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, dans l‘immédiat, 17 semaines. Après une discussion avec les syndicats vous demandez à toutes les administrations d'effectuer vraiment, réellement 35 heures et 1.607 heures par an, ça veut dire que les 35 heures légales ne sont pas appliquées ?
ANNICK GIRARDIN
C'est un rappel à la règle cette circulaire, nous avons voulu faire la transparence complète sur le temps de travail dans la fonction publique et donc demander un rapport à Philippe LAURENT qui a été remis au Premier ministre...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Député UDI, ami de Manuel VALLS, qu'il a fait il y a un an. Là vous avez discuté avec les syndicats et vous en avez...
ANNICK GIRARDIN
Tout à fait, un an d'échanges avec les organisations syndicales.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, ça veut dire que les 35 heures légales n'étaient pas appliquées ?
ANNICK GIRARDIN
Les 35 heures ont des exceptions dans la fonction publique où elles ne sont pas appliquées tout simplement parce qu'il faut savoir que les fonctionnaires sont ceux qui travaillent le plus la nuit, le plus les fins de semaine, ceux qui sont d'astreinte le plus souvent...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cela on sait qu'il y a des tas de dérogations qui sont nécessaires et légitimes.
ANNICK GIRARDIN
Et puis, voilà, il y a des dérogations. Or dehors de toutes ces dérogations et de tout ce qui est légitime, c'est un rappel aux 35 heures dans la fonction publique et aux 1.607 heures.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire qu'elles ne s'appliquaient pas ?
ANNICK GIRARDIN
Alors ça veut dire que... vous savez on a croisé-là une difficulté avec le gel du point d'indice, les employeurs – puisque le point d'indice a été gelé depuis 2010 - ont géré les ressources humaines en donnant souvent ou en utilisant le temps de travail comme récompense ou comme remerciement et, ça, ça été une vraie difficulté...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils fermaient les yeux !
ANNICK GIRARDIN
Ce n'est pas fermer les yeux, c'est donner quelque chose aux fonctionnaires en reconnaissance et, comme le point d'indice était gelé - c'était une erreur – il fallait le dégeler...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien ! Et ça coûte cher ?
ANNICK GIRARDIN
Ca été une mesure de...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça coûte cher ?
ANNICK GIRARDIN
Qu'est-ce qui coûte cher ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Globalement ?
ANNICK GIRARDIN
Les heures ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
La non application des 35 heures ?
ANNICK GIRARDIN
La non application ? La non application ce n'est pas non plus une question que de coût, c'est une question de règle, on rappelle la règle, dans la fonction publique comme partout aujourd'hui en France c'est 35 heures et il n'y a pas de remise en cause des 35 heures aujourd'hui, donc il était normal de le rappeler. Moi je défens les fonctionnaires à chaque fois qu'ils sont attaqués à tort, mais, en même temps, il faut une exemplarité.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il ne s'agit pas de les attaquer, mais ce qui est intéressant c'est de noter qu'il faut une règle maintenant pour rappeler qu'il faut travailler effectivement les 35 heures...
ANNICK GIRARDIN
Non, ce n'est pas une règle, c'est une circulaire d'un ministre qui rappelle les choses, c'est normal.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, moi j'aurais dit les règles, et moins que les 1.694 heures travaillées dans le privé - c'est-à-dire on travaille moins – et j'ai compté, d'après le rapport Laurent, en un an les fonctionnaires travaillent en moyenne 15 jours de moins que les salariés du privé.
ANNICK GIRARDIN
Oui, je suis d'accord, enfin c'est ce qui a été effectivement annoncé. Mais ne comparons pas toujours les deux systèmes, parce que je le redis...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais vous demandez la juste application de règles qui ont été oubliées...
ANNICK GIRARDIN
La juste application des choses ! Et c'est tout à fait normal.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Négligées, etc.
ANNICK GIRARDIN
Les fonctionnaires sont des hommes, des femmes qui sont engagés dans la fonction publique au service des autres, qui doivent aussi être exemplaires, moi je les défends à chaque fois qu'ils sont attaqués à tort - et, malheureusement ils sont attaqués souvent - et trop souvent...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va le voir quand ils sont attaqués pendant la campagne...
ANNICK GIRARDIN
On en fait des boucs émissaires, mais en même temps de temps en temps il faut rappeler la règle...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
La campagne présidentielle. Il s'agit donc de récupérer des millions d'heures de travail qui ont des effets sur l'économie, les budgets des communes et même de l'Etat ?
ANNICK GIRARDIN
Après il faut croiser aussi le temps de travail avec la question de l'absentéisme et, là aussi, nous avons travaillé sur ces questions parce que c'est important là aussi d'apporter des réponses et de se dire aussi que l'absentéisme c'est souvent de la prévention mal faite, c'est souvent des conditions de travail difficiles.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et l'absentéisme est très coûteux, il y a les maires, les responsabilités des communes se plaignent ?
ANNICK GIRARDIN
L'absentéisme est toujours coûteux, mais c'est coûteux parce qu'on n'a pas investi suffisamment dans la prévention ou dans la qualité du travail.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous attendez de l'application éventuelle de cette circulaire ?
ANNICK GIRARDIN
J'attends une dynamique de l'ensemble des employeurs autour de cette circulaire et un travail avec les organisations syndicales sur les territoires et un travail avec les agents également.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il est certain que l'efficacité ne dépend pas de la quantité, mais 35 heures c'est 35 heures, ce qui est intéressant c'est que c'est un gouvernement socialiste qui le réclame ?
ANNICK GIRARDIN
Attendez ! Moi je ne fais que dire quelle est la règle, qu'on soit un gouvernement socialiste ou pas...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous l'êtes.
ANNICK GIRARDIN
Non, mais bien sûr.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous l'êtes.
ANNICK GIRARDIN
Mais je crois que c'est important. Vous savez les Français aujourd'hui demandent un service public de qualité, une efficacité, sont reconnaissants de ce que font les fonctionnaires, mais veulent aussi que les choses soient équitables et respectées et c'est mon travail de le faire pour la fonction publique.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce qui est drôle c'est que vous avez tous attendus les derniers jours pour le faire, c'est une application un peu tardive ?
ANNICK GIRARDIN
Non, non, non, le rapport on me l'a remis...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non ? C'est la fin du quinquennat ?
ANNICK GIRARDIN
Non, mais le rapport on me l'a il y a un an...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a un an et demi.
ANNICK GIRARDIN
Le dialogue social il est important, ça prend du temps d'échanger avec les organisations syndicales, avec les agents eux-mêmes, d'aller sur le terrain pour prendre conscience des réalités, des difficultés, de comprendre pourquoi effectivement il peut y avoir des exceptions...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien !
ANNICK GIRARDIN
Ou pourquoi il y a des jours de congés supplémentaires qui ont été donnés à un moment donné par des employeurs avant de prendre des décisions.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si ces nouvelles règles ne sont pas respectées, qu'est-ce qui se passe ?
ANNICK GIRARDIN
Ecoutez, je ne vois pas pourquoi elles ne seraient pas respectées. Vous savez il y a déjà beaucoup d'employeurs qui y travaillent...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais elles étaient là, elles existaient, elles n'étaient respectées.
ANNICK GIRARDIN
Mais parce que, je vous l'ai dit, une des raisons c'est aussi parce que nous avons gelé le point d'indice...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, il va falloir augmenter les fonctionnaires ?
ANNICK GIRARDIN
Nous avons gelé le point d'indice des fonctionnaires...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faudra les augmenter ?
ANNICK GIRARDIN
Il faut un rendez-vous salarial tous les ans, moi je crois que tous les ans les employeurs et les salariés doivent pouvoir faire le point sur leur situation, donc les organisations syndicales et le gouvernement puisque c'est de la responsabilité du gouvernement d'augmenter l'indice de la fonction publique.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Annick GIRARDIN, la circulaire la voilà, vous avez dit qu'elle allait être publiée vendredi...
ANNICK GIRARDIN
Oui.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Elle a cinq pages et un certain nombre d'indications. Par exemple que le temps consacré à la vie syndicale est considéré comme du temps de travail, ça c'est normal...
ANNICK GIRARDIN
Et c'est normal !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est normal ! Les jours non travaillés ne seront plus considérés comme du temps de travail effectif et ne donnent pas droit à des journées de RTT, c'est pas mal de le rappeler ?
ANNICK GIRARDIN
Ça parait tout logique !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Seules seront acceptées les heures supplémentaires effectuées à la demande du chef de service ou du supérieur hiérarchique, c'est-à-dire que les heures supplémentaires étaient ici ou là - dans les mairies, dans les départements, etc. – improvisées ?
ANNICK GIRARDIN
Il y avait un certain nombre d'habitudes qui avaient peut-être été prises...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On prenait l'habitude de décider soi-même son heure supplémentaire ?
ANNICK GIRARDIN
Mais l'idée c'est la transparence là aussi, l'idée c'est de dire : « on cadre les choses et il y a une transparence », les Français aujourd'hui ont besoin de savoir comment fonctionne ou comment ça marche dans la fonction publique, qu'on puisse être transparent, qu'on puisse le dire. Vous savez moi je viens d'Amérique du Nord où la transparence, la clarté...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Saint-Pierre-et-Miquelon !
ANNICK GIRARDIN
Saint-Pierre-et-Miquelon, territoire d'Outremer, est faite sur toutes ces questions, les salaires des fonctionnaires sont publics, la lettre de mission du ministre de la Fonction publique donnée par le Premier ministre est mise en ligne, tout ça est présent...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais c'est très bien de le dire, c'est très bien de le dire et c'est très bien aussi de dire...
ANNICK GIRARDIN
Et c'est important, ça évite les tabous.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Que le gouvernement socialiste - HOLLANDE, VALLS, CAZENEUVE – demande avec les nouvelles règles ou des règles renouvelées que l'on travaille davantage et que... peut-être on augmente les fonctionnaires et qu'on travaille davantage, et c'est intéressant ce que vous publiez dans cette circulaire c'est qu'elle ait lieu au moment où le débat public pendant la campagne présidentielle porte aussi sur les 35 heures et sur les fonctionnaires...
ANNICK GIRARDIN
Oui, mais ce n'est pas un calcul, c'est une juste reconnaissance du travail des fonctionnaires d'un côté...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils sont au coeur des...
ANNICK GIRARDIN
Et un juste rappel à l'ordre, ou du moins à la règle, de comment doit fonctionner la fonction publique.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est pas mal de dire à l'ordre !
ANNICK GIRARDIN
Je suis fonctionnaire moi-même vous savez et quand je suis arrivée à la tête de ce ministère il y a un an ma logique était de dire : « qu'est-ce qui se passe véritablement sur le terrain et que je ne connais pas et comment on peut répondre aux besoins des agents eux-mêmes ? »
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous faisiez 35 heures, vous ? Que 35 heures ?
ANNICK GIRARDIN
Oui ! Bien plus, oh bien plus.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ah ! Eh bien vous voyez. Les fonctionnaires sont au coeur des programmes des candidats pendant la Présidentielle, il ne faut pas en faire certes des boucs émissaires des déficits publics et en même temps penser à leur nombre, à leur avenir et à leur efficacité : Marine LE PEN promet de recruter de nouveaux fonctionnaires, Benoît HAMON écoutez-le...
BENOIT HAMON, CANDIDAT PS A LA PRESIDENTIELLE
Et à ceux qui aujourd'hui annoncent d'ores et déjà vouloir faire pour l'un 500.000 fonctionnaires de moins, pour l'autre 120.000 fonctionnaires de moins, il faudra dire où ils iront faire ces économies, parce que ces fonctionnaires ce sont des métiers, des femmes et des hommes qui chaque jour se lèvent pour servir l'intérêt général, on ne se lève pas fonctionnaire, on se lève jardinier, infirmière, professeur, policier, agent des douanes, on fait un métier et cela se respecte.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça c'est Benoît HAMON ! Jean-Luc MELENCHON aussi veut recruter, mais lui c'est le record, 60.000 postes d'enseignants, 10.00 policiers et gendarmes, 52.000 soignants et 18.000 magistrats et greffiers ; Emmanuel MACRON lui supprimerait 120.000 postes en cinq ans mais il recruterait 10.000 policiers et gendarmes et 5.000 personnes dans l'Education ; Quant à François FILLON – et ça été l'objet de beaucoup de débats - il s'engage à supprimer 500.000 postes d'agents publics en cinq ans et il ne cesse de le répéter à travers tous ses meetings...
ANNICK GIRARDIN
D'abord les fonctionnaires ne sont pas...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On l'écoute !
ANNICK GIRARDIN
Ah ! On l'écoute, bon alors je l'écoute.
FRANÇOIS FILLON, CANDIDAT LES REPUBLICAINS A LA PRESIDENTIELLE
Je veux moderniser les fonctions publiques pour les rendre plus efficaces et pour améliorer leurs conditions de travail, passer progressivement nos fonctions publiques à 39 heures pour qu'elles soient plus efficaces au service des Français, c'est raisonnable et c'est du bon sens, et c'est au surplus redonner à nos fonctionnaires des perspectives de carrière.
ANNICK GIRARDIN
C'est extrêmement grave ! Et de l'autre côté quand même une Marine LE PEN qui fait des promesses totalement démagogiques et qui en même temps attaque ces mêmes fonctionnaires, donc j'entends moi bien ce qui est dit et je mets en garde l'ensemble des fonctionnaires sur ce qu'on pourrait leur faire croire sur leur propre réalité...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire que vous voulez qu'ils manifestent ?
ANNICK GIRARDIN
Non, pas du tout, je veux qu'ils entendent bien ce que sont les versions des uns et des autres.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ils ont sans doute compris, Annie GIRARDIN.
ANNICK GIRARDIN
Et ils sont effectivement grands et, en même temps, il y a toujours des choses qu'il faut rappeler.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
En Guyane aujourd'hui grève générale illimitée et deux manifestations, l'une à Cayenne et l'autre à Saint-Laurent, vous y êtes allée je crois deux ou trois fois et vous n'avez pas senti monter cette effervescence qui mène ce département de la Guyane au bord de l'explosion sociale ?
ANNICK GIRARDIN
La Guyane et la question aujourd'hui c'est simplement d'abord de dire que ce gouvernement n'a pas attendu cette crise en Guyane pour répondre aux besoins de la Guyane comme aux besoins de l'ensemble des Outre-mer.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais vous vous dépêchez de lancer, d'appliquer des mesures qui freinaient...
ANNICK GIRARDIN
Non, non, mais d'abord il faut le dire. Vous savez je suis ultramarine, je viens de l'Outremer et je connais bien les questions de l'Outremer, donc les questions de l'Outremer ont été traitées par ce gouvernement avec une véritable prise en compte des retards...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ce n'est pas ce que pense l'opposition, mais chacun est dans son rôle.
ANNICK GIRARDIN
Non, ce n'est pas une question de rôle pour moi, c'est une question de vécu. Je viens de l'Outremer, je viens de Saint-Pierre-et-Miquelon et je connais tous les Outre-mer et je connais bien mes collègues...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien ! Mais en Guyane il manque un hôpital, un tribunal, des prisons, la santé, l'éducation, l'économie...
ANNICK GIRARDIN
Tout à fait ! Mais ça on le doit aux 12 années...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'économie.
ANNICK GIRARDIN
Ca on le doit aux 10 années précédentes, le retard structurel dans les Outre-mer est énorme et nous l'avons pris en compte, et nous avons apporté des réponses rapides...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça commencé il y a cinq ans ou il y a 10 ans, il y a 15 ans ?
ANNICK GIRARDIN
Nous avons apporté des réponses et nous prévoyons aussi l'avenir, entre les deux il y a question de l'urgence et l'urgence effectivement elle s'exprime en Guyane et il faut la prendre en compte. Il y a eu effectivement l'envoi en Guyane d'une mission interministérielle de hauts fonctionnaires et il y aura une mission derrière, le Premier ministre l'a annoncé, le ministre de l'Outremer et de l'Intérieur également...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, très, bien, on le sait, peut-être vous y serez.
ANNICK GIRARDIN
Il faut répondre à la question qui se pose aujourd'hui en Guyane de l'avenir de la Guyane, de l'avenir des Outre-mer, de l'avenir de ces jeunes qui sont chômeurs à 45 %, qui ont besoin là d'avoir un Etat fort à leur côté...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais il fallait leur répondre ! Mais en tout cas ils ont raison de manifester, puisque leurs protestations provoquent cette réaction en urgence de la part des autorités publiques. Mais alors ce qu'on ne comprend pas il y a une...
ANNICK GIRARDIN
Non, l'urgence elle est entendue...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien !
ANNICK GIRARDIN
Le temps lent est aussi préparé, le développement durable des Outre-mer est important et il passe par les questions également d'organisation de politique dans les bassins maritimes ou dans les bassins géographiques de chacun.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, d'accord. Une démocratie peut-elle dialoguer avec des masques ? Je veux dire est-ce que l'Etat peut accepter que les 500 frères qui sont cagoulés continuent à porter leurs cagoules, est-ce qu'on négocie s'ils ont les cagoules ?
ANNICK GIRARDIN
On ne négocie pas avec des gens qui portent une cagoule, je crois que c'est extrêmement clair.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
S'ils refusent de l'enlever ?
ANNICK GIRARDIN
Eh bien, écoutez, ce n'est pas ma décision, ce sera celle du Premier ministre.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'ordre public !
ANNICK GIRARDIN
L'ordre public pour moi c'est important, c'est une première chose, la manifestation est quelque chose que je respecte énormément mais il n'y a pas de bras-de-fer à faire et il y a surtout à un moment donné... effectivement je peux comprendre qu'il y ait des cagoules dans des petits territoires à un moment donné quand on a peur de savoir qui on est...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, vous voulez parler, enlevez les masques.
ANNICK GIRARDIN
Mais, quand on discute, on discute avec des gens aux visages découverts c'est évident....
JEAN-PIERRE ELKABBACH
En Guyane ?
ANNICK GIRARDIN
Que ce soit en Guyane ou ailleurs.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Annick GIRARDIN, en Guyane 30 % des actifs sont des fonctionnaires, tous les salaires sont réévalués de 40 %, tous les salaires ?
ANNICK GIRARDIN
La surrémunération ou la... dans l'Outremer.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
La surrémunération.
ANNICK GIRARDIN
Quand on parle de l'Outremer on oublie de dire le coût de la vie dans l'Outremer, par exemple si vous voulez manger un yaourt en Outremer et notamment en Guyane vous allez le payer le double et le triple pour une bouteille d'eau, ça, ça doit se prendre en compte aussi dans le quotidien effectivement sur les territoires.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais est-ce que vous ne créez pas d'inégalités quand 30 %... il y a 20 à 25 % de chômage mais il y a 30 % des actifs qui sont dans la fonction publique, vous créez des inégalités parce que tous ceux qui ne sont pas dans la fonction publique eux n'ont pas le droit à ces 40 % alors que ceux qui sont là touchent les 40 % de surrémunération et est-ce que ça touche les locaux ou ceux qui viennent aussi de la métropole, si je suis né à Cayenne je touche les 40 % de plus ?
ANNICK GIRARDIN
Ça touche tous les fonctionnaires de la Guyane et les agents publics. La question de la surrémunération dans les Outre-mer c'est une question que bien sûr avec Ericka BAREIGTS, la ministre de l'Outremer, nous nous sommes posées, nous avons d'ailleurs demandé une mission et une réflexion sur cette question de la surrémunération et effectivement l'idée de dire le yaourt il coûte plus cher pour tout le monde et, ça, c'est une vraie réflexion à avoir et ce n'est pas quelque chose que je découvre puisque je le vis chez moi aussi où il y a une surrémunération...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors ? Est-ce qu'il ne faut pas, comme dirait votre ami Benoît HAMON, un revenu existentiel ou un revenu d'existence pour toute la population ?
ANNICK GIRARDIN
Il y a un travail qui se fait, il y a un travail qui se fait. Mais il ne faut pas confondre non plus les choses, il n'y a pas des Outre-mer qui seraient tous pareils avec une indication qui serait la même – ce qui est faux d'ailleurs, elle est différente selon les bassins maritimes et selon les territoires – il faut voir les Outre-mer comme une véritable richesse, comme une véritable ressource...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien, on a compris, parce qu'il y a des territoires maritimes, etc.
ANNICK GIRARDIN
Non, non, parce qu'on est dans des bassins maritimes, mais il n'y a pas que ça. Laissez-moi finir !
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la France devient une des grandes puissances maritimes si on tient compte...
ANNICK GIRARDIN
Non, non, laissez-moi finir, on ne traite pas la Guyane de la même manière qu'on peut traiter la Réunion, qu'on peut traiter le Pacifique, chacun a son environnement géographique qui demande une analyse spécifique...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, la surrémunération de 40 %...
ANNICK GIRARDIN
Qui peut être différente selon les Outre-mer et qui peut être traitée différemment.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien ! La surrémunération de 40 % elle doit demeurer ?
ANNICK GIRARDIN
Elle est de 40 % en Guyane...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Aujourd'hui ?
ANNICK GIRARDIN
En Guyane, si on parle de la Guyane...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, oui, la Guyane.
ANNICK GIRARDIN
Et elle doit demeurer pour l‘instant telle qu'elle est, ça n'empêche pas la réflexion que nous avons lancée avec la ministre de l'Outremer...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour aboutir à quoi ?
ANNICK GIRARDIN
Pour aboutir à une vraie réflexion sur la fonction publique bien sûr et cette surrémunération...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, ça veut dire quoi ?
ANNICK GIRARDIN
Et le coût aujourd'hui...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pour l'instant, on les garde ou on les enlève, ou c'est une garantie de calme social ?
ANNICK GIRARDIN
Non, non, il n'y a pas de on les enlève, ce gouvernement a été très clair, on garde les surrémunérations. Ça n'empêche pas de réfléchir à l'avenir, ça n'empêche pas de construire l'avenir avec les élus des territoires, avec les résidents des territoires sur comment être plus équitable, comment être plus juste par rapport à la vie des Outre-mer dans chaque bassin maritime.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On voit bien qu'on ne peut pas parler d'Outremer avec vous sans déclencher de la passion...
ANNICK GIRARDIN
C'est ma vie, monsieur, comme les questions maritimes, comme les questions de fonctionnaires.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, c'est vrai. Combien de temps il faut aller à Saint-Pierre-et-Miquelon, parce que vous y allez régulièrement ?
ANNICK GIRARDIN
Il faut pour aller à Saint-Pierre-et-Miquelon entre 12 heures et 20 heures parce qu'on passe obligatoirement par le Canada.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et, quand vous étiez députée, vous faisiez la navette ?
ANNICK GIRARDIN
Quand j'étais députée je passais 15 jours de chaque côté de l'Atlantique.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
L'Etat a réduit les dotations aux collectivités locales, est-ce qu'il l'a fait aussi avec le département de la Guyane, parce que ce serait drôle qu'il soit maintenant obligé de restituer une partie de ce qu'il lui a enlevé ?
ANNICK GIRARDIN
La Guyane aujourd'hui connait aussi un moment où il y a une collectivité unique qui se met en place entre la Région et le Département, donc là il y a un accompagnement aussi de la collectivité qui s'est effectué et qui s'est mis en place et qui change effectivement un certain nombre de paramètres. Moi je crois honnêtement que les Outre-mer ont besoin aussi d'ingénierie, d'ingénierie qui vienne de leurs propres territoires, c'est-à-dire comment on fait pour que les Outre-mer et que les Guyanais – puisque la question de la Guyane est centrale...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il est temps, il est temps, il est temps.
ANNICK GIRARDIN
Que les Guyanais puissent rentrer chez eux et se mettent au service de leur territoire. Parce que ce que l'on doit dire, moi je veux le dire ici, ce qui est arrivé dans les Outre-mer avec le non remplacement d'un fonctionnaire sur deux - l'époque SARKOZY – ou encore avec la RGPP, c'est que dans les organisations et les services d'Etat...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais c'est vous qui avez coupé les dotations !
ANNICK GIRARDIN
Dans les organisations et les services d'Etat on ne trouve plus de gens de l'Outremer ou de Guyanais avant on va dire le 5ème ou le 6ème échelon d'une hiérarchie, c'est à dire que les Outre-mer eux-mêmes, les Guyanais eux-mêmes ne sont pas autour de la table quand il y a des décisions qui se prennent pour eux.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien qu'ils le soient !
ANNICK GIRARDIN
Il faut qu'ils le soient, il faut que nous...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cela dépend de qui, d‘eux-mêmes ?
ANNICK GIRARDIN
Non, ça dépend de la possibilité qu'on vient de mettre en place, c'est-à-dire comment les fonctionnaires Guyanais peuvent rentrer en Guyane et participer à la reconstruction, ça s'appelle le CIML, ça s'appelle la prise en compte des intérêts moraux et matériels permettant aux Guyanais de rentrer chez eux travailler.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais en tout cas vous laissez un bel héritage à vos successeurs. Deux – trois questions politiques, parce que vous êtes vice-présidente du Parti radical de gauche, ministre vous êtes associée à ce pouvoir, vous savez qu'il y a six leaders de droite qui viennent porter plainte contre un cabinet noir hors-la-loi qui écouterait, espionnerait et exploiterait des informations, si c'est vrai est-ce que vous condamnerez ?
ANNICK GIRARDIN
Si c'est vrai je condamnerai, mais enfin c'est de l'enfumage, on le sait pertinemment. Moi je suis ministre de ce gouvernement depuis maintenant trois ans, secrétaire d'Etat au Développement et à la Francophonie...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais on ne vous dit pas tout, comme dit l'autre on ne vous dit pas tout.
ANNICK GIRARDIN
On ne me Dit pas tout ! Mais en même temps ce gouvernement il a fait la transparence sur la vie publique, ce gouvernement il a fait une véritable séparation entre le pouvoir et la justice – politique – ce gouvernement a fait un certain nombre de gestes pour prôner une transparence totale...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on va voir, la justice indépendante elle est appelée à intervenir, on va la voir...
ANNICK GIRARDIN
Donc qu'on arrête de raconter tout et n'importe quoi...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
On va le voir, j'ai dit la justice.
ANNICK GIRARDIN
Ca pu exister par le passé, il y a un certain nombre de choses qui l'ont démontré, ce n'est pas la méthode de François HOLLANDE.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dernière question ! A travers Sylvia PINEL, qui est la présidente de votre mouvement, vous êtes la vice-présidente, il y a un choix qui a été fait en faveur de Benoît HAMON, quel est votre choix personnel ?
ANNICK GIRARDIN
Mon choix personnel je ne vous le dirai pas ici, je ne l'annoncerai pas avant le 15 avril, tout simplement...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous ne le connaissez pas ?
ANNICK GIRARDIN
Tout simplement parce qu'aujourd'hui ça n'intéresse pas ce qu'obligatoirement je vais mettre dans l'urne, je le dirai à mes compatriotes de Saint-Pierre-et-Miquelon, non je vais vous dire très simplement je porte trois combats : celui de la fonction publique, celui du maritime, la question du développement maritime de la France et la question des Outre-mer, et je souhaite peser dans le débat et je souhaite pouvoir échanger avec mes deux ex-collègues que sont aujourd'hui Emmanuel MACRON et Benoît HAMON...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est à dire que vous n'êtes pas décidée ?
ANNICK GIRARDIN
Et deuxièmement…
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça veut dire que vous pourriez décider autrement que votre parti ?
ANNICK GIRARDIN
Non, non, et deuxièmement j'estime qu'on est en...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, ça m'étonnerait.
ANNICK GIRARDIN
Tout à fait, tout à fait je peux le faire puisque nous avons une liberté de le faire...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pourriez ?
ANNICK GIRARDIN
Et je me réserve la possibilité de le faire.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Rendez-vous quelle date ?
ANNICK GIRARDIN
Je le dirai avant le 15 avril, mais pour l'instant je veux continuer à être à ma tâche et je ne me vois pas demain avec une non cohérence dans le gouvernement...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien ! Très bien, très bien. Qu'est-ce que vous demandez ?
ANNICK GIRARDIN
Ou ici à débattre avec un autre ministre qui soutient un autre candidat, à un moment donné il faut être...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais il faut qu'ils se mettent d'accord et ils ne sont pas d'accord.
ANNICK GIRARDIN
A sa mission.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qu'est-ce que vous recommandez à Benoît HAMON pour qu'il ne se fasse pas dévorer par MELENCHON glouton ?
ANNICK GIRARDIN
Moi, monsieur HAMON, Benoît HAMON, je l'ai rencontré sur les questions de fonction publique, on a pu échanger sur les questions de l'Outremer également...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, mais d'accord, d'accord, d'accord, mais qu'est-ce que vous lui recommandez à Benoît HAMON ?
ANNICK GIRARDIN
Vous savez chacun défend ses valeurs et son programme, parler du programme, convaincre que ce soit les uns ou les autres voilà ce que les candidats doivent faire aujourd'hui, le fond du programme, la France de demain, comment effectivement cette France il la voit, comment la France dans l'Europe, quelle est la France à l'international ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous ne répondez pas, mais vous ne répondez pas.
ANNICK GIRARDIN
Vous savez j'ai été très impliquée aussi sur les... mais c'est ça.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous répondez dès qu'il s'agit de l'Outremer, mais la politique...
ANNICK GIRARDIN
Mais non, mais pas du tout, pas du tout, mais non, écoutez juste ce que je vous dis.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, c'est ce que je fais.
ANNICK GIRARDIN
C'est-à-dire que la question de l'Outremer tel que je peux effectivement vous l'expliquer expliquant toutes les politiques de cette manière-là, qu'est-ce qu'on veut pour les Français demain, qu'est-ce qu'on veut pour les Européens demain ?
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc, votre décision personnelle avant le 15 avril ?
ANNICK GIRARDIN
Avant le 15 avril, parce qu'avant...
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue.
ANNICK GIRARDIN
J'ai du travail à finir pour les Français.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée. Après ça veut dire que le 15 avril vous déposez votre stylo et c'est fini ?
ANNICK GIRARDIN
Vous savez le 15 avril ça va être compliqué de sortir des nouveaux textes parce que derrière il faut qu'ils puissent être validés.
JEAN-PIERRE ELKABBACH
En tout cas il y a les deux circulaires, dont celle sur la laïcité, dont nous aurions pu parler et qui est très importante aussi pour les fonctionnaires et la manière de traiter les différentes religions. Merci d'être venue !
ANNICK GIRARDIN
Merci à vous de m'avoir invité.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 mars 2017