Déclaration de M. Patrick Kanner, ministre de la ville, de la jeunesse et des sports, sur la promotion de la diversité dans le cadre du marché du travail, Paris le 21 mars 2017.

Texte intégral


Sur le front du chômage, il y a deux batailles.
Il y a une bataille pour ainsi dire quantitative : le taux de chômage est trop élevé en France, nous devons le faire baisser.
Il s'agit donc de poursuivre la dynamique qui a été enclenchée ces dernières années et qui portent ses fruits depuis plusieurs mois.
A nouveau l'économie française crée plus d'emplois qu'elle n'en détruit.
Elle est capable par ailleurs d'absorber le différentiel de 150 000 entrées supplémentaires chaque année sur le marché du travail par rapport au nombre de sorties.
Mais cette fameuse « inversion de la courbe du chômage » arrive tard dans le quinquennat et beaucoup reste à faire.
La deuxième bataille est plutôt d'ordre « qualitatif » : elle consiste à faire en sorte que le marché de l'emploi soit le plus juste possible, que la compétence et la motivation soient les critères fondamentaux du recrutement.
Or, il faut le dire sans détour : aujourd'hui, ce n'est pas le cas.
Il est établi que les noms qui évoquent une origine africaine ont nettement moins de chances d'être reçus en entretien.
Les femmes aussi continuent d'être durement discriminées sur le marché de l'emploi comme en termes de rémunération.
Nous avions avec la Ministre du travail demandé à France stratégie, un organisme d'expertise, de chiffrer le coût pour l'économie de ces discriminations.
Car nous combattons ces discriminations avant tout pour des raisons politiques et morales : nous sommes, dans ce Gouvernement, des défenseurs des principes républicains. A quoi bon se glorifier de la valeur d'égalité si nous ne sommes pas capables d'en assurer l'effectivité ? C'est un combat permanent.
Mais, et c'est l'objet de la prochaine table ronde, nous les combattons aussi pour des raisons économiques.
C'est l'intérêt de ce rapport de France Stratégie que d'avoir proposé de les évaluer.
Le résultat est vertigineux : on estime à presque 7 points de la richesse nationale, soit 150 milliards d'euros, le coût des discriminations.
En même temps, je refuse de céder à la langue de bois, ce combat est difficile.
Car c'est une chose d'évaluer au niveau macroéconomique les différences de taux d'emploi et de niveaux de revenus ; c'en est une autre de prouver l'acte discriminatoire.
D'autant plus que faire de l'origine une donnée évaluable bouscule notre orthodoxie républicaine.
Nous devons agir avec discernement et précaution car si la discrimination liée à l'origine ne fait aucun doute, elle est l'une des plus difficiles à objectiver et à mesurer.
Nous devons évidemment éviter d'assigner les individus à des origines réelles ou supposées, d'enfermer les personnes potentiellement discriminées dans une identité quelconque.
Pourtant, nous devons agir.
Je me déplace beaucoup, je parle et surtout j'écoute. Dans les quartiers prioritaires reviennent sans cesse ces mots : « ce que nous attendons, Monsieur le Ministre, c'est du respect ».
Le respect, c'est avant tout de ne pas subir de discrimination en raison de sa couleur de peau ou de son nom. Parmi toutes les discriminations, celle liée aux origines est l'une des plus criantes.
Elle mine notre cohésion nationale, elle violente des individus.
Elle participe aux difficultés sociales et d'insertion, aux sentiments de relégation et finalement, elle peut parfois conduire au repli.
Face à cela, une mobilisation nationale est nécessaire.
L'Etat est évidemment le premier concerné dès lors qu'il s'agit de faire appliquer le principe d'égalité.
Mais il n'y arrivera pas seul. Il n'y arrivera pas sans la bonne volonté voire l'initiative des entreprises.
Je veux ici remercier les équipes de Mozaïk RH à travers leur Président Said Hammouche pour la justesse et la force de leur engagement.
J'ai dit tout à l'heure comme c'était une chance pour notre département que Mozaïk RH s'installe dans le Nord, précisément à Roubaix.
Je veux remercier aussi les 61 entreprises qui ont déjà signé la charte « entreprises et quartiers » que nous avons développée et qui se traduit par des actions concrètes d'insertion à destination des jeunes des quartiers prioritaires.
Nous travaillons aussi en lien avec les syndicats, notamment au sein d'un groupe de dialogue dédié, qui a déjà produit de nombreuses recommandations dont la plupart ont été mises en œuvre par le Gouvernement. Je pense entre autres :
– au rapport que j'évoquais précédemment,
– à une grande campagne de testing dont les résultats ont été livrés il y a quelques jours,
– à la campagne de sensibilisation « les compétences d'abord »,
– à la possibilité donnée par la loi de mener des actions de groupe en termes de lutte contre les discriminations
La loi égalité citoyenneté que j'ai portée et qui a été promulguée fin janvier vient enrichir cet arsenal.
Désormais :
– Les personnes chargées du recrutement dans les entreprises de plus de 300 salariés recevront obligatoirement une formation à la non-discrimination à l'embauche.
– Les bilans sociaux des grandes entreprises comporteront obligatoirement des éléments sur la diversité des recrutements et l'équité dans les carrières.
– La diversité sera l'un des critères d'évaluation des offres dans le cadre des marchés publics.
– Englobant la question du travail, mais allant aussi au-delà, en matière pénale, le racisme, l'antisémitisme, le sexisme, l'homophobie seront systématiquement reconnus comme circonstances aggravantes.
Autant dire que nous ne sommes pas restés les bras ballants devant la gravité et l'urgence du problème.
Mais il faut reconnaître comme il est long et difficile de faire bouger les mentalités et les pratiques. Si nous sommes suffisamment nombreux à conjuguer nos forces, nous y arriverons.
Source http://www.patrickkanner.fr, le 4 avril 2017