Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale à Public Sénat le 14 septembre 2017, sur le bilan de la rentrée scolaire et sociale et le calendrier des vacances scolaires.

Texte intégral


CYRIL VIGUIER
Matinale d'info avec Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale. Bonjour, merci d'être là.
JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.
CYRIL VIGUIER
Tout juste rentré des Antilles, vous avez fait le trajet dans la nuit. Pour vous interroger ce matin Michael SZAMES, de Public Sénat, et Philippe MIRKOVIC de Ouest France.
Jean-Michel BLANQUER, vous revenez donc ce matin même de Saint-Barthélemy et de Saint-Martin, de la Guadeloupe avec le président de la République, vous avez vu de vos yeux les ravages d'Irma, nous allons parler après bien sûr de l'après Irma dans un instant, que peut dire l'homme Jean-Michel BLANQUER de ce qu'il a vu sur le terrain sur place ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai vu une société dévastée par un phénomène hors du commun, comme vous le savez c'est un des cyclones est plus important qui n'y ait jamais eu, donc vous voyez tout simplement des bâtiments, des faits, vous voyez des gens abîmés, mais en même temps des gens en train de se ressaisir ; donc c'est un mélange de sensations puisque vous avez l'impression à la fois d'une terrible catastrophe, mais en même temps du d'une société qui est qui est déjà en train de renaître.
CYRIL VIGUIER
Il y a un rebond déjà ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui ça se voit. Finalement le moment où nous arrivons est un moment qui est encore un d'urgence mais qui est déjà le début d'un moment de reconstruction. C'était notre travail aussi d'ailleurs de faire cette jonction, c'est-à-dire de commencer à dresser des perspectives d'avenir, de très court terme parce qu'il y avait des problèmes immédiats qui se posaient, par exemple pour les questions d'eau, et qui relevaient évidemment de certaines compétences, de moyen terme, et puis de long terme, c'est-à-dire que va être Saint-Martin dans les années qui viennent ; d'une certaine façon c'était aussi un moyen de se ressaisir.
MICHAEL SZAMES
Il y a un fonds d'urgence qui va être mis en place dès la semaine prochaine, pour vous, pour l'Education nationale, quels vont être les moyens développés pour aider l'île ? Quelle est l'importance de cette enveloppe budgétaire que vous allez mettre en place ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce sont des moyens dont l'enveloppe budgétaire n'est pas définie au moment où je vous parle, mais on comme on met tous les moyens, c'est-à-dire qu'en ce moment on est en train de tout simplement répondre à tous les besoins tels tel qu'ils se posent, qui ne sont pas seulement des besoins matériels, vous savez c'est des besoins d'abord de réconfort. J'ai eu beaucoup de réunions avec des professeurs, des chefs d'établissement, des personnels administratifs, il y a toute cette dimension d'unité de la maison Education nationale - et de l'ensemble de l'appareil d'Etat d'ailleurs - qui est très important parce que derrière l'appareil d'Etat vous avez des hommes, des femmes qui ont vécu quelque chose d'exceptionnelle, et donc il y a cette dimension immatérielle qui est en fait encore plus importante que la dimension matérielle. Sur le plan pratique et matériel, vous avez 2 dimensions ; vous avez dimension physique disons, la sécurité des bâtiments, les futures nouveaux bâtiments, ce qui est d'ailleurs de la compétence de la collectivité de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy, et puis vous avez les moyens humains ; donc là ce que nous sommes en train d'organiser c'est tout simplement des renforts c'est-à-dire des personnes qui sont capables de devenir assurer les enseignements dans ….
MICHAEL SZAMES
Est-ce que vous pouvez nous dire ce matin le nombre de renforts potentiels qui pourraient arriver sur place ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, parce qu'on fait ça de manière très pragmatique en fonction du besoin ; et puis ça n'est pas forcément proportionné au nombre de personnes qui s'en vont. Ca peut être plus par exemple ou ça peut être moins à certain moment, puisque en gros la situation sur le plan de l'enseignement si vous voulez c'est que on a le court, le moyen et long terme. Le court terme c'est dès la semaine prochaine commencer un accueil des enfants, des adolescents dans les établissements.
PHILIPPE MIRKOVIC
On voulait y venir parce que en fait le gouvernement espère un retour à la normale à la Toussaint, c'est ce qui a déjà été annoncé par le Premier ministre, c'est quand même ambitieux quand on voit les dégâts évidemment, est-ce que vous pouvez nous détailler justement les priorités qui sont nécessaires selon vous ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous avez raison c'est très ambitieux, mais il faut être ambitieux au service de la société. Vous savez l''école c'est la vie quand même, c'est-à-dire que la société peut renaître grâce à son école ; quand on interrogeait les personnes dans la rue, quand on était avec le président dans les rues de Saint-Martin, quand on parlait avec la population, les gens ils vous parlent de l'eau, de la nourriture bien sûr et tout de suite après il vous parle de l'école. Parce que les raisons d'être, les raisons de continuer à être à Saint-Martin, les raisons de vivre passent par l'école.
PHILIPPE MIRKOVIC
Vous allez démarrer dès la semaine prochaine, un redémarrage des écoles…
JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais évidemment pas exactement comme s'il ne s'était rien passé, ça va de soi. C'est surtout comment on fait des écoles, des collèges et des lycées, des lieux de vie, des lieux où on peut accueillir les élèves et leurs familles, des lieux aussi peuvent avoir lieu des débuts, non pas de cours, mais de sessions, parce qu'il y a aussi toute une dimension psychologique dans ce qui s'est passé. On a d'ailleurs une assez bonne connaissance de ce qu'il faut faire les traumatismes comme cela dans des sociétés qui ont vécu une catastrophe naturelle ; et donc cet accueil va commencer à s'organiser progressivement pas à pas, établissement après établissement à Saint-Martin et à Saint-Barthélemy.
MICHAEL SZAMES
Vous commencerez par les troisièmes, les terminales, c'est la priorité pour ceux qui ont des examens, c'est ça ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
On va faire quelque chose de spécial pour les terminales en particulier, c'est-à-dire certains d'entre eux vont pouvoir aller en Guadeloupe pour aller à l'internat et donc avoir une année normale. Mais pour l'ensemble des élèves…
MICHAEL SZAMES
A la charge de l'Etat ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui c'est à la charge de l'Etat, aussi bien le transport que l'internat, nous avons débloqué évidemment un fonds social pour cela. Les questions d'argent sont au service des finalités qu'on a définies. Et là ce que l'on a faut c'est la remobilisation générale, définir la vingtaine de lieux que sont les écoles, les collèges et les lycées comme étant des lieux de vie, des lieux point de départ à la fois pour les questions de sécurité et puis pour les questions de vie et de communication avec la population. Il faut vous rendre compte que les moyens de communication sont tombés avec le cyclone, qu'ils se rétablissent progressivement et que donc on retourne à des logiques d'autrefois où vous devez communiquer les uns avec les autres de manière empirique. Et donc de ce point de vue là l'école peut jouer un rôle fondamental, et on doit par exemple rétablir la responsabilité, ça parait des choses simples, mais rétablir la responsabilité d'une personne, sur chaque lieu pour faire les recensements des professeurs, les recensements d'élèves, bref recomposer progressivement la communauté éducative lieu par lieu, et puis à partir de là rebâtir une activité scolaire qui sera pleinement mure au retour des vacances de la Toussaint.
MICHAEL SZAMES
Il y a eu beaucoup de fonctionnaires qui sont partis ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Un petit peu, pas beaucoup non.
MICHAEL SZAMES
Est-ce que vous leur demandez à ceux qui sont partis de revenir sur place, est-ce qu'il y a quelque chose qui va être mis en place pour ceux-là, à part les renforts dont vous parliez à l'instant.
JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez il y a deux principes qui doivent être effectifs dans ces cas-là. Vous avez le principe de continuité du service public, et donc l'Etat doit être là, et vous c'est beau avoir aussi de voir l'Etat, quelque chose de très concret, dans les circonstances exceptionnelles ; c'est-à-dire que ce soit les forces de l'ordre, que ce soit les pompiers, que ce soit le monde enseignant c'est des personnes qui se tiennent là. Donc il y a une continuité du service public, c'est évidemment ce que je suis venu assurer, c'est-à-dire le service rendu aux uns et aux autres. Et puis il y a le principe humain, il y a des gens qui ont vécu le cyclone de manière totalement traumatisante. Il faut se rendre compte de ce que ça signifie, de rester pendant plusieurs heures avec tout qui s'effondre autour de vous ; donc bien entendu que l'on doit prendre cela en compte et c'est ce qu'on est en train de faire, donc pour certains ils sont en train de se recomposer une santé en Guadeloupe – ces quelques heures - j'en ai vu plusieurs évidemment, et bien entendu la plupart d'entre eux veulent revenir ensuite, pendant ce temps-là on envoie des renforts, donc on s'organise pour concilier ces deux principes.
CYRIL VIGUIER
Les syndicats ont rendez-vous avez le Premier ministre tout à l'heure au Sénat, en votre absence il ne vous a pas échappé qu'il y a eu une grande manifestation contre les ordonnances, d'autres grèves, manifestations sont annoncées, attendues ; est-ce que vous craignez la contagion ?
PHILIPPE MIRKOVIC
Non. Je ne crains pas la contagion….
MICHAEL SZAMES
Vous pouvez nous assurer que les lycéens, les étudiants n'iront pas dans la rue ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Qui peut assurer des choses du futur comme ça. Non. Mais, non mais par contre j'ai confiance, je vois un climat positif dans le milieu scolaire, d'ailleurs les professeurs ont été très peu concernés par la grève d'hier, donc non je pense qu'on a une sérénité, et surtout qu'on ne se trompe pas de sujet. L'évolution du code du travail ne concerne pas spécialement l'Education nationale, je ne vois pas de … ce n'est pas en tête des problèmes soulevés par les organisations syndicales, donc je ne crains pas de contagion, même si bien entendu nous parlons de cela et qu'il faut rester attentif.
MICHAEL SZAMES
Les retraités qui vont dans la rue, les routiers qui décident de débrayer également, vous ne craignez absolument aucune contagion ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Encore une fois on ne peut pas s'engager pour le futur, mais à ce stade je ne peux pas vous dire que je vois une contagion ; ce n'est pas les retraités, les routiers, c'est des retraités, des routiers, vous n'aviez pas non plus.
PHILIPPE MIRKOVIC
Ni même dans le milieu étudiant donc. Au sujet de la rentrée étudiante il restait encore à la fin août 6000 bacheliers sans affectation, combien sont-ils aujourd'hui ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Comme j'arrive de Saint-Martin je n'ai pas eu le dernier chiffre, il change en permanence puisqu'on a une dernière session d'APB ouverte jusqu'au 25 septembre, donc le chiffre doit être quelque part autour de 3000 je pense.
PHILIPPE MIRKOVIC
La date butoir c'est le 25 septembre, c'est bien ça, il faut que les situations soient réglées …
JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est bien ça. Alors c'est ma collègue Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur qui est évidemment en première ligne sur cette question, même si évidemment c'est avec mon aide, par exemple pour ouvrir des places de BTS aux bacheliers professionnels, nous avons eu affaire les pompiers dans cette affaire APB, nous y arrivons parce que finalement aujourd'hui vraiment l'immense majorité des élèves concernés ; des étudiants concernés ont pu avoir leur affectation, parfois de manière plus ou moins satisfaisante de leur point de vue – j'en suis parfaitement conscient - nous sommes maintenant en situation de faire les architectes c'est-à-dire d'établir ce que sera la prochaine session, il n'y aura évidemment plus de tirage au sort comme nous nous y sommes engagés et les choses se feront…
PHILIPPE MIRKOVIC
Alors justement la ministre de l'Enseignement supérieur y travaille, on le sait bien, mais bien entendu on imagine que ça se fait aussi avec vous, en association avec vous, quel serait selon vous le meilleur dispositif justement pour ces futurs bacheliers ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors ce serait prématuré de vous le décrire puisque précisément ma collègue est en train d'en parler avec différents interlocuteurs….
PHILIPPE MIRKOVIC
Vous pouvez nous donner une approche ….
JEAN-MICHEL BLANQUER
Les grands principes c'est, pour ce qui me concerne notamment pour l'enseignement scolaire, c'est une orientation bien mieux faite, beaucoup plus en continu hommes, beaucoup plus en amont de la classe de terminale que ça n'est le cas aujourd'hui, c'est-à-dire une bien meilleure information des élèves. Si vous prenez le cas de ce qui s'est passé là, de l'engorgement qu'il y a eu lieu, un petit peu comme dans un péage, vous avez trois filière en tension particulièrement comme STAPS pour l'éducation physique et sportive, ces choses-là doivent être plus anticipées par l'information des étudiants sur le contenu des formations, par l'ouverture de formations qui peuvent correspondre aux vrais intérêts des élèves, donc on doit beaucoup moins laisser les choses se faire un petit peu comme ça de manière anarchique finalement et le faire beaucoup plus dans une logique de continuum. Il y aura évidemment toute une série de mesures que nous allons prendre mais elles seront annoncées le moment venu.
MICHAEL SZAMES
Est-ce que vous pouvez nous confirmer par exemple que la fin du prédicat, vous savez c'est cet élément de grammaire du groupe verbal qui a un peu fait décrier avec beaucoup de polémiques, est-ce que vous pouvez nous confirmer que ce sera terminé ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un c'est un symbole, je pense qu'on ne doit pas être uniquement dans le symbole ; j'ai fait comme vous y faites référence une déclaration sur ce point, oui c'est important de revenir à une grammaire intelligible par tous et à une grammaire qui structure la pensée, c'est-à-dire la structuration de la pensée des enfants. Cela passe par ce qu'on appelle la grammaire de phrase, sujet-verbe-complément. On va revenir à des mots simples, normaux – si je puis dire - c'est évidemment la tendance que je vais imprimer, ça ne passe pas que par le Prédicat. De façon générale sur le sujet de la grammaire, si vous voulez, le mot grammaire était presque devenu un mot tabou, on ne l'utilisait presque plus, je veux qu'on utilise de manière claire et nette le mot vocabulaire, le mot grammaire, le langage c'est ce qu'il y a de plus important dans la vie, c'est essentiel, c'est la vie, ça repose sur 2 choses : des mots et des relations entre les mots, c'est-à-dire du vocabulaire, de la grammaire. Cette chose aussi simple que ça doit être affirmée ; et on doit avoir de la pratique, de la grammaire de phrase c'est-à-dire la capacité d'analyser une phrase dans le futur.
MICHAEL SZAMES
Vous confirmez donc l'abandon du prédicat ….
JEAN-MICHEL BLANQUER
Si je ne veux pas m'attarder spécifiquement su prédicat c'est parce que ça n'est pas le seul sujet et parce que ça ne se décide pas comme ça, en un claquement de doigts, vous verrez sans doute des choses en la matière mais la grande tendance, je vous la donne, elle est …
MICHAEL SZAMES
C'est en référence dans votre livre.
JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait.
PHILIPPE MIRKOVIC
Alors vous faites d'autres annonces sur les apprentissages, notamment des mathématiques, de l'histoire, alors quand même c'est un peu surprenant parce que vous avez toujours indiqué qu'il n'était pas question pour vous de réécrire les programmes, et finalement d'opérer des ajustements à la marge en fait, c'était ça vos mots, et puis en réalité on a l'impression là que vous y aller franchement. C'est un changement de cap ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non pas du tout, ce n'est assez difficile de faire passer une approche équilibrée et subtile dans le débat public de nos jours. Qu'est ce que je dis très clairement ? Je dis, ce que j'ai dit dès que je suis arrivé : premièrement : On ne fera pas une grande loi parce que tout ne changera pas par un coup de baguette magique, par juste un texte. Deuxièmement : je ne vais pas faire de zigzag dans les programmes parce que je suis parfaitement conscient que les professeurs, les familles, les élèves sont saturés par ce qu'ils ont vécu jusqu'à aujourd'hui, c'est-à-dire des changements continuels. Donc je tiens compte de ça. En même temps je vois bien qu'il y a des choses qui ne vont pas. Donc j'essaye de les faire évoluer, d'abord par les acteurs eux-mêmes en donnant plus de pouvoir aux équipes éducatives, donc plus d'autonomie aux établissements, plus de capacité à décider, c'est ce qu'on a fait pour la réforme du collège, c'est ce qu'on a fait pour les rythmes, mais aussi des ajustements qui permettent de remettre un petit peu les rails à l'endroit. Et donc cela ne nécessite pas d'abattre tous les programmes, il y a des choses qui sont bonnes dans les programmes, c'est juste de faire le distinguo entre ce qui va bien, qu'on ne change pas, et ce qui ne va pas, que l'on doit faire évoluer. Donc il y a des choses qui ne vont pas, par exemple les questions de grammaire ne sont pas assez explicites dans nos programmes de l'école primaire et du collège, on doit revenir à avoir des élèves qui sachent lire, écrire, compter, respecter autrui à l'école primaire ; et au collège de renforcer les maitrises du français et on va le faire.
C'est toujours la même idée, si vous voulez, on a besoin d'une pédagogie explicite, progressive, structurée. Il y a des principes pédagogiques de base, qu'on ne doit pas oublier, qui sont notamment qu'on va du plus simple au plus complexe. On a les idées très claires sur ce qui fonctionne sur ce point-là. Donc, je ne dis pas que les programmes, tels qu'ils sont actuellement, sont à l'inverse de cela, voyez, encore une fois, il y a des choses que l'on... On peut se baser sur beaucoup de chose qui sont écrites dans les programmes actuels, mais on doit, par des ajustements, redresser le tir
PHILIPPE MIRKOVIC
Alors, il y en a d'autres des éléments ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Voyez, il y a des éléments, ce que vous disiez tout à l'heure sur PREDICA, qui sont un petit peu symboliques, un peu emblématiques de cela, mais qui sont significatifs de ces changements que l'on va faire et qui remettent les choix
MICHAEL SZAMES
Il y a une question qui intéresse aussi les parents d'élèves, les professeurs et évidemment les élèves : les vacances de la Toussaint. Vous les jugez trop longues. Est-ce que vous allez les accourcir ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le même sujet que le PREDICA, c'est à dire que ce n'est pas le ministre qui peut vous dire : demain les vacances de la Toussaint changent. Ce que je fais, c'est que joue sur certains sujets où il peut y voir une décision immédiate, j'ai pris ces décisions, et ça se voit en cette rentrée. Et puis sur d'autres sujets qui sont des grands sujets de société puisque les vacances structurent la société française, il est évident que ce n'est pas moi qui, dans mon bureau, va dire : les vacances de la Toussaint sont divisées par deux. En revanche, j'ouvre un débat sur ce que j'appelle le temps et l'espace de l'enfant au XXIème siècle, donc ça va être un grand débat au cours de plusieurs mois, pour prendre en compte toutes les réalités concrètes des enfants et des adolescents d'aujourd'hui, le temps de sommeil, le rapport aux écrans, tous ces sujets qui sont...
MICHAEL SZAMES
Le rapport au téléphone portable aussi ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Le rapport au téléphone portable. Tous les sujets à intégrer...
MICHAEL SZAMES
On va les mettre dans des casiers ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, je finis juste, à intégrer dans une vision d'ensemble, et les vacances en font partie. Donc c'est vrai que je juge les vacances de la Toussaint trop longues, mais ça se discute, avec beaucoup d'acteurs de la société française, et c'est ce que l'on va faire.
MICHAEL SZAMES
Juste un symbole, le téléphone portable au casier ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez que le président l'a dit pendant la campagne présidentielle, vous avez que l'exemple que je donne toujours, c'est le Conseil des ministres, nous laissons nos téléphones portables avant d'aller en réunion, dans des casiers et on doit maintenant étudier sur le plan scolaire comment cela peut se passer sur un plan pratique.
PHILIPPE MIRKOVIC
Je reviens sur la Toussaint, juste après les vacances de la Toussaint, à la rentrée, vous avez demandé la généralisation du dispositif des devoirs faits au collège, à partir du 6 novembre. Est-ce que vous pensez que ce sera possible, finalement partout, au regard des délais qui ont été souvent relevés par les établissements, et puis surtout, il y a dans ce dans cette opération le recrutement de 10 000 jeunes, qu'il faut former bien sûr.
JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est pour ça. Si vous voulez, tout est cohérent je crois, c'est à dire d'abord c'est voilà typiquement une mesure que je pouvais prendre et qu'on a prise dans les délais les plus rapides. On s'est quand même donné le temps de l'organiser, puisque c'est effectivement au retour des vacances de la Toussaint que cela se passe. C'est d'abord et avant tout les professeurs qui assurent ce dispositif, au travers d'heures supplémentaires, donc ce que nous sommes en train d'organiser dans chaque collège de France, et puis ces professeurs vont pouvoir superviser d'autres acteurs, c'est les assistants d'éducation dans chaque collège, ils sont nombreux, il y en a 50 000 en France, c'est les services civiques que nous sommes en train de recruter, autour de 10 000, et ça peut être aussi les associations. Nous ferons de la labellisation pour être bien sûr d'ailleurs d'avoir des associations de qualité à chaque fois, et c'est cet ensemble qui va faire ce dispositif appelé « devoirs faits », qui va être... alors, qui va pouvoir reposer d'ailleurs parfois sur des choses qui existent déjà dans certains collèges, certaines études dirigées, mais en tout cas va permettre une généralisation et une montée en qualité du soutien scolaire gratuit aux élèves, et évidemment c'est dans le sens de la réduction des inégalités, dans le sens aussi de hausser le niveau général des élèves. La réussite de tous, c'est évidemment mon objectif.
CYRIL VIGUIER
Jean-Michel BLANQUER, enfin une bonne nouvelle...
JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y en a plusieurs.
CYRIL VIGUIER
Paris a les Jeux de 2024. Comment le ministère de l'Education va s'impliquer dans cette aventure française ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
On va s'impliquer considérablement, puisque vous savez, les valeurs du sport, d'une certaine façon, sont comparables aux valeurs de l'éducation, c'est les valeurs du dépassement de soi, les valeurs de l'esprit d'équipe. Tous ces éléments c'est justement ce que nous voulons faire passer. Quand je dis respecter autrui, que j'ajoute à lire, écrire, compter, il y a évidemment des valeurs du sport derrière ça. J'observe d'ailleurs que ces valeurs, quand elles sont dans le sport, ne sont discutées par personne et que quand elles sont dans d'autres champs, il y a plus de discussions. Mais le fait est que, au travers de cela, ce que nous voulons, c'est montrer l'importance du corps, autant que de l'esprit, dans notre vie scolaire. Avec Laura FLESSEL, nous travaillons déjà depuis que nous sommes au gouvernement ensemble, beaucoup sur cette perspective, puisque nous savions qu'il y avait de très grandes chances de gagner, donc nous allons développer toute une série d'actions, de mobilisations. Vous avez par exemple l'Union nationale du sport scolaire, vous savez, ce qu'on appelle les associations sportives du mercredi après-midi, dont le directeur Laurent PETRYNKA, a été un des acteurs majeurs, importants, de la victoire de Paris, Eh bien ça veut dire que ces associations sportives qui comptent plus d'un million d'élèves, vont être dans cette dynamique de Paris 2024. On va aussi rapprocher davantage les clubs de sport, je sais que Laura FLESSEL y tient beaucoup, de notre système scolaire. Donc on va évidemment profiter de l'élan et puis de cet optimisme de Paris 2024.
CYRIL VIGUIER
On dit que la France était en retard dans cette matière, par rapport à des pays anglo-saxons, l'implication du sport dans la vie scolaire. Vous le jugez comme tel ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, je pense que c'est vrai, je pense que ça repose sur un problème de nouveau, matériel et immatériel...
CYRIL VIGUIER
Pas culturel ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, ce que j'appelle immatériel, c'est culturel, c'est-à-dire matériel c'est que souvent nos établissements n'ont pas toujours été conçus comme devant avoir les équipements nécessaires, on n'a pas toujours cette approche par exemple des terrains de sport faciles d'accès, etc., heureusement il y a de belles exceptions. Et puis l'aspect immatériel, culturel si vous préférez, c'est-à-dire qu'on est des cérébraux quand même souvent en France, et il faut...
MICHAEL SZAMES
Et vous avez fêté la victoire dans l'avion du retour hier avec le président ?
JEAN-MICHEL BLANQUER
Malheureusement, ce n'était pas l'atmosphère, pour être très franc, mais néanmoins, bien sûr, il y a une joie profonde d'avoir eu cette victoire.
CYRIL VIGUIER
Voilà, on vous remercie spécialement d'être venu, parce vous avez passé la nuit, enfin ce qu'est votre nuit, dans l'avion avec le président de la République pour revenir des Antilles. Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education. Votre interview sera diffusée sur les sites de la Presse quotidienne régionale toute la matinée. Merci beaucoup.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2017