Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Info le 27 mars 2018, sur la perspective d'une grève "perlée" à la SNCF et les revendications salariales à Air France.

Texte intégral

BRUCE TOUSSAINT
Bonjour Elisabeth BORNE.
ELISABETH BORNE
Bonjour.
BRUCE TOUSSAINT
Vous êtes ministre des Transports. Dans une semaine tout juste débute la grève perlée à la SNCF. Qu'est-ce qui pourrait empêcher la grève mardi prochain ?
ELISABETH BORNE
Ecoutez, pour moi, la seule voie possible dans l'intérêt du service public, de la SNCF et des cheminots, c'est la concertation. Ça fait quasiment un mois que j'ai engagé ces concertations avec les organisations syndicales, avec les élus, avec les associations d'usagers. On parle de sujets très concrets sur l'ouverture à la concurrence, sur l'organisation de la SNCF. Moi, je souhaite que cette concertation se poursuive, qu'elle permette de répondre à des questions précises que se posent les cheminots. Dès vendredi, moi je présenterai le bilan de ces concertations aux organisations syndicales et aux régions. On a avancé sur des sujets concrets sur l'ouverture à la concurrence, et je me propose d'introduire ces dispositions par amendement dans la loi à la place des ordonnances.
BRUCE TOUSSAINT
Alors justement, les syndicats de cheminots vous ont à nouveau interpellée hier pour réclamer de réelles négociations. Ils ont le sentiment qu'il ne se passe rien depuis l'annonce du mouvement fin février.
ELISABETH BORNE
Si la négociation c'est de dire : « On ne croit pas à l'ouverture à la concurrence », en effet il y a une difficulté. L'ouverture à la concurrence, elle a été décidée dans le précédent quinquennat et elle est demandée par les régions. S'il s'agit de répondre aux questions précises que se posent les cheminots sur ce que ça veut dire pour eux : comment on va désigner des salariés, quelle est la part du volontariat, quelles garanties ils vont avoir, si la SNCF perd un contrat, alors il y a beaucoup de sujets à discuter. Et c'est bien ce qu'on pourra voir vendredi quand je présenterai les dispositions qui seront introduites par amendement dans la loi.
BRUCE TOUSSAINT
Soyons concrets. Le statut du cheminot, il y a encore de la concertation, de la négociation, j'allais dire du lest sur ce sujet précis ? Ou honnêtement, c'est le coeur de la réforme et on ne voit pas très bien comment vous pouvez reculer sur ce sujet-là ?
BRUCE TOUSSAINT
C'est une réforme globale qui passe notamment par un investissement massif pour moderniser le réseau qui souffre de décennies de sous-investissement. C'est l'ouverture à la concurrence qui a été décidée dans le précédent quinquennat et qui est attendue par les régions. C'est effectivement la modernisation sociale du secteur. Je rappelle que les cheminots, tous les cheminots qui sont aujourd'hui à la SNCF garderont le statut, mais c'est un principe d'équité de poser la question des conditions de recrutement des futurs cheminots qui rentrent à la SNCF ou dans les autres entreprises qui seront présentes en France avec l'ouverture à la concurrence, et des protections que tous ces salariés pourront avoir dans une convention collective.
BRUCE TOUSSAINT
Je vous repose la question : le statut du cheminot, il est sur la table ou il n'est pas sur la table ? Ce sont d'autres sujets qui sont sur la table éventuellement, mais pas le statut ?
ELISABETH BORNE
Le principe d'équité et qu'à l'avenir tous les salariés qui voudront travailler dans le transport ferroviaire soient protégés par une convention collective, ce principe a été dit. Maintenant, discutons du contenu de la prochaine convention collective.
BRUCE TOUSSAINT
On voit bien qu'on efface, et c'est assez classique évidemment dans un rapport de force, et vous en avez eu une idée d'ailleurs il y a quelques jours à l'occasion le 22 mars dernier de la mobilisation des cheminots, 35 % de grévistes. Ça donne une idée tout de même de la volonté des cheminots d'aller au bout.
ELISABETH BORNE
Je ne suis pas dans le rapport de force. Il y a des réformes qui sont nécessaires. Il y a beaucoup de sujets qui étaient sous le tapis, qu'on met sur la table. Donc moi, je comprends que ça peut susciter des questions voire des inquiétudes. Moi je le redis aux syndicats, notre responsabilité commune c'est d'apporter des réponses aux questions que se posent les cheminots, notamment qu'est ce qui se passera avec l'ouverture à la concurrence, quelles garanties auront les salariés. C'est de ces sujets dont il faut discuter.
BRUCE TOUSSAINT
D'accord, discuter. Mais ça fait combien de temps que vous n'avez pas rencontré les syndicats ?
ELISABETH BORNE
Les syndicats étaient reçus au ministère hier et je vais tout à l'heure recevoir…
BRUCE TOUSSAINT
Tous les syndicats ?
ELISABETH BORNE
Tous les syndicats mais également les associations d'usagers, les élus.
BRUCE TOUSSAINT
SUD-Rail, la CGT.
ELISABETH BORNE
Absolument. Non, non, nous nous voyons régulièrement.
BRUCE TOUSSAINT
Parfait.
ELISABETH BORNE
Et nous parlons de ces sujets qui sont importants pour le service public, la SNCF et les cheminots.
BRUCE TOUSSAINT
La grève perlée, c'est un mouvement assez original qui risque de perturber s'il a lieu. Vous avez l'espoir que ça n'ait pas lieu ?
ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je pense vraiment que l'intérêt de la SNCF et des cheminots, c'est qu'on avance dans la concertation, de ne pas laisser croire qu'il n'y aura pas d'ouverture à la concurrence. Cette ouverture à la concurrence, elle a déjà été décidée. Elle est attendue par les régions et, évidemment, elle est attendue par les régions pour améliorer le service aux voyageurs. Donc voilà, sur tous ces sujets, par contre il y a beaucoup de sujets à discuter et je suis convaincue qu'il faut continuer à avancer, à répondre aux questions que se posent les cheminots.
BRUCE TOUSSAINT
Donc vous allez discuter jusqu'au bout, jusqu'à lundi.
ELISABETH BORNE
Je discuterai jusqu'au bout, je vous le dis. Sur l'ouverture à la concurrence, on nous a reproché de procéder par ordonnance. Je souhaite mettre ces dispositions dans la loi par amendement et je présenterai les dispositions vendredi.
BRUCE TOUSSAINT
Elisabeth BORNE, tous les syndicats qui se sont succédé, les syndicalistes qui se sont succédé à ce micro de Franceinfo, nous ont dit la même chose : « Nous allons voir la ministre des Transports et, en fait, il n'y a rien à négocier. Il n'y a que des explications de texte. » Qu'est-ce que vous répondez à cela ?
ELISABETH BORNE
Non, moi je ne peux pas laisser dire cela.
BRUCE TOUSSAINT
C'est ce qu'ils nous disent.
ELISABETH BORNE
Oui, oui, écoutez, très bien. Moi, je vous dis par exemple, quelles sont les dates d'ouverture à la concurrence ? Il y a une proposition de loi qui est présentée au Sénat qui dit : tout le monde doit être en concurrence dès 2019. Moi, ce n'est pas ma position et donc on peut en parler avec les syndicats. Quelles sont les garanties dont bénéficient les salariés, comment on donne demain un parcours professionnel à des cheminots ? Les cheminots me disent : « Je suis rentré comme conducteur pour faire du TER, je veux devenir conducteur de TGV. » Comment on assure des parcours professionnels aux cheminots ? C'est ces sujets-là dont on doit discuter avec les syndicats.
BRUCE TOUSSAINT
Un dernier mot sur AIR FRANCE. Fanny GUINOCHET dans sa chronique Eco nous en parlait tout à l'heure un peu avant 8 heures. Il y aura probablement un mouvement de grève aussi le 3 avril ainsi que le 7. Le 3 avril, ça va commencer à faire beaucoup. La convergence des luttes, vous en avez entendu parler.
ELISABETH BORNE
Oui. Ecoutez, moi je pense que ces amalgames pas plus que les récupérations politiques qu'on a pu voir jeudi dernier, ça n'est pas dans l'intérêt de ceux qu'on prétend défendre. Voilà.
BRUCE TOUSSAINT
Oui, mais un ça commence à faire beaucoup, non ?
ELISABETH BORNE
On est sur des sujets différents. Il y a des revendications salariales chez AIR FRANCE, une demande de hausse de 6 %. Ce n'est pas banal. Je ne sais pas s'il y a beaucoup d'entreprises qui accordent 6 % d'augmentation salariale aux salariés. En effet, AIR FRANCE va mieux mais AIR FRANCE est dans une compétition mondiale, a besoin de dégager de l'argent pour renouveler sa flotte, donc moi j'appelle tout le monde a la responsabilité.
BRUCE TOUSSAINT
La concertation continue à la SNCF, c'est ce que nous annonce ce matin la ministre des Transports Elisabeth BORNE. Merci beaucoup d'avoir répondu à nos questions ce matin sur Franceinfo.Source : Service d'information du Gouvernement, le 29 mars 2018