Interview de Mme Elisabeth Borne, ministre des transports, à France Info le 12 juin 2018, sur l'aboutissement législatif du processus de réforme de la SNCF.

Texte intégral

BRUCE TOUSSAINT
A suivre, l'interminable grève à la SNCF. Quinzième épisode à partir d'aujourd'hui, à nouveau des perturbations et un projet de réforme qui sera définitivement voté cette semaine à l'Assemblée et au Sénat. Elisabeth BORNE, ministre des Transports, est l'invitée de Franceinfo. (…) Bonjour Elisabeth BORNE.
ELISABETH BORNE, MINISTRE DES TRANSPORTS
Bonjour.
BRUCE TOUSSAINT
Vous êtes ministre des Transports. Déjà le quinzième épisode de cette grève en pointillés à la SNCF alors que le projet de réforme ferroviaire doit être définitivement voté demain à l'Assemblée et jeudi ensuite au Sénat. Les syndicats n'ont pas l'intention de désarmer pour autant. Ils ont même appelé aujourd'hui à une journée de la colère cheminote. Vous n'avez pas réussi à désamorcer ce conflit. Est-ce que c'est un échec pour le gouvernement ?
ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je note que ce processus arrive à son terme, le processus législatif et donc la réforme arrive à son terme comme vous l'avez dit, avec une loi qui va être votée demain à l'Assemblée nationale et jeudi au Sénat. Je pense qu'on a mené à terme cette réforme. Il y a trois mois, on nous disait que c'était impossible, on nous suspectait de vouloir passer en force. En réalité, il y a eu un dialogue permanent avec les organisations syndicales. Du coup, et je le dis aux cheminots, je le dis aux syndicats, il y a des garanties de haut niveau qui sont apportées aux cheminots, notamment en cas de perte de marché par la SNCF et de transfert des cheminots. Et puis, cette réforme a été bâtie dans la concertation, elle a été bâtie avec un travail vraiment de fond avec le Parlement et elle sera votée d'ici la fin de la semaine.
BRUCE TOUSSAINT
Ça, c'est le volet en effet législatif, cette réforme. Mais deux mois et demi de grève, des cheminots qui sont toujours mobilisés, des syndicats toujours unis, des usagers qu'on peut imaginer agacés ou exaspérés. Ça, ce n'est pas un échec ?
ELISABETH BORNE
Moi, j'en appelle maintenant à la responsabilité des syndicats. Vous savez, tout est sur la table aujourd'hui. Le projet de loi qui va être adopté définitivement, il est sur la table. Il apporte effectivement des éléments importants pour les Français, et c'est pour ça qu'on fait cette réforme, parce que ce sera un meilleur service public ferroviaire, ce sera plus de trains, des trains moins chers avec l'ouverture à la concurrence. C'est un engagement sans précédent en faveur du transport ferroviaire et, je le redis, et je pense que c'est important que les cheminots regardent ce qu'il y a dans ce texte de loi, il y a des garanties de haut niveau. J'entendais sur votre antenne un cheminot qui disait : « Moi, je vais perdre beaucoup dans la concurrence », c'est faux. C'est faux. On a voté, et ça va être confirmé demain et après-demain, des garanties de haut niveau. Les cheminots qui seraient transférés emportent la garantie de l'emploi, le régime de retraite, le maintien intégral de la rémunération donc j'invite chacun à regarder ce qu'il y a dans le texte de loi et les syndicats à prendre leurs responsabilités.
BRUCE TOUSSAINT
Prendre leurs responsabilités, voilà ce que vous dites aux syndicats. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire : « Ça suffit maintenant » ?
ELISABETH BORNE
Ça veut dire qu'évidemment les syndicats sont dans leurs droits mais ils doivent aussi entendre la lassitude des usagers. Ils doivent être conscients aussi de l'impact sur certains secteurs économiques. Moi, je pense aux céréales, je pense aussi aux matériaux de construction, je pense même à la sidérurgie. Je pense qu'il faut que chacun soit conscient de l'impact de cette grève. Les éléments sont sur la table. Le gouvernement s'engage en faveur du transport ferroviaire comme personne ne l'avait fait avant nous. On a annoncé la reprise de la dette, trente-cinq milliards d'euros. C'est quand même un effort considérable que personne n'avait fait. On va investir plus que jamais dans le transport ferroviaire. On tait déjà à un niveau record de 3,6 milliards d'euros tous les ans pour remettre en état le réseau ferroviaire. On a annoncé qu'on allait mettre deux cents millions d'euros de plus à partir de 2020. C'est un effort considérable et je pense que chacun doit entendre l'engagement du gouvernement et les garanties qui sont apportées aux cheminots.
BRUCE TOUSSAINT
Malgré ce que vous présentez à l'instant comme des avancées, les syndicats ne bougent pas, y compris les syndicats qu'on présente comme réformistes. On dit depuis le début de ce confit : « Vous verrez, la CFDT notamment et puis d'autres comme l'UNSA finiront bien par craquer. » Je voudrais qu'on écoute ensemble Rémi AUFRERE-PRIVEL. Vous le connaissez bien, c'est le représentant, secrétaire général adjoint de la CFDT Cheminots.
REMI AUFRERE-PRIVEL, SECRETAIRE GENERAL ADJOINT DE LA CFDT CHEMINOTS
A la CFDT Cheminots, la question de la sortie de la grève n'a jamais été posée. Elle n'est donc pas à l'ordre du jour parce que la partie n'est pas finie. Nous avons commencé un marathon. Certes nous l'avons commencé unitairement et comme dans toutes les courses, peut-être que nous ne finissons pas la course au même moment, mais en attendant, la fin de la course n'a pas été sifflée.
BRUCE TOUSSAINT
Qu'est-ce que vous répondez à la CFDT qui ne veut pas arrêter la course ?
ELISABETH BORNE
Je réponds à la CFDT. Après ça, vous voyez, il y a des postures. On a tous en tête qu'il y a des élections professionnelles à la SNCF à la fin de l'année, mais la CFDT sait très bien qu'on a intégré beaucoup des amendements qu'ils avaient proposé, que le texte va être voté, que la loi va s'appliquer et donc il faut entendre la lassitude des usagers, et en particulier pour la semaine prochaine où on a plus de sept cent mille candidats qui vont passer le bac. Moi, j'appelle vraiment les syndicats à prendre leurs responsabilités. Perturber les épreuves du bac, ce n'est pas défendre le service public.
BRUCE TOUSSAINT
Donc vous demandez à ce que le mouvement soit suspendu pendant cette semaine ?
ELISABETH BORNE
Je pense que les Français peuvent attendre, après cette réforme dans laquelle il y a eu du dialogue social, on a intégré les amendements proposés par les syndicats qui se sont inscrits dans la concertation, je pense que les Français peuvent attendre que les épreuves du bac ne soient pas perturbées.
BRUCE TOUSSAINT
Et les vacances d'été ? Certains syndicats veulent poursuivre le mouvement en juillet et en août.
ELISABETH BORNE
Oui, mais moi je vous pose la question : quel sens ça a ? La réforme est votée. Jeudi, elle sera votée définitivement.
BRUCE TOUSSAINT
Donc, c'est fini ?
ELISABETH BORNE
Voilà. Et maintenant, il va y avoir des discussions qui vont s'ouvrir au niveau de la branche pour définir les garanties communes  tous les salariés de toutes les entreprises ferroviaires. Voilà, maintenant ouvrons ces discussions. Moi, je réunirai les partenaires sociaux vendredi.
BRUCE TOUSSAINT
Alors vendredi, qu'est-ce qui va se passer vendredi ? Expliquez-nous.
ELISABETH BORNE
D'abord, je voudrais dire qu'on ne va pas refaire la réforme. La réforme est terminée, elle arrive à son terme. Maintenant, il y a des garanties qui doivent être données au niveau de la branche. Le gouvernement attend des partenaires sociaux, et y compris de la part du patronat, qu'on donne des garanties de haut niveau. Et c'est pour lancer ces discussions, relancer ces discussions, pour avoir une convention collective prête fin 2019. Moi, je réunirai les partenaires sociaux pour relancer cette discussion de la convention collective.
BRUCE TOUSSAINT
Elisabeth BORNE, je le disais, vous êtes ministre des Transports. L'actualité de ce mardi matin est également marquée par des inondations assez fortes dans plusieurs régions, notamment en Ile-de-France, et des grandes difficultés dans les transports. Est-ce que vous avez des informations particulières d'ailleurs sur, je ne sais pas, la circulation des trains ou tout simplement des voitures ce matin ?
ELISABETH BORNE
Alors il y a notamment un glissement de terrain sur le RER B entre Saint-Rémy-lès-Chevreuse et Orsay, donc un glissement de terrain qui a conduit à trois voitures couchées sur les voies. Heureusement, il n'y a que sept blessés légers qui ont été pris en charge et donc la RATP qui est sur le pont pour rétablir le trafic sur ce RER B.
BRUCE TOUSSAINT
Donc une rame a déraillé à l'issue de ce glissement de terrain.
ELISABETH BORNE
Glissement de terrain. Heureusement, il n'y a que sept blessés légers qui sont pris en charge, mais donc, voilà, la RATP est sur le pont pour remettre le RER B en service.
BRUCE TOUSSAINT
Ce qui malheureusement risque de prendre un petit peu de temps, en effet, parce que là, c'est un incident malgré tout assez rare.
ELISABETH BORNE
Voilà, absolument.
BRUCE TOUSSAINT
Merci beaucoup Elisabeth BORNE, ministre des Transports.
Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 juin 2018