Déclaration de M. Edouard Philippe, Premier ministre, en réponse à une question sur les relations entre la France et le Vietnam, à l'Assemblée nationale le 7 novembre 2018.

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Circonstance : Question au Gouvernement posée par Mme Stéphanie Do, députée (LREM) de Seine-et-Marne, à l'Assemblée nationale le 7 novembre 2018

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Texte intégral

Madame la Députée,
Au début des années 1990, le Vietnam a fait le choix de l'ouverture et des réformes économiques. Ce choix a conduit le pays à une transformation rapide, à une croissance forte et à une transformation de ses relations, notamment diplomatiques, avec nombre de pays voisins et d'Etats du monde.
Depuis quelques années, en nous fondant sur l'ancienneté de la relation entre la France et le Vietnam, nous avons noué une coopération très particulière avec ce pays, coopération qui doit s'inscrire dans tous les domaines d'activité envisageables.
L'objet de ma visite, à laquelle j'ai été heureux que vous puissiez vous associer, Madame la Députée, en votre qualité de présidente du groupe d'amitié parlementaire France-Vietnam, était de renforcer nos coopérations, dans chaque domaine.
En matière économique, cela a donné lieu à la signature de contrats dans des domaines aussi divers que l'aérospatiale, les transports, l'énergie ou la santé, ainsi qu'à la signature de contrats qui représentent un peu plus de 10 milliards d'euros de ressources pour les entreprises qui les ont signés.
En matière de santé, j'ai procédé, avec Mme la ministre des solidarités et de la santé, Agnès Buzyn, à l'inauguration d'un centre médical international à Hô-Chi-Minh-Ville. Nous avons pu constater l'intensité de la relation entre le Vietnam et la France, puisque près de 3.000 médecins vietnamiens et de très nombreux spécialistes qui exercent dans les hôpitaux vietnamiens ont été formés en France.
Sur cette proximité, qui est évidemment une richesse, nous pouvons bâtir une relation toujours plus forte et plus étroite.
En matière d'éducation, nous avons inauguré un nouveau lycée français à Hanoï. Accueillant d'ores et déjà près d'un millier d'élèves, le lycée Alexandre-Yersin pourra continuer sa progression et en accueillir 1.200 dans les années à venir. Au lycée Marguerite Duras de Hô-Chi-Minh-Ville, un projet d'agrandissement est en cours. Des partenariats universitaires se développent.
Il en va de même de l'enseignement du français au Vietnam, pays qui compte aujourd'hui 600.000 locuteurs français. Nous pouvons évidemment faire beaucoup mieux. Les autorités vietnamiennes ont pris des décisions qui permettent d'envisager dans de bien meilleures conditions l'enseignement du français dans les écoles vietnamiennes. C'est évidemment avec le Vietnam que nous devons fonder une politique de développement de la francophonie dans l'Asie du Sud-Est.
Et puis, vous l'avez dit, Madame la Députée, il y a eu cette visite à Diên Biên Phu. J'ai choisi de me rendre sur le site non pas de la dernière bataille mais de l'une des dernières batailles de la guerre d'Indochine, en 1954. Je m'y suis rendu avec quelques anciens combattants : le colonel Jacques Allaire, aujourd'hui âgé de 94 ans, et celui qui, alors âgé de vingt ans, était caporal-chef au moment de la bataille, William Schilardi - il a aujourd'hui 84 ans.
Nous nous sommes rendus sur l'ensemble des collines qui constituent la topographie de Diên Biên Phu. Nous avons rendu hommage aux morts de l'armée française comme à ceux de l'armée vietnamienne. Nous l'avons fait avec une grande dignité.
Il se trouve que j'étais le premier Premier ministre - le président Mitterrand s'était rendu en 1993 sur le site - et le premier officiel français à rendre hommage aux morts de l'armée française à Diên Biên Phu. J'ai été heureux et fier de pouvoir le faire, au nom de la France, de pouvoir dire à ces soldats, certes vaincus, qu'ils avaient porté l'honneur de la France.
J'ai été heureux de le faire avec des hommes qui, à cet endroit, s'étaient battus, avaient été fait prisonniers, et qui ont conçu une grande fierté de pouvoir sur ce site rendre hommage à leurs camarades, et à leurs ennemis. Là encore il s'agissait de regarder le passé en face et je suis convaincu que nous l'avons fait, avec les autorités vietnamiennes, sans rien cacher du passé.
La relation franco-vietnamienne, qui a été extraordinaire, a laissé une trace architecturale et institutionnelle au Vietnam. Ce n'est pas moi qui le dis, ce sont les autorités vietnamiennes, qui assument cette relation et la revendiquent. Cette relation a eu des heures sombres, qu'il faut regarder en face, mais elle peut aujourd'hui s'orienter vers un avenir fait de dialogue et de coopération.Source https://www.diplomatie.gouv.fr, le 9 novembre 2018