Texte intégral
Amis de notre pays, amis de notre langue,
Au nom de l'Assemblée Départementale, je suis heureux de vous accueillir si nombreux et de pouvoir ainsi vérifier l'attente qui depuis tant de temps est celle du peuple de chez nous.
J'ai à vous donner deux explications : je vais prendre ici devant vous un grand risque, celui de parler béarnais aux Béarnais, occitan aux Occitans et cela devant vous tous, si nombreux, qui êtes les savants de la langue, les experts de la grammaire, du vocabulaire et de la prononciation ; mais je prends ce risque car je pense qu'il y a sens et signification à entendre le Président du Parlement de Navarre et le ministre de l'Éducation de la République parler officiellement une des langues qui ont été combattues pendant des siècles et des siècles. Vous le savez tous, les enfants qui parlaient basque ou béarnais se faisaient taper sur les doigts. Aujourd'hui, c'est moi qui vais prendre le risque de me faire taper sur les doigts pour ne pas savoir parler correctement notre langue.
La deuxième explication que je veux vous donner, c'est la composition de cette tribune. J'ai demandé, parmi les élus de notre pays, que m'accompagnent ceux qui ont eu un rôle dans la défense de notre langue, de notre culture et de notre identité, maires, députés, ministres, conseillers généraux et régionaux de toutes opinions, mais tous engagés et qui ont aussi quelque chose à dire.
Il en a fallu du temps ! Le temps de l'indifférence et le temps de la dérision et, pour ce qu'il y avait de mieux disposé à notre endroit, le temps du folklore. Mais rien de tout cela n'a été le temps de la dignité, ni celui du respect. Et nous savons ce qu'il a fallu de combats et de soucis pour qu'arrive le jour que nous avons décidé de vivre aujourd'hui tous ensemble. Et quand se tourne la page du combat rien n'est plus légitime que de rendre hommage à ceux qui, les premiers, ont combattu.
Mon premier souvenir qui se lie au combat de la renaissance de la langue est un souvenir d'enfant. J'avais 6 ou 7 ans quand il y a eu a Bordères une grande fête avec musique et discours pour l'inauguration d'une plaque portant le nom d'un homme dont je n'avais jamais entendu parler, et il y a hélas fort à parier que les enfants d'aujourd'hui ne le connaissent pas non plus. La plaque n'existe plus mais je me souviens encore de ce qui y était écrit, le nom d'un félibre béarnais, le R.-P. Monaix dont le pseudonyme était le Pesquitou et qui vivait dans cette maison. À cette époque on savait lire, ce n'était pas encore la décennie des mal-appris, mais je n'ai pas oublié la grande perplexité qui était la mienne devant le mot "félibre". J'étais sur les épaules de mon père qui me l'expliqua. Feu après, il m'acheta le livre intitulé "Flocs et Brocs" qui était resté dans le grenier, et ce fut la première poésie qu'il me soit permis d'entendre dans notre langue marianne.
Il me plaît de citer le nom de ce prêtre oublié pour ouvrir la liste des combattants de la renaissance, et cela d'autant plus que tous les béarnais et d'autres encore connaissent un de ses poèmes, s'ils n'en connaissent qu'un dans notre langue, puisqu'ils chantent ensemble le dimanche à la messe "bona Mair deu Bon Dieu" qui demeure un moment de communion gasconne, au double sens que peut prendre le mot de communion. Alors, honneur à toi, mon voisin de Bordères, Pierre Monaix, sur les mots de qui chantent, chaque dimanche, tes neveux chrétiens et béarnais.
Honneur à vous, félibres, frères de Mistral, qui avez voulu en notre Occitanie retrouver les racines et faire monter la sève du vieil arbre. Oh ! ce n'était pas comme aujourd'hui, tout le monde à la maison parlait béarnais, et tout le monde aussi laissait dire que nous parlions patois.
Honneur à vous, instituteurs de l'ombre, frères de Perboscq qui n'avez pas suivi la doctrine officielle, qui n'avez pas fait la guerre à nos enfants. Vous avez su leur apprendre la langue française mais vous saviez aussi parler avec eux, à la récréation, la langue des secrets, la langue de tous les jours.
Honneur à toi Camelat, épicier d'Arrens : tant de science, tant de culture, tant de poésies enfermées dans une épicerie de village et faisant rayonner à la naissance du siècle le vouloir vivre de notre Gascogne.
Honneur à toi, Simin Palay, pour avoir rassemblé dans l'œuvre de la vie le grand Dictionnaire Béarnais et Gascon, la richesse des mots et la précision des manières de dire.
Honneur à vous Ernest Gabard et Paul Mirat, qui avez été pour un grand nombre d'entre nous, la première médiation à travers Caddetou ou la caricature des anglais de Pau, à travers la tradition du rire dans la langue.
Assez pour les morts. Il faut aussi parler des vivants. Cela ne sera pas facile, parce que nous sommes un peuple pudique, on ne fait pas souvent, chez nous, de grandes déclarations et nous choisissons souvent de railler quand nous aimons. Je veux dire l'honneur des grands solitaires, ceux qui ont le plus de mérite parce qu'ils ont mené le combat aux heures sombres, quand avaient disparu en même temps la dignité de la langue et la langue elle-même.
Honneur à toi, Alexis Arette-Lendresse, homme de langue, rebelle contre tous les pouvoirs. J'aime ta langue. Mieux que le rythme, tu as la "chanson" de la langue. Et puis tu as quelque chose d'autre, que les gens d'ailleurs ne peuvent pas comprendre. Ils s'étonneront de nous voir ensemble, si différents que nous sommes sur cette tribune, comme toi, André Labarrère et moi. Tu as toujours su dépasser, quand tu trouvais un homme de chez nous, les raisons politiques au nom de notre raison, comme s'il y avait entre les hommes de la même terre un temps pour les querelles et un temps pour se reconnaître, et comme si le temps de se reconnaître était plus près de l'éternité. Et ce temps-là a commencé à Siros avec André Mariette, Denis Pécassou, Jean Lassalle. Vous avez fait chanter et rire la vieille langue que l'on oubliait. Et pour cela, Alexis, tu as fait œuvre de renaissance.
Honneur à toi, André Labarrère. Pas seulement parce que tu es le maire de Pau, le maire de la ville majorale, pas seulement parce que tu es, comme tu l'as assez dit, un descendant de Caddetou, et pour cela tu es monté sur l'estrade de Siros, pas seulement parce que tu vas faire bientôt entrer dans le petit Larousse un mot de béarnais faisant croire à toute la France que le "toque-manetes" est chez nous un sport national. Mais aussi parce que tu as voulu tout au long de ta vie politique garder la dimension de l'esprit béarnais. Et bien sûr, cela t'a servi à avoir des voix, mais qui sait, cela a aussi servi à garder une langue.
Honneur à toi, André Graciannette. Dans cette Assemblée du Parlement de Navarre, tu as toujours voulu rappeler qu'il n'y avait pas dans notre Département seulement des basques et des béarnais mais aussi des gascons et que "basque" et "gascon" sont le même mot. Il y avait un occitan d'occident et tu participes sans rester en arrière à la même culture.
Honneur à toi, mon frère, Jean Lassalle, berger et fils de berger. Et si tes brebis ont changé de nature, il n'est pas pour autant plus facile de les protéger, toi qui as commencé en donnant le rire aux assemblées et qui continues en rendant l'espoir aux hommes de la montagne. Ce n'est pas parce que tu es l'ami de tous les jours que je n'ai jamais oublié ce qu'il y a de prophétique dans tes colères.
Honneur à toi, Jean Salles-Loustau. Quand je t'ai rencontré pour la première fois, tu étais exilé, professeur après avoir été paysan, et tu rêvais de retourner travailler chez nous. Aujourd'hui, tu es le professeur d'occitan à l'Université de Pau et tu veux refaire de la Gascogne le centre de la belle langue. Tu mets la modernité de la science au-dessus de la traditionnelle nostalgie.
Honneur aussi à quelques-uns qui n'ont pas pu trouver de place à cette tribune mais qui sont comme vous combattants de la langue et que j'ai voulu faire asseoir aux premiers rangs de l'assemblée.
Honneur à vous Roger Lapassade. J'entendais votre nom pour la première fois quand j'avais 18 ans au lycée Montaigne de Bordeaux en 1968, quand nous créions à quatre ou cinq avec votre ami Darrigrand "l'Ostau Occitan".
Honneur à vous Denis Palu-Laboureu. Vous avez présidé l'Escole Gastou Febus et soutenu un pan de la grande tradition gasconne.
Honneur à vous enfin, Jacques Roth, président de l'Ostau Biarnès ; Sergi Javaloyes, président des Calendretas, Michel et David Grosclaude, le père du côté des scientifiques et le fils du côté des communicateurs, Guy Cassagnet et Jean Eygun, à la tête de l'Escole Gastou Febus et de la revue Reclams, honneur aussi à vous, chroniqueurs de notre presse, Latrubesse, Jean de Mounic etc., qui avez mérité tous les jours de la volonté de vivre de notre langue.
En ce jour du 25 octobre 1993, nous célébrons les combattants parce que nous célébrons le combat. Et ce n'est pas sans signification qu'un ministre de la République, Président du Parlement de Navarre qui, après avoir reçu l'Académie basque Euskalzaindia, déclare que commence une ère nouvelle, celle de la reconnaissance.
La République a vécu deux siècles de répression contre les langues minoritaires. Moi je dis aujourd'hui que ces langues méprisées ont la dignité de langues de France, de langues d'Europe. Il ne me revient pas de juger si la nation française aurait pu se construire autrement en acceptant d'emblée sa diversité. Les anciens ont fait comme ils ont pu. Mais je suis sûr d'une chose, c'est que le temps qui vient à besoin de tout. Et plus que tout, il a besoin d'identité. À l'heure de la télévision, de l'informatique, des messages qui vont en une seconde d'un bout à l'autre du monde, les hommes ont besoin de se souvenir de ce qu'ils sont et d'abord, sachant où ils veulent aller, savoir d'où ils viennent. Cela n'enlève rien. Je ne suis pas moins français, amoureux que je suis de la langue française, en essayant de parler à nouveau la langue des pères et des mères qui ont fait ce que je suis.
Partout, sur la planète, les hommes cherchent des repères. Écoutez-moi : si nous ne savons pas donner des marques de vérité, les hommes chercheront des marques de folie. Et vous verrez revenir les nationalismes, les guerres de religion, la glorification des ethnies qui sont le contraire d'une identité d'hommes de paix qui aiment les autres parce qu'ils s‘aiment comme ils sont. La réconciliation avec les racines n'est pas autre chose que la réconciliation avec soi-même et si je voulais faire un brin de philosophie, le chemin de l'identité n'est pas autre chose que le chemin de la psychanalyse pour un homme solitaire.
Et nous autres, béarnais, gascons, occitans, ce que nous avons à apprendre, ce que nous avons à accepter et à aimer, c'est une des plus grandes traditions culturelles de l'Europe moderne. Nous avons oublié et nous devons réapprendre que c'est ici qu'est née une des premières, si ce n'est la première, démocratie de l'ère chrétienne.
C'est ici, dans les Pyrénées, écrite en occitan, que nous avons eu la première constitution qui a donné aux paysans la dignité d'hommes libres. Les fors d'Oloron, de Morlaas, mais aussi de Jaca, de Pampelune, plus de six cents ans avant l'Habeas Corpus, en une révélation de civilisation, ont décrété la protection des petits contre l'arbitraire des grands.
C'est ici, dans notre Occitanie, que les troubadours ont donné à la femme la place majeure ouvrant pour elle une porte demeurée fermée encore aujourd'hui dans tant et tant de sociétés. Et ces visionnaires étaient aussi les plus grands poètes de tous les temps. Nous avons oublié qu'il y a sept cents ans quand Dante Alighieri écrivait le Purgatoire, les seuls mots qui n‘étaient pas en Italie étaient en occitan : "Je suis Arnaud qui pleure et vais chantant". Et trois siècles plus tard, quand Marguerite de Navarre faisait rayonner depuis Pau et Nerac ce qu'il y avait de plus ouvert et de plus raffiné en Occident, c'était la même sève et la même richesse. Et sans parler de Nouste Henric qui a donné aux rois de France et de Navarre la finesse et le sens politique, qui fit d'une monarchie épuisée la plus grande de toute l'Europe.
Voilà quel est notre héritage. Voilà quelle est notre vocation, Nous ne sommes pas les béarnais du Béarn, nous sommes les béarnais du monde, inventeurs de vérité, inventeurs de liberté. Et si nous avions oublié, croyez-vous qu'il y aurait autant de monde dans ce Parlement de Navarre, avec les maires, les associations, les universitaires… ?
C'est fini le temps de la honte. Commence, quand bien même il serait tard, quand bien même il serait difficile, le temps de la fierté. Et la fierté n'est pas seulement une déclaration, même s'il faut que la déclaration soit première. C'est aussi une politique. Notre premier travail est celui de la transmission de la langue. Denis Pécassou m'a fait un grand plaisir et un grand honneur en dessinant mon portrait sur l'affiche de Siros. Autour de moi, il avait aussi dessiné trois enfants qui me posaient la question majeure "Est-il vrai Monsieur le Ministre que nous allons retrouver notre langue à l'école ?". À cette question, je n'ai qu'un mot à répondre : oui, nous allons retrouver la langue à l'école. Nous ne pouvons forcer personne mais nous pouvons le proposer à tous et, dans cet effort, toutes les bonnes volontés sont les bienvenues. Pour aller là où nous voulons aller, tous les chemins sont bons. Les calendretas, l'enseignement bilingue, qu'il soit public ou privé, l'enseignement dans la langue et de la langue comme une discipline première ou matière à option, tout concourt et joue son rôle.
Mais cette serrure a besoin d'une clé et la clé ce sont les maîtres. Ici, je réponds Alexis, à une question que tu m'as souvent posée : nous n'aurons pas de maîtres si nous ne faisons pas ce qu'il faut pour permettre aux professeurs qui connaissent la langue de revenir ici, alors qu'ils sont si loin que leur connaissance se perd et ne sert à rien. Je veux proposer une nouvelle politique d'affectation des enseignants afin que la connaissance d'une langue régionale, prouvée par un diplôme universitaire, puisse donner priorité à une affectation dans sa région. Après tout, cela donne bien priorité d'être parti dans un pays étranger dans une autre fonction.
Pourquoi ne pas donner priorité aussi pour enseigner ce qu'il y a de plus intime dans un pays : la connaissance de la langue. Bien sûr que nous avons besoin de professeurs d'occitan et j'ai le projet d'augmenter le nombre des postes offerts au concours. Mais bien sûr nous avons besoin aussi de professeurs de mathématiques, de physique, d'histoire, de latin et de grec qui savent assez d'occitan pour enseigner s'il le faut leur discipline en occitan pour que nos fils et nos filles qui voudront se plonger dans le bain de la langue puissent trouver les compétences qui répondront à leur attente. Oh je sais, ce ne sera pas un raz-de-marée ! Ce sera d'abord un petit filet d'eau et puis peut-être un ruisseau, mais un ruisseau, aussi petit soit-il, dans un désert fait fleurir la terre.
Mais il y a une idée de plus. Les enfants de chez nous ne sont pas que chez nous. Il y en a certains qui sont avec leur famille ailleurs en France, voire à l'étranger. Ceux-là ont besoin plus encore que ceux de Pau et de Bayonne de garder le contact avec le pays. J'ai choisi, en tant que Ministre, de commencer une révolution. Je ne puis accepter que la possibilité d'apprendre telle ou telle option soit réservée à ceux qui ont la chance d'être scolarisés dans l'école qui peut offrir les options demandées. Il y a ici comme une injustice. J'ai demandé, la semaine dernière au directeur du Centre National d'Enseignement à Distance de préparer par correspondance, par la télévision, un programme d'options qui seront offertes partout et à tous. Au nombre de ces options, je veux qu'il y ait un programme d'occitan et aussi de basque, de breton etc. Ainsi, ou qu'ils soient, nos enfants pourront trouver un peu de notre pays.
Nous savons que l'école ne suffit pas. Nous vivons dans le monde de la communication. Sans radio et sans télévision, rien ne peut être fait. Je vais demander avec les trois présidents des régions occitanes de Bordeaux, Toulouse et Montpellier, que l'on puisse étudier le projet de diffuser tous les jours un journal télévisé en occitan pour les occitans. Nous n'avons pas besoin d'heures entières mais nous avons besoin d'abord d'en avoir un peu chaque jour. Nous autres et le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques allons proposer de faire un effort supplémentaire pour les radios locales qui parlent dans la langue.
Mais nous avons aussi à connaître tout de suite quel est l'état exact du parler béarnais ou gascon. Je vais proposer que soit commandée une grande étude avec les techniques modernes des sondages qui sera dirigée en collaboration entre l'université et les États Généraux de la langue. Si les bigourdans ou d'autres départements veulent nous rejoindre, ils seront naturellement bienvenus, d'autant plus bienvenus qu'ils viendront aussi avec un peu d'argent.
C'était le deuxième point.
Le troisième point est plus large encore. Il faut que soient fédérés tous les efforts de connaissance, de science, de culture pour travailler dans la même direction. Les basques ont l'Académie et l'Institut Culturel Basque. Nous n'avons pas à copier, rien ne se ressemble vraiment mais nous avons à trouver dans un même lieu les hommes de science, les hommes de communication et les hommes d'animation et de formation. Nous allons proposer de construire depuis l'université le centre de la langue et de la culture béarnaises, gasconnes et occitanes. Ainsi nous aurons à Pau une maison dont la vocation, comme au temps de Marguerite de Navarre, sera un lieu de rencontres et de rayonnement qui iront au-delà de nos limites administratives.
Peut-être l'avez-vous remarqué, j'ai circulé sans beaucoup de précautions entre des notions qui sont toutes des pièges. Ici j'ai dit "occitan", ici "gascon" et ailleurs "béarnais". Je dois m'en expliquer et ce sera la ma conclusion. Je suis comme tout le monde, quand j'étais jeune j'avais mes préférences, je ne reconnaissais pas, quand je lisais de l'occitan, la langue de mon père et de ma mère. Je ne retrouvais pas, quand chantaient Marti ou Delbau la langue de la plaine du gave, de Morlaas ou de Pau. Et je me sentais dépossédé d'une part de moi-même.
Il m'a fallu du temps pour comprendre qu'il y avait bien moins de différence entre le béarnais, le bigourdan qui est la même langue, le gascon de Bayonne, des Landes ou du Périgord qu'il n'y en avait il y a deux cents ans entre la langue de Touraine et celle de Champagne. Pourtant, ensemble elles ont fait le français. Et il m'a fallu du temps pour apprendre que les occitans ont eu une langue littéraire, administrative, juridique et savante, commune pendant cinq siècles.
Aujourd'hui, je ne me reconnais pas davantage dans ces querelles. Nous sommes assez menacés, la cause est assez désespérée pour ne pas faire l'union de tous les fils de la langue marianne. Dans l'Europe qui va se construire, cette identité de français occitan est un atout que nous avons à jouer.
L'occitan n'est plus la langue des dominés, des paysans qui avaient honte de parler devant les grands. Elle doit devenir le signe de reconnaissance d'une sorte d'élite qui va assumer le destin du pays. C'est un honneur pour nous qui siégeons dans ce Parlement de Navarre, la quasi-totalité des élus du Béarn et de Gascogne qui parlons occitan. Nous ne sommes pas l'arrière-garde mais nous sommes l'avant-garde d'une Europe qui va se construire, non seulement avec les anglo-saxons, mais aussi qui va s'équilibrer avec les 120 millions d'européens qui vivent dans la latinité. Nous allons nous retrouver occitans, navarrais, aragonais, catalans, corses, espagnols, portugais, italiens, nous allons nous retrouver à vivre et sentir autour de la mère latine, nous qui savons qu'il y a désormais une autre mère latine puisqu'il y a de l'autre côté de l'Atlantique toute l'Amérique latine et une partie de l'Amérique du Nord qui comprendront notre message.
Je suis conscient d'être un peu sorti de la fonction politique habituelle mais il m'a semblé qu'il y a une mission historique que nous devons assumer tous ensemble et que, si nous ne l'osons pas, demain nous aurons manqué notre chance pour toujours. Je ne suis pas sûr de réussir, je dois l'avouer. Mais je suis sûr qu'il faut essayer et il me semble, en proclamant l'urgence de cette renaissance, servir la cause de la langue française que j'aime aussi sans mesure. Si on veut la défendre contre cet espéranto moderne qu'est le "basic english", cet anglais basique que parle le monde entier sans précision, sans élégance et avec une faute à chaque mot, on ne peut pas laisser le français tout seul, comme une digue qui sera facilement emportée, il faut le renforcer avec ses sœurs latines. Et il faut expliquer à tous que, si les enfants ont à apprendre l'anglais et à le maîtriser le mieux possible, il y a dans ce monde un grand nombre de peuples qui parlent trois, quatre ou cinq langues et que, s'ils connaissent deux langues tout petits, il leur est encore plus facile d'en apprendre d'autres.
Si nous savons tout cela, nous aurons fait ensemble un grand pas et nos enfants se souviendront de la proclamation de Pau, de la proclamation de la renaissance qu'il nous a fallu faire pour demeurer fidèles et pour être à la hauteur du travail d'homme qui est le nôtre.
Je vous remercie.