Article de M. Pierre Zarka, membre du secrétariat du comité national du PCF, dans "L'Humanité" du 21 août 1998, sur la commémoration de l'invasion de la Tchécoslovaquie par l'URSS, les relations du PCF et du PCUS, l'essoufflement du modèle autoritaire du communisme et la fin de l'Union soviétique.

Texte intégral

L'invasion de la Tchécoslovaquie par l'URSS et ses alliés a marqué brutalement la fin du Printemps de Prague. Et, avec elle, la fin de tout esprit de rénovation du socialisme conçu à l'Est. Cette invasion portait en germe la fin de l'URSS elle-même. Pourtant, déjà, 1956 avait été une date clé. La révélation et la condamnation des crimes du stalinisme signifiaient que l'URSS était faillible et que l'absence de bases démocratiques dans la conception du socialisme appelait de profondes transformations. 1956 est également l'année des évènements de Hongrie et de changements au sein du Parti communiste et du gouvernement polonais. Des recherches et expériences économiques en URSS s'annoncent – vite étouffées dans l'oeuf -, alors qu'un essor culturel se produit en Pologne, en Tchécoslovaquie comme en Union soviétique. En même temps, cela se déroulait dans un cadre ancien : Khrouchtchev vilipendait la peinture abstraite, Siniavski était condamné pour ses écrits…. ce qu'on appelait alors le mouvement communiste international était vécu comme un tout, devant être homogène, sous le patronage soviétique. Alors que dans les pays industrialisés émergeait une conscience nouvelle de la place des hommes dans la société et de la nécessité du développement par la démocratie, la France restait figée dans des modes de fonctionnement rigides, les Etats-Unis s'embourbaient dans la guerre du Vietnam et la ségrégation raciale. La nouvelle génération était en quête de réponses. Cela n'allait pas sans hésitations, mais, dans un pays où ils étaient au pouvoir, des communistes prônaient la désétatisation de l'économie, la séparation du Parti et de l'Etat, le droit de grève, la liberté de la presse, le pluralisme. Dans une interview à « l'Humanité » du 11 avril 1968, Alexandre Dubcek précisait : « Le développement du socialisme est impensable sans la participation active de toutes les couches de la société, sans le sentiment personnel du droit inaliénable de chaque citoyen à s'exprimer sans empêchements d'aucune sorte (…). »

Au lieu de répondre aux attentes de l'époque, le dogmatisme, les anciens rapports de commandement qui avaient repris le dessus à Moscou avec l'éviction de Khrouchtchev, la politique des blocs, où chacun voulait garder sa zone d'influence, ont provoqué ce monstrueux gâchis et mis un terme aux capacités d'impulsion du socialisme et à sa force d'attraction. Dès janvier, le PCF regarde le mouvement de rénovation tchécoslovaque avec sympathie et prudence. Il y trouve un écho à ses propres recherches de la transformation, à ses débats sur la « voie pacifique ou démocratique au socialisme ». Dans les limites cependant fondamentales de l'application « à la française » de principes jugés universels issus de la IIIe internationale. C'était la première fois que le Parti communiste français donnait tort à l'URSS et, sans renier cette condamnation, il finit, de fait, sinon par accepter la « normalisation », du moins par l'admettre. De cet évènement et du mal français, une dynamique allait sortir, avec ses contradictions et ses heurts. A travers des conceptions encore inchangées, le Parti communiste français percevait qu'il devait apprendre à penser par lui-même son propre communisme.