Texte intégral
Discours de monsieur Balladur, le 1er mars 1995, à Dijon
Mes chers amis, nous sommes tous réunis pour croire en la France. Et réunis de la région de Bourgogne, de celle de Franche-Comté; je tiens à saluer tous les parlementaires et les élus qui se sont rassemblés de ces deux régions, et parfois même d'au-delà, et à leur rendre hommage. Je tiens à remercier Louis de Bouassia d'avoir bien voulu ordonner nos débats et je tiens à dire à Robert Poujade, à Henri Revol, à Christian Bergelen, à Dominique Perben et à Simone Veil combien je suis sensible à ce qu'ils ont dit.
Je suis heureux de me retrouver ce soir avec vous, à Dijon, en Bourgogne, où je suis toujours content de revenir. J'y suis d'ailleurs venu assez souvent depuis quelques années.
Voilà que commence enfin, – elle a bien commencé même ! – cette campagne électorale présidentielle. Cette campagne doit être pour nous une occasion de parler ensemble de la France, de ce que nous voulons pour elle, de ce que nous sommes résolus à faire pour elle de tout notre cœur, de toute notre volonté et de tout notre patriotisme.
Dans le passé, il y a eu beaucoup d'occasions manquées et, bien souvent, notre pays a manqué des chances que l'histoire lui offrait parce qu'on n'a pas su imaginer l'avenir, parce qu'on n'a pas su comprendre dans quelle société nous vivions, parce qu'on a mal compris les aspirations de la jeunesse ou les aspirations de tous ceux qui travaillent, parce qu'on n'a pas vu que le monde changeait et que, à ce nouveau monde qui naissait, il fallait de nouvelles recettes et une nouvelle politique. Alors, nous avons quelques mois, quelques semaines devant nous pour parler ensemble, pour parler de la France, pour parler des français, pour parler de vous, pour parler de vos aspirations, de vos espoirs et pour parler aussi de ce que vous êtes décidés à faire de toutes vos forces pour votre pays.
Chaque campagne est unique et ne ressemble pas à la précédente. Moi, c'est la première de ce type-là. Ce n'est donc pas une routine avec des recettes plus ou moins éprouvées. Et, je vous le dis avec émotion et avec gravité pour moi, cette campagne est un acte essentiel qui m'engage tout entier avec tout ce à quoi je crois le plus profondément et tout ce à quoi j'aspire pour notre pays.
C'est la fin d'une période de quatorze années. Ne peignons pas la réalité en blanc et en noir. La France a vécu pendant ces quatorze années; elle a eu aussi grâce au travail des français, elle a connu un certain nombre de succès mais elle a laissé passer beaucoup de chances et, au total, elle se retrouve aujourd'hui dans une situation moins bonne que ce qu'elle aurait dû être si 1981 n'avait pas marqué une rupture.
J'entends parfois les commentaires sur ce que fait ou ne fait pas le gouvernement et j'ai parfois le sentiment que tous ceux qui en parlent ont l'air de considérer que le gouvernement que je dirige et moi-même sommes au pouvoir depuis quatorze ans. Or, je vous le signale, nous le sommes depuis vingt-deux mois. Nous nous sommes donnés beaucoup de mal, nous avons beaucoup travaillé et, avec votre soutien à tous, nous commençons à obtenir certains résultats mais nous n'avons jamais dit, jamais pensé, jamais cru que nous allions en vingt-deux mois faire des miracles et tout changer en bien dans la société française.
C'est la fin d'une période de quatorze années et c'est aussi la fin d'une crise qui dure depuis vingt ans. C'est aux jeunes que je pense : ils sont nés avec cette crise, ils sont nés pendant cette crise, ils n'ont jamais entendu parler que d'elle. Et, dans leurs études et dans leurs efforts, ils se disent : « Mais finalement, quel est le monde dans lequel je vais entrer ? Y aurai-je et y trouverai-je ma place ? ».
Eh bien, mon ambition, en pensant aux jeunes, c'est que nous fassions en sorte qu'ensemble la France sorte de la crise.
Qui de nous n'a rêvé à l'an 2000, à ce tournant du siècle qui s'approche ? Et bien, il nous appartient ensemble d'y préparer la France. Et pour cela, mes chers amis, il ne faut pas nous tromper. Il s'agit de savoir quelle France nous voulons, en quoi elle doit être différente de la France d'aujourd'hui, quelles réformes doivent être apportées à notre société, quels changements.
J'entends parfois dire : « Les français sont pour les changements en paroles, ils aiment qu'on leur parle de changement et quand on leur en propose un, eh bien ils n'en veulent plus. » Je ne suis pas du tout de cet avis. Pas du tout. Je crois que c'est une question d'honnêteté et de dialogue.
Et c'est pourquoi, si la première question que nous devons nous poser à l'occasion de l'élection présidentielle c'est : « Quelle France voulons-nous dans les années qui viennent, en quoi doit-elle être différente de la France d'aujourd'hui, quelles réformes doivent être apportées à notre société ? », la deuxième question que nous devons nous poser c'est : « Avec quelles méthodes ? Est-ce que c'est par la voie de l'autorité immédiate, brutale ou par la voie du dialogue ? Est-ce que c'est par la voie de la décision centralisée, prise à Paris, loin des français ou est-ce que c'est par la voie du contrat négocié au plus près des citoyens dans leurs régions, dans leurs départements, dans leurs entreprises, dans leurs écoles, dans leurs universités ? » Voilà la question qui se pose.
Et l'un de ceux qui s'exprimaient tout à l'heure disait : « La société moderne désormais est une société qui ne s'accommode plus des solutions toutes faites, uniformes, automatiques et brutales ». Les françaises et les français sont un peuple adulte, majeur, comme les autres parmi leurs voisins européens. Ils ont envie qu'on leur permette de s'exprimer, qu'on leur permette de parler, qu'on les écoute, qu'on tienne compte de leurs avis et qu'on préfère le dialogue et le contrat chaque fois que c'est possible à la décision autoritaire. Voilà la deuxième question que pose l'élection présidentielle.
La troisième : « Serons-nous capables, à l'occasion de cette élection, de nous rassembler le plus largement possible ? » Vous avez ici, dans cette tribune, et vous êtes, dans la salle, des hommes et des femmes issues de l'ensemble des mouvements ou des partis qui composent la majorité : le mouvement démocrate-chrétien, le mouvement gaulliste, le mouvement libéral, le mouvement radical. Et d'autres encore qui n'appartiennent à aucun parti, qui ne se reconnaissent nécessairement dans aucun parti mais qui ont envie, à l'occasion de cette élection présidentielle, de dire quelle France ils veulent, comment ils veulent la voir changer, par quelles méthodes ils veulent la voir changer et avec quels hommes et quelles femmes ils veulent la voir changer.
Voilà, mes chers amis, les trois questions qui se posent à nous.
Tout d'abord, quelle France voulons-nous ?
Nous voulons une France plus forte. Oui, nous voulons une France plus forte et en cela nous sommes fidèles à l'aspiration que nous a léguée le Général de Gaulle parce que nous avons une grande ambition pour notre pays. Mais aussi parce que seule une France plus forte peut permettre une société plus juste et des français plus unis, plus égaux et ayant une égalité des chances plus grande.
Alors, qu'est-ce qu'il faut faire pour avoir une France plus forte ? C'est le débat fondamental qui se pose aujourd'hui dans notre pays.
Et bien, il faut que ce soit une France qui reparte dans la voie du progrès. Et d'un progrès économique qui soit au service de tous. J'ai tout fait, nous avons tout fait – vous avez devant vous cinq membres du gouvernement – nous avons tout fait pour remettre la France en marche. Nous l'avions trouvée à l'arrêt. Nous avons tout fait pour lutter contre le chômage : il croissait de 30 ou 40 000 par mois. Nous avons tout fait pour sauver la protection sociale : elle était dans un état de quasi-faillite avec un déficit qui avoisinait les 100 milliards de francs. Bien peu y croyaient d'ailleurs à cette possibilité de redresser la situation. Nous nous y sommes consacrés, je m'y suis consacré pendant deux années. Et nous n'avons pas ménagé notre peine, nous n'avons pas fait de promesse. Nous avons dit simplement que tous nos efforts seraient mobilisés pour, qu'au bout de ces deux années, on puisse dire : « La France commence à aller mieux. »
Alors, mes chers amis, je vous le demande : « Oui ou non la France commence-t-elle à aller mieux ? Et avons-nous tenu notre parole envers vous ? »
Je savais que nous rencontrerions des difficultés, je savais que nous rencontrerions des échecs. En deux années, comment imaginer qu'il nous serait tout épargné ? Mais j'étais confiant également même si, parfois, il m'arrivait de me laisser aller à un sentiment d'anxiété : au moment de la crise monétaire tellement grave, par exemple, du mois d'août 93 ou lorsque la négociation du GATT s'est tellement tendue que je me suis demandé si nous arriverions à défendre les intérêts fondamentaux de notre économie, de notre pays et de nos agriculteurs; et j'en parle ici, en Bourgogne; vous savez bien ce que je veux dire.
Nous n'avons pas ménagé notre peine et nous avons eu une satisfaction : c'est que les français ont compris nos efforts et que l'opinion nous a soutenus.
Aujourd'hui, les choses commencent à aller mieux. Nous avons retrouvé la croissance économique sans laquelle rien n'est possible, et le chômage, qui reste le premier problème des français, nous commençons à le maîtriser.
Là aussi, je n'avais pas fait de promesse. Je n'avais pas fait de promesse. J'avais dit : « Je promets en revanche que tout sera mis en œuvre, pour arrêter la dégradation du chômage en 1994 ».
Que s'est-il passé ? En 1993, quand nous sommes arrivés au pouvoir, nous avons trouvé une situation telle que le chômage a augmenté de 330 000 chômeurs et, en 1994, il n'a plus augmenté que d'un peu moins que 30 000. Donc, la stabilisation que j'espérais s'est réalisée et, ce mois-ci, le chômage diminue de plus de 17 000. C'est la première fois depuis longtemps et cela montre bien que le contrat que je propose à notre pays et à ses forces vives – au patronat, aux syndicats, aux entreprises, aux représentants de l'État – de faire en sorte que le chômage diminue chaque année de 200 000 pour, qu'en cinq ans, nous puissions diminuer de 1 million le nombre des chômeurs dans notre pays, cela montre bien que c'est à notre portée.
Et pour la première fois depuis quatre ans, le chômage de longue durée a diminué. Et aujourd'hui – il y a beaucoup trop de jeunes au chômage – mais aujourd'hui le nombre de jeunes au chômage est moins important qu'il ne l'était en 1993 quand nous sommes arrivés au gouvernement.
Si un Premier ministre et un gouvernement ne devaient servir qu'à cela, eh bien ça ne serait déjà pas si mal.
Certains sont tentés de dire – on les a déjà entendus depuis hier où cette bonne nouvelle a été annoncée – sont tentés de dire que ça n'est pas suffisant. Ils ont raison. Ils ont tout à fait raison. Moi non plus je ne m'en contente pas. Il s'en faut même de beaucoup. Mais, il y a deux ans, qui a pris la responsabilité d'essayer de faire mieux sinon ceux qui sont devant vous ?
Peut-être, peut-être ne croyaient-ils pas qu'il serait possible d'améliorer la situation ? Je n'en étais pas certain moi non plus mais j'ai considéré que nous n'avions pas le droit et que je n'avais pas le droit, malgré la cohabitation, qui est une situation politique et institutionnelle délicate, que nous n'avions pas le droit de faire perdre deux années de plus à notre pays et que le devoir de commencer tout de suite l'œuvre de redressement primait tous les autres.
Alors aujourd'hui, aujourd'hui que la croissance est de retour, que la sécurité est améliorée dans notre pays, que nous avons gagné la bataille pour défendre nos intérêts économiques dans le monde et notre agriculture, que le chômage est stabilisé et commence à régresser, aujourd'hui, on peut aller plus vite et on peut aller plus loin.
Je dis à ceux qui nous reprochent de ne pas être allés assez vite ou de ne pas être allés assez loin qu'ils ne doivent jamais oublier que notre pays était en récession, que les recettes de l'État et des comptes sociaux diminuaient, que les besoins sociaux nés de l'augmentation du chômage ne faisaient qu'augmenter et que, véritablement, nous avons dû pendant deux années faire face à une situation d'une exceptionnelle difficulté.
Aujourd'hui, on peut aller plus loin. Et c'est le sens des propositions que je fais pour aider par exemple les chômeurs en fin de droit. Je propose que tout chômeur en fin de droit se voit offrir la possibilité d'un emploi grâce à une aide accordée à l'entreprise qui le recrute, qui le forme et qui, ainsi, le réinsère dans la vie sociale. J'étais hier à Valenciennes et j'ai eu un dialogue avec cinq ou six personnes en très grande difficulté. Vous savez, de ces personnes dont la vie familiale est brisée, dont la vie sociale est menacée, dont le logement n'est pas assuré, de ces personnes que leurs enfants quittent pour des motifs divers, qui n'ont pas de formation et qui ne savent ni que faire ni où aller.
Notre premier devoir c'est de régler ces situations d'urgence. Nous ne pouvons pas nous accommoder, dans une société qui se veut en progrès, et nous ne pouvons pas nous accommoder de laisser dans le malheur tant et tant de français et de françaises. Et c'est pourquoi, et c'est pourquoi, comme je le disais tout à l'heure : tout passe par le redressement économique.
Une France forte c'est aussi une France de l'égalité des chances, une France où chacun a le droit à la protection, non seulement à la protection des lois mais à la protection de la société.
Beaucoup a été fait, notamment par Simone Veil à laquelle je dois rendre hommage. Notre devoir aujourd'hui c'est de sauvegarder notre protection sociale et je vous mets en garde, mes chers amis, nous sommes dans une période électorale; c'est parfois la période des approximations et des à peu près.
Mais enfin, cela étant dit, il me semble que tout ne doit pas être dit, même en période électorale. Et par exemple, si on vous dit que tout va pour le mieux et que pour sauvegarder la protection sociale on peut laisser filer les dépenses sans les contrôler, eh bien on vous prépare, sans vous en prévenir, des lendemains douloureux car nous avons vis-à-vis de vous un devoir de responsabilité et un devoir de loyauté.
On ne peut pas dire à la fois que la France a besoin de réformes profondes et dire que ça ne sera que des réformes faciles, que des réformes agréables qui consisteront à distribuer davantage, à prélever moins, tout en prétendant qu'on réduit le déficit et l'endettement. Non. Nous ne sauvegarderons notre système de protection sociale que si nous avons le courage de dire aux français que cela suppose que chacun prenne mieux ses responsabilités, comme nous l'avons fait dans le régime des retraites, comme nous l'avons fait pour l'assurance chômage, comme nous l'avons fait pour l'assurance familiale et comme nous l'avons fait pour une partie du risque maladie, celle qui concerne la médecine de ville et le médicament.
Il nous faut absolument, même en période de campagne électorale, sauvegarder et préserver un langage de vérité.
Le monde de demain, mes chers amis, et encore moins le monde d'aujourd'hui, mais pas davantage le monde de demain n'est un monde facile. Personne ne nous fera de cadeau. Nous sommes engagés dans le monde, dans une rude compétition. Et vous le savez bien puisqu'un quart des salariés français travaille pour l'exportation. Et qu'ici, parlant dans une région agricole, je peux dire la part que l'agriculture tient dans le développement de nos exportations. Eh bien, tout cela ne sera possible que si nous faisons aussi bien que les autres, et donc mieux au moindre coût, parce que nous serons mieux organisés, parce que nous serons plus productifs et plus dynamiques.
L'enjeu des prochaines années ça n'est pas le laisser-aller, ça n'est pas la facilité, c'est l'effort et l'esprit de responsabilité et de justice pour que l'effort soit équitablement partagé entre tous et que les moins favorisés soient plus protégés que les autres.
Une France plus forte c'est enfin une France qui prépare mieux ses enfants au monde de demain et qui assure leur entrée dans la société avec toutes leurs chances. Tous ceux qui participent à l'effort de formation savent la noblesse et la difficulté de la tâche. Ils savent que sans cesse il faut revoir, il faut adapter, il faut changer. Ils savent aussi que nous ne sommes pas dans un monde ou dans un temps où les solutions autoritaires permettront de réformer durablement notre système d'éducation.
Par exemple, je suis favorable au référendum. Je suis, je crois pouvoir le dire, le premier à avoir proposé qu'il soit étendu à tous les sujets de société, c'était déjà il y a de nombreuses années. Mais je ne pense pas que cette méthode soit utilisable pour réformer brutalement tout notre système éducatif, système éducatif qui a d'ailleurs, soyons justes, fait dans le primaire comme dans le secondaire un certain nombre de progrès importants grâce au contrat pour l'école.
Il reste également des progrès à faire pour l'enseignement supérieur et notamment pour les étudiants de premier cycle qui trop souvent doivent quitter l'université sans avoir le bagage qui leur permet d'entrer dans la vie. Eh bien, il faut en parler avec eux, avec ceux qui les représentent, avec les professeurs, avec les collectivités locales, avec les entreprises, avec l'État et il faut trouver des solutions. Mais qu'on n'imagine pas que la solution pourra être décidée d'en haut de façon autoritaire et qu'elle pourra être imposée sans dialogue, sans concertation, sans accord. Ces temps-là sont terminés. Nous vivons dans une démocratie moderne et une démocratie moderne suppose l'adhésion des citoyens.
Nous voulons enfin, enfin, une France plus forte pour qu'elle existe davantage en Europe et dans le monde et pour qu'elle ne soit pas repliée sur elle-même. Nous avons une ambition européenne. C'est un défi pour la France et c'est un dépassement pour la jeunesse. Et l'on peut parfaitement, je dirais même que c'est complémentaire et indispensable à la fois, se vouloir un bon français, désireux de maintenir l'indépendance de son pays, le rayonnement de sa culture, la force de ses idéaux, la vitalité de sa société et, en même temps, un bon européen attaché au progrès de tout notre continent.
Il y a dix ans, c'est parce que nous étions dans l'Europe que nous avons été protégés des excès du socialisme, ne l'oublions pas. S'il n'y avait pas eu l'Europe il y a dix ans, nous aurions évolué vers une expérience d'autarcie et de repliement sur nous-même qui se serait très très très mal terminée.
Et il y a un an, c'est grâce à notre participation à l'Europe que nous avons gagné la bataille du GATT parce que nous avons su convaincre nos partenaires européens qu'il y allait de nos intérêts fondamentaux à tous.
Donc la France ne doit pas avoir peur de l'Europe et elle doit se fixer une ambition : c'est que nous soyons les meilleurs en Europe, ceux qui entraînent les autres, ceux qui innovent, ceux qui inventent les solutions les plus adaptées.
L'Europe de demain ne sera pas l'Europe d'hier, nous le savons bien. Ça ne sera plus l'Europe des six ou des neuf ou des douze, c'est déjà l'Europe des quinze et ce sera bientôt l'Europe des vingt ou des vingt-cinq avec toutes ces nations d'Europe centrale et orientale envers lesquelles nous avons un devoir de solidarité et un devoir d'entre-aide puisqu'ils partagent notre culture.
Il faut donc que la France invente les solutions les plus appropriées pour que l'Europe rayonne davantage et pour que la France rayonne davantage en Europe, qu'elle soit celle qui propose que l'Europe se dote d'un système de sécurité qui évite à l'avenir des crises comme celle que nous connaissons à nos portes dans l'ex-Yougoslavie.
La compétition est rude. Il y a la culture italienne, il y a l'industrie allemande, il y a la diplomatie britannique ; mais enfin, la France est la France et nous ne manquons pas d'atouts, nous aussi. Nous avons l'histoire la plus longue de tous les peuples du continent européen et, j'ose le dire, sans doute la plus prestigieuse. Nous avons une culture qui a rayonné et qui rayonne encore sur l'ensemble du monde et que nous devons défendre. Nous avons une économie apte à relever des défis et nous sommes aujourd'hui le quatrième pays exportateur du monde. Nous avons une agriculture qui rivalise avec les meilleures. J'étais, ce matin, au Salon de l'Agriculture où j'ai rencontré d'ailleurs nombre de bourguignons et de francs-comtois. Peut-être sont-ils déjà de retour ce soir ? Je les salue à nouveau s'ils sont là.
Nous sommes membre du Conseil de Sécurité des Nations Unies et nous avons la seule dissuasion nucléaire indépendante parmi tous les pays européens Russie exclue, je vous l'accorde. Tout ça ça fait beaucoup d'atouts.
Eh bien ces atouts, nous devons les utiliser sans crainte, sans complexe, sans avoir peur, en nous disant que nous devons entraîner les autres et non pas nous replier sur nous-même. Nous devons construire l'Europe de demain et la France doit y jouer tout son rôle.
Mais l'Europe ça n'est pas le seul horizon de la France. Nous sommes un grand et vieux pays et nous avons une ambition mondiale. Bien souvent, au cours de notre histoire, nous avons parié pour le monde, pour ses idéaux. Nous nous sommes montrés les meilleurs serviteurs de la liberté et de la paix. C'est ce qui fait que parfois nous agaçons les plus puissants. Ce qui nous procure d'ailleurs en général un sentiment d'intense satisfaction auquel nous nous laissons aller très volontiers. Mais si la France sait s'unir, sait se renforcer, elle sera plus entendue encore qu'elle ne l'est, en Afrique, en Asie, en Amérique latine.
Comment pourrait-on d'ailleurs faire comprendre aux français que l'on peut être fiers de la France, que l'on doit croire en la France et que l'on doit cesser de croire au rayonnement mondial de notre pays et des idéaux que depuis deux siècles il symbolise et il exprime le mieux dans le monde ?
Moi, je refuse l'isolement français. Je suis partisan de la coopération avec l'ensemble des peuples dès lors qu'ils respectent notre souveraineté et notre liberté et dès lors qu'ils respectent, cela va de soi, les droits de l'homme.
La France, mes chers amis, la France a donc les moyens de compter dans le monde à condition qu'elle sache les utiliser. Voilà donc quel est l'objectif des réformes profondes dans la société française pour que les citoyens soient plus libres et que l'égalité des chances soit mieux assurée. Une méthode pour la réforme qui soit nouvelle, démocratique, fondée sur le respect des autres et un large rassemblement de toutes les bonnes volontés.
Présider au destin de notre pays c'est une grande ambition que l'on ne nourrit qu'après y avoir beaucoup réfléchi et s'être interrogé. Mais pour quoi faire finalement ? Pour quoi faire ? Eh bien pour que la France soit un pays plus puissant qu'il ne l'est, un pays qui a retrouvé la prospérité mais qui en même temps sait faire partager les fruits de cette prospérité entre tous.
Un des grands problèmes de l'avenir dans notre pays ça va être de savoir, la prospérité étant revenue, quel usage il faut en faire. C'est un débat qui est un débat fondamental pour notre avenir, notre avenir économique mais notre avenir politique et notre avenir moral et social. Si la prospérité revient et que nous donnons le sentiment à une partie de nos concitoyens qu'ils n'en ont pas leur juste part, qu'ils ne sont pas traités avec l'esprit d'équité et de respect que toutes citoyennes et que tout citoyens méritent, alors nous aurons perdu. Nous aurons peut-être construit une économie dynamique mais nous aurons distendu le tissu de notre nation et nous aurons rompu en quelque sorte le pacte moral qui nous lie tous au service de notre pays.
Une France plus puissante doit être également une France tournée vers l'Europe et tournée vers le monde.
Alors comment peut-on convaincre les français et comment peut-on les mobiliser ? D'abord, pendant la campagne électorale, en leur disant la vérité, en leur disant la vérité. Non seulement les campagnes électorales ne justifient pas tous les arguments mais je dirais même au contraire. Et s'il y a une période durant laquelle il faut se montrer particulièrement scrupuleux et rigoureux dans les arguments qu'on utilise et dans les thèmes qu'on développe, c'est justement la campagne électorale car rien n'est pire, qu'ensuite, susciter la déception.
Cela veut dire refuser la démagogie. Quelqu'un avant moi a parlé tout à l'heure de la formule du Général de Gaulle : « L'espoir raisonnable ». C'est une merveilleuse formule « l'espoir raisonnable ».
Et j'entends parfois dire : « Dans les campagnes électorales, il faut faire rêver ». Mes chers amis, on nous a fait rêver en 1981, on nous a dit qu'on allait changer la vie. Et le rêve, qu'est-il devenu ? Demandez-le donc au million et demi de chômeurs de plus que nous avons aujourd'hui par rapport à 1981.
Alors, nous devons être confiants. Il y a des difficultés, elles sont inhérentes à la fois à la vie nationale et à la vie publique. Ne vous faites aucune espèce de souci, rien ne me découragera. Rien.
Mes chers amis, au cours de cette campagne, il nous faudra du courage comme il nous en a fallu depuis deux ans pour gouverner, pour affronter l'épreuve du GATT, pour, seuls ou à peu près seuls, faire au Rwanda une opération humanitaire qui a sauvé des milliers de vies, et pour lutter contre le terrorisme de façon efficace. Il nous faudra du courage, un courage civique, ce qui est le plus méritoire.
Il nous faudra aussi, au cours de cette campagne électorale, de la tolérance, de la tolérance les uns envers les autres parce que, de toute manière, nous sommes les filles et les fils de la même patrie et que, de toute manière, l'élection étant passée, il faudra bien que toutes les françaises et tous les français se rassemblent pour travailler ensemble. Et il faudra bien que la lutte pour la croissance, que la lutte contre le chômage, que la lutte contre l'exclusion, que la lutte pour que les jeunes aient plus de chance dans leur système de formation, que la lutte pour une meilleure sécurité, il faudra bien que tout cela nous le fassions tous ensemble, tous ensemble.
400 parlementaires, plus de 400 parlementaires appartenant à toutes les familles de la majorité et représentant presque les 2/3 de cette majorité ont bien voulu m'apporter leur soutien. Ce soir, nombre d'entre-eux sont ici présents. Je les en remercie profondément et de tout cœur et je leur dis, et je vous dis, mes chers amis, qu'il faut penser à demain et que nous devons tout faire pour rassembler le plus grand nombre de français possible au-delà et en-dehors des frontières partisanes, en rassembler le plus possible pour nous unir et travailler au redressement de la France.
À mes yeux, mes chers amis, c'est cela croire en la France.
Discours de M. Balladur, le 2 mars 1995 – Boulevard Raspail
Mes chers amis, d'abord laissez-moi vous dire combien je suis heureux de vous voir tellement nombreux dans ce local que nous inaugurons ensemble. Il nous fallait un local à Paris, parce que lorsque j'ai annoncé ma candidature, parce que je le croyais et que j'en suis convaincu, que nous devions rassembler le plus grand nombre possible de françaises et de français, à commencer par la majorité. C'est la raison pour laquelle 420 parlementaires de l'UDF et du RPR, c'est à peu près les deux tiers des parlementaires de la majorité, soutiennent ma candidature. Partout en France des comités de soutien se sont créés. Il était indispensable que s'en crée également à Paris, et je remercie Roger Chinaud et René Galy-Dejean d'avoir bien voulu accepter de les présider, comme je remercie Charles Pasqua et Simone Veil du soutien qu'ils m'apportent.
Mes chers amis, le Général de Gaulle a voulu que le Président de la République fut élu au suffrage universel. Décision qui a été en son temps contestée, mais qui a beaucoup plu aux français, et qui leur plaît encore. Ils ont le sentiment qu'une fois tous les 7 ans, ils choisissent leur destin, ils choisissent l'avenir de leur pays et ils choisissent celui auquel ils font confiance pour cet avenir. C'est donc une élection, dans laquelle le peuple tout entier s'engage.
Quel engagement proposons-nous aux françaises et aux français ? Nous aurons l'occasion de le dire et le redire, mais je voudrai indiquer ce soir, devant vous tous, que ce qui prime à mes yeux, c'est la France et c'est pourquoi j'ai choisi comme thème de ma campagne « croire en la France ». Nous voulons une France plus puissante, nous voulons une France plus influente dans le monde, nous voulons une France plus rayonnante, nous voulons une France qui redevienne, pour l'ensemble des peuples du monde, ce qu'elle a été à plusieurs reprises, au cours de son histoire : un modèle et un exemple. Un exemple de générosité, un exemple de service de la paix. Voilà la France que nous voulons.
Nous sommes de ceux qui ne séparent pas la France des français. Il n'y a pas une politique pour la France et une politique pour les français, c'est une seule et même politique, parce que les françaises et les français, sont d'autant plus heureux et fiers d'eux, qu'ils ont le sentiment de vivre dans un grand pays, qui est debout, et qui assume ses responsabilités dans le monde. Nous voulons également une France qui fasse, à tous ses fils et à toutes ses filles, une place équitable et juste, qui développe l'égalité des chances. Nous sommes dans une société profondément blessée par le chômage, par l'insécurité, par l'exclusion. Nous avons commencé à redresser la situation. Des résultats ont été obtenus, il faut aller plus loin. Et nous avons mis au premier plan de nos préoccupations, avec la France et la force de la France et l'influence de la France, une plus grande justice et une plus grande égalité entre les français. Enfin, nous voulons des français plus libres, plus responsables d'eux-mêmes, considérés comme des majeurs et des adultes, qui décident dans le plus grand nombre de domaines possibles. Et c'est pourquoi nous avons développé cette politique de décentralisation et d'aménagement du territoire. C'est un but de justice, mais c'est aussi un but de liberté. Et c'est pourquoi nous souhaitons que dans tous les domaines, de la constitution notamment, les français soient appelés à décider directement des grandes questions qui intéressent notre pays. Une France plus puissante et plus influente, plus rayonnante, des français plus égaux, ayant les mêmes chances, le plus que faire se peut, des français plus libres, une société plus souple et qui se redresse, une société qui redonne toutes ces chances à tous ses enfants. Voilà ce que nous ferons dans les années qui viennent, si les françaises et les français nous font confiance.
Ils nous feront d'autant plus confiance, que durant cette campagne électorale, qui ne fait que commencer, nous saurons leur tenir un langage de vérité et d'honnêteté. Charles Pasqua le disait à l'instant et Simone Veil le disait également. Un langage de vérité et d'honnêteté. Nous sommes dans un monde difficile, l'espoir est possible, nous devons rendre l'espoir à nos compatriotes, mais en même temps nous ne devons par leur cacher qu'il faudra faire encore bien des efforts, que nous ne sommes pas au bout de la route, que le mieux est certain, pour peu que nous soyons rassemblés et que nous avons la volonté de travailler ensemble, mais que pour autant, tout n'est pas possible tout de suite.
Nous ne sommes pas de ceux qui promettent dans l'immédiat des résultats mirobolants. Des résultats, nous en avons obtenus un certain nombre. La France s'est remise en marche, veillons à ne pas la faire dérailler par des imprudences. La France s'est remise en marche, l'emploi s'est amélioré, le nombre de chômeurs commence à diminuer, la sécurité est mieux assurée dans nos villes et dans nos banlieues. La France est plus écoutée dans le monde ; elle a gagné les négociations internationales, qui ont permis d'assurer l'avenir de notre agriculture.
Des résultats sont acquis, il faut aller plus loin. Et nous irons plus loin si nous sommes plus unis et plus rassemblés. C'est le sens de notre réunion ce soir. Plus unis et plus rassemblés, à l'intérieur de la majorité tout d'abord, cela va de soi. Et il ne faut pas, je le répète comme je l'ai déjà dit plusieurs fois, il ne faut pas insulter l'avenir par des propos excessifs et des querelles finalement secondaires. Si nous n'avons pas la même vision des choses sur un certain nombre de questions importantes, débattons-en. Si j'ai bien compris, c'est ça le débat d'idées. Et bien menons un débat d'idées ! C'est un débat digne, c'est un débat noble, c'est un débat qu'attendent nos concitoyens. Donc un langage de vérité et d'honnêteté. Et puis, cela ne suffit pas, il faut aussi parler à nos concitoyens le langage du cœur. Il faut leur donner le sentiment, et le sentiment vrai, non pas fondé sur la comédie, les apparences, mais un vrai sentiment de proximité avec eux, le sentiment que nous prenons en charge leurs problèmes et leurs difficultés, que nous faisons tout pour les comprendre et pour les assumer, et qu'ils peuvent donc avoir confiance en nous.
Voilà mes chers amis, à mes yeux, le sens de cette campagne, que je vous demande de mener activement et avec enthousiasme et dynamisme. Je vous remercie tous, les uns et les autres. Votre présence ici est pour moi un très grand, je ne dirai pas réconfort, mais un très grand plaisir. Et je compte sur vous tous et sur vous toutes, pour faire en sortes que, durant ces près de deux mois que nous avons devant nous, avant le premier tour de l'élection présidentielle, qui devra d'ores et déjà permettre de rassembler le plus grand nombre de français possible, avant le premier tour de l'élection présidentielle, nous devons faire comprendre à nos compatriotes, le sens de notre combat, l'idéal que nous avons au cœur pour notre pays, l'idéal que nous avons au cœur pour l'ensemble de nos concitoyens.
Et si nous le faisons, si vous le faites, mes chers amis, et je suis sûr que vous le ferez, alors j'ai pleine confiance dans la décision des françaises et des français.
Comités de Soutien – Paris – Hôtel Sofitel Saint-Jacques, le 4 mars 1995
L'espoir responsable. L'espoir pour tous
Heureux de me retrouver avec vous pour la deuxième fois.
Vous représentez l'ensemble de la majorité dans sa diversité
Nous sommes aujourd'hui au cœur de la campagne. La situation est devenue plus difficile. Pourquoi ?
Critiques dans l'opposition.
Pas assez d'enjeux.
Des rangs même de la majorité.
Je rappelle la règle du jeu fixée avec l'ensemble des membres du gouvernement : ni critique, ni sur l'action passée ni sur l'action présente du gouvernement.
Tout cela ne fait que renforcer ma détermination. Les difficultés stimulent :
– difficultés en avril 1993 ;
– rappel du GATT ;
– crise monétaire.
Nous continuerons à surmonter les crises.
Je mènerai ma campagne avec vous et à ma manière.
Je refuse la démagogie.
Je ne répondrai pas à la polémique, même si elle est insidieuse, au nom sans doute, du code de bonne conduite.
Mon objectif : expliquer l'avenir que je souhaite pour la France et pour les Français.
Pourquoi suis-je candidat ? Les réformes indispensables, la méthode de gouvernement, l'union et le rassemblement.
Regardons le chemin parcouru :
– sauvé la protection sociale ;
– réforme des retraites ;
– code de la nationalité ;
– indépendance de la justice ;
– redresser l'économie, ne pas faire dérailler la France ;
– arrêter le flux du chômage ;
– Rwanda ;
– terrorisme.
C'est parce que nous avons réformé, bâti et commencé à redresser la France que nous pouvons passer à une vitesse supérieure.
Pour cela nous devons clairement savoir quelle est notre idée de ce que doit être la France au tournant du siècle. Offrir à la France un espoir raisonnable, un espoir pour tous. Il y a des enjeux à relever :
– la position de la France dans le monde ;
– l'avenir de l'Europe et le rôle de la France ;
– l'exemple français pour le monde ;
– la croissance de l'économie ;
– le chômage et l'exclusion ;
– la protection sociale ;
– la sécurité ;
– la formation de la jeunesse.
La question : quelle France voulons-nous, quelle société française, quelle liberté pour les Français ?
Je vous dis ma conviction, il n'y a pas d'un côté la France et d'un autre côté les Français. La grandeur de la France Intéresse les Français, elle les concerne. Le bonheur des Français, la justice de la société française fait la grandeur de la France.
Pour cela, il nous faut relever trois défis :
1. Le défi de l'emploi
Économie solide ; réforme fiscale ; impôt sur le revenu ; succession ; taxe professionnelle.
200 000 de moins par an et diviser par deux le temps moyen de chômage.
Comment ? Baisse des charges, aide aux RMIstes et aux chômeurs en fin de droit.
2. Deuxième défi
Une France plus juste pour tous les Français.
Pas de France coupée en deux.
Président de tous les Français.
Sauvegarde de la protection sociale.
École et université toujours en mouvement.
Allocation de dépendance.
Une deuxième chance.
Égalité des chances veut dire aussi meilleure justice pour tous.
Mais une France plus juste pour tous les Français, c'est aussi une France où les citoyens soient mieux associés au gouvernement, où ils puissent décider eux-mêmes des choses importantes (référendum), où ils puissent saisir le Conseil constitutionnel.
Une France plus juste, c'est l'aménagement du territoire.
L'égalité des chances, c'est aussi de consentir les efforts nécessaires pour qu'on ne ferme pas la dernière classe de la dernière école du dernier village de nos cantons parce que, avec une école qui ferme, c'est la vie qui s'éteint. Le malheur de nos campagnes, aujourd'hui, c'est le malheur de nos villes demain. Ce sont des banlieues surpeuplées, des quartiers fermés à toute autorité où la drogue progresse, où les enseignants sont menacés, où la sécurité recule. Tout cela autour de nos villes les plus riches, les plus prospères, les plus brillantes. Les deux France, je n'en veux pas. Je connais une France. C'est à elle que je m'adresse.
3. Cette France plus unie, cette France où l'emploi revient peu à peu, où l'exclusion recule, où l'équilibre entre les territoires reprend progressivement place. C'est elle qui peut relever le troisième défi, celui de l'exemplarité française.
Jamais la France n'a été grande lorsqu'elle s'est repliée sur elle-même, lorsque ses dirigeants ont cru prudent, habile, ou commode de lui faire peur, de lui dire que le grand large cela n'était pas pour elle. D'autres pays ont pu trouver les conditions de leur développement, de leur épanouissement dans l'Isolationnisme, dans le repli sur sol.
La France est grande :
– juin 1940 ;
– réconciliation avec l'Allemagne ;
– Europe ;
– ouverture à l'Europe centrale ;
– GATT ;
– Sarajevo.
– pacte de stabilité.
Ne croyez pas ce qu'on vous dit, que nous sommes un petit pays, que nous devons fermer nos frontières, que nous devons avoir peur des autres. Si, au sein de la majorité et, au-delà même de ses rangs, beaucoup de Français aujourd'hui se reconnaissent dans le message du Général de Gaulle, c'est parce que, lui, a toujours su que la France ne serait grande que si elle l'était pour le monde entier. Nous, nous ne devons jamais l'oublier.
À l'avenir : il faut continuer à bâtir l'Europe ; une défense plus efficace ; assumer nos responsabilités mondiales et d'abord en Afrique ; la paix en Méditerranée.
Voilà les trois défis : le défi du chômage, le défi d'une société plus juste, le défi d'une France plus grande.
C'est de cela dont nous devons débattre au cours de la campagne électorale.
Débats d'idées ? Légitimes et Indispensables. Quelques exemples :
Quelle politique économique et budgétaire doit-on mener ? Voilà un débat d'idées. J'ai chiffré mes propositions. Aller plus loin ? Qu'on explique comment.
Quel est le meilleur moyen de lutter contre le chômage ? Cela mérite un débat.
Quels moyens faut-il employer pour les réformes indispensables ? La décentralisation ou la centralisation ? La rupture ou l'évolution ? La décision autoritaire ou le dialogue ? La réponse par oui ou par non, ou la concertation ?
Exemple : patronat et syndicats, à ma demande.
Exemple, notre système de formation.
J'ai expérimenté les angoisses, les craintes de la jeunesse. Si elle est inquiète, après tout, c'est de notre faute à nous les adultes : nous n'avons pas su leur préparer une société qui sache les accueillir. Ne leur faisons pas payer par un référendum qui les mettent au pied du mur nos erreurs collectives depuis vingt ans. Je voudrais que les Français comprennent que si je ne leur propose pas tout et n'importe quoi, si je n'additionne pas les milliards avec les milliards pour faire encore plus de promesses, ce n'est pas par manque d'ambition pour eux, c'est par respect. Je ne crois pas qu'on gagne durablement leur confiance à les tromper, en tout cas, je ne le ferai pas.
Cette campagne électorale, quelle doit-elle être : l'Espoir responsable, l'espoir pour tous.
Ambitieuse et généreuse. C'est une grande ambition que de définir la France que nous voulons pour le prochain siècle.
Sérieuse et responsable, c'est-à-dire inspirée d'un esprit de responsabilité. La campagne électorale ne justifie pas tout.
Soucieuse de préserver l'unité nationale. De toute façon, il faudra travailler ensemble.
Qui ne soit pas partisane : Je ne suis pas à la tête d'un appareil politique.
Je sais le prix de ces soutiens, mais je le répète, je ne suis pas à la tête d'un parti politique. Ma candidature n'est pas une candidature partisane.
Pendant cette campagne, j'ai besoin de vous, j'ai besoin de votre soutien, j'ai besoin de votre action, j'ai besoin de votre talent, j'ai besoin de votre force de conviction. Mais je veux que vous sachiez également que vous pouvez compter sur moi, aujourd'hui comme demain. Pour gagner. Pour la France.
Force centrale de la politique française.
Convergence :
– progrès et liberté ;
– mouvement et attachement aux traditions ;
– dynamisme pour avancer, au profit de tous.
Croire en la France.
Discours de M. Balladur - Meeting du 4 mars 1995
Mes chers amis, croire en la France, c'est un acte de foi, mais c'est d'abord et avant tout un acte de volonté pour l'avenir. Croire en la France, pour nous tous qui sommes réunis ici aujourd'hui, c'est croire et avoir la volonté d'offrir un espoir responsable à notre pays, et d'offrir cet espoir à tous les français. Un espoir responsable, un espoir pour tous les français. Je suis heureux, très heureux, de me retrouver avec vous aujourd'hui, pour la seconde fois depuis le début de la campagne. La première fois, c'était il y a un peu plus d'un mois, il y avait un sentiment d'euphorie qui régnait. Aujourd'hui, quelques semaines étant passées, les difficultés inhérentes à l'action publique s'étant levées, les temps semblent plus difficiles. Je suis d'autant plus sensible à votre présence à tous et à toutes aujourd'hui. J'y vois un signe de confiance que vous m'apportez, et en retour je veux vous apporter le témoignage de mon inébranlable volonté de gagner.
Vous représentez, on l'a dit à plusieurs reprises, ceux qui m'ont précédé, que je salue, les uns et les autres, vous représentez l'ensemble des forces qui expriment notre majorité ; l'ensemble des forces : les gaullistes, les démocrates-chrétiens, les libéraux, les radicaux et tant d'autres. Dans votre diversité, c'est vous qui exprimez le mieux ce grand mouvement qui s'est levé en mars 1993, et qui a constamment soutenu l'action du gouvernement, je vous en remercie.
Les temps ont changé, je le disais. Pourquoi ? Passons assez vite là-dessus. Finalement, ça n'a pas un intérêt immense. Il y a le fait que cette campagne était vécue, par les uns et par les autres, comme n'ayant pas assez d'enjeux, pas assez d'incertitudes, et je comprends parfaitement, en ce qui me concerne, qu'une campagne durant laquelle se décide le sort du pays pour les 7 ans qui viennent, doit être une campagne active, animée et heureuse.
Il y a aussi le fait que l'action du gouvernement, puisque c'est le chef du gouvernement qui est candidat, l'action du gouvernement sert de prétexte à toute une série de critiques dans l'opposition, ce qui n'est pas inattendu, dans la majorité, ce qui l'est davantage. Et il est vrai enfin, que la règle du jeu, que nous avons fixée tous ensemble, tous les membres du gouvernement, a été clairement définie, et que quelques soient nos choix, et il est légitime que ces choix soient différents, l'action du gouvernement, son action passée, son action présente, ne doit faire l'objet d'aucune critique de la part d'aucun membre du gouvernement.
Alors tout cela, mes chers amis, a un effet, dont j'ai le sentiment parfois qu'il est inattendu pour quelques-uns. C'est que tout cela me stimule. On l'a rappelé avant moi, mais peut-être ne m'est-il pas interdit de le rappeler aussi. Après tout, en avril 1993, la situation de notre pays était à certains égards, redoutable. Et je peux vous le dire, il m'est arrivé certains soirs, d'être inquiet et de me demander si nous arriverions en deux ans à redresser le pays, tellement nombreuses étaient les difficultés. Souvenez-vous, on nous prévoyait 4 millions de chômeurs à la fin de 1994. Aujourd'hui chacun l'a oublié, et c'est bien ainsi, finalement, mieux vaut regarder l'avenir. Mais enfin, cette situation de 1993, tout ceux qui ont participé à mes côtés au gouvernement, ou qui ont soutenu le gouvernement dans la majorité, tous ont dû l'affronter et à tous je dis merci.
La situation n'était pas tellement commode non plus lorsqu'il a fallu affronter, pratiquement au début, l'ensemble du monde, dans la négociation du GATT ; lorsqu'il a fallu rassembler les bonnes volontés, lorsqu'il a fallu convaincre, et lorsqu'il a fallu véritablement sauver l'agriculture française. Nous l'avons fait. Et puis, lors de la crise monétaire de l'été 1993, là aussi la France était bien seule, et nous avons dû défendre notre monnaie, parce que défendant la monnaie de notre pays, à l'image de ce que nous avait enseigné le Général de Gaulle, c'est la prospérité de nos concitoyens que nous défendions, c'est la force de notre pays que nous défendions, c'est le pouvoir d'achat de tous les français que nous défendions. Et malgré les défaillances et malgré les critiques plus ou moins implicites ou explicites, nous avons défendu la monnaie française tous ensembles.
Donc, notre réunion d'aujourd'hui, nous sommes heureux de nous retrouver tous, en tout cas moi je suis très heureux de vous retrouver tous, est une réunion qui doit contribuer à faire prendre un tour nouveau à notre campagne. C'est avec vous tous et avec vous toutes qu'il faut que nous la définissions et que nous la menions. Évidemment, cette campagne je la ferai à ma manière. J'écoute tous les conseils, j'en tire profit bien souvent, et je ne suis pas entêté. Mais enfin, je suis comme Dieu m'a fait, et je ne vais pas changer. Et, si j'en crois ce qui a été dit par les uns et par les autres, ce matin ou cet après-midi, après tout ce n'est pas tellement mal ainsi ! Au cours de cette campagne, en ce qui me concerne, je refuserai la démagogie. La démagogie c'est le manque de respect pour soi-même, et plus grave encore, c'est le manque de respect pour le peuple souverain auquel on s'adresse ; je ne lui mentirai pas. Je ne répondrai pas davantage aux vaines polémiques, mêmes si elles sont insidieuses au nom, je le suppose, d'un code de bonne conduite, qui me paraît avoir besoin d'être sérieusement révisé.
Mon objectif quel est-il ? Il est d'expliquer aux françaises et aux français, l'avenir que je propose pour la France. Au tournant du siècle prochain, quelle France voulons-nous ? Quelle autorité et quelle influence de la France dans le monde ? Quel rôle pour la France en Europe ? Quelle société française voulons nous ? Comment peut-elle être plus juste et comment pouvons-nous y parvenir ? Voilà les questions qu'il faut exposer devant les français. Et si je suis candidat, ça n'est pas pour poursuivre, comme s'il n'y avait rien à changer, l'œuvre commencée. L'œuvre commencée à ses mérites, elle a aussi ses lacunes, je le sais bien. Mais enfin, qui peut contester qu'aujourd'hui, qu'en mars 1995, la France va mieux qu'en mars 1993 ?
Alors ne nous attardons pas trop longtemps sur ce que nous avons fait, même si c'était difficile, même si c'était méritoire et bornons-nous à constater la situation d'aujourd'hui : la France commence à aller mieux. Et ce qui est en cause, Charles Pasqua l'a très bien dit, c'est l'avenir, c'est la capacité de définir les changements dont la France a besoin, et que les français appellent de leurs vœux.
Ce qui est en cause, c'est la méthode de gouvernement: sommes-nous un pays moderne, ou sommes-nous un pays archaïque ? Procède-t-on par voie d'autorisation et d'incitation autoritaire, ou procède-t-on par voie de dialogue et de contrat ? Et finalement ce qui est en cause, c'est la capacité ou non de rassembler le plus grand nombre possible de françaises et de français. C'est cela l'élection présidentielle.
Nous devons donc proposer au peuple français, qui est notre souverain à tous, devant lequel nous répondons de nos actes, qui nous confère notre légitimité, qui peut nous la retirer, et qui nous juge, nous devons proposer au peuple français notre idée de la France. Et bien, je le répète, je propose d'offrir à la France un espoir responsable, qui soit un espoir pour tous. Je propose que nous relevions un certain nombre d'enjeux sur la France et son rôle dans le monde, sur la France et son rôle dans l'Europe, sur la société française dans la tradition républicaine, sur l'exemple français pour le monde, sur la croissance de l'économie sur la lutte contre le chômage, sur le maintien de la protection sociale, sur la sécurité, sur la formation de la jeunesse. Voilà les enjeux qui nous attendent dans les années qui viennent.
La question : quelle France voulons-nous, quelle société française, quelles libertés pour les français ? Mes chers amis, j'ai toujours eu une conviction, dont je n'ai jamais changé. Il n'y a pas, je le dis parfois, que ceux qui m'ont déjà entendu le dire me le pardonne, mais je le redirai sans doute encore, il n'y a pas d'un côté la France et de l'autre côté des français. Les français ont besoin pour être heureux, pour être fiers d'eux-mêmes, d'être les citoyennes et les citoyens d'un grand pays, d'un pays respecté dans le monde. Et la France, pour être ce grand pays, ce pays respecté dans le monde, a besoin d'avoir des citoyennes et des citoyens rassemblés dans la justice, dans la fraternité et dans l'égalité des chances. Voilà quel est l'enjeu.
Ce que je propose aux françaises et aux français, c'est qu'ensemble, nous relevions trois défis. Je ne vais pas faire le catalogue de toutes les mesures possibles et imaginables. J'ai publié un projet qui, je crois, permet d'aboutir au résultat que je vais décrire devant vous. Mais je voudrai uniquement parler de nos buts.
Nous devons relever trois défis. Le premier c'est le défi de l'emploi. J'ai fixé un objectif : 200 mille chômeurs de moins par an pendant 5 ans, pour diminuer le chômage de 1 million de personnes et pour faire en sorte que nous avons le temps de chômage comparable à celui de nos voisins. Et diviser également par deux le temps moyen de durée du chômage. Comment y parvenir ? D'abord en mettant en œuvre toutes les mesures que nous avons définies, cela va de soi. En accentuant la baisse des charges, notamment pour ce qui est des cotisations d'assurance maladie, en aidant les RMIstes et les chômeurs en fin de droit, à retrouver un emploi. Premier grand enjeu, première grande ambition. Et tout dépend des moyens que nous mettrons au service de cette ambition. Une économie solide, une réforme fiscale qui assure l'investissement et l'emploi, une baisse, pour les petites successions, de l'impôt sur les successions, une réforme de la taxe professionnelle pour développer l'emploi. Voilà les objectifs, qui nous permettrons d'atteindre et de remplir ce premier enjeu : le défi de l'emploi.
Nous avons un deuxième défi à relever. C'est une France qui soit plus juste pour tous les français. Je n'ai jamais cru, je ne crois pas et je ne croirai jamais à la France coupée en deux. Il n'y a pas de France coupée en deux. Il ne doit pas y avoir de France coupée en deux. Et le Président de la République doit se sentir, et être vraiment dans le plus intime de son être et de sa personne et de sa conviction, le Président de tous les français, et un peu plus celui des français les plus malheureux…
(coupure cassette)
… les problèmes renaîtront sans cesse sous d'autres formes. L'allocation de dépendance pour le libre choix des personnes âgées ; cela veut dire une deuxième chance pour ceux que la vie a meurtris, et qui leur permette de s'insérer à un niveau supérieur dans leur profession ; cela veut dire une meilleure justice pour tous. Mais, cette France plus juste pour tous les Français, c'est aussi une France où tous les citoyens doivent se sentir plus libres, plus associés au gouvernement à travers l'extension du référendum par exemple, de telle sorte que sur les sujets importants, ce soit, avec les précautions nécessaires, je vais y revenir, le peuple français qui décide lui-même directement.
Une France plus juste, c'est également une France où l'aménagement du territoire soit développé, où la loi qui a été votée, à l'initiative de Charles Pasqua, permette à chacune et à chacun, de rester dans son terroir, avec des possibilités de progrès et d'épanouissement personnel. Égalité des chances, et cela François Bayrou le sait bien, c'est aussi de consentir les efforts nécessaires, pour qu'on ne ferme pas la dernière classe de la dernière école, du dernier village de nos cantons, parce qu'avec une école qui ferme c'est la vie qui s'éteint. Le malheur de nos campagnes aujourd'hui, ferait le malheur de nos villes demain. Ces villes ce serait des banlieues surpeuplées, des quartiers fermés à toute autorité où la drogue progresserait, où les enseignants seraient menacés, où la sécurité reculerait. Tout cela autour de villes plus riches, plus prospères, plus brillantes. Voilà les deux France, je n'en veux pas !
Cette France, qui relève le défi de l'emploi, premier défi. Cette France qui est plus juste et qui assure l'égalité des chances et la liberté entre les citoyens, deuxième défi. Cette France où l'exclusion recule, où l'équilibre entre les territoires reprend peu à peu sa place, c'est elle qui peut relever le troisième défi, celui de l'exemple français pour le monde. Jamais, jamais la France n'a été grande lorsqu'elle s'est repliée sur elle-même, lorsque ces dirigeants ont cru prudent, habile, commode, de lui faire peur et de lui dire que le grand large, ça n'était pas fait pour elle. Toute son histoire témoigne du contraire ! La France est grande, lorsque le Général de Gaulle, tellement seul et tellement démuni, lance l'appel du 18 juin 1940. La France est grande, quand après la guerre elle se réconcilie avec l'Allemagne et signe avec elle le traité de l'Élysée. La France est grande, quand elle est le pionnier de la construction de l'Europe, qui est une des conditions fondamentales de la prospérité et de la sécurité de la France. La France est grande, quand elle ouvre les portes de l'union européenne aux pays de l'Europe centrale et orientale, libérés du communisme, et qui se tournent vers nous, et auxquels nous avons le devoir moral de répondre, par la solidarité. La France est grande, lorsqu'elle prend l'initiative de mobiliser tous les européens pour la défense de leurs intérêts légitimes, commerciaux ou culturels, lors des négociations du GATT. La France est grande, quand à Sarajevo elle assure, sur le plan humanitaire, la défense des intérêts d'une population martyrisée. Alors, mes chers amis, ne croyez pas ce qu'on vous dit parfois, que la France serait devenue un pays moyen, que nous devrions fermer nos frontières, ou avoir peur des autres.
Si au sein de la majorité, et même au-delà, beaucoup de français aujourd'hui se reconnaissent dans le message du général de Gaulle, c'est parce que, lui, a toujours su que la France ne serait grande que s'il elle l'était pour le monde entier. Nous ne devons jamais l'oublier.
Dès lors, pour assurer la force et le rayonnement de la France, notre devoir est clair, et ce sera notre façon de relever ce troisième défi : il faut continuer à bâtir l'Europe, sans crainte, dans le respect, bien entendu, des souverainetés de chacun et des intérêts essentiels de chacun. Il nous faut une défense plus efficace. Nous avons en Europe une position exceptionnelle, parce que nous avons un instrument de défense qui est le plus moderne de tous. Nous devons assumer nos responsabilités mondiales, en Afrique, comme en Méditerranée. Bref, la France doit être le meilleur soldat au service de la paix dans le monde.
Voilà, mes chers amis, les défis qu'il nous faut relever le défi du chômage, le défi d'une société plus juste, le défi d'une France plus grande. C'est de cela que nous devons débattre au cours de la campagne électorale, et non pas de sujets finalement dérisoires, médiocre. On nous a dit, et Nicolas Sarkozy le disais ce matin, que longtemps on appelait au débat d'idée. Et l'on s'impatientait que je tarde à annoncer ma candidature, comme si le seul fait de cette annonce, devait déterminer une floraison d'idées, de projets, de discussions intellectuelles. Hélas, j'ai annoncé ma candidature il y a un mois, je n'ai pas encore vu beaucoup d'idées nouvelles naître ici ou là. Alors, je propose quelques thèmes pour le débat d'idée, dans les semaines qui viennent. Des thèmes sérieux, et qui méritent que les français en débattent, soient éclairés et choisissent.
Premier débat : quelle politique économique et budgétaire doit on mener dans l'avenir. Comment lutter le mieux contre le chômage. En augmentant les dépenses et les prélèvements ou en tentant de les diminuer ? J'ai chiffré mes propositions. Peut-on aller plus loin que ce que je propose ? Peut-être, il faut le démontrer. Peut-on aller plus loin, sans aggraver les déficits budgétaires ou alourdir les prélèvements sur les français, il faut également le démontrer. Si on veut aller plus loin, en alourdissant les déficits, il faut clairement expliquer les conséquences que cela peut avoir sur notre stabilité monétaire. Je l'ai déjà dit il y a quelques jours, et je le répète. J'ai défendu le franc, au cours de l'été 1993.
J'étais aux commandes, et j'avais la volonté inébranlable de le défendre. Cette volonté est demeurée la même, et avec tout mon gouvernement, je ferai en sorte que la stabilité monétaire, indispensable au niveau de vie des français et à la force de la France, soit respectée, défendue, et maintenue. Deuxième débat d'idée : quel est le meilleur moyen de lutter contre le chômage. J'en ai proposé un certain nombre. Et j'ai ajouté que nous avions un devoir particulier envers tous ceux qui étaient exclus : les RMIstes au chômage depuis 2 ans, puis les RMIstes au chômage depuis un an, puis les chômeurs en fin de droit. On propose d'autres mesures qui tendraient à donner une allocation aux entreprises qui recruteraient tous les chômeurs de plus d'un an. Notre ami Hilzer l'a dit avant moi, et je le répète, ce serait prendre un risque considérable qui fragiliserait l'emploi de millions de français. Si je me trompe, qu'on me l'explique, qu'on me le dise, je suis tout prêt à le reconnaître si on me le démontre, mais si on ne le démontre pas, qu'on s'explique devant les français ; deuxième débat d'idée.
Troisième débat d'idée, c'est le dernier, enfin il y en aurait beaucoup d'autres mais je ne voudrai pas lasser votre attention, quel moyen faut-il employer pour réformer la société française ? La décentralisation ou la centralisation ? L'expérience ou la décision autoritaire ? L'évolution ou la rupture ? Le dialogue ou la décision automatique ? La réponse par oui ou par non, ou la concertation ? Mes chers amis, j'ai fait mon choix, et ce choix est fondé sur l'analyse que je fais de notre pays, de sa société, des temps que nous vivons. Nous ne sommes pas au XIXème siècle, ni au début du XXème siècle ; tout a changé dans notre société : les rapports dans la famille, dans l'entreprise, dans les collectivités locales. Vous êtes de nombreux élus ici, voulez-vous me dire si vous décidez tous seuls, dans votre cabinet de Maire ou de Président du Conseil Général, ou si vous consultez vos associations et vos électeurs ? Allons plus loin. Avez-vous avec vos enfants, exactement les rapports que vous aviez avec vos parents il y a trente ou quarante ans, ou est-ce que ça a changé ? La société tout entière a bougé. Sachons le reconnaître, et s'agissant de notre système de formation, j'ai expérimenté les angoisses et les craintes de la jeunesse. Si elle est inquiète après tout, c'est de notre faute, à nous les adultes. Nous n'avons pas su préparer aux jeunes, une société qui sache les accueillir.
Alors, n'organisons pas des solutions sommaires, avec des référendums auxquels ils devraient répondre par oui ou non, et qui les mettraient au pied du mur, pour assumer eux-mêmes nos erreurs collectives depuis des dizaines et des dizaines d'années.
Cette campagne électorale, quelle doit-elle être ? Je le répète, nous devons convaincre les français que nous croyons en la France. Qu'ils doivent croire avec nous en la France, et qu'ils doivent nourrir dans leur cœur et dans leur esprit, un espoir responsable, qui soit un espoir pour tous. Nous voulons une France qui soit à la fois ambitieuse et généreuse. C'est une grande ambition que de définir la France du prochain siècle, après tous les changements que nous avons connus. Et c'est une grande ambition aussi que de définir une France qui soit plus généreuse, plus égale et plus juste. Cette ambition, ça doit être la nôtre. Nous voulons également une campagne qui soit sérieuse, c'est-à-dire inspirée d'un esprit de responsabilité. À mes yeux, la campagne électorale ne justifie pas tout, dans aucun domaine, et l'on reconnait les vrais démocrates, à ce qu'ils respectent le peuple, dans leurs propos comme dans leur attitude, dans leurs actes et dans leurs arguments.
De toute façon, les résultats que nous avons atteints depuis deux ans, c'est avec tous les français que nous les avons atteints. Et de toute façon, une fois l'élection passée, c'est avec tous les français qu'il faudra travailler. Ça veut dire que cette campagne ne doit pas être une campagne partisane. Lorsque j'ai décidé de présenter ma candidature à l'élection présidentielle, je n'ai demandé l'autorisation d'aucune organisation. Je ne me suis livré à aucune négociation, je n'ai rien promis et j'ai fait en sorte de rester un homme libre. Ce faisant, j'ai la conviction d'être resté fidèle à l'inspiration que le Général de Gaulle a voulu donner à nos institutions. Je sais mes chers amis, le prix de vos soutiens, je sais leur qualité, et je sais tout ce que je vous dois déjà, et je sais, permettez-moi de vous le dire en passant, que je vous devrai bien davantage.
Pendant cette campagne, j'ai besoin de vous. J'ai besoin de votre soutien. J'ai besoin de votre action. J'ai besoin de votre talent. J'ai besoin de votre force de conviction.
Mais, vous devez savoir également, que vous pouvez compter sur moi aujourd'hui, comme demain. Ce que nous dirons ensemble, ce que je vous dirai, ce que je vous demanderai d'apporter comme message à l'ensemble des français, vous pouvez être sûrs d'une chose, c'est que je le tiendrai. Avec moi, pas de fausses promesses, pas de rêves qui se terminent en cauchemars, mais la volonté de faire progresser la France en lui parlant et en parlant aux françaises et aux français comme à des hommes et des femmes adultes, responsables et qui ont droit à un langage de vérité.
Mes chers amis, tous réunis ici, nous représentons la force centrale de la politique française. Nous représentons les gaullistes, les radicaux, les libéraux, les démocrates-chrétiens, et bien d'autres encore. Nous sommes au point de convergence de toute une série d'aspirations aussi bien traditionnelles que nouvelles, des françaises et des français. Nous exprimons aussi bien l'aspiration au progrès, que l'aspiration à la liberté. Nous exprimons aussi bien le désir de mouvement et l'attachement aux traditions de la nation et à ses idéaux permanents. Nous exprimons le souhait d'un dynamisme plus grand pour avancer, et en même temps le souci que ce dynamisme profite à tous, grâce à une société plus juste. Voilà ce que c'est pour nous tous, mes chers amis, que de croire en la France. Ensemble, nous allons tout faire, pour que les françaises et les français y croient davantage avec nous.
Discours de M. Balladur, à Nice le 6 mars 1995
Mes chers compagnons, mes chers amis, merci. Merci de tout cœur. Merci d'être là si nombreux. Merci d'être là si chaleureux, et merci à tous ceux qui sont dehors et qui n'ont pas pu trouver de place. C'est pour eux aussi, avec eux aussi, que nous sommes tous réunis ce soir. Nous sommes réunis pour parler ensemble de la France, pour dire pourquoi nous croyons en elle, et pour dire quel est l'espoir que nous voulons rendre aux français. Voilà le sens de cette campagne électorale !
Nous allons faire un choix pour sept ans. Quel avenir voulons-nous pour notre pays ? Un avenir replié, frileux, craintif, qu'aucune confiance n'anime, ou au contraire pour notre pays un grand avenir qui nous rende plus fiers de lui, plus confiant en lui : voilà le problème que nous devons résoudre dans les deux mois qui viennent : quel avenir voulons-nous pour la France, quel espoir voulons-nous offrir aux français ?
Et voilà que la campagne électorale est maintenant bien commencée. Bien commencée c'est-à-dire avec son lot d'incertitudes ; c'est fort bien ainsi, mes chers compagnons, mes chers amis. Rien n'est jamais gagné d'avance, les choses doivent se mériter, avec vous tous et votre soutien nous les mériterons. Alors cette campagne électorale qui commence, je la mènerai de façon sincère et authentique, sans donner le change, sans tromper qui que ce soit. J'exposerai quel est le projet que j'ai dans l'esprit et dans le cœur, pour rendre l'espoir aux français. Je me refuserai à toute démagogie, on a trop menti au français. Et je ne me laisserai pas non plus aller aux polémiques personnelles ; je ne répondrai pas à celles qu'on suscite artificiellement et parfois mensongèrement, et moi-même je n'en susciterai aucune. J'ai trop le respect pour cela, de nos concitoyens. Pourquoi suis-je candidat, et pourquoi ce soir suis-je devant vous pour vous demander votre soutien et vos suffrages. Si je le suis, c'est parce que je suis convaincu tout d'abord, que la France pour le tournant du siècle prochain, doit être autre, différente, plus forte, plus rayonnante, plus fière d'elle-même ; que la société française doit être plus juste ; que les français doivent être plus fraternels les uns avec les autres, et je veux vous faire partager ma conviction.
Mais si je suis candidat, c'est également parce que je suis convaincu que la méthode du changement que je préconise et que j'ai mise en œuvre est la plus démocratique, la plus respectueuse des français. Elle est fondée sur le dialogue ; elle est fondée sur l'écoute des autres et sur le respect des autres. Et lorsque le moment de la décision arrive, et bien elle est fondée, on l'a rappelé avant moi, sur la rapidité de la décision. Enfin, si je suis candidat, c'est que je suis convaincu que la France a besoin d'un très large rassemblement de toutes les françaises et de tous les français. Quiconque adhère à notre projet pour la France a sa place avec nous. Nous n'excluons personne, nous ne rejetons aucune bonne volonté. Et de toute manière, une fois l'élection passée, il faudra bien que nous travaillions tous ensemble, les uns avec les autres, pour redresser le pays.
Voyons le chemin parcouru en deux ans, voyons-le brièvement. Comme Charles Pasqua me le répète souvent, et il a d'ailleurs bien raison, d'abord on n'est jamais nécessairement reconnaissant des services qu'on a pu rendre, et en second lieu, une élection présidentielle, c'est sur l'avenir que ça se joue, ce n'est pas sur le présent, ni sur le passé. Mais enfin, si nous avions échoué, on ne manquerait pas d'en parler, mais si on en parle pas, c'est qu'apparemment ça n'est pas le cas. Alors deux ou trois choses simplement, sur ce que nous avons fait pendant deux ans. Nous avons sauvé les retraites. Nous avons fait voté un nouveau code de la nationalité, qui était en souffrance depuis sept ans. Nous avons amélioré la sécurité et la défense de la France. Et enfin, nous avons arrêté la progression du chômage et sa décrue est amorcée. La France a redémarré, et nous devons jusqu'au bout, nous, qui avons la responsabilité du gouvernement de la France, nous devons jusqu'au bout nous consacrer à cette tâche de redressement. C'est une tâche prioritaire qui s'impose à tous les membres du gouvernement. Et même s'il faut prendre des décisions difficiles, ou des décisions impopulaires, si elles sont indispensables pour le redressement du pays, il faut les prendre tout de même. C'est ce que j'ai fait ; j'ai un seul objectif, le faisant, c'est de laisser à celui qui au mois de mai prochain prendra ma suite, quel qu'il soit, une situation meilleure que celle que j'ai trouvée, je crois que je suis en bonne voie !
Mes chers amis, mes chers compagnons, je vous propose un nouvel espoir, sans risques et sans démagogie. Je vous propose autre chose. Je ne me présente pas devant vous comme le dernier premier ministre socialiste du second septennat socialiste ; je me présente devant vous comme l'homme qui, il y a deux, avec toute une équipe, à la tête de laquelle il y avait Charles Pasqua et François Léotard, avec toute une équipe, s'est attaché à redresser le pays. Je le répète la France a redémarré. Mais il ne s'agit pas de continuer simplement, il s'agit de faire mieux, de faire autre chose, d'aller plus loin, et d'aller plus fort. Et pourquoi le pourra-t-on ? On le pourra tout d'abord, parce que si nous gagnons, ce sera la fin de la cohabitation. On le pourra également parce que cette fois nous aurons le temps devant nous : sept ans. Sept ans, on peut faire beaucoup de choses pour la France et faire en sorte qu'elle soit préparée au siècle prochain, et si j'ose dire, sept ans c'est mieux que deux ans. Et, proposer autre chose, nous le pouvons parce que la France est repartie de l'avant, parce que la croissance est revenue, parce que le chômage a été stoppé dans sa progression et que nous avons des moyens dont nous étions totalement dépourvus il y a deux ans, on l'a un petit peu trop vite oublié. Alors cet avenir, quel doit-il être ? Mes chers amis, mes chers compagnons, en campagne électorale, chacun expose son projet et le précise et le détaille. Moi, je voudrais vous proposer de relever ensemble trois défis. Le premier c'est le défi de l'emploi. Il y a trop de chômeurs dans notre pays, et trop de jeunes qui sont laissés dans la désespérance. Je propose un objectif : 200 mille chômeurs de moins chaque année, c'est-à-dire 1 million de moins au bout de cinq ans, c'est-à-dire que la France à ce moment-là, serait dans la même situation que ses voisins, alors qu'aujourd'hui elle est dans une situation plus grave, ce que rien ne justifie. Comment y arriver ? Et bien, en faisant en sorte, que l'économie marche mieux, c'est commencé. Et en faisant en sorte que notre monnaie soit stable et je dis aujourd'hui que je ferai tout pour assurer la stabilité du franc et de notre monnaie, qui est la garantie du pouvoir d'achat international, du travail des français. De la même manière que j'ai défendu le franc durant l'été 1993 contre les spéculateurs internationaux, et contre quelques scepticismes, je le défendrai aujourd'hui et demain, avec la même détermination convaincue, selon l'enseignement du général de Gaulle, qu'une monnaie forte est un des éléments essentiels de la force et de la prospérité d'un pays.
Cet objectif, relever le défi de l'emploi, nous l'atteindrons également en mettant en œuvre toutes les mesures nécessaires pour la formation de la jeunesse. Nous avons consulté la jeunesse. Nous lui avons posé des questions, elle nous a répondu. Et parmi les réponses qu'elle a faites, nous avons retenu pratiquement les 3/4 de ces demandes. Il faut aujourd'hui que les jeunes aient dans la cité une place plus grande ; qu'ils soient mieux associés à la conduite des affaires publiques municipales, pour commencer. Que l'on fasse en sorte que le système de formation soit adapté à leurs besoins ; qu'ils puissent faire des stages plus facilement ; qu'ils puissent plus facilement entrer dans une entreprise pour y apprendre un métier. Bref, il faut tout faire pour que la jeunesse française se sente elle aussi concernée par le progrès de la France, car le progrès de la France repose sur nos jeunes.
Défi de l'emploi, c'est le premier défi.
Deuxième défi : défi de l'égalité des chances et de la justice entre tous les français. Un Président de la République, mes chers amis, n'est jamais élu par tous les français. Notre peuple a ses traditions, ses préférences. Mais une fois qu'il est élu, s'il veut rester fidèle à l'esprit de la République, il doit se sentir le Président, et agir comme le Président de tous les français. Qu'est-ce que cela veut dire être le Président de tous les français ? Cela veut dire faire en sorte que chaque français ait sa chance. Qu'il n'y ait pas d'un côté les favorisés, de l'autre les exclus. Cela veut dire que la protection sociale doit être assurée pour tous, et donc qu'elle doit être à l'abri des déficits. Et la meilleure façon de mettre la protection sociale à l'abri des déficits, ça n'est certainement pas de dire que l'on a aucun effort à faire pour limiter les dépenses ; sûrement pas !
Président de tous les français, ça veut dire aussi offrir une deuxième chance à tous. Bien des hommes et des femmes ont été meurtris et abîmés par la vie. Ils ont pris une mauvaise orientation, ou ils ont été victimes des circonstances. Il faut que chacun puisse, s'il le veut, avoir une deuxième chance, suivre une nouvelle formation, faire en sorte de récupérer le moyen de se faire une place plus grande dans la société. Une égalité des chances, ça veut dire aussi que les personnes âgées, auxquelles nous devons tant, doivent bénéficier d'une allocation de dépendance à domicile.
Égalité des chances, et la plus grande justice, supposent aussi, que comme cela se fait à l'étranger, les petites successions soient beaucoup plus largement exonérées de droits et d'impôt. L'égalité des chances, enfin mes chers amis, cela suppose par exemple, et je terminerai par cet exemple-là, je pourrai en donner beaucoup d'autres, que tous les jeunes ménages qui veulent acheter un appartement ou un logement, puisse le faire plus facilement grâce à une prime qui leur serait accordée pour cela. Ce défi de l'égalité des chances dans notre société, sera relevé aussi si les citoyens sont davantage associés aux responsabilités. Ça veut dire l'élargissement du référendum pour que les français puissent décider directement, plus souvent, des problèmes importants. Cela veut dire une politique d'aménagement du territoire, rénovée grâce à Charles Pasqua, et qui donne à chacun sa chance. Cela veut dire enfin, une politique de la famille qui fasse en sorte que les mères, les femmes aient le choix. Et c'est pourquoi je propose, après avoir institué l'allocation parentale d'éducation pour le deuxième enfant, je propose de l'étendre au premier enfant. Voilà, mes chers amis, le deuxième défi : le défi de l'égalité des chances.
Et puis il y en a un troisième, qui concerne notre pays, la France, dont j'ai dit il y a bientôt deux ans, qu'elle devait redevenir pour le monde entier, un exemple. Qu'est-ce que cela veut dire l'exemple français ? Ça dépend de nous tous d'abord. Est-ce que nous sommes exemplaires ? Est-ce que nous avons la volonté de bâtir un pays exemplaire, de bâtir une société exemplaire. Cela dépend de nous. Mais, nous devons avoir cette ambition pour notre pays : en faire un modèle pour l'ensemble des pays du monde. Et ça suppose trois choses : la première c'est que la justice fonctionne bien. J'entends beaucoup de critiques, notamment pendant la campagne électorale. Nous n'aurions pas fait suffisamment pour assurer l'indépendance de la justice, ni pour assurer la lutte contre la corruption. Je n'accepte aucune de ces critiques ! Pour assurer un meilleur fonctionnement de la justice, nous avons réformé la constitution; nous avons changé les règles de la justice politique; nous avons réformé le conseil supérieur de la magistrature ; j'ai prescrit que l'on ne donne plus d'instruction autrement qu'écrite, au parquet ; et pour lutter contre la corruption, nous avons fait en sorte justement, que les dépenses électorales soient réduites d'un tiers ; que les entreprises ne puissent plus financer les campagnes électorales.
Alors je le répète, en matière d'indépendance de la justice, et de lutte contre la corruption, je n'accepte les leçons de personne. La deuxième façon d'être exemplaire, et Charles Pasqua en a parlé avant moi, c'est la citoyenneté. La France est un pays généreux. La France est un pays ouvert. La France depuis la révolution, depuis deux siècles, a une ambition : exporter son modèle de société dans le monde entier, et c'est ce qui a fait, je le dis en passant, à Nice, où on est tellement attaché à cette tradition, c'est ce qui a fait le caractère original et exemplaire de la présence de la France en Afrique, en Asie, et ailleurs dans le monde. Elle a voulu bâtir des citoyens à l'image des citoyens français. Mais bien entendu, de la même manière que nous devons être ouverts et généreux, nous devons veiller à ce que les droits de la nation soient préservés. Et c'est pourquoi, j'approuve complètement tout ce qui a été fait en matière de sécurité et de lutte contre l'immigration clandestine.
Enfin, mes chers amis et mes chers compagnons, un dernier moyen d'être exemplaire pour le reste du monde, c'est que nous soyons une nation rayonnante ; généreuse ; dans une certaine mesure égoïste, tout le monde l'est dans le monde ; mais beaucoup plus généreux que les autres, pour aider ceux qui en ont besoin. La France a été une grande nation, elle doit le redevenir, elle doit redevenir notre fierté.
Ça suppose que nous n'ayons pas peur des autres, que nous soyons sûrs de nous, je dirai que nous soyons orgueilleux. Nous n'avons pas à avoir peur de l'Europe ; nous en sommes une des plus vieilles, peut-être la plus vieille, et des plus fortes nations. Nous devons bâtir l'Europe avec les autres, l'ouvrir aux nations de l'est qui se sont libérées du communisme. Nous devons être, nous français, les moteurs de la construction de l'Europe. Nous devons également, et là je tiens à rendre hommage à l'action de François Léotard, qui est en charge de notre défense, nous devons également avoir les moyens matériels et les moyens moraux, d'être une grande nation capable de se défendre et de défendre les autres, et de défendre la paix dans le monde. Si la France a été présente au Rwanda, si elle est présente en Bosnie aujourd'hui, au Liban, si elle a été présente au Cambodge, si elle est présente en Haïti, si elle a été présente en Somalie… bref partout dans le monde, où on a besoin d'elle, de sa générosité, de sa disponibilité, et bien c'est parce que nous avons su nous doter des moyens nécessaires.
La France ne peut pas rester une grande nation fière d'elle même si elle ne consacre pas à sa défense et à sa présence dans le monde, les moyens indispensables. Si nous sommes ceux auxquels on fait appel le plus volontiers, contre lesquels, finalement, on n'a pas de méfiance, c'est bien parce que nous, français, nous comportons en toutes circonstances, comme les meilleurs, les plus désintéressés et les plus courageux des soldats de la paix.
Voilà mes chers amis, les trois défis que nous devons relever et proposer aux français : le défi de l'emploi, le défi de l'égalité des chances et de la justice, et le défi de l'exemple français dans le monde. Alors il faut en débattre. Nous avons fait nos propositions, elles sont sur la table depuis un mois. Et j'ai entendu souvent que l'on appelait au débat d'idée, et bien, il faut débattre des idées. Est-ce que l'on est d'accord sur ce que nous proposons. Si on trouve que c'est inexact, ou insuffisant, qu'on nous explique en quoi, et qu'on nous le démontre. Si en revanche on trouve qu'effectivement les défis que nous proposons de relever sont véritablement les défis contre lesquels la France doit lutter, alors discutons des moyens, et faisons-le sereinement, faisons-le calmement, faisons-le de façon responsable. Ce qui est en jeu mes chers amis, mes chers compagnons, dans cette élection, c'est de savoir si on va parler aux français le langage de l'espoir, le langage de la responsabilité, et le langage de l'espoir pour tous, car c'est cela notre projet. Nous ne cherchons pas à duper nos concitoyens. Nous ne cherchons pas, vous me passerez l'expression, à leur dorer la pilule ; nous leur disons que ça va être long, que ça ne sera pas toujours facile, qu'il va falloir faire des efforts, mais qu'au bout de la route, au bout de quelques années, de la même manière que la situation s'est améliorée depuis deux ans, elle peut s'améliorer dans les années qui viennent, encore davantage, parce que nous aurons retrouvé l'unité du pouvoir et que nous pourrons aller plus vite, plus loin, et plus fort. Notre grande ambition, mes chers amis, c'est que demain ne ressemble ni à hier, ni même à aujourd'hui. Demain, ça doit être autre chose. Et notre campagne, pour en convaincre les françaises et les français, doit être une campagne généreuse. Nous nous adressons à tous ; nous ne sommes pas les représentants d'une catégorie sociale, ou d'une catégorie professionnelle.
Et nous nous adressons notamment aux salariés, qui sont les plus nombreux dans notre société, et c'est pour eux que nous voulons améliorer l'emploi ; c'est pour eux que nous voulons défendre la protection sociale, et c'est pour eux enfin, que nous voulons développer l'intéressement.
Campagne généreuse, campagne pour tous, mais aussi campagne sérieuse. J'ai trop le respect de nos concitoyens, pour leur tenir un langage qui ne correspondrait pas à ma vérité et à ma conception de la vérité. Enfin, cette campagne généreuse, cette campagne sérieuse, doit également être une campagne qui préserve l'avenir…
Voilà mes chers compagnons, mes chers amis, voilà ce que j'avais à vous dire, à vous niçoise et niçois, et à travers vous, à l'ensemble des français. Je souhaite que dans deux mois se lève un nouvel espoir pour notre pays. Je crois en la France, je vous demande d'y croire avec moi, et d'y faire croire tous les français.
Discours M. Balladur, à Toulouse le 7 mars 1995
Mes chers amis, mes chers compagnons, je suis heureux d'être avec vous ce soir. Je suis heureux d'être avec vous qui représentez ici l'ensemble des mouvements des partis et des forces politiques qui composent notre majorité. Les libéraux, les gaullistes, les démocrates-chrétiens, les radicaux, les centristes, tous ici rassemblés témoignent. Tant et tant de françaises et de français désespérés. Et le moyen également de réaliser cet objectif de lutte contre le chômage, c'est d'agir en faveur de la formation de la jeunesse, de lui offrir tous les moyens de cette formation, avec toute la souplesse nécessaire, dans le système universitaire, dans le système technologique, dans les systèmes des entreprises. Tout doit être employé pour aboutir à ce but : faire en sorte qu'il y ait moins de jeunes qui soient sans travail et qui, ayant fait des études, se demandent ce qu'ils vont devenir, et ce qu'ils vont faire de leur vie.
Il y a, mes chers compagnons, mes chers amis, un deuxième défi à relever, c'est le défi de l'égalité des chances et de la solidarité. Nous devons constamment lutter contre l'injustice. Pourquoi ? Parce que si on laisse aller les choses sans s'en occuper, tout naturellement, si je puis dire, la nature, la société, lorsqu'elle est mal gérée, mal organisée, reconstitue des injustices nouvelles. Et lorsqu'on croit en avoir fait disparaître certaines, et on les a fait disparaître, alors on s'aperçoit qu'il y en a d'autres. La recherche de la justice doit être une préoccupation constante de ceux qui gouvernent notre pays, et c'est en cela que le président que vous devez choisir, doit-être, se sentir, le président de tous les français, c'est-à-dire celui qui prend en charge l'ensemble de la collectivité nationale, à commencer par les plus malheureux, et ceux qui ont le plus besoin de la solidarité de tous. Cette plus grande justice cela signifie, par exemple, le droit à une deuxième chance.
Combien y a-t-il d'hommes et de femmes, qui ont pris dans la vie un mauvais démarrage, ou un bon démarrage et les choses ne se sont pas passées comme ils pouvaient l'espérer, et vers 35 – 40 ans, ils se trouvent dans des situations difficiles, en se disant finalement, à quoi sert la formation que j'ai reçue, à quoi sert ce qu'on m'a appris. Et bien je propose que l'on permette à ceux qui veulent prendre un nouveau départ, de bénéficier pendant 3 années, d'une formation complémentaire, qui leur permette de progresser dans l'existence, quitte pour eux ensuite, à racheter les points de cotisation vieillesse correspondant à cette période de 3 ans, durant laquelle ils n'auront pas pu travailler mais ils auront reçu un revenu leur permettant de perfectionner leur formation. Cela ne profiterait-il qu'a 10 000 ou à 15 000 personnes par an, cela suffirait à changer le visage de notre société, une société où chacun se dirai : moi aussi, si je le veux, je peux avoir ma chance, et on peut faire en sorte que je la prenne. Le défi de la solidarité, cela signifie également que l'on aille plus loin dans l'égalité des chances et du traitement entre les hommes et les femmes. Il y a encore beaucoup de progrès à faire dans notre pays en la matière, et cela doit être fait. Cela doit être fait pour beaucoup de raisons, qui ne sont pas des raisons théoriques, juridiques ou abstraites, mais tout simplement parce que nous sommes un pays qui en Europe occidentale, n'est pas, je me permets de le dire, le plus avancé qui soit en matière d'égalité entre les hommes et les femmes, nous devons y porter remède ! Cela signifie que tout doit être fait, pas par voie légale et obligatoire, on arriverait à rien, mais par voie contractuelle, pour une meilleure égalité des salaires entre les hommes et les femmes, à responsabilité égale. Cela signifie que par le temps choisi, et le développement du temps partiel, les femmes doivent se voir offrir un assouplissement de leur vie professionnelle, leur permettant de la concilier avec leur vie familiale, et c'est la raison pour laquelle j'ai proposé que l'allocation parentale d'éducation, que nous avons instituée pour le deuxième enfant, soit étendue au premier enfant. L'égalité des chances, cela suppose que la France ait une politique d'aménagement du territoire telle que les campagnes cessent de se vider pour remplir sans cesse davantage les banlieues où il ne fait pas bon vivre. L'égalité des chances, c'est faire en sorte que la sécurité soit mieux assurée, notamment au profit des plus faibles, des plus âgés, des plus démunis. Cela suppose également la sauvegarde de notre système de protection sociale.
Nous avons déjà obtenu des résultats, et je tiens à saluer l'action de Simone Veil, et de Philippe Douste-Blazy.
Grâce aux médecins spécialistes, comme aux médecins généralistes, grâce aux infirmières, grâce à tous les professionnels de la santé, nous avons progressé dans la maîtrise des dépenses hospitalières. C'est cette maîtrise qui garantit une sécurité sociale pour tous, celle qu'a voulu le Général de Gaulle et qu'il a créée après la guerre. L'égalité des chances ça veut dire encore bien d'autres choses. Ça veut dire aider les jeunes ménages qui veulent acheter un logement en leur accordant une prime qui puisse leur permettre de faire l'apport nécessaire. L'égalité des chances, cela veut dire l'école telle que François Bayrou l'a réformée dans le nouveau contrat pour l'école. L'égalité des chances, cela veut dire l'allocation de dépendance et de libre choix pour les personnes âgées. Et enfin, cela veut dire l'abaissement considérable des droits pour les petites successions. Lorsqu'un français a travaillé de longues années pour laisser à ses enfants un capital de 500 mille francs, est-il normal que l'on paie 28 000 francs de taxes sur les successions, alors que pour le même capital, on n'en paie que 8 000 en Allemagne ? Nous devons y mettre bon ordre.
Mes chers amis, construire une société plus solidaire, où l'égalité des chances soit mieux assurée, est le travail permanent de ceux qui gouvernent, je le disais tout à l'heure.
Il y a un troisième défi : comment faire en sorte que dans le monde, la France soit mieux entendue, et qu'elle représente un exemple. Cela suppose que nous développions nos efforts dans plusieurs directions. D'abord : améliorer notre système judiciaire, l'indépendance de la justice nous l'avons fait, et lutter contre la corruption, nous l'avons également fait comme jamais avant nous ! C'est nous qui avons abaissé le plafond des dépenses électorales. C'est nous qui avons prévu que pour les dépenses électorales justement, les entreprises ne pourraient plus les financer, ce qui évite les interférences. C'est nous qui avons fait en sorte que la chancellerie ne puisse plus donner d'instructions qu'écrites, et versées au dossier. Jamais auparavant, la justice n'avait été aussi indépendante. Alors il y a certainement encore des choses à faire pour mieux assurer le secret de l'instruction, ou le respect de la présomption d'innocence. Nous les ferons, mais aucun de ceux qui nous critique n'a aujourd'hui la moindre leçon à nous donner en la matière !
L'exemple français, cela signifie également une notion de la citoyenneté qui soit conforme à notre tradition républicaine. Et comme je le dis souvent, il nous faut là, tenir compte à la fois des droits de la nation, droits de la nation en respect elle-même avec sa culture, avec sa personnalité, avec sa tradition nationale, et en même temps des droits de l'homme et des droits de tous ceux qui, dès lors qu'ils respectent les lois, doivent eux-mêmes se voir respectés.
Enfin, ce troisième défi, bâtir l'exemple français, cela veut dire l'Europe. Et je le dis ici à Toulouse et en présence de Dominique Baudis, qui a conduit notre liste aux élections européennes. Liste qui comprenait à parts égales, les représentants des deux grands mouvements qui composent notre majorité, et qui sont réunis aujourd'hui devant vous sur cette estrade. Dans le monde, nous voulons que la France soit toujours à la pointe du combat pour la paix, comme elle l'a été au Rwanda, comme elle l'est aujourd'hui en Bosnie et à Sarajevo. La France doit être partout et toujours, le meilleur serviteur de la paix dans le monde, et le meilleur bâtisseur de l'unité de l'Europe, pour une Europe plus grande et plus efficace. Alors, mes chers amis, mes chers compagnons, tout cela est-ce à notre portée ? Pouvons-nous relever ces trois défis ? Le défi du chômage, le défi de l'égalité des chances et le défi d'une France plus grande et plus rayonnante dans le monde et en Europe. Est-ce que c'est à notre portée, et est-ce que c'est l'ambition qu'il faut vous soumettre au moment où, dans quelques semaines vous aller décider, choisir l'avenir du pays et choisir celui qui sera responsable de cet avenir ? Tout le monde sait que la France a été un grand pays, du moins tout le monde devrait le savoir, car à mes yeux, on n'en parle pas assez. Mon message aujourd'hui, c'est de vous dire qu'elle doit le redevenir, et que les grandes heures de notre histoire sont là pour témoigner que c'est possible. Après la guerre, les moins jeunes d'entre nous s'en souviennent, quel était donc l'état de la France, détruite, affamée, qui avait été vaincue quelques années plus tôt. Et bien la France s'est redressée, et tous les jeunes aujourd'hui ne mesurent peut-être pas ce qu'il a fallu d'efforts et de travail pour faire en sorte que la France devienne ce qu'elle est redevenue. Ce qui a été possible hier, doit l'être demain. L'enjeu de cette campagne électorale, c'est de faire partager cet espoir qui est le mien, et cet enthousiasme pour l'avenir à toutes les françaises et à tous les français.
Alors pour ce faire, pour y parvenir, quelle campagne voulons-nous ? C'est important d'y réfléchir, parce que de la campagne que nous ferons, dépendra l'opinion que les français auront de nous, et donc dépendra leur vote, et c'est fort bien ainsi, c'est parfaitement normal. Nous voulons d'abord, je veux d'abord, une campagne fondée sur la vérité, et pas sur la démagogie. Je sais bien que durant les campagnes électorales, pour s'attirer les faveurs des uns et des autres, il vaut peut-être, je ne suis même pas sûr que ce soit vrai d'ailleurs, il vaut peut-être mieux promettre à tous les vents. Mes chers amis, mes chers compagnons, je ne le ferai en aucun cas ! J'ai trop le respect de la démocratie. J'ai trop le respect de nos concitoyens, pour leur dire que tout est possible tout de suite, que tout sera possible sans efforts et que tout va nous être donné dans la facilité. Campagne de vérité, mais également campagne de dignité qui refuse la polémique, qui détruit, qui avilie et qui abaisse le débat public. Regardez sur cette estrade tous sont là, les représentants des deux grands mouvements de la majorité : Huguenard qui nous a accueillis, et avec lui Barnier, et puis de l'autre côté, si je puis dire, Puech, Bayrou, Baudis, Mestre, Douste-Blazy. Tous ensembles nous sommes réunis devant vous parce que nous avons la conviction que tous ensemble rassemblés, nous pouvons unir la plus grande partie des français ; nous ne le ferons que si nous nous refusons aux polémiques, et si nous gardons le langage digne de la démocratie que nous devons toujours garder.
Campagne de vérité, campagne de dignité, et campagne d'espoir et d'ambition. Je le répète, le mieux est possible, il est indispensable. Il ne s'agit pas de continuer, il s'agit d'aller plus vite, d'aller plus fort, de réformer de façon plus hardie parce que ce sera possible et parce qu'on nous en aura donné les moyens. Enfin, mes chers amis, n'oublions jamais que malgré les campagnes électorales, l'unité de notre pays doit être scrupuleusement préservée. J'ai la passion de l'unité nationale. Jamais, jamais je n'opposerai, je ne l'ai jamais fait, je ne le ferai jamais, jamais je n'opposerai les français entre eux, jamais je ne créerai de fracture artificielle entre les jeunes et les moins jeunes, ceux qui habitent la ville ou ceux qui habitent la campagne, ceux qui appartiennent à telle catégorie ou à telle autre catégorie, et pour cela il n'y a qu'un seul moyen tenir toujours en toutes circonstances, le langage de la vérité et de l'unité.
Mes chers amis, mes chers compagnons, le projet que je vous soumets est possible, il est à notre portée. Et voilà pourquoi nous allons pouvoir le réaliser. Tout d'abord, parce que nous avons construit sur des bases solides, et que la France a redémarré. Ce sera infiniment plus commode que ça ne l'était il y a deux ans, quand nous étions bloqués de toutes parts, par les déficits, le chômage, la récession et l'endettement. En second lieu, ce sera possible parce que, si vous le décidez, ce sera la fin de la cohabitation. J'ai fait tout mon possible pour que notre pays, durant cette période de deux années, ne perde pas son temps, que nous ne nous livrions pas à des luttes politiques stériles et inefficaces. J'ai fait tout mon possible pour que notre pays n'ait pas à souffrir de cette situation incommode. Je crois pouvoir dire que nous y sommes largement parvenus, mais franchement, mieux vaudrait en sortir une bonne fois ! Enfin, ce sera possible parce que le vote qui sera le vôtre, dans moins de deux mois maintenant, ou dans deux mois très exactement, parce que ce vote vous permettra de fixer l'avenir de notre pays pour sept années, et croyez-moi, quand on veut réformer, changer les choses, en évitant les fractures dans la société, en prenant le temps de discuter, de négocier, de se faire comprendre, sept ans c'est mieux que deux ans !
Mes chers compagnons, mes chers amis, je vous demande votre soutien. C'est à vous directement que je m'adresse ; fidèle en cela à l'enseignement du Général de Gaulle, je n'ai demandé l'autorisation de personne, je ne me suis engagé envers personne, je n'ai rien promis à personne. Je suis devant vous comme un homme libre, reconnaissant des soutiens dont il dispose partout dans cette salle. Je vous appelle à choisir une politique courageuse et pas une politique démagogique. Je vous appelle à choisir une politique d'espoir et non pas une politique d'illusions. Je vous appelle à choisir une politique généreuse pour tous les français. Et je vous appelle à choisir un homme qui ait la conviction qu'il ne pourra remplir sa tâche que s'il est véritablement le président de tous les français, dans leur diversité. D'un homme qui ne gouverne pas pour une catégorie contre une autre, en fonction de choix partisans ou de choix intéressés, d'un homme qui ait au cœur la conviction qu'il ne sera digne de sa fonction que s'il agit notamment pour les plus défavorisés et les plus faibles et les plus démunis, pour que tout le monde avance ensemble dans notre pays, sur la voie du progrès.
C'est cela être le président de tous les français ! D'un homme aussi, qui dans les grands débats de notre avenir national, de la place de la France dans le monde, de l'avenir de notre société, de l'avenir de l'Europe, saura faire des choix clairs, des choix courageux, des choix scrupuleux, après avoir entendu les françaises et les français, mais une fois qu'il les aura entendus, alors il faudra décider, dans le respect bien entendu de nos règles constitutionnelles. Voilà le choix que je vous demande de faire.
Mes chers compagnons, mes chers amis, cette campagne est pour moi l'occasion de vous dire à toutes et à tous, combien fort je crois en la France, je vous demande d'y croire avec moi.
Discours de M. Balladur - Élus du XVe : Jeudi 9 mars 1995
Hôtel Nikko
Mes chers amis, mes chers compagnons, merci. Merci d'être si nombreux, merci d'être si chaleureux, merci de tout cœur. Nous voilà réunis ce soir, comme nous le faisons souvent, dans notre XVème arrondissement, pour débattre des problèmes de notre pays et de son avenir. Je remercie toutes celles et tous ceux qui m'apportent leur soutien, et à leur tête René Galy-Dejean et Roger Chineau, qui président ensemble le comité de soutien de Paris. Je remercie également Philippe Roujon député et Jean Chérioux, sénateur. Je remercie tous les élus du XVème arrondissement qui veulent bien être présents ce soir, et je remercie aussi les élus de Paris qui sont dans la salle, et qui, appartenant aux divers mouvements et partis qui composent la majorité à Paris, m'apportent leur soutien.
Nous sommes réunis pour parler ensemble de la France, de son avenir, de ce qu'elle peut être, et de ce que les françaises et les français peuvent faire de mieux pour elle. Voilà l'enjeu de l'élection présidentielle. Le général de Gaulle, il y a plus de trente ans, a voulu que ce soit le peuple tout entier, qui directement, librement, choisisse son destin, choisisse la voie qu'il veut prendre pendant sept ans, et choisisse l'homme ou la femme qu'il chargera de la conduire sur cette voie. Nous y sommes, mes chers compagnons, mes chers amis. Dans les semaines qui viennent, les françaises et les français vont choisir l'avenir qu'ils souhaitent pour la France, au tournant du siècle. Ils vont choisir et décider quel espoir ils veulent offrir à nos concitoyens. Nous avons tous besoin d'espoir, dans nos vies personnelles, dans nos vies quotidiennes, dans nos vies professionnelles, dans nos vies familiales, dans notre vie publique ; nous avons tous besoin d'espoir. La France, elle aussi a besoin d'espoir. Or, ce qui compte, d'abord et avant tout, c'est de savoir ce que nous voulons pour elle, et ce que nous sommes prêts à faire pour elle, car, et je ne me lasserai jamais de le répéter, les choses ne se feront pas toutes seules, dans la facilité, dans le laisser-aller, dans le refus de l'effort, dans le refus de la fraternité et de la solidarité.
Ça n'est pas par le chacun pour soi égoïste que nous gagnerons. Nous gagnerons pour la France, si nous sommes fraternels les uns avec les autres, et solidaires. Un certain nombre de progrès ont été faits depuis deux ans. On me dit parfois, n'en parlez pas trop, c'est pas mal ce qui s'est passé, mais les françaises et les français ne tiennent pas tellement à ce que l'on revienne là-dessus, ce n'est pas sur un bilan que l'on jugera, c'est sur un projet mobilisateur, soit. Mais enfin, si nous avions échoué on l'entendrait ! Et comme on ne l'entend pas, je suis porté à en conclure, mais peut-être suis-je intéressé, que nous n'avons pas échoué. Je ne vous le cacherai pas. Il m'est arrivé, certains jours, certains soirs, durant ces deux années, d'être saisi d'une grande inquiétude devant l'ampleur de la tâche à accomplir et de me demander si nous y parviendrions. Je n'ai pas fait de promesses il y a deux ans. J'ai dit : je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour améliorer la situation, mais ce sera difficile et ce ne sera pas terminé en deux ans. Je n'ai rien dit d'autre aux françaises et aux français. Mon seul objectif c'est de laisser la France dans un meilleur état que nous ne l'avons trouvée. Et bien mes chers amis, notamment grâce à votre soutien à tous, c'est fait ; quoiqu'il advienne au début du mois de mai, la France sera en mai 95, en bien meilleur état qu'en mars 93. Certes, tout n'est pas terminé, il reste beaucoup à faire. Mais enfin, nous étions en recul, les techniciens appellent ça la récession, c'est-à-dire que nous nous appauvrissions ; nous sommes en croissance économique. Le chômage augmentait de plus de 300 mille par an, en 94 il n'a pas augmenté ; ça n'est pas encore assez, il faut qu'il diminue. Je suis le premier à le dire et à faire en sorte que l'on y parvienne. Mais enfin, c'est un résultat L'insécurité allait croissante, grâce aux lois que nous avons fait voter sur le contrôle d'identité, sur le droit de la nationalité, sur les moyens à donner à la justice et à la police, la sécurité s'améliore. Notre pays était confronté à une très grave crise internationale, en raison d'engagements mal pris et mal négociés, nous l'en avons sorti. Nos agriculteurs ont repris l'espoir, et la France peut nourrir, désormais, l'ambition d'être l'un des grands pays du monde en matière de commerce international, parce que nous avons su défendre ses intérêts face à tous les autres ; on l'a un peu vite oublié.
Partout, dans tous les domaines de la vie nationale: l'économie, la protection sociale, que nous avons sauvée de la faillite, le système d'enseignement, l'aménagement du territoire, partout, nous avons apporté des réformes profondes, qui commencent à porter leurs effets. Je n'ai jamais dit que j'étais un faiseur de miracles, et j'ai d'ailleurs bien fait parce que je ne suis pas un faiseur de miracles. Mais s'il y a parmi tous les candidats qui se présentent devant vous quelqu'un qui sait faire des miracles, alors je lui dis levez-vous et faites-en tout de suite !
Il reste beaucoup à faire, mais beaucoup a été fait, et sur cette base-là l'on voit bien ce qu'il faut pour que la France aborde le prochain siècle avec toutes ses chances. Que faut-il à la France ? Il lui faut d'abord être toujours plus forte, sur le plan économique, parce que tout passe par là. Qu'on ne nous raconte pas d'histoire sur la politique qui serait trop exclusivement économique. Mes chers amis, est-ce que vous connaissez un ménage, une famille, qui puisse vivre à l'abri du besoin, et en satisfaisant ses aspirations, quand le père est au chômage et quand la mère cherche du travail ? Non, ça n'existe pas. Et bien, il est capital pour notre pays, qu'il soit le plus fort possible dans la compétition internationale d'aujourd'hui, et qu'il soit donc le plus prospère possible, tout passe par là. La réduction du chômage, la force internationale de la France, l'efficacité de sa défense, le maintien de notre système de protection sociale, le financement de notre système d'enseignement, indispensable pour assurer l'avenir de la jeunesse, tout passe par une économie plus forte et plus robuste, et tout projet, toute proposition qui conduiraient, en multipliant les promesses pour aggraver les déficits et l'endettement, en multipliant les promesses, à affaiblir notre économie, tout projet, toute proposition de cet ordre, feraient du mal à la France.
Alors, ce qu'il nous faut, c'est plus de justice, plus d'égalité pour tous, et pour la France, plus de rayonnement et plus d'autorité dans le monde. Plus de justice, ça veut dire qu'il faut lutter résolument pour faire diminuer le chômage. Nous l'avons arrêté, ça n'est pas assez, il fallait commencer par là. Mais depuis 20 ans, le chômage, finalement, n'a cessé d'augmenter dans notre pays.
Et les jeunes qui sont là, et que je remercie de leur enthousiasme, depuis qu'il sont au monde, et qu'ils regardent la télévision, ce qu'on fait de plus en plus jeune désormais, n'entendent parler que d'aggravation du chômage. Comment voulez-vous que les jeunes aient confiance dans la société dans laquelle nous vivons. J'appartiens à une génération ou finalement le problème ne se posait pas. Aujourd'hui il se pose, ce qui veut dire que la réduction du chômage est une priorité et un devoir absolu. J'ai fait une proposition : 200 mille chômeurs de moins par an pendant 5 ans, ce qui en fera 1 million de moins au bout de 5 ans, et ce qui mettra la France à peu près dans la situation de ses voisins, alors qu'il n'y a aucune raison pour que la situation soit plus grave chez nous qu'à côté de chez nous. Et que faut-il faire pour y parvenir ? Il faut abaisser les charges : je propose que l'on abaisse notamment les charges d'assurance maladie pesant sur les entreprises, les cotisations, qu'on les transfère à l'état, et je propose également qu'on continue la réduction des cotisations familiales qui doivent elles aussi être transférées à l'état. Et puis je propose surtout que l'effort pour l'emploi, soit prioritairement destiné aux marginaux, aux exclus à ceux que la vie a piétinés, qu'elle a meurtris; ceux qui sont au RMI et qui sont chômeurs depuis deux ans; ceux qui sont chômeurs en fin de droit et qui ne touchent plus qu'une allocation spéciale de solidarité. Et pour ceux-la je propose qu'on exonère les entreprises du paiement des cotisations sociales, si elles recrutent l'un de ces chômeurs en fin de droit. Et je suis convaincu que si nous faisons cela, nous pourrons tenir notre pari de réduire le chômage de 200 mille personnes par an.
En second lieu, il faut dans notre société davantage d'égalité des chances. On le dit souvent, au fronton de la République, il y a le mot égalité et la France n'est pas une société où chacun a les mêmes chances. Je ne sais pas s'il y a d'ailleurs une société au monde ou chacun a les mêmes chances, et je pense que c'est un effort permanent qu'il faut faire sans cesse pour, si je puis dire, lutter contre la nature qui sans cesse reconstitue des différences et des inégalités. Et cet effort, c'est essentiellement un effort moral. Par exemple, l'égalité des chances, ça veut dire donner une seconde chance à ceux auxquels la vie a été cruelle et qui vers l'âge de 35 ou 40 ans voudraient bien améliorer leur situation et s'en sortir et progresser.
Et bien, je propose, qu'on leur garantisse, à ceux qui veulent suivre une formation supplémentaire, pour accéder à un niveau de responsabilité supplémentaire, qu'on leur garantisse jusqu'à 3 ans de salaire pour reprendre leurs études, à charge pour eux, bien-entendu, ensuite, de racheter les points de cotisation qu'ils n'auraient pas souscrits, voire d'accepter que pour la même période de trois ans, on reporte librement, ce sera à eux à le décider, l'âge de la retraite. La seconde chance, c'est une chose essentielle dans une société aussi rude que la société de compétition économique dans laquelle nous vivons. La seconde chance, la chance plutôt, l'égalité des chances, c'est également de garantir la protection sociale. Elle est coûteuse, c'est vrai, mais elle est indispensable. Nous avons sauvé l'assurance chômage qui était en faillite. Nous avons sauvé l'assurance vieillesse qui était en faillite. Nous avons fait pour la famille un effort que l'on n'avait jamais fait auparavant, en créant l'allocation parentale d'éducation pour le deuxième enfant, et je propose qu'on l'étende au premier enfant, pour que les femmes aient véritablement la liberté du choix, et grâce au développement du temps partiel et du temps choisi, pour que les femmes puisse choisir leur vie, et ne pas hésiter à augmenter leur famille, à avoir de nouveaux enfants, dès lors qu'elles sauront que la vie professionnelle ne leur sera pas pour cela fermée. C'est également ça l'égalité des chances, c'est penser à la famille, penser aux femmes, à l'égalité entre les hommes et les femmes, qui n'est pas suffisamment assurée dans notre société, ni sur le plan des salaires, ni sur le plan de la participation à la vie publique. L'égalité des chances, cela veut dire aussi, que lorsqu'un homme a travaillé toute sa vie et qu'il veut léguer un petit patrimoine à ses enfants, et bien il doit pouvoir le faire en payant moins, beaucoup moins de droits de succession qu'on ne le fait aujourd'hui. L'égalité des chances, cela veut dire aussi offrir aux personnes âgées, la possibilité, grâce à l'allocation de dépendance, de terminer leurs jours, si elles le peuvent et si elles le veulent, chez elles, entourées de l'affection de leurs siens. Voilà ce que veut dire l'égalité des chances. Cela suppose toute une série de décisions, que nous proposons afin de faire en sorte que notre société française soit moins rude aux plus faibles, et moins dure.
Enfin, mes chers amis, à la France, nous devons également consacrer toutes nos pensées et tous nos efforts. Je ne suis pas de ceux qui opposent la France aux français; de ceux qui disent: quand on veut que la France soit grande, et bien il faut que les français en supportent un peu les conséquences ; ou de ceux qui disent : quand on veut que les français soient plus heureux, et bien il faut que la France accepte de diminuer son rôle dans le monde, on ne peut pas tout faire à la fois. Mes chers compagnons, mes chers amis, je suis d'un avis totalement opposé. Le bonheur de la France, plutôt le bonheur des français, et notamment des jeunes, c'est d'être les citoyennes et les citoyens d'un grand pays, respecté, influent, qu'on écoute et qui compte dans le monde. Et la grandeur de la France, dépend de notre capacité à créer une société française plus fraternelle et plus solidaire, où les français soient plus proches les uns des autres, plus heureux et plus unis. Donc pensons ensemble à la France et aux français, et ne les séparons pas. Alors, comment la France peut-elle être grande ? D'abord, en montrant la voie pour la construction de l'Europe. La France est plus puissante, est plus influente, est mieux défendue lorsque l'Europe existe ; et si l'Europe ne devait plus exister, la France serait affaiblie. Je livre cela à la méditation de tous ceux qui voudraient une France frileuse, recroquevillée sur elle-même, ayant peur des autres, ayant peur du monde extérieur. La France n'a été grande que lorsqu'elle s'est ouverte au monde extérieur, ouverte aux autres, et qu'elle n'a pas eu peur. La grandeur de la France, c'est dans sa participation à la construction de l'Europe, sa participation active, sa participation décisive. Mais la grandeur de la France, c'est aussi sa présence au monde. Partout dans le monde, on écoute la France avec une oreille plus attentive parce qu'il s'agit d'elle, parce que c'est la patrie des droits de l'homme, parce qu'elle parle au nom des plus faibles, parce qu'elle ne piétine pas les autres nations, parce qu'elle est toujours la première à se dévouer pour une action internationale, même quand elle est dangereuse, et nous l'avons montré au Rwanda, il y a six mois, quand nous y étions seuls, pour une opération humanitaire. La France est grande partout dans le monde parce qu'on sait qu'elle est généreuse et qu'elle est le meilleur soldat de la paix. Alors, ayons toujours présent à l'esprit cette nécessité pour nous d'être dignes de notre histoire. Notre histoire n'est pas un don qui nous est fait et pour lequel nous ne devons prendre aucun soin.
Nous devons être dignes de l'histoire que nous avons reçue et nous devons faire en sorte que la France soit toujours plus écoutée dans le monde, plus respectée dans le monde, parce qu'elle a une image de courage et de désintéressement. Demandez-donc aux pays africains qui sont dans le malheur, bien souvent, ce qu'ils pensent de l'action de la France, et demandez si elle n'est pas à leurs yeux le pays le plus généreux, le pays sur lequel on peut compter quand il y a des difficultés.
Voilà, mes chers compagnons, mes chers amis, l'espoir que je propose aux français, pour le tournant du siècle : une France qui soit plus puissante économiquement; une France plus juste, grâce au recul du chômage ; une France ou l'égalité des droits soit mieux assurée pour tous ceux qui sont en difficulté ; une France enfin, plus rayonnante dans le monde, et plus influente. Est-ce possible, ou n'est-ce qu'un propos électoral comme on en entend tellement dans ce genre de période ?
Croyez-vous vraiment qu'on va réformer l'enseignement supérieur, notamment le premier cycle, sans l'accord des étudiants, des professeurs, des collectivités locales, des syndicats… je pourrai continuer longtemps l'énumération. Nous avons besoin de nous parler les uns aux autres. Nous avons besoin de nous expliquer les choses les uns aux autres. C'est ce qu'on appelle ma méthode et finalement, l'avouerai-je, je suis assez flatté qu'on lui ait donné mon nom.
Alors quelle campagne électorale devons-nous mener ? Joyeuse et chaleureuse, cela va de soi, et vous l'avez commencée, je vous en remercie. Je vous dirai que nous devons tous mener une campagne de vérité et une campagne de dignité. Une campagne de vérité, tout d'abord, nous tenant également loin de la démagogie et de la facilité d'un côté et de l'archaïsme de l'autre. Il n'est pas vrai, que seule au monde, la France pourrait résoudre les problèmes de l'assurance maladie, en disant à tous les assurés, ne vous faites aucun souci, continuez donc à dépenser tout ce que vous estimez devoir dépenser, la croissance va revenir, il va y avoir des recettes qui arriveront, ne vous faites aucun souci. Aucun pays du monde ne tient ce langage à ses citoyens. Et il faut, en la matière avoir le courage de dire, et je le dis même si ça n'est pas populaire, qu'il faudra que chacun fasse des efforts, pour garantir justement la protection sociale, pour la sauver.
Car si on ne fait pas d'effort, dans le respect des droits acquis, cela va de soi, et bien la protection sociale sera gravement compromise, je le dis aujourd'hui. Il n'est pas vrai, qu'on puisse dire aux français : on va réduire autoritairement, automatiquement et généralement la durée du travail, et vous allez conserver les mêmes revenus, ça n'est pas vrai ! Ça ne s'est pas passé comme ça. En 1982 ou 1983, on a déjà fait cette expérience, et on a vu ce qu'il en est résulté : des centaines de millier de chômeurs de plus ; est-ce qu'on veut recommencer ? Nous venons à peine d'atteindre un pallier, nous venons à peine d'être parvenus à stopper l'aggravation du chômage ; veut-on, en continuant toutes les dépenses comme on le fait, à vouloir sans cesse de nouveaux prélèvements, de nouvelles taxes, de nouveaux impôts qui engendrent à nouveau du chômage, lequel chômage réduit les recettes de l'état, et lequel entraîne, par une sorte de phénomène d'accumulation, une nouvelle aggravation de la situation. Ça ne se passera pas comme ça, et je préfère le dire aujourd'hui, et prendre à témoin toutes les françaises et tous les français. Je crois également mes chers amis, mes chers compagnons, qu'il faut mener une campagne de dignité. Campagne de dignité, ça veut dire tout d'abord dire la vérité, quoiqu'il en coûte. Les propos que je viens de vous tenir, je ne suis pas sûr que beaucoup d'autres les tiennent, mais peu m'importe. Je sais bien que les français sont las d'entendre parler de la crise, ils sont las d'entendre parler des difficultés. Ils veulent que ça aille mieux, ils ont mille fois raison de le vouloir, et je connais les problèmes qu'ils peuvent rencontrer les uns et les autres. Ça n'est pas parce que nous avons arrêté la progression du chômage qu'il n'y a pas plus de 3 millions de chômeurs dans notre pays, et je sais bien les drames que ça peut créer dans nombre de familles et dans l'esprit de nombreux jeunes qui se demandent quel avenir on leur a préparé. Tout cela, je le sais bien. Mais est-ce une raison pour peindre les choses en rose et pour dire que tout sera facile ? Non, nous allons avoir besoin de travail, nous allons avoir besoin d'effort, nous allons avoir besoin de solidarité, de fraternité, je suis sûr qu'au bout du chemin, le mieux est là, comme il est déjà là aujourd'hui. J'en suis sûr, mais ne disons pas que tout va nous tomber, passez-moi l'expression, tout cuit dans la bouche, sans qu'on ait à faire d'effort. Ça n'est pas vrai.
Alors les choses deviennent un peu plus difficiles. Et, c'est de nature bien entendu à nous motiver davantage encore et à nous stimuler. D'ailleurs moi, je n'ai jamais pensé que les choses seraient faciles. J'ai toujours pensé que la campagne électorale serait, comme il est légitime, l'occasion d'une grande explication, et que dans un premier stade, ceux qui parlent le langage de la facilité, sont plus écoutés que ceux qui parlent le langage de la responsabilité.
Mes chers amis, autant vous le dire tout de suite, pour qu'il n'y ait pas de malentendu, en tout cas entre vous et moi, nous sommes tellement proches les uns des autres, et nous travaillons ensemble depuis tant d'années, autant vaut vous le dire tout de suite : je ne changerai pas ! Je continuerai à parler le langage de l'espoir pour tous les français ; de l'espoir pour tous, et d'un espoir responsable, fondé sur une claire vision de la réalité, et des efforts qu'il faut faire pour la modifier, et non pas fondée sur des illusions. Et pour terminer, je voudrai vous dire ceci : en quoi consiste finalement, la fonction de Président de la République ? Vous le savez, il est d'usage de dire le Président de la République doit être le Président de tous les français, et c'est vrai. Et cependant c'est un homme, ou une femme, on finira bien par le voir un jour, qui a ses convictions, qui a ses attachements, qui a ses choix. Comment peut-on avoir à la fois ses propres choix, ses propres convictions et se vouloir le Président de tous ? Mes chers amis, je crois que c'est possible, à la condition de bien distinguer les choses. Un Président de la République doit se sentir responsable et en charge des intérêts légitimes et des aspirations de tous les français à quelque catégorie qu'ils appartiennent, fussent-ils membres des catégories qui lui sont à lui, le plus hostile. C'est ça que cela veut dire, être Président de tous les français. Mais, il y a des moments importants dans la vie nationale, où il faut choisir, il faut prendre une décision capitale pour l'avenir. Le général de Gaulle a eu à en prendre ; Georges Pompidou, au souvenir duquel je suis particulièrement attaché comme vous le savez, a eu à en prendre. Faut-il ou ne faut-il pas élargir l'Europe ? Faut-il ou ne faut-il pas défendre l'agriculture française ? Faut-il ou ne faut-il pas dire à nos partenaires que s'ils ne tiennent pas compte de nos intérêts, alors nous invoquerons nos légitimes intérêts nationaux ? Faut-il ou ne faut-il pas nous opposer aux États-Unis, sur l'exception culturelle pour défendre la langue française, et la culture française ? Sur tous ces sujets-là, le Président de la République doit, le moment venu, décider en son âme et conscience.
Mais pour tout ce qui concerne la gestion de la société, le progrès de la société, il doit toujours avoir une préoccupation dans le cœur et dans l'esprit : est-ce que véritablement la décision prise est une décision juste pour l'ensemble des français. C'est cela être le Président de tous les français. C'est un effort de tous les jours, mais c'est un effort indispensable.
Dans les grandes heures de son histoire, notre pays a eu le sentiment que celui qui le dirigeait était vraiment en charge de tous, se sentait le responsable de tous, se voulait le responsable de tous. Et puis dans les heures plus sombres, ou plus difficiles, il a eu le sentiment que la politique qui était menée, était une politique pour certains, mais pas pour les autres. Mes chers amis, je n'ai cessé depuis deux ans, et depuis bien avant d'ailleurs, de parler le langage de l'union et du rassemblement. Je l'ai fait inlassablement parce que je suis convaincu que notre pays tout au cours de son histoire, a trop souffert de déchirements qui lui ont porté tort, qui l'on rendu moins puissant et moins influent et qui ont fait que parfois notre société est une société plus fragile que celles d'autres pays. Alors oui, le temps du grand rassemblement des français est venu. Le temps de l'union de toutes les françaises et de tous les français, au service de la France. Voilà les temps que nous allons vivre ensemble, je suis heureux de les vivre avec vous !
Discours de M. Balladur, à Montpellier le 14 mars 1995
Mes chers amis, quelle joie de vous voir si nombreux ce soir, si enthousiastes, et quel élan votre présence donne à cette campagne que tous ensemble nous faisons parce que nous croyons en la France. Un certain nombre d'élus de vos départements, de votre région sont à mes côtés, ici à la tribune, et je tiens à les saluer et à les remercier. Jacques Blanc tout d'abord, président de la région, Willy Dimeglio, Bernard Serrou et Marcel Roques. Je salue les parlementaires, les élus, les présidents des conseils généraux de Lozère, du Gard, de l'Aude, des Pyrénées orientales et de l'Hérault. Tous ensemble, mes chers amis, tous ensemble, nous représentons la France dans la diversité de ses opinions et de ses traditions. Tous ensemble, nous représentons la France dans la diversité de ses catégories, mais dans la tolérance et dans le respect mutuel des uns et des autres. Et tous ensemble, nous représentons la France dans son unité. Notre campagne électorale connaît en ce moment un tournant. Un tournant, parce qu'il s'agit clairement de savoir quel avenir les français veulent choisir pour la France. Cet avenir, ça doit être un nouvel avenir ; ça n'est pas la répétition du passé ; ça n'est pas la continuation de ce qui existe, même si nous pouvons être fiers et parler la tête haute de ce que nous avons fait depuis deux ans. Depuis deux ans que nous avons pris, majorité, gouvernement uni, la responsabilité des affaires de notre pays, et que nous l'avons redressé. Mes chers amis, je ne suis pas, je le dis parfois, mais j'éprouve le besoin de le dire, car après tout ça n'est pas inutile, je ne suis pas dans cette élection présidentielle, le sortant : ça n'est pas moi qui ait passé deux septennats à l'Élysée, je le signale en passant. Je suis celui qui en 1993, lorsque nous avons gagné, a accepté la responsabilité du pouvoir dans des conditions exceptionnellement difficiles. Et, si je me présente aujourd'hui devant vous tous et devant tous les français, c'est pour qu'un nouveau départ soit pris, et qu'une nouvelle espérance s'empare des esprits et des cœurs des françaises et des français. Quel est le message, quel est le projet ? D'abord, et avant tout, nous voulons une France plus grande, plus rayonnante, plus fière d'elle-même, plus confiante en elle-même, plus fière de son histoire, plus assurée d'avoir un grand avenir.
Cette France doit d'abord se réconcilier avec son histoire, et je voudrais, j'ai bien compris tout ce qui m'a été dit tout au cours de la journée et ce soir, et je voudrais évoquer devant vous le problème des rapatriés, à propos de la France et de son histoire. J'étais un jeune fonctionnaire en 1962, et au mois d'août, j'ai été envoyé en mission en Algérie. J'étais à Rocher noir, ceux qui ont le souvenir de cette période savent ce que c'était. Et, je suis reparti un jour du mois d'août, j'ai passé 36 heures à l'aéroport de Maison blanche, j'ai pu voir ces hommes, ces vieillards, ces femmes, ces enfants, attendant dans des conditions d'hygiène difficiles à supporter d'ailleurs, attendant qu'un avion puisse les transporter pour les ramener en France. Et, lorsqu'ils sont rentrés, j'ai été frappé d'une chose, c'est qu'ils n'ont pas eu le sentiment d'être accueillis, de retour chez eux, par un élan du cœur. Ils n'ont pas eu le sentiment que la fraternité de la nation jouait aussi à leur profit. Or, ils avaient joué un grand rôle dans l'histoire de la France, dans le prestige de la France. C'est à eux que la France devait, pour une bonne part, l'image qu'elle a donnée à tant et tant de peuples d'Afrique, qui se reconnaissent en elle, et qui veulent chercher leur inspiration chez nous. Lorsque j'en ai eu l'occasion en 1986, et bien que j'ai eu alors la responsabilité des finances du pays, qui n'étaient pas dans un excellent état, là aussi nous succédions aux socialistes, j'ai sans hésitations, accepté une loi généreuse d'indemnisation, parce qu'il me semblait que plus de 20 ans après, il était temps, il n'était que temps, que la nation répare ce qui avait été une injustice morale, et je dirais une indifférence du cœur. Alors, je sais bien que tout n'est pas réglé encore, et avant hier je recevais les associations de rapatriés. Nous avons évoqué les problèmes qui se posent à elles, à ces associations, comme aux rapatriés, et j'ai pris devant eux une série d'engagements. Tout d'abord, ils vont désigner un groupe de deux ou trois hommes qui va étudier la possibilité d'une loi complémentaire qui compléterai l'indemnisation pour les cas qui n'ont pas pu être réglés. Comme nous sommes en période électorale et que j'ai une certaine opinion de la dignité du débat public, et vous me permettrez de l'ajouter, de ma propre dignité, je n'ai prononcé aucun chiffre. Je n'ai pas dit je vous donnerai tant de milliards telle année, puis tant de milliards telle autre année ; j'aurais été indigne de mes interlocuteurs, et je me permets de le dire, indigne de moi ; mais ils m'ont parfaitement compris. Il faut en effet que ces dispositions complémentaires permettent au moins de régler les cas les plus difficiles.
Il y a également des problèmes de réinstallation et d'apurement des dettes. Sur 10 000 dossiers, il en reste 800 à régler. Des instructions seront données immédiatement aux trésoriers payeurs généraux, pour que les CODER fonctionnent dans des conditions plus compréhensives, et pour que l'indemnisation de ces 800 cas restant à régler, puisse être accélérée, s'agissant des frais de réinstallation. Enfin, et j'allais dire surtout, il y a ce qui concerne la mémoire, c'est-à-dire ce qui concerne la France, son histoire et son image. Mes chers amis, nous sommes tous responsables de l'image de notre pays, non seulement dans le monde, mais aux yeux de nos enfants. J'appartiens à la génération, j'ai des enfants, mais enfin, j'appartiens à la génération où lorsqu'il y avait une carte du monde, il y avait dessiné en rose, ou plutôt colorié en rose, les régions où la France exerçait sa mission civilisatrice. Et ça faisait une bonne partie du monde. Il ne faut pas que nous laissions perdre cet héritage moral et culturel, nous avons toutes les raisons d'en être fiers. J'ai donc demandé au ministre de l'éducation nationale, de bien vouloir étudier la possibilité que les programmes fassent une place, j'allais dire une place plus large, je devrais dire une place, car la place actuelle est vraiment fort restreinte, une place juste, au rappel de ce qui a été la mission de civilisation de la France au cours des âges, dans toutes les parties du monde.
Premier point donc de notre projet : la France, sa grandeur, son influence, et donc l'Europe, n'ayons pas peur de l'Europe, n'ayons pas peur des autres, n'ayons pas peur de nos voisins ; nous savons faire aussi bien qu'eux et même mieux s'il le faut ! Nous devons être toujours et en toutes circonstances, ceux par lesquels l'Europe progresse. Elle doit progresser, je le disais ce matin devant Jacques Blanc, qui avait bien voulu m'inviter au comité des régions d'Europe qu'il préside, elle doit progresser dans le domaine économique et monétaire, mais aussi dans le domaine de la sécurité, dans le domaine social, dans le domaine culturel ; la France doit reprendre le rôle qu'elle a eu au temps du général de Gaulle notamment. Rôle de conduire l'Europe de façon réaliste, mais de façon ambitieuse, car finalement, plus l'Europe sera forte et organisée, et plus la France sera prospère et bien défendue. Je l'ai éprouvé dans l'affaire du GATT. Si nous avions été seuls, nous français, croyez-vous que nous aurions obtenu ce résultat ?
C'est parce que nous avons réussi à mobiliser tous nos partenaires avec nous, les douze, et que tous les douze ensemble nous représentions presque la moitié du commerce du monde, c'est pour cela que nous avons réussi à faire admettre notre point de vue. L'Europe, bien utilisée, bien comprise, est pour la France, non pas une cause de faiblesse, mais c'est une cause de force supplémentaire. Voilà pour la France, la France que nous devons vouloir plus grande et plus influente.
Et puis, il y a l'emploi. C'est notre deuxième grand objectif. Vous le savez, je propose que nous fassions tout pour qu'il y ait désormais un million de chômeurs de moins en 5 ans. Alors j'entends parfois qu'on me dit : objectif peu ambitieux. Mais je le demande, et il y a beaucoup de jeunes ici, et je les salue d'ailleurs, je les remercie d'être là, alors je le demande, à tous ceux qui ont à peine 25 ans, depuis qu'ils entendent parler des choses, ont-ils entendu parler d'une année où on ne parlait pas de l'augmentation du chômage dans notre pays depuis plus de 20 ans ? Et donc, se fixer comme objectif qu'il y ait 1 million de chômeurs en moins, n'est pas un grand objectif, ce qui suppose que nous soyons capables de faire croître notre économie, bien entendu, et que nous soyons capables de prendre toutes les mesures de réduction des charges, d'assouplissement des réglementations, d'aide à l'emploi, qui nous permettrons d'atteindre cet objectif, c'est possible ! Souvenez-vous qu'en 1993, il y eu 330 mille chômeurs de plus, et souvenez-vous que depuis 4 mois, le chômage a diminué de 40 mille. Ça prouve que cet objectif est à notre portée.
Enfin, troisième projet pour la France : l'égalité des chances. Nous sommes devenus, c'est sans doute le fait de la crise et du chômage, une société plus rude, plus difficile à ceux qui n'y trouvent pas leur place aisément. Une société où il y a trop de malheureux, trop de marginaux, trop d'exclus. Il ne faut pas se rassurer, mes chers amis, en se disant que c'est le fait du chômage, et que si on lutte contre le chômage, tout redeviendra normal. Certes, il faut lutter contre le chômage, mais cependant, tous ceux qui sont nombreux ici, qui viennent de la région Languedoc-Roussillon, ou de la région parisienne, et qui sont des maires de villes, de banlieues, savent bien qu'il y a dans notre pays désormais, un problème qui est à la fois un problème humain, social et national, qui est la vie dans des quartiers difficiles et ce que nous devons faire pour aider, notamment la jeunesse, à affronter les risques de l'avenir.
Comment s'étonner que la vie soit si difficile dans certaines banlieues, lorsque le chômage sévit, lorsque la famille se dissout, lorsque la drogue se répend, lorsque la sécurité n'est pas assurée, lorsque les services publics ne sont pas assez présents. C'est tout cela que nous devons remettre en ordre, et nous devons le faire d'abord et avant tout pour la jeunesse, qui est la première à souffrir de ces maux, car ils abîment l'espoir que les jeunes peuvent avoir dans leur avenir, et ils portent atteinte finalement, à l'idée qu'ils se font de leur pays.
Mes chers amis, voilà résumé très simplement le projet que je propose pour la France. C'est un projet ambitieux, mais c'est un projet que l'on peut réaliser. Pour cela, il faut toujours et partout se poser une seule question : quel est l'intérêt du pays à long terme ? Je ne propose pas un projet plein de facettes et de paillettes pour séduire pour quelques semaines, et puis qu'ensuite on s'empresserait d'oublier. Je ne dis pas votez pour moi, on changera la vie; on nous a déjà fait le coup et on a vu ce que ça donnait ! Le projet que je propose est fondé sur le courage. Il y aura des choses difficiles à faire ; tout ne va pas être résolu comme par miracle, parce qu'on aura changé le Président de la République ; ce n'est pas comme ça que les choses se passent. Nous aurons devant nous des années de travail et d'effort et de solidarité, et de fraternité, pour surmonter les difficultés. Et, il nous faudra non seulement du courage, mais de la constance ; ne pas changer à tous les vents, saisir toutes les modes qui passent et puis oublier aujourd'hui ce qu'on a dit hier, et disant une chose aujourd'hui, penser déjà ce qu'on dira demain pour faire oublier ce qu'on a dit aujourd'hui. De la constance. Il faut évoluer, il faut changer, il faut donner un nouvel élan. Mais en même temps, la politique que nous avons menée, et j'en appelle aux témoignages de tous ceux qui m'accompagnent : Jean Puech, Daniel Hoeffel, Bernard Debré, André Rossinot. La politique que nous avons menée, elle a obtenu des résultats, qui peut le nier ? Et la preuve c'est que personne ne le nie, et si on n'en parle pas c'est qu'on ne peut pas en dire du mal ! Oui, nous devons mener une politique de courage, de constance et de vérité, mais c'est en même temps une politique qui est de nature à faire renaître l'espoir. Par exemple, serons-nous encore capables de payer les retraites en l'an 2010 ?
Alors on pourrait me dire, bon 2010, vous-êtes candidat en 1995, quoi qu'il advienne et aussi grand que soit votre talent, pour des tas de raisons, vous ne serez plus là en 2010. Non, certainement pas, ça c'est sûr ! Mais je vais vous dire : une bonne façon de juger les hommes publics, c'est de savoir justement ceux qui se demandent ce qui se passera en raison de ce qu'ils auront fait, ou qu'ils n'auront pas fait, des années après qu'ils auront quitté le pouvoir. Moi, ça m'intéresse 2010 ! Et je sais quelles sont les préoccupations des retraités, et je suis tout prêt à prendre en compte leur souci, qu'ils sont venus m'exprimer encore tout à l'heure, et qui est parfaitement légitime, d'être représentés dans les organismes publics qui débattent de leur sort et de leur avenir, ça n'est que justice.
Mes chers amis, finalement qu'est-ce que je propose à la France ? Je lui propose le courage, l'effort, et l'espoir, et de tout subordonner à un seul objectif : que la France aille mieux et que les français soient plus heureux qu'ils ne le sont. Ce changement profond, que j'appelle de mes vœux, il faudra que les français y soient rapidement sensibles. Il ne faut pas hésiter, perdre de temps, leur donner le sentiment que leur élection, finalement, n'a servi à rien. Et c'est pourquoi, je souhaite que soit prises très vite, des décisions essentielles, non pas qu'il faille tout bouleverser en l'espace de quelques mois, je ne suis pas de ceux qui disent : votez pour moi, et vous verrez, six mois après tout ira mieux. Je pense que les choses iront mieux, mais il faudra des années de travail pour véritablement régler tous les problèmes de notre pays. Cependant, il faudra très vite donner le sentiment que quelque chose a changé, et prendre quelques mesures essentielles. Ces mesures, je vais les répéter devant vous, et je les répéterai devant d'autres aussi, car il faut que chaque français soit convaincu que si je suis élu Président de la République, il y aura un contrat moral entre les français et moi, et que ce que j'ai dit, je le ferai, de la même manière que ce que j'ai dit dans le passé, je l'ai fait, et je l'ai accompli.
Alors soyons clairs, et soyons précis, et fixons quelques dates, comme ça il n'y aura pas d'ambiguïté, il n'y aura pas de malentendu et chacun saura sur quoi il doit compter. Premier objectif : l'emploi. Dès le mois de juin, dans la loi, prévoir la baisse des cotisations maladie, payées par les entreprises, pour que le coût du salaire diminue et qu'elles recrutent davantage.
Et dès le mois de juin aussi, prendre des mesures en faveur des chômeurs de longue durée, afin d'éviter qu'il n'y ait dans notre société, des exclus que l'on ne peut plus réintégrer et qui perdent tout espoir.
Dans le même temps, toutes les mesures devront être prises en faveur de la jeunesse; nous en avons prises beaucoup plus de 50, à la suite du questionnaire que j'avais adressé à la jeunesse et auquel elle a répondu. Ces mesures sont très diverses : elles vont du droit au stage, au droit à la formation, à l'éligibilité à 18 ans, et à la possibilité d'avoir une seconde chance dans la vie, en ayant le prolongement des bourses, même quand on a échoué à un Examen, sous certaines conditions. Tout doit être fait pour rendre l'espoir à la jeunesse. Premier domaine, décision au mois de juin : l'emploi.
Deuxième domaine : l'égalité des chances. Je le répète, la France est une société trop rude, et trop dure aux plus démunis et aux plus faibles. Il faut qu'avant le 14 juillet, on ait pris les dispositions pour offrir une seconde chance à ceux que la vie a meurtris ou qu'elle a déçus. À ceux auxquels on a enseigné un métier qui n'a plus d'avenir. À ceux auxquels on n'a pas enseigné de métiers. À ceux qui veulent changer de qualifications pour progresser dans l'existence et dans la responsabilité. Et il faut que cette deuxième chance puisse durer jusqu'à trois ans. Je propose que les mesures nécessaires soient prises avant le 14 juillet. L'égalité des chances, c'est également préserver la sécurité sociale, aussi bien au profit des personnes âgées, que des malades. Pour cela, il faut que très vite soit décidé, le principe de l'allocation dépendance, et qu'avant la fin du mois de juillet, les partenaires sociaux se soient réunis pour étudier ensemble, avec le gouvernement, les mesures à prendre pour assurer l'équilibre de l'assurance maladie. Ne vous y trompez pas mes chers amis, et ne croyez pas ceux qui vous disent qu'on peut ne prendre aucune décision et que les choses s'arrangeront comme par miracle. Rien n'est jamais gagné d'avance. De la même manière, nous sommes entourés de pays dont aucun n'est décidé, ni n'a envie, comment s'en étonner d'ailleurs, de nous faire de cadeaux. Tout ce que nous aurons, c'est ce que nous aurons gagné nous-mêmes par notre effort, par notre courage et par notre travail. L'égalité des chances, ça veut dire également que par la loi, on décide au mois de juin, que tous les jeunes ménages qui veulent acheter un appartement auront une prime de 60 000 francs.
Et c'est dès le mois de juin aussi, qu'il faut décider que des parents père ou mère, peuvent pour leur premier enfant, bénéficier de l'allocation parentale d'éducation, pour organiser leur vie plus librement, leur vie professionnelle, comme leur vie personnelle, c'est un élément de liberté et de justice. Voilà mes chers amis, le deuxième objectif avec des dates précises, pour l'égalité des chances.
Troisième objectif : l'Europe. En juin, la France présidera le conseil européen de Cannes. Il faut qu'à cette date, elle prenne des initiatives nécessaires pour faire redémarrer l'Europe sur le plan de l'union économique, sur le plan de la sécurité, sur le plan de la lutte pour l'emploi, sur le plan de la réalisation de grands équipements, notamment de ceux qui sont tellement chers à votre région, et dont le président Jacques Blanc m'entretenait, je veux parler du TGV Valences-Montpellier, ça s'est acquis, mais Montpellier-Barcelone.
Enfin, mes chers amis, enfin, il y a une quatrième mesure qui sera prise dans les quatre ou cinq mois, et qui aura pour effet et objectif, d'augmenter les libertés des françaises et des français. Il faut réconcilier l'état et le citoyen dans notre pays; ils sont trop loin l'un de l'autre. Et il faut que le citoyen se sente plus impliqué et qu'il ait davantage de droits. Pour cela, je propose qu'on étende le domaine du référendum, pour que vous tous, françaises et français, puissiez décider directement des sujets qui vous concernent directement et qui sont essentiels. Je propose que pour défendre vos libertés, vous puissiez, avec les précautions nécessaires, saisir le conseil constitutionnel, lorsqu'on veut vous faire application d'une loi qui peut être contraire aux libertés fondamentales. Enfin, il y a dans notre pays un problème de la participation des femmes à la vie publique et aux responsabilités. Il n'y a pas assez de femmes aux postes de responsabilités. Nous avons eu quelques années, deux femmes président de conseil général, l'une Madame Bardou est là ce soir, mais elle ne l'est plus, et nous ne devons pas avoir plus de 20 à 25 femmes, c'est-à-dire peine 5%, députés à l'Assemblée Nationale. C'est une situation qui fait de nous une exception en Europe, et qui ne doit pas durer.
Alors, je pense que pour faire évoluer la société, quand elle n'évolue pas naturellement assez vite, il faut l'y aider en la poussant, et je propose que l'on institue une règle, on pourrait dire qu'elle durera 10 ans cette règle, et on verra bien ensuite où en seront les choses, une règle qui prévoirait qu'à tous les scrutins de listes : élections européennes, élections municipales, élections régionales, il y ait 1/3 de femmes sur les listes, et pas en queue de liste !
Toutes ces mesures, pourraient faire l'objet d'un référendum qui serait soumis aux françaises et aux français à la fin du mois de septembre et au début du mois d'octobre, et je prends le pari que les françaises en tout cas, voteraient massivement oui !
Mes chers amis, une campagne présidentielle, ça n'est pas seulement un débat sur un projet. Certes il faut débattre d'un projet, et certes, il faut que les français et les françaises sachent à quoi s'en tenir, et vers quelle direction on veut les conduire. Mais une campagne présidentielle, c'est aussi le choix d'un homme, ou d'une femme, il serait temps, auquel les françaises et les français confient leur destin. Alors je voudrais vous dire 2 ou 3 choses. Je suis depuis toujours, un admirateur et un disciple du général de Gaulle, parce qu'il y a deux choses qui m'ont toujours impressionné en lui : son sens de la grandeur de la France, à laquelle il a donné un prestige inégalé en notre siècle, et son sens d'unité nationale, qui lui a inspiré toute sa politique en matière notamment sociale et économique. Je suis également attaché à l'Europe, et je n'ai aucun mal à me sentir à la fois gaulliste et européen. Après tout, les plus grands progrès de l'Europe peut-être, ils ont été faits au temps du général de Gaulle, lorsqu'il a imposé la politique agricole commune, je le signale aux agriculteurs qui sont là, et lorsqu'il a proposé l'union politique de l'Europe. Je suis partisan de la décentralisation, parce que je suis partisan de la démocratie, parce que je pense que mieux vaut prendre les décisions au plus près possible de ceux qu'elles concernent. Je suis partisan d'une politique sociale de plus grande justice, où l'on fasse une plus large part aux salariés, grâce à l'intéressement, grâce à la participation. Où on fasse en sorte que les salariés se sentent davantage chez eux, dans leur entreprise, et je le dis notamment à tous les jeunes qui sont là et dont ça doit être l'objectif. Ces objectifs, ces ambitions que je porte en moi, et que j'ai dans le cœur, je suis décidé à les mettre en œuvre, sans faiblesse, mais dans un esprit de tolérance. Dans un esprit de tolérance, ça veut dire la capacité d'écouter, de modifier son point de vue, après avoir écouté, sans quoi à quoi bon écouter, ça n'est que du temps perdu, si c'est pour partir du principe que de toute façon on a raison dès le départ, autant vaut se dispenser de toute concertation. Il faut écouter, il faut essayer de comprendre les autres, il faut dialoguer, il faut essayer de conclure des contrats. Notre société doit devenir une société plus moderne, dans laquelle les françaises et les français se parlent. Vous êtes ici nombreux à avoir des responsabilités, est-ce que vous croyez par exemple que dans les familles, nos enfants aujourd'hui ont envers nous l'attitude que nous avions nous, envers nos parents ? Les choses ont changé, vous le savez bien, les uns et les autres. Et dans les entreprises, est-ce que les choses se passent comme il y a 30 ans ? Et dans les collectivités locales, les communes, ou les départements ou les régions, est-ce que l'obligation de discuter pour se faire comprendre, n'est pas une obligation qui s'impose à tous ? Alors voilà ma méthode, méthode qu'on me reproche parfois. Cette méthode est la seule applicable dans un pays moderne, et qui veut aborder le grand large comme nous en avons l'obligation. Il s'agit de rassembler les français, et pour les rassembler, il faut leur donner le sentiment que leur avis à tous a de la valeur, que leur opinion à tous est précieuse, et que le pouvoir politique a un devoir impérieux, c'est de réaliser l'unité de la nation. Voilà ma méthode.
Je souhaite que cette campagne soit une campagne digne. Ne faisons pas un rêve, nous sommes sur terre, nous ne sommes pas des anges, mais enfin, nous sommes plus ou moins diaboliques. En tout cas, je peux vous dire quelque chose, c'est que, en ce qui me concerne, pas plus dans l'avenir que dans le passé, je ne ferai rien pour abaisser le débat public. J'ai pour cela trop de respect pour les françaises et les français et trop de respect pour la démocratie.
Mes chers amis, de quoi s'agit-il finalement ? Il s'agit dans cette élection, de choisir un homme qui ait la volonté d'être le Président de tous les français. Une fois que le Président de la République est élu, il conserve ses convictions bien entendu, il doit tenir ses promesses, et il doit faire en sorte que le pays avance dans la direction qu'il a fixée.
Mais en même temps, il doit se sentir en charge de la France toute entière, et de toutes les françaises et de tous les français, quelque soit leur catégorie, même s'il s'agit de ceux qui ne sont pas les plus proches de lui.
Un Président de la République, incarnation de la nation, doit être à tout moment dévoué, et dévoué exclusivement à un but : le service de tous les français et la grandeur de la France. Mes chers amis, je crois en la France, j'en ai fait le thème de ma campagne, avec moi, je vous demande de croire en la France.