Interview de Mme Ségolène Royal, ministre déléguée à l'enseignement scolaire, dans "Le Figaro" du 12 octobre 1998, sur les enjeux de la semaine des parents à l'école, notamment l'amélioration des relations entre les parents d'élèves, les enseignants et l'école.

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Circonstance : Semaine des parents à l'école

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Le Figaro. – Pourquoi une semaine des parents à l'école ?

Ségolène Royal. – Il s'agit de donner envie à tous les établissements scolaires de renforcer ou de mettre en place un partenariat approfondi avec les parents et d'entreprendre des actions. Nous avons souhaité que cela se déroule sur une semaine, car ne pas concentrer ce genre d'événement sur une durée précise, c'est prendre le risque qu'il soit sans cesse remis au lendemain. C'est en allant voir dans les collèges et les écoles des actions exceptionnelles communes enseignants-parents que j'ai eu l'idée de cette campagne nationale.

Le Figaro. – – Vos détracteurs parlent de gadget...

– Les parents sont des acteurs à part entière de la communauté éducative. Il faut que les établissements scolaires s'interrogent sur la nature des relations qu'ils entretiennent avec eux. Elles doivent être fondées sur un principe de respect mutuel. À chacun sa mission. Comprendre le sens de l'école permet aux parents de bien relayer l'effort des enseignants pour les progrès de leurs enfants.

Si nous voulons obtenir des résultats en matière d'éducation civique et améliorer l'ambiance au quotidien, l'école a besoin du concours des familles. On le voit avec la montée de la violence des jeunes. Parents et enseignants sont au coude à coude pour former les comportements citoyens et pour lutter contre l'échec scolaire.

Le Figaro. – Il y avait déjà la semaine de la citoyenneté, maintenant la semaine des parents. Certains se gaussent en évoquant la semaine du goût. N'est-ce pas abuser de ce genre d'actions ?

– Parents et initiatives citoyennes sont étroitement liés. Quand on interroge les familles et les enseignants sur les améliorations qu'il faut apporter, ils répondent tous : davantage de temps pour répondre à la soif de dialogue des adolescents. Aujourd'hui, nous faisons face au paradoxe suivant : les écoles communiquent avec l'étranger via Internet, mais il y a parfois peu de communication au sein même des établissements.

La semaine dernière, j'ai reçu des lycéens en Ardèche. Certains d'entre eux, en classe de terminale, n'avaient pas la moindre idée de la manière dont un lycée peut fonctionner, ou encore ne connaissaient pas les coefficients des épreuves au bac. C'est la même chose pour les parents : on a tout intérêt à leur expliquer comment s'organise un collège ou une école, à quoi correspond une carte scolaire, quel est le rôle du principal, du conseiller principal d'éducation, etc. Malheureusement, les parents sont parfois traités, dans les réunions, comme des enfants. Alors que, par le dialogue, on désamorce les crises, parce qu'on se comprend mieux en intégrant les contraintes des autres.

Le Figaro. – La culture de l'Éducation nationale ne va-t-elle pas à l'encontre de cette coopération parents-enseignants ?

– Il y a effectivement de vraies réticences, mais elles peuvent reculer, même si c'est un travail de longue haleine. Il ne s'agit pas pour autant que les parents empiètent sur la pédagogie. Ils ne le demandent d'ailleurs pas, comme le prouvent les sondages qui révèlent la forte confiance des parents à l'égard du système scolaire. De leur côté, les parents doivent absolument tenir un discours valorisant sur l'école et relayer ses efforts, mais se sentir écoutés, respectés, associés par exemple à l'orientation de leurs enfants.

Le Figaro. – Comment impliquer les parents toujours absents, mais que les enseignants voudraient rencontrer parce que leurs enfants ont des difficultés ?

– Chaque fois qu'il y a des relations approfondies entre parents et enseignants, les problèmes régressent. C'est ce qui s'est produit dans un collège situé en zone d'éducation prioritaire que j'ai visité à Uckange. Alors que les contacts étaient distendus, le principal s'est donné pour objectif de faire venir 80 % des parents aux réunions. Il a mis deux ans, en prenant parfois la peine de se rendre chez eux pour les solliciter, mais cela a marché et, surtout, cela s'est traduit par une forte baisse des incivilités. Des parents qui n'osaient pas venir ou qui se sentaient mal jugés ont repris confiance.