Interviews de M. Philippe Douste-Blazy, président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale et secrétaire général de Force démocrate, dans "Le Parisien" du 24 juillet 1999 et à France 2 le 26, sur sa demande de création d'une commission d'enquête parlementaire sur la pollution atmosphérique.

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Le Parisien : 24 juillet 1999

Le Parisien
- Vous demandez aujourd’hui la création d’une enquête parlementaire sur la pollution urbaine atmosphérique : pour quelle raison ?

Phiippe Douste-Blazy. C’est d’abord la réaction du médecin que je suis. Chaque hiver, la pollution urbaine fait aboutir à l’hôpital des dizaines de milliers d’enfants et de nourrissons victimes de bronchiolite, une maladie respiratoire aiguë. Dans les grandes villes, un enfant sur trois est touché, contre un sur seize seulement dans les petites communes moins polluées. Et le nombre global de bronchiolites augmente de 6 % chaque année à cause de la pollution. Je ne parle pas des milliers de décès prématurés chez les personnes âgées. Cette situation est inadmissible. Ne rien faire, ce serait de la non assistance à personne en danger.

Le Parisien
- Que fera cette commission ?

Phiippe Douste-Blazy
- Elle va travailler six mois, en auditionnant des constructeurs automobiles, des médecins, des élus locaux, des responsables des transports en communs urbains, bref, tous ceux qui peuvent d’une manière ou d’une autre faire bouger les choses. Ensuite, nous remettrons nos conclusions au gouvernement, qui devra en tenir compte pour l’avenir.

Le Parisien
- Depuis plusieurs années, la France a déjà pris de vraies mesures antipollution…

Phiippe Douste-Blazy
- C’est vrai et c’est louable. Cela dit, instaurer une fois par an la circulation alternée à Paris frappe les esprits, mais ne règle en rien le problème de fond, vous le savez bien. La pollution urbaine ne se règle pas au moment des pics, mais tout au long de l’année.

Le Parisien
- Que faire alors ?
 
Phiippe Douste-Blazy
- Désormais, l’environnement est une affaire municipale. Ce sont les maires, qui, demain, régleront ces problèmes au plus près. Ce sont les élus locaux qui imposeront par exemple le contrôle annuel des véhicules – et en particulier des diesels -, la limitation du stationnement ou de la circulation, ce sont encore les mairies qui donneront l’exemple en n’utilisant que des bus propres ou des véhicules municipaux électriques. Bref, la diminution des épidémies de bronchiolites sera sans doute le prochain enjeu municipal dans les grandes villes !

France 2 : le 26 juillet 1999

Benoît Duquesne
Et avec nous, Philippe Douste-Blazy, bonsoir. Vous êtes le président du groupe UDF à l’Assemblée, ce chiffre de 17 000 morts par an, c’est ça qui vous motive, pour demander la constitution d’une commission d’enquêtes parlementaire ?

Philippe Douste-Blazy
Oui en matière de pollution atmosphérique, permettez-moi de réagir surtout en tant que médecin. Il y a en France 1 500 000 nourrissons de moins de deux ans, un sur trois, c'est-à-dire 450 000 exactement, sont atteints de bronchiolite du nourrisson, c'est-à-dire une sorte d’asthme pour l’enfant. Pire on sait que 40% d’entre eux sont dans les grandes villes. Les agglomérations de plus de 500 000 habitants. Dans les petites villes 20%. Et il y a deux études qu’on vient de voir d’ailleurs à l’instant, l’une étant nationale, l’autre nationale (sic) qui montre trois chiffres terribles, 17 000 décès anticipés dus à la pollution uniquement automobile, pas simplement atmosphérique, mais aussi 250 000 crises de bronchites et 180 000 crises d’asthme.

Benoît Duquesne
Tout cela on le sait, ça fait un moment déjà. Qu’est-ce qui motive aujourd’hui votre démarche pour faire en sorte qu’il y ait une commission d’enquête parlementaire qui soit créée pour étudier la question ?

Philippe Douste-Blazy
Les chiffres accusent. Personne n’est à l’abri de la pollution atmosphérique. Tout le monde parle des pics, aujourd’hui par exemple, il y a un pic, parce qu’il fait chaud, le soleil brille et il n’y a pas d’air. Alors tout le monde s’inquiète de la pollution parce que tout le monde la ressent. On ressent essentiellement des problèmes inflammatoires, les conjonctivites à l’œil, les bronchites. Mais entre les pics vous et moi, nous ne ressentons rien, et pourtant, on respire 20 kilos d’air, alors qu’on boit deux litres d’eau par jour.

Benoît Duquesne
Qu’est-ce que vous attendez d’une commission d’enquête ? Pour en faire quoi ? Un problème national, une prise de conscience dans l’ensemble du pays, c’est quoi ?

Philippe Douste-Blazy
Deux choses. Les médecins viennent de dire la vérité, les politiques doivent prendre leurs responsabilités. Il y a d’un côté le gouvernement, de l’autre côté le Parlement. Donc j’ai demandé la création d’une commission d’enquête parlementaire, d’abord pour que les différents acteurs se parlent. Tous les partis politiques, y seront, il ne faut pas faire de politique politicienne avec la santé. Mais il y aura les constructeurs automobiles, il faut les entendre, il faut voir les médecins, les scientifiques, les responsables d’associations, vous avez parlé d’AIRPARIF tout à l’heure, mais aussi et surtout l’ensemble des maires des grandes villes de France. Alors premièrement il faut mieux surveiller, pour mieux informer, mieux sensibiliser, mieux protéger et prévoir. Et enfin et surtout, il faut développer, développer des énergies propres. C'est-à-dire le moteur thermique, le moteur électrique, les nouveaux gaz, le GPL, le gaz naturel, véhicule. C’est ça qui est important.

Benoît Duquesne
C’est ce que vous le faites à Lourdes dans votre ville, avec les transports en commun. Mais on a un peu l’impression que vous arrivez, je ne dirais pas comme les carabiniers, mais enfin sur un problème qui est traité, qui est traité par le gouvernement, les Verts, Dominique Voynet s’en occupe relativement bien si je puis dire. Qu’est-ce qui fait que tout d’un coup, vous voulez reprendre le dossier, vous voulez réaccaparer ce dossier-là.
 
Philippe Douste-Blazy
Non, ce n’est pas pour prendre le dossier, mais il y a urgence. Quand, on entend les chiffres, qu’on vient d’entendre que je viens de vous donner, il y a une urgence de tous les responsables politiques. Il y aura des actions municipales, je suis sûr qu’il n’y a pas que le gouvernement, il y a aussi les maires qui doivent être des acteurs, de santé publique. Ils doivent partir en guerre contre la pollution atmosphérique. Regardez les bus urbains, sont responsables de 70% du dioxyde d’azote dans les grandes villes de plus de 500 000 habitants. Il ne faut plus de bus urbain au diesel, il faut des moteurs thermiques ou électriques. Le maire de Rome vient de faire six nouvelles lignes électriques avec des petits bus de 25 places.

Benoît Duquesne
Merci beaucoup. Un tout petit mot sur Dominique Voynet, elle a été agressée samedi, à Dole, par des hommes qui prétendaient être des chasseurs en colère, elle porte plainte, une enquête est ouverte. Vous trouvez que ce comportement est qualifiable ?

Philippe Douste-Blazy
C’est affreux, c’est horrible de s’attaquer à Dominique Voynet ou à n’importe qui. La violence c’est une horreur, on est en démocratie c’est une grande chance, et je suis bien placé pour vous dire qu’on ne comprend pas quand quelque chose comme ça vous arrive. Donc je pense à elle et je lui dis que, bon, il faut prendre ça pour ce que c’est c'est-à-dire de l’inconscience et continuer sa route.

Benoît Duquesne
Vous-même, vous avez été victime de quelqu’un qui vous avait agressé avec un couteau. Merci beaucoup monsieur Douste-Blazy d’être venu ce soir dans le journal de France 2.