Texte intégral
Le Figaro : Que pensez-vous du rapport de « banlieuescopie » ?
François Loncle : Le rapport répondant à une commande de mon prédécesseur. Michel Delebarre, fait l'objet de ma part des plus grandes réserves sur le fond et sur la forme. Je n'aurais pas été commanditaire d'un tel travail. L'État a mis en place un comité d'évaluation de la politique de la ville, les travaux de recherche sont nombreux et de qualité. Il ne me paraît donc pas nécessaire de multiplier des investigations, qui ne rapportent pas grand-chose à la connaissance du terrain. Je serai le dernier à manier la politique de l'autruche et je serai le dernier à casser les thermomètres, mais j'estime qu'il s'agit d'un rapport parmi d'autres. On croule sous les rapports, et je n'y attache donc pas d'importance particulière.
Le Figaro : Ses conclusions sont pourtant inquiétantes…
François Loncle : L'étude a été achevée bien avant ma nomination et mon propre travail. Tout ce qui est décrit résulte d'une observation subjective. On ne peut donc lier ces conclusions par ailleurs contestables à l'action que nous avons entreprise. La politique de la ville est une priorité gouvernementale incontestable : son budget est en augmentation de 13 % pour 1993. En cinq ans, les crédits ont triplé. Je me moque des discours, du tapage médiatique, j'agis cité par cité, ville par ville avec des résultats évidents, y compris dans un domaine aussi sensible que la sécurité.
Le Figaro : Que reprochez-vous à ce rapport ?
François Loncle : Je dis simplement mon regret qu'au-delà de quelques, propositions intéressantes et au-delà de quelques analyses qui correspondent à la réalité, ce texte manie essentiellement le catastrophisme et porte en lui une dose de provocation politique que je regrette profondément. Il manie l'apothéose wagnérienne, s'acharne à jeter de l'huile sur le feu, en rajoute dans le noir, dans le spleen. L'emploi d'expressions comme sous-continent à la dérive, est grotesque, absurde et néfaste, car cela ne correspond pas à la réalité. J'invite M. Jazouli à enquêter aux États-Unis en Angleterre, en Italie, et il reviendra avec une opinion plus relative sur nos malheurs.
Le Figaro : Comment allez-vous combattre la dérive mafieuse liée au trafic de drogue qui se développe dans certains quartiers ?
François Loncle : Il n'est pas nécessaire de parler de structure mafieuse pour analyser et combattre les phénomènes de toxicomanie certes, des problèmes graves de toxicomanie se posent en banlieue. La lutte contre la drogue exige une politique de responsabilisation des adultes, des parents afin que les enfants ne soient pas abandonnés à eux-mêmes. Elle nécessite une action d'ampleur contre la récidive qui touche 60 % des ex-détenus. Il est urgent de trouver des solutions intermédiaires entre la prison et la liberté inconditionnelle.
Le Figaro : Existe-t-il des dysfonctionnements graves dans le fonctionnement de la politique de la ville ?
François Loncle : Ce rapport sent déjà le vieux. Je m'acharne depuis six mois à raccourcir les circuits financiers, à mieux coordonner l'action du gouvernement qui s'est mobilisé sur la politique de la ville. Notre politique est consensuelle. Elle fait l'objet de contrats avec des maires de la majorité comme de l'opposition. Les élus me demandent parfois d'en faire plus, mais jamais de faire autre chose. J'ai vu dans les quartiers de magnifiques réalisations et aussi des situations décourageantes. Mais les démarches qui démobilisent et sèment la confusion font plus de mal que de bien.
Le Figaro : Quelle suite allez-vous donner au travail de « Banlieuescopie » ?
François Loncle : L'enquête concernait six sites. Ces six villes font actuellement l'objet d'un traitement de la politique de la ville. Si les maires concernés estiment que, à partir des rapports particuliers, ils ont besoin d'actions complémentaires, j'en tiendrait compte au plus haut point. Mais je constate pour l'instant des réactions négatives : deux villes ont ainsi protesté en cours de route sur les méthodes d'investigation employées par banlieuescopie.