Interview de M. Philippe Douste-Blazy, président du groupe parlementaire UDF à l'Assemblée nationale et secrétaire général de Force démocrate, à RMC le 16 juin 1999, sur les questions de santé publique après l'interdiction de vente du Coca-Cola, son désir de voir se créer sur le plan européen un institut de veille sanitaire, les résultats des élections européennes, le rôle du président Chirac vis-à-vis de l'opposition et sur la nécessité d'un débat au sein de l'opposition.

Intervenant(s) :

Mots-clés :

Prononcé le

Texte intégral

RMC
Un mot, d'abord au docteur Douste-Blazy. La secrétaire d'Etat à la Consommation en France vient de prendre une décision importante, hier, puisqu'elle vient d'interdire la vente de Coca-Cola et tous les produits Coca-Cola en France – c'est un rappel de 50 millions de canettes – tout cela après le retrait temporaire, en Belgique des poulets, œufs et produits laitiers. Est-ce une panique injustifiée ou est-ce que vraiment on mange n'importe quoi ?

P. Douste-Blazy
– « Deux remarques, si vous me le permettez : d'abord, comme médecin, je suis choqué qu'il n'existe pas, au niveau de l'Union européenne, un institut de veille sanitaire européen qui permette de voir des clignotants s'allumer, qui permette aux différents ministres de la Santé de l’Union européenne de dire : attention, il y a dix cas, quinze cas, vingt cas qui commencent à arriver sur telle maladie infectieuse – la listériose –, sur telle autre maladie, comme on l'a vu récemment, avec des concentrations à la dioxine. »

RMC
Un outil ?

P. Douste-Blazy
– « Que le politique puisse avoir un outil qui clignote. Or il n'existe pas. Résultat : soit on n'en fait pas assez. C'est l'histoire du poulet à la dioxine. Le 3 mai, le ministère de l’Agriculture français reçoit une lettre des Belges lui disant : attention, on vous envoie des poulets à la dioxine. Rien ne se passe. Ou alors, au contraire, aujourd'hui où la secrétaire d'État – et on se met à sa place avec tous les scandales qu'il y a eu… »

RMC
Ne prend pas de risque.

P. Douste-Blazy
– « … on lui dit : il y a peut-être un risque – mais on n'en est pas sûr – qu'il y ait quelque chose dans le Coca. Et elle enlève 50 millions de bouteilles de Coca au risque de faire une peur collective. Tous ceux qui nous écoutent se disent : mon Dieu ! mon enfant a bu du Coca il y a trois jours, ou moi-même j'ai bu du Coca. Voyez, on est dans l'empirique et je crois que c'est une leçon. Il faut mettre de l'argent dans la santé publique. Le budget, par exemple, de ce pays – le budget français pour la Santé publique – est très, très faible. On met beaucoup d'argent sur d'autres domaines, on met très peu d'argent sur la santé publique. C'est une erreur fondamentale. On risque de le payer cher un jour. Et enfin, une deuxième remarque sur le plan économique : il est scandaleux que des gens puissent gagner beaucoup d'argent en mettant des farines animales épouvantables que tout le monde mange, tout cela pour gagner un peu plus d'argent. Moi je suis contre le communisme, mais je suis contre aussi l'ultralibéralisme où il n'y a que l'argent qui compte. Ça finit par des catastrophes. »

RMC
Affaires politiques. Votre liste a obtenu entre 9 et 10 % des voix aux élections européennes. Est-ce une victoire politique ou est-ce que vous avez sauvé les meubles, au bout du compte ? Est-ce qu'il peut y avoir victoire quand son camp est aussi divisé qu'est la droite ?

P. Douste-Blazy
– « D'abord, c'est vrai que c'est un résultat qui a été salué. Pourquoi ? Parce que je crois que dans ces élections européennes, il fallait parler de l'Europe. Ceux qui ont parlé de la politique nationale ont été sanctionnés. C'est vrai que F. Bayrou, que D. Cohn-Bendit, que C. Pasqua, qui ont des vues différentes de l'Europe mais qui ont parlé de l'Europe, eux, ils ont été entendus. Je ferai deux remarques : la première, c'est que les listes qui défendent l’Union européenne ou la construction européenne sont majoritaires, d'abord ; deuxièmement, au niveau de l'opposition, on voit bien qu'il va y avoir, demain, de manière assez claire, une fracture qui existe en, fonction de l'Europe. Elle existe déjà depuis longtemps, mais personne n'avait osé le dire. Au RPR, par exemple, il est évident qu'il y a ceux qui 'sont du côté de l'Europe vue par le Président de la République et ceux qui estiment qu'il y. a déjà trop d'Europe et que l'Etat-nation est le seul cadre possible. »

RMC
De ce point de vue, est-ce que le Président de la République n'est pas très affaibli quand mime, politiquement, après cette élection de dimanche ?

P. Douste-Blazy
– « D'abord, il ne faut pas... »

RMC
Il avait appuyé une liste, et une liste se réclamait de lui.

P. Douste-Blazy
– « Une liste se réclamait de lui, mais, comme vous le savez, F. Bayrou a toujours défendu la politique actuelle du Président de la République en termes européens. La question est la suivante : est-ce qu’on peut considérer que le Président de la République n’est pas le Président de tous les Français ? Moi, je vous dis : il est le Président de tous les Français. Il ne faut pas le considérer comme un simple leader de l’opposition. Il est au-dessus des partis. La question est la suivante : il mène – et il a raison, nous l’en félicitons – une politique européenne. Il y a quelques jours, c’était avec M. Schröder, à Toulouse, e, il y a quatre mois, avec M. Blair, à Saint-Malo, pour définir une Europe de la défense. C’est une ligne politique. Après les autres Présidents de la République, il continue à vouloir faire en sorte que ce pays soit fort dans une Europe organisée et forte. A partir de ce moment là, il est normal que les gens se déterminent en fonction de cela. Il y a ceux qui sont pour l’Europe, il y a ceux qui sont contre. »

RMC
Est-ce qu’il faut, en France, un grand parti du Président, comme on dit ? C’est une idée qui traîne depuis longtemps. Est-ce le moment ?

P. Douste-Blazy
– « Ce qui est important, aujourd’hui, c’est de voir si elle existe et où elle est et comment elle se constitue, la majorité présidentielle. Ca a toujours été la logique, d’ailleurs, de la Vème République. Je crois que cette opposition a besoin d’une chose : elle a besoin d’organiser un débat et de montrer au grand jour ses différences pour mieux s’en enrichir quelque part. »

RMC
Comme la gauche l’a fait à une époque ?

P. Douste-Blazy
– « Mais absolument. Il y a deux temps en politique : il y a le temps des majorités – c’est le temps des coalitions gouvernementales ; on se met à plusieurs au sein du Gouvernement – et puis il y a le temps de l’opposition. Le temps de l’opposition, c’est le temps du débat, le temps des formations politiques qui débattent des sujets. Ca peut être l’Europe, ça peut être, en effet, l’économie, ça peut être la recherche, ça peut être la Sécurité sociale, ça peut être beaucoup de choses. Regardez ce qui s’est passé à gauche en 1993. »

RMC
Est-ce que la formation de M. Pasqua, par exemple, doit participer à ce grand débat de l’opposition ?

P. Douste-Blazy
– «  Mais il est évident que, comme dans tous les pays du monde, iol doit y avoir des pôles conservateurs et des pôles modernes, démocrates. Je ne vois pas pourquoi l’opposition républicaine n’organiserait pas son débat. Regardez la gauche, comme j’essayais de vous le dire il y a un instant : en 1993, elle a été décimée ; en 1994, elle est revenue à la base, dans les régions, fédération par fédération. Elle a écouté surtout. Les propositions ont commencé à se faire. En 1995, elle a été capable de mettre un candidat à la présidentielle et ensuite elle a gagné. Donc, je crois que rien n’est jamais fini, à condition d’écouter les leçons. Nous n’avons pas suffisamment écouté les leçons. »

RMC
Et la leçon c’est quoi ?

P. Douste-Blazy
– « La leçon c’est d’organiser le débat, de gérer ses différences, de ne pas faire l’union pour l’union, mais de gérer au contraire cette union. »

RMC
Vous êtes président du groupe UDF à l’Assemblée nationale. En quelques mots, est-ce que nous sommes à la veille d’une grande initiative parlementaire de l’opposition ?

P. Douste-Blazy
– « A l’Assemblée nationale, que ce soit avec J. Rossi, que ce soit avec J.-L. Debré… »

RMC
Vous vous entendez bien, je sais, mais est-ce que vous allez aller vers un groupe unitaire par exemple ?

P. Douste-Blazy
– « Aujourd’hui, nous réunissons nos groupes politiques parlementaires. Nous préférons de très loin la coopération dans la tolérance, plutôt que cette compétition de la division. »

RMC
Et l’union des groupes ?

P. Douste-Blazy
– « Comme je vous le dis, l’unité pour l’unité, ça n’a aucun intérêt. Ce qui est important, c’est l’unité dans la discussion et le déat. Qu’il y ait des gens qui soient un peu plus conservateurs que d’autres, c’est très bien, à condition que nos électeurs n’aient pas l’impression que l’on se divise et que l’on se bat. »