Extraits de l'interview de M. Charles Millon, ministre de la défense, à RTL le 27 avril 1997, sur la dissolution de l'Assemblée nationale, le programme électoral de la majorité, l'Union monétaire, et les relations franco-chinoises.

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Circonstance : Annonce le 21 avril 1997 par le Président Chirac de la dissolution de l'Assemblée nationale

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Passages importants

Les critères de Charles Pasqua

Moi, j’ai entendu une seule chose : Charles Pasqua a demandé qu’on vote sans réticence pour les candidats de la majorité. C’est vrai que la majorité est diverse, qu’il y a des tempéraments variés, mais il existe une unité. On sait que le programme électoral qui sera appliqué sera celui qui a été annoncé par Alain Juppé mardi dernier : baisse des impôts pour libérer les énergies et les investissements afin de créer des emplois pour lutter contre le chômage ; diffusion des responsabilités tant sur le plan politique que sur le plan économique ; préparation de la France à entrer dans l’Europe (…). La seule chose que je constate, c’est que Charles Pasqua demande aux électeurs des Hauts-de-Seine de voter pour les candidats de la majorité. (…)

Pourquoi une dissolution ?

(…) La France n’a pas le temps d’attendre. Un certain nombre de réformes ont été engagées. (…) Maintenant, il convient de les poursuivre et de les accélérer pour que la France puisse tenir son rang et puisse entrer en position de force dans les négociations européennes. Si on s’en était tenu aux échéances normales, il y aurait eu coïncidence entre les échéances européennes et les échéances électorales et, à ce moment-là, la France se serait retrouvée en position de faiblesse. En période électorale, (…) une certaine paralysie des réformateurs et des réformes s’enclenche. C’est la raison pour laquelle il ne pouvait pas y avoir de retard et c’est pourquoi le Président de la République a pris cette décision courageuse de provoquer une dissolution de l’Assemblée nationale. (…)

Le Président de la République a posé un acte courageux pour éviter à la France le risque de l’immobilisme et de l’attentisme. (…) Il a posé un acte gaullien en demandant au peuple de « retremper » la majorité pour permettre au gouvernement d’avoir tous les moyens de mener une politique de redressement économique et social et pour permettra à la France d’entrer en position de force dans l’Europe. Tous les éléments secondaires doivent être écartés. (…)

Quand on engage une réforme, quand on l’annonce, on est toujours très populaire. (…) Au départ, Alain Juppé était le chouchou des médias. (…) Ensuite, quand on lance la réforme, (…) on est totalement impopulaire, sauf (…) si on arrive à en montrer l’intérêt. Enfin, quand on a fini la réforme, les citoyens en constatent l’évidence (…). Aujourd’hui, le Président de la République a pris une décision courageuse, car c’est une décision de conviction, une décision d’explication, une décision d’entraînement des Français vers le redressement économique et politique dont la France a besoin.

« Il n’y a pas de majorité de rechange »

L’hypothèse de l’échec ne peut être envisagée. Pour pouvoir gouverner, il faut une majorité de gouvernement, et vous avez cette majorité du côté du RPR et de l’UDF. (…) De l’autre côté, vous n’avez pas de majorité de gouvernement. Si M. Jospin a décliné l’offre de débat en compagnie de Robert Hue, c’est parce qu’il sait très bien que ce dernier et lui-même ont des idées radicalement différentes sur l’Europe, l’économie, la défense, l’équilibre social. Dès lors, ils ne peuvent pas se montrer ensemble car ils ne savent ni exposer leurs convictions, qui sont contradictoires, ni même envisager un gouvernement commun. Donc, il n’y a pas de majorité de rechange dans l’état actuel des choses. (…)

Quel programme ?

Alain Juppé a été très clair. Il a expliqué qu’il fallait poursuivre les réformes – ce que je pense – et libérer les énergies et les investissements. C’est ce que l’on appelle une approche libérale de la vie économique et de la vie politique. (…) Cela va se traduire par une baisse des prélèvements, des charges sociales et des charges fiscales pour pouvoir libérer l’investissement et les énergies afin de créer des emplois. (…) Ensuite, nous proposons une diffusion des responsabilités (…) politiques et économiques. Il va falloir augmenter la décentralisation, donc revoir la fiscalité locale, faire passer un certain nombre de tâches de l’État vers les collectivités territoriales. Il va falloir augmenter la décentralisation économique, c’est-à-dire, faire émerger et renforcer les petites et moyennes entreprises dans notre pays. (…) Enfin, il va falloir préparer la place de la France dans une Europe forte qui sera capable de faire face à la mondialisation. Cela a conduit le Président de la République à prendre la décision de dissoudre l’Assemblée nationale, car il faut que la France entre en position de force dans la négociation européenne. (…) Nous sommes partisans de la construction européenne, car nous savons que c’est la meilleure méthode et le meilleur moyen pour permettre à la France de défendre ses intérêts. (…)

Alain Madelin et Alain Juppé

Je ne crois pas qu’Alain Madelin a proposé une rigueur plus forte puisque c’est même lui qui a utilisé l’expression : « Je ne veux pas de la rigueur, je veux de la vigueur. » Sur ce point, nous sommes tous d’accord : nous voulons de la vigueur. Nous voulons plus de réformes car nous avons un pays qui est paralysé (…) dans bien des secteurs.

Il y a une différence de tempérament entre Alain Madelin et Alain Juppé mais pas une différence de convictions. (…)

La Fiscalité

La baisse de l’impôt sur le revenu est déjà décidée.

Je crois qu’il faut baisser l’impôt sur les sociétés. Il faut baisser les charges sociales, d’abord sur les bas salaires puis sur les salaires (…).

En ce qui concerne la TVA, les points de vue sont très divers et très contradictoires. Ceux qui nous demandent aujourd’hui une baisse de la TVA sont ceux-là mêmes qui nous demandaient hier de l’augmenter pour se protéger des importations sauvages. (…)

La fracture sociale

On arrivera à réduire la fracture sociale en offrant des emplois et non en perpétuant une société d’assistance. (…) Il vaut peut-être mieux activer les dépenses passives qui sont utilisées actuellement pour indemniser le chômage, et ce afin de créer des emplois et de favoriser la création d’entreprises. (…)

C’est tout de même assez cocasse de constater que tous ceux qui trouvaient que le texte sur la cohésion sociale était nul et n’avait aucun fondement sont aujourd’hui en train de nous expliquer qu’il est anormal que le président ait pris la décision de dissoudre l’Assemblée nationale et n’ait pas permis à la discussion de ce texte d’aller jusqu’à son terme. (…)

« Analyser les dépenses publiques »

La promesse de baisse des impôts sur le revenu va obliger (…) les Françaises et les Français à analyser les dépenses publiques et voir quelles sont celles auxquelles ils peuvent renoncer. (…) Il faut faire une expertise ministère par ministère, collectivité territoriale par collectivité territoriale, et l’on verra qu’il y a un certain nombre de dépenses complètement inutiles qu’il faut sans doute supprimer pour permettre une réduction des charges.

La ville de Belley que j’ai l’honneur de diriger en tant que maire, le département de l’Ain dans lequel je réside et la région Rhône-Alpes que j’ai l’honneur de présider n’ont pas augmenté leurs impôts. (…) Ces trois collectivités se sont imposé une gestion beaucoup plus rigoureuse au niveau des investissements publics et du fonctionnement. (…)

Il va falloir avoir une politique volontariste et voir, budget par budget, les dépenses d’investissement et de fonctionnement sur lesquelles on peut faire des économies. Je dis bien des économies.

Vers une réduction du nombre de fonctionnaires ?

(…) Dans un certain nombre de services, il faudra revoir le nombre des fonctionnaires, mais dans d’autres, il faudra les augmenter. (…) Il va falloir réorganiser des services et, dans certains cas, avoir recours à un système de concession ou de privatisation. (…)

« L’Euro est d’une importance capitale »
La construction de l’euro est d’une importance capitale. (…) Aujourd’hui, tous les échanges du monde sont libellés en dollar et il suffit que les Américains fassent varier la valeur du dollar pour que notre propre situation varie. (…) L’Euro sera sous la responsabilité des Européens eux-mêmes et de la France en particulier.

 « L’Europe n’est pas inéluctable »

Les Français peuvent très bien choisir de vivre dans un pays de second rang, le cocooning politique, de se replier sur eux-mêmes, de renoncer à une France qui soit capable de porter sa mémoire, ses valeurs à l’extérieur, dans le cadre d’une Europe qui deviendrait la première puissance du monde. (…) C’est le choix de certains nostalgiques qui s’expriment aux deux extrêmes du paysage politique (…). C’est la raison pour laquelle je dis que l’Europe n’est pas inéluctable, que la construction européenne est un combat. (…) L’Europe nous a permis de vivre en paix depuis cinquante ans ; elle a permis une progression du niveau de vie extraordinaire depuis cinquante ans ; enfin, l’Europe nous permet à nous, Français, de faire valoir nos valeurs à l’extérieur. (…)

Je suis tout à fait favorable au respect du calendrier. (…)

Pour un débat avec M. Jospin

Les réformes qui ont été engagées sont positives, je suis prêt à les assumer. Je suis prêt à faire un débat – invitez-moi – avec M. Jospin qui explique qu’il faut rétablir le service militaire obligatoire, qu’il faut suspendre la loi de programmation (…). Les réformes engagées sont en train de transformer le pays. (…)

Je souhaite une accélération. Le problème n’est pas de changer de cap. Il est bon (…). Il faut changer de rythme (…) pour que la France soit à la hauteur de la concurrence européenne et mondiale. (…)

Les critères de Maastricht

Je suis un peu paysan (…). On ne peut pas dépenser plus que l’on a, plus qu’on ne gagne. Le problème, ce ne sont pas les critères de Maastricht : ils viennent simplement enregistrer cette évidence. (…) Si la France (…) continue à dépenser plus que ce qu’elle a, elle va vers l’abîme. (…) La traité de Maastricht prévoit que lorsqu’arrivera l’échéance, les gouvernants apprécieront. J’attends l’échéance, que je souhaite voir respectée, je souhaite que les gouvernements qui apprécieront soient des gouvernements responsables. (…)

Faut-il changer de Premier ministre ?

C’est le Président de la République qui nomme le Premier ministre. (…) C’est lui qui décidera de l’équipe qui devra mener la politique de redressement. Je trouve Alain Juppé courageux, déterminé, compétent. (…)

L’orchestre de la majorité

Une majorité, c’est comme un orchestre. Vous avez des instruments différents et un chef d’orchestre, ce qui donne une harmonie. Si tout le monde joue la même chose, ce n’est pas bon ; si tout le monde joue des choses différentes en ne suivant pas la partition, c’est la cacophonie. Eh bien, moi, je veux une harmonie, c’est-à-dire que je souhaite qu’une diversité s’exprime. (…)

Lionel Jospin et la défense

Je commence à ne plus rien comprendre aux positions des socialistes. (…) Je crois que M. Jospin n’a pas d’idées très précises. Or, pour gouverner la France, il faut mieux avoir des idées précises. Est-ce le vote qu’il a émis au Parlement contre la réforme du service national et pour le maintien du service militaire obligatoire qui est le bon ? Est-ce le document qu’il a fait diffuser par ses services ? Ou est-ce ses impressions du week-end qui changent en fonction de l’humeur du temps ? Il ne me paraît pas très sérieux pour exercer des responsabilités gouvernementales. (…)

La visite du Président de la République en Chine

J’espère qu’il sera question des droits de l’Homme. (…) Le Président de la République chinoise m’a annoncé que la Chine signerait le pacte des Nations unies sur les droits culturels, sociaux et éducatifs et étudierait la signature du pacte des Nations unies sur les droits civils et politiques. C’est une évolution très importante. (…) Lorsqu’on commence à prononcer les mots « les droits de l’Homme », on est amené peu à peu à les respecter et à les mettre en œuvre. Je suis convaincu que les Chinois se rendent compte que, s’ils veulent rentrer dans le concert international, il va leur falloir, peu à peu, respecter les droits de l’Homme. (…)

Il y a un embargo sur le commerce des armes. En aucun cas, la France ne violera cet embargo. Elle attend que les quinze décident d’une évolution sur les ventes de matériels de défense à la Chine. (…)

Nous souhaitons qui l’on respecte les droits de l’Homme et les libertés fondamentales à Hong-Kong, comme c’est actuellement le cas. Les dirigeants chinois m’ont confirmé (…) qu’il y aurait un pays et deux systèmes et qu’ils respecteraient le système spécifique de Hong-Kong (…).

 L’élargissement de l’OTAN

Il n’est pas possible d’accepter l’adhésion des nouveaux pays de l’Est sans qu’il y ait la définition d’une sécurité européenne commune. Aujourd’hui, nous sommes parvenus à la définition de cette sécurité européenne commune. Il n’est pas question de donner à un autre pays, quel qu’il soit, un droit de veto sur l’adhésion de la Pologne, de la Hongrie, de la République tchèque à l’Alliance Atlantique. La France souhaite un élargissement de l’Alliance Atlantique. (…)

M. Millon souhaite-t-il rester ministre de la défense ?

C’est le Président de la République qui choisira, mais je suis passionné par la réforme que je mène au ministère de la défense. J’ai découvert une communauté de défense qui a des valeurs qui me remplissent de satisfaction et de bonheur.