Interview de M. Franck Riester, ministre de la culture à Public Sénat le 7 mars 2019, sur la campagne des élections européennes, la démission d'Alain Juppé de la mairie de Bordeaux et son entrée au Conseil Constitutionnel.

Texte intégral

CYRIL VIGUIER
Deuxième partie de « Territoires d'infos », en édition spéciale avec les multiplex un peu partout dans toute la France, TV7 à Bordeaux en Gironde, où il se passe des choses, c'est un grand jour, Alain JUPPE quitte la ville, un nouveau maire arrive à partir de 9h00, et c'est Raphaëlle ORENBUCH qui est en direct avec nous, qui co-interviewera tout à l'heure le ministre de la Culture, Franck RIESTER, qui est avec nous. C'est TVR à Rennes, en Bretagne, avec Stéphane BESNIER, directeur de l'information, et puis c'est VIA LM au Mans, en Sarthe, avec Mikaël TEXIER le rédacteur en chef, vous êtes tous les trois en duplex et en direct, on vous retrouve tout à l'heure. Pour co-interviewer également, Franck RIESTER bonjour et merci d'être avec nous ce matin.

FRANCK RIESTER
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Oriane MANCINI de PUBLIC SENAT, bonjour Oriane.

ORIANE MANCINI
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Et Hervé FAVRE de LA VOIX DU NORD.

HERVE FAVRE
Bonjour.

CYRIL VIGUIER
Franck RIESTER, tout de suite l'actualité. Le Premier ministre a plaidé hier, à la télévision, pour une baisse d'impôts à la sortie du grand débat, comment va-t-on faire s'il faut faire des économies, est-ce que la culture va être affectée par ces économies à faire ?

FRANCK RIESTER
Tous les ministères doivent s'organiser mieux pour mobiliser les moyens là où il y en a le plus besoin, et la culture doit aussi s'inscrire dans ce mouvement d'optimisation de la dépense publique. Pour autant, le président de la République, le Premier ministre, moi-même en tant que ministre, nous avons une volonté très forte que la culture soit au coeur des politiques publiques, vous voyez bien que, dans un moment de tensions dans la société, dans un moment où il y a des problèmes de cohésion, sociale, nationale, on a besoin de la culture, parce que la culture rassemble, parce que la culture est un ciment entre les personnes. Et donc, bien évidemment qu'il y a une volonté très forte en matière culturelle, ce qui n'empêche pas, bien évidemment, de réfléchir à la meilleure organisation possible pour que les moyens publics - parce que pour financer les moyens publics il y a de l'impôt – soient le mieux utilisés possible, au service des missions de service public et de la culture.

ORIANE MANCINI
Pour être clair, vous vous apprêtez à voir votre budget baisser l'année prochaine, c'est ça ?

FRANCK RIESTER
Non, ce n'est pas ça, le point c'est de se dire, pour une politique culturelle donnée c'est de regarder est-ce qu'on continue à s'organiser tel que c'était auparavant ou est-ce qu'on essaye de s'organiser mieux pour que les moyens qui sont affectés aillent davantage vers, les artistes par exemple, aillent davantage vers les missions de service public. Et on sait bien qu'avec le temps, se sont parfois sédimentées des politiques les unes sur les autres, et qu'il n'y a jamais eu, peut-être, suffisamment de réflexion pour simplifier, optimiser, et donc c'est ce qu'on va essayer de faire pour que ces dépenses publiques soient tournées le plus possible vers les Français et vers les missions de service public, en l'occurrence vers la culture. Vous savez, avec mon administration on souhaite remettre les artistes au coeur de toutes les politiques culturelles.

HERVE FAVRE
Cette culture elle était assez absente du grand débat.

FRANCK RIESTER
Vous savez qu'a été fait un choix de retenir des thèmes, qui sont des thèmes transversaux, et pas des thèmes thématiques, ce n'est pas par thèmes, l'agriculture, la culture, le sport, la jeunesse, c'est des thèmes transversaux, la fiscalité, l'organisation des services publics, et donc on a dans chaque thèmes des éléments qui touchent la culture, et c'est vrai qu'au départ je reconnais que ça n'a pas été les premières expressions de nos compatriotes de parler de culture, ça change. Les retours que l'on a des débats montrent que progressivement les Français parlent des politiques culturelles. Je rappelle que c'est un formidable succès le grand débat, 10.000 grands débats organisés partout en service, 10.000, avec 1 million de contributions sur le site du grand débat, du débat national, et donc progressivement on parle de la culture. Et puis, les acteurs culturels se sont saisis de ce grand débat. J'étais avant-hier à l'Ecole des Beaux-Arts pour un débat avec les acteurs culturels, organisé par Beaux-Arts Magazine et organisé par la Fondation du patrimoine, et le Quotidien de l'Art, ça a été un gros succès, et on a parlé des politiques culturelles, on a parlé de patrimoine, on a parlé de création artistique, et donc on a vraiment fait en sorte de réfléchir à ce que sont les politiques culturelles, surtout que c'est les 60 ans du ministère cette année, et donc c'est le moment aussi de se dire on peut être fier de ce qui a été fait depuis 60 ans en matière de politique culturelle dans ce pays, pour autant ça nécessite, peut-être, de réfléchir à comment moderniser ces politiques culturelles, dans l'esprit de ce que je vous disais, d'aller, de revenir aux fondamentaux, et notamment de remettre les artistes et les Français au coeur des politiques culturelles, et puis d'optimiser peut-être l'organisation de tout ça pour que ce soit mieux optimisé.

CYRIL VIGUIER
On y reviendra tout à l'heure avec nos correspondants dans les télévisions locales. On va parler un peu politique, Oriane MANCINI, parce que vous êtes aussi un homme politique Franck RIESTER, bien sûr.

ORIANE MANCINI
Alors justement, politiquement comment on en sort de ce grand débat, parce que maintenant on approche de la sortie, elle est fixée le 15 mars, comment politiquement l'exécutif peut en sortir ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, d'abord moi je suis convaincu qu'on ne va pas sortir du grand débat et se dire, on recommence comme avant et il n'y a plus de moments où on se retrouve pour parler, échanger, pour que les Français aient la parole. Je pense vraiment qu'un des éléments structurel qui va sortir de cette période de crise c'est la nécessité de, sur le temps long, avoir des moments, réguliers, d'échange, de partage et d'expression des Français…

CYRIL VIGUIER
Ça va continuer sous quelle forme ?

FRANCK RIESTER
Ce que le président de la République appelle la démocratie délibérative. On a besoin de ça. Il y a la démocratie représentative, mais il faut, parce que tout va très vite, et on ne peut pas simplement, dans 5 ans, se revoir, être élu, et on se revoit dans 5 ans, non, il faut régulièrement…

CYRIL VIGUIER
Sous quelle forme ?

FRANCK RIESTER
Eh bien sous quelle forme ? sous les formes de débats, déjà ça c'est clair, parce qu'on voit bien cette appétence à discuter, les Français sont un peuple très politique, et donc ils ont besoin et envie d'échanger, de s'exprimer, de faire part de leurs satisfactions, de leurs insatisfactions, d'émettre des idées, et donc ça il faut qu'on le structure, il faut qu'on le structure avec les partenaires locaux, avec les collectivités territoriales, avec toutes celles et ceux qui ont envie que les Français puissent continuer de s'exprimer.

HERVE FAVRE
Les Français s'expriment beaucoup, le président aussi, et effectivement il a des interventions très très longues, qui sont filmées en direct, retransmises en direct sur les chaînes info, l'opposition s'en est émue, a saisi le CSA. Est-ce qu'il n'y a pas, quand même, un gros problème de déséquilibre du temps de parole ?

FRANCK RIESTER
Non…

HERVE FAVRE
Vous avez eu un échange avec Alexis CORBIERE que vous disait « on en est à 34 heures quand même, de temps de parole du président. »

FRANCK RIESTER
Oui, mais ça ne veut rien dire. En fait, il faut que les téléspectateurs et les auditeurs qui nous écoutent se rendent compte que, en fait, on est dans un pays où justement il y a un équilibre des temps de parole, que tout ça est fait d'une façon encadrée. Le Conseil supérieur de l'audiovisuel vérifie que le temps de parole est réparti d'une façon équitable entre tous les acteurs de la politique. Il y a une règle, qui est une règle des trois tiers, c'est un tiers pour le président de la République et le gouvernement, et deux tiers pour le paysage politique, c'est-à-dire y compris la majorité.

HERVE FAVRE
Donc on entendra beaucoup le reste dans les prochains jours ?

FRANCK RIESTER
Non, non, attendez, tout ça est comptabilisé, tout ça est vérifié par le Conseil supérieur de l'audiovisuel, je peux vous dire qu'à fin janvier il n'y avait absolument aucun dépassement de temps de parole, pour l'exécutif, par rapport à cette règle du tiers de temps de parole, et donc le Conseil supérieur de l'audiovisuel va vérifier, à la fin du trimestre, donc à fin mars, si tout est dans les clous. Et donc, d'après ce que je sais, à fin janvier ça l'était, et c'est aux rédactions de vérifier, rédaction par rédaction, si le temps de parole est équilibré, et ce n'est pas parce que vous dites 34 heures que ça signifie qu'il y a un dépassement du temps autorisé pour l'exécutif.

HERVE FAVRE
D'accord. Alors on n'est pas encore en campagne, mais passons à la campagne des européennes quand même, on aimerait savoir où en sont les centristes. Vous-même vous allez soutenir La République en marche, ce qui est logique, vous êtes au gouvernement, UDI présente sa liste avec Jean-Christophe LAGARDE, Hervé MORIN aura des candidats sur la liste LR, on cherche un peu la différence entre tout ça.

CYRIL VIGUIER
Des centristes éclatés.

HERVE FAVRE
C'est le moins qu'on puisse dire quand même !

FRANCK RIESTER
Alors, Agir- La droite constructive, le parti que j'ai créé avec des amis, députés, sénateurs, députés européens, maires, élus locaux, citoyens, on a pris la décision, vu la dérive des Républicains, de créer un nouveau parti politique qui s'appelle Agir - La droite constructive. C'est un parti de droite, pro-européen, libéral, social et humaniste.

HERVE FAVRE
Ce que ne sont plus Les Républicains.

FRANCK RIESTER
Qui est au coeur de la tradition de l'UMP, voulue par les pères fondateurs, Jacques CHIRAC, Nicolas SARKOZY, Alain JUPPE, Jean-Pierre RAFFARIN, qui ont voulu bâtir une formation politique de droite républicaine et sur les fondamentaux historiques de la droite républicaine, c'est-à-dire, encore une fois, pro-européen, libéral, social et humaniste. Et c'est vrai qu'il y a une dérive des Républicains, c'est vrai qu'il y ait une dérive populiste, c'est vrai qu'il y ait une dérive identitaire, regardez Les Républicains qui aujourd'hui n'ont pas fait partie de ces partis de droite qui, comme certains, ont souhaité exclure le parti de Monsieur ORBAN, en Hongrie, du Parti Populaire Européen, qui est le parc qui regroupe les partis de droite républicains en Europe. Donc, on voit bien que, aujourd'hui, la ligne politique des Républicains est une ligne conservatrice et identitaire, loin des bases qui étaient les bases fondatrices de l'UMP. Eh bien nous on dit que la droite ne doit pas être orpheline d'un grand mouvement de rassemblement de la droite et du centre-droit, cette droite modérée et pro-européenne, et donc on a créé ce parti-là. Et ce parti-là a aussi, au-delà des idées, ce parti-là a un deuxième pilier, c'est d'être constructif. C'est-à-dire, à un moment donné, on a compris les messages que nous envoyaient, depuis des élections, nos compatriotes, qui ne supportent plus le côté clanique et partisan d'un certain nombre de responsables politiques, et de dire qu'à un moment donné on met l'intérêt général avant l'intérêt partisan. Et pour l'Europe, on estime, nous la droite pro-européenne, qu'il est nécessaire de rassembler les pro-européens, pour être les plus nombreux au Parlement européen, pour faire peser la voix de la France vers une refondation de l'Europe, dans le sens, objectivement, de ce qu'a proposé le président de la République, qui va dans le bon sens. On a besoin de rassembler les pro-européens et d'être fort, à côté du président de la République, pour refonder l'Europe, pas vers moins d'Europe, mais vers plus d'Europe. Et il y a du travail, parce qu'effectivement l'Europe, qui a été exceptionnelle, qui a permis la paix, qui a permis la croissance, qui a permis d'assurer un certain nombre de libertés, a besoin d'être refondée pour que ces principes-là puissent être exercés de la meilleure façon possible, face à des enjeux considérables et face à des adversaires, à l'extérieur du continent européen, et face à des adversaires à l'intérieur, qui veulent la déconstruction de l'Europe.

CYRIL VIGUIER
Franck RIESTER…

FRANCK RIESTER
C'est vrai que quand je parle de l'Europe j'ai envie d'en parler longtemps.

ORIANE MANCINI
On vous sent passionné.

CYRIL VIGUIER
Vous êtes passionné. Bon, vous étiez il y a quelques semaines d'ailleurs à Bordeaux, auprès d'Alain JUPPE, vous savez que depuis Alain JUPPE a quitté la mairie de Bordeaux, c'est le grand jour aujourd'hui, le Conseil municipal qui doit élire en interne son successeur va se réunir à 9h00. On est en direct et en duplex de Bordeaux avec la chaîne TV7, la chaîne du groupe Sud-Ouest, je remercie d'ailleurs Thierry GUILLEMOT d'avoir mis Raphaëlle ORENBUCH, bonjour, à notre disposition ce matin pour vous poser une question depuis la mairie de Bordeaux que vous connaissez bien, vous êtes un juppéiste convaincu. On écoute Raphaëlle ORENBUCH.

RAPHAËLLE ORENBUCH
Bonjour Monsieur le ministre. Alors, on l'a dit, Alain JUPPE quitte donc Bordeaux pour rejoindre le Conseil constitutionnel à Paris, il fait donc voeu de silence, si on puits dire, puisqu'il sera tenu au droit de réserve. On l'a dit, vous êtes un ancien juppéiste, est-ce que vous pensez que la voix d'Alain JUPPE va manquer à la droite modérée, et plus globalement à l'analyse de la vie politique française en général ?

FRANCK RIESTER
Alors, je ne suis pas un ancien juppéiste, je suis juppéiste. Non, Alain JUPPE…

CYRIL VIGUIER
Enfin, il ne pourra plus parler, sur les questions de politique nationale en tout cas.

FRANCK RIESTER
Oui, Alain JUPPE est un homme politique qui aura marqué l'histoire de la Ve République, ça a été un Premier ministre courageux, ça a été un ministre, à plusieurs reprises, de très grande qualité, et surtout ça a été un des pères fondateurs, et le premier président de ce grand mouvement de droite républicain, l'UMP dont j'ai parlé tout à l'heure, et une autorité morale et politique, quelqu'un qui avait une force et une voix, très important dans le paysage politique français…

CYRIL VIGUIER
Donc il va vous manquer.

FRANCK RIESTER
Qui avait toujours la détermination de dire les choses telles qu'elles étaient, en mettant le niveau du débat politique au bon niveau, c'est-à-dire au-dessus de l'écume de l'actualité, et avec une vraie profondeur et une épaisseur qui, c'est vrai, vont manquer…

CYRIL VIGUIER
Qui va le remplacer d'ailleurs ?

FRANCK RIESTER
Qui vont manquer, cette épaisseur, cette profondeur, au paysage politique français. Alors, celles et ceux qui, comme Jean-Pierre RAFFARIN, ont été des compagnons de route d'Alain JUPPE, vont continuer à porter cette voix forte, et vous avez vu que Jean-Pierre RAFFARIN lui-même a dit très clairement qu'il allait voter pour cette liste de rassemblement entre La République en marche, le MoDem, et Agir - La droite constructive, notre parti de droite pro-européen, et peut-être d'autres partis et d'autres personnalités, qui ne sont pas dans des partis, mais qui veulent se rassembler pour refonder l'Europe derrière et avec le président de la République. Et puis il y a toutes celles et ceux qui sont sur la même ligne politique, qui vont continuer à défendre ces idées-là, vont continuer à porter le message que lui-même a porté pendant des années, Edouard PHILIPPE était un très proche d'Alain JUPPE, et beaucoup de membres d'Agir-La droite constructive, étaient des soutiens d'Alain JUPPE, vont continuer de porter ses idées.

ORIANE MANCINI
On a bien compris la philosophie de votre ralliement, mais un mot sur les conditions pratiques. Vous aviez désigné, vous, des candidats à Agir, notamment Fabienne KELLER, qui était votre candidate numéro 1, quelle place aura-telle sur la liste En Marche ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, les discussions de place n'ont pas encore complètement commencé, puisqu'on a pris la décision de se rejoindre et de se rassembler très récemment, donc on est en contact…

ORIANE MANCINI
Mais vous aurez votre mot à dire sur la composition de la liste ?

FRANCK RIESTER
On est en contact avec nos partenaires, et les choses vont se faire, j'en suis convaincu, de la meilleure façon possible, parce que quand on a envie de travailler ensemble, quand on a envie d'être fort, chacun doit trouver sa place, en étant conscient de ce que l'on représente les uns et les autres, Fabienne KELLER a effectivement été choisie, ainsi que Xavier FOURNIER, ainsi qu'Elisabeth MORIN-CHARTIER, Nicolas BARNIER, comme les candidats qui seront les plus en haut des candidats Agir dans cette liste-là, et on va maintenant rentrer en discussion très précise avec nos partenaires pour finaliser cette liste. Et je suis convaincu que, Agir aura une place dans cette liste, à bon niveau.

ORIANE MANCINI
Une bonne place c'est quoi, dans les trois premiers ?

FRANCK RIESTER
Non, une bonne place c'est… écoutez, on verra avec nos partenaires, ce qui est certain c'est que Fabienne KELLER sera dans une partie très importante de la liste, c'est-à-dire en haut de la liste.

HERVE FAVRE
Tous ces élus siégeront où au Parlement européen ? Parce que c'est une question d'alliance au Parlement européen, il faut une coalition, donc logiquement vous iriez plutôt avec les centristes et les libéraux, mais ça ne fait pas une majorité.

FRANCK RIESTER
Vous savez évidemment qu'il va falloir faire une coalition, vous avez tout à fait raison…

HERVE FAVRE
… Avec le PPE.

FRANCK RIESTER
Comme, historiquement en Europe, c'est le PPE et le PSE, donc la gauche social-démocrate et la démocratie chrétienne qui se rassemblent pour faire une majorité. Apparemment, telle qu'est la situation politique actuelle, à l'issue des élections européennes il n'y aurait pas de majorité à deux groupes, tel que c'était historiquement, donc il y aura plusieurs groupes, et le groupe dans lequel s'inscriront les députés issus de ce grand rassemblement, seront, de toute façon, dans une idée de rassemblement, de coalition, et notamment avec le PPE, le Parti Populaire Européen.

ORIANE MANCINI
Un mot pour finir sur ce sujet, sur la tête de liste. Agnès BUZYN, ce serait une bonne tête de liste ?

FRANCK RIESTER
Oui, bien sûr, comme Nathalie LOISEAU, comme un certain nombre d'autres personnalités, qui incarnent…

ORIANE MANCINI
Vous ne tranchez pas ?

FRANCK RIESTER
Non, mais vous savez, on va regarder ça calmement, ce qui est certain c'est qu'il nous faut un personnalité emblématique, ce qui est certain c'est qu'il faut une personnalité qui connaisse très bien les dossiers européens et qui ait la volonté de s'inscrire, ensuite, dans ce travail de refondation, au Parlement européen, pour travailler avec le président de la République, avec les autres chefs d'Etat, pour la refondation de l'Europe, et c'est ça qui compte, et je suis certain que les partenaires de cette liste, ainsi qu'Agir, feront le bon choix.

CYRIL VIGUIER
Franck RIESTER, il est ministre de la Culture, il y a quelque chose qui vous tient particulièrement à coeur, c'est le Pass culture.

FRANCK RIESTER
Oui.

CYRIL VIGUIER
Alors on va en parler, on se rendre à Rennes en duplex et en direct, avec Stéphane BESNIER qui est le directeur de l'information de TVR, la chaîne TNT de Bretagne. Stéphane, Pass culture chez vous, alors vous avez le ministre de la Culture face à vous.

STEPHANE BESNIER
Monsieur le ministre bonjour, c'est vrai que, bienvenue en terre culturelle, la Bretagne est fortement marquée par la culture, en témoigne le 1,8 million, le nombre de festivaliers qui viennent chaque année dans notre région, alors ce Pass culture est très attendu, cinq départements pilotes, dont le département du Finistère. Alors, j'aimerais savoir, au-delà des 10.000 étudiants de plus de 18 ans, qui vont se voir octroyer cette somme de 500 euros, au-delà de la modalité, de la généralisation, du calendrier, quelles sont vos attentes précises Monsieur le ministre ?

FRANCK RIESTER
Ecoutez, oui, c'est vrai que à la Bretagne est une terre de culture, et nous sommes ravis que le Finistère soit un des départements qui expérimentent le Pass culture, il y a aussi le Bas-Rhin, il y a l'Hérault, la Seine-Saint-Denis, la Guyane, et c'est vrai que, on a une grande attente pour ce Pass culture, on espère que l'expérimentation va être concluante, pour ensuite pouvoir le généraliser…

CYRIL VIGUIER
C'est-à-dire c'est valable pour tout le monde, expliquez ne deux mots.

FRANCK RIESTER
Alors, le Pass culture c'est une application, qui sera sur les Smartphones, mais qui sera aussi accessible, si on a un problème de connexion, sur un ordinateur, et qui permettra, d'une façon géolocalisée, de regarder toutes les offres culturelles disponibles, que ce soit en matière de cinéma, de littérature, de musique, de pratiques artistiques, vous pouvez aller faire un cours de danse ou un cours de piano, et ensuite, quand vous avez 18 ans, avec votre forfait de 500 euros, qui est un montant quand même important, vous pourrez vous-même acheter une place de spectacle, ou de théâtre, ou acheter un livre, ou vous abonner à une offre numérique de musique, ce qui vous permettra, en tant que jeune, de rentrer dans un chemin culturel autonome. Après tout un parcours d'éducation artistique et culturelle dans le milieu scolaire, à l'école, au collège et au lycée, à l'issue de ça vous aurez la possibilité, avec ce Pass culture, avec ce forfait 500 euros, d'être autonome pour pouvoir rentrer dans votre chemin culturel personnel.

HERVE FAVRE
Franck RIESTER, on aura les moyens de le généraliser et quand ?

FRANCK RIESTER
Alors…

CYRIL VIGUIER
Parce que là, pour l'instant c'est des départements pilotes, c'est ça ?

FRANCK RIESTER
L'idée c'est de voir, dans cinq départements, pour 10.000 jeunes volontaires, comment fonctionne ce Pass, est-ce qu'il y a suffisamment d'offres proposées par les acteurs culturels, est-ce que les jeunes sont intéressés, est-ce qu'il y a une diversité de l'offre, est-ce que les offres, notamment qui sont les offres qu'on va mettre en avant, puisque, c'est par exemple un cinéma d'art et essai, il y a une éditorialisation qui fera que seront mises en avant ces offres plus culturelles. Et donc, du coup, on va se donner quelques mois pour voir l'efficacité du dispositif, et ensuite on aura une deuxième phase d'expérimentation, au courant de l'année 2019, pour ensuite généraliser. Mais vous savez, ceux qui nous regardent savent très bien qu'une application, il y a une version bêta, et puis il y a des mises à jour, et que les défauts du début sont corrigés pour que l'application progresse, et on prendra notre décision à l'issue de cette expérimentation, en fonction du succès rencontré par les acteurs culturels, par les jeunes, et effectivement pour regarder quel sera le budget mobilisé pour financer ce Pass culture.

CYRIL VIGUIER
Franck RIESTER, dans une minute, on va partir au Mans ; on a quitté Bordeaux et on a quitté Rennes, merci Stéphane BESNIER. Oriane MANCINI, petite question quand même sur le Loto du patrimoine.

ORIANE MANCINI
Oui, il y a un dossier qui concerne le ministère de la Culture et les territoires, le Loto du patrimoine. Succès de la première édition de l'année dernière, vous nous confirmez une deuxième édition prochainement ?

FRANCK RIESTER
On va annoncer effectivement officiellement lundi avec Stéphane BERN le lancement de la deuxième année du Loto du patrimoine. On a rencontré le président de la République, vous savez que c'est lui qui a souhaité que soit organisé ce Loto du patrimoine sur une proposition de Stéphane BERN, qui se mobilise d'une façon exceptionnelle pour le patrimoine français, C'est plus de 40 millions d'euros qui ont été récoltés en plus des 330 ou 40 millions d'euros que mobilise chaque année l'Etat pour restaurer le patrimoine. C'est plus de 40 millions d'euros de plus, on a une grande ambition pour 2019 avec un dispositif qui va évoluer, mais…

ORIANE MANCINI
Dans quel sens il va évoluer ?

FRANCK RIESTER
Au niveau de la loterie, enfin on va vous annoncer ça le 11 précisément.

CYRIL VIGUIER
Et Stéphane BERN sera toujours là.

FRANCK RIESTER
Mais l'idée, c'est de mobiliser davantage de moyens, de continuer de rencontrer l'engouement des Français pour la restauration du patrimoine. Du patrimoine, je dirais de monuments historiques les plus importants, mais aussi ce patrimoine de proximité dans les petites communes, dans la ruralité, ce patrimoine dit vernaculaire, qui est important aussi et qui grâce à la Fondation du patrimoine, grâce à la Française des Jeux, grâce à Stéphane BERN et grâce à l'Etat est restauré davantage avec ce Loto du patrimoine.

CYRIL VIGUIER
Franck RIESTER, ministre de la Culture, on va se rendre maintenant au Mans dans la Sarthe, c'est via LMTV, Le Mans TV et Michael TEXIER qui a une question à vous poser, Michael ?

MICHAEL TEXIER.
Bonjour Monsieur le Ministre, alors la ville du Mans semble connaître en ce moment même une sorte de nouvel élan imprimé par le nouveau ministre, le nouveau maire pardon, Stéphane LE FOLL. Le Mans qui connaît un paradoxe avec un constat qui est plutôt simple, la ville est connue dans le monde entier pour son nom, grâce à cet immense course et magnifique course des 24 Heures du Mans, paradoxe donc, c'est que la ville elle-même est très peu connue malgré les trésors qu'il peut y avoir au niveau architectural et au niveau culturel. Pour sortir un petit peu de cette impasse, la ville souhaite être candidate au titre de capitale française de la culture en 2021, système qui a été mis en place par Françoise NYSSEN, avant vous, est-ce que vous seriez prêt vous à soutenir la candidature du Mans au titre de capitale française de la culture 2021 ? Je pense que c'est en 2019, que le choix doit être fait.

CYRIL VIGUIER
Là c'est clair.

FRANCK RIESTER
Alors il n'y a pas eu de décision de prise de lancer ce programme de capitale française de la Culture jusqu'à aujourd'hui, mais moi je pense que c'est une très bonne idée, on en a parlé avec France urbaine, Jean-Luc MOUDENC, son président, qui est très mobilisé sur cette idée-là.

CYRIL VIGUIER
Le maire de Toulouse.

FRANCK RIESTER
Exactement, je pense que c'est une très bonne idée. On va regarder les modalités pratiques d'organisation, pour qu'ensuite les communes ou les villes comme Le Mans, puissent candidater. Je ne sais pas si ça sera 2021 ou 2022, mais en tout cas je pense que c'est un beau projet pour mobiliser les territoires encore plus, parce qu'ils le sont déjà énormément pour la culture.

CYRIL VIGUIER
Et Le Mans aura une chance donc. Et il a parlé du Mans qui n'est pas très connu, il y a quand même les rillettes du Mans, mais ça il n'en a pas parlé, Michael TEXIER, merci beaucoup.

FRANCK RIESTER
Ça fait partie de notre culture aussi, le patrimoine immatériel de notre beau pays, la gastronomie.

CYRIL VIGUIER
Franck RIESTER, on vous attend sur un sujet qui est la loi audiovisuelle, vous avez aussi le dossier communication donc dans votre périmètre, expliquez-nous le calendrier précis, on n'a pas bien compris si les manifestations des gilets jaunes, les crises de ces derniers mois vont reculer cette décision qu'avait le président de la République de faire une loi audiovisuelle, un calendrier précis, est-ce que vous pouvez l'annoncer ce matin ?

FRANCK RIESTER
Alors le projet de loi audiovisuel sera présenté à l'été en conseil des ministres.

CYRIL VIGUIER
On a une date ou non, c'est l'été ?

FRANCK RIESTER
L'été, vraisemblablement juin, juillet et ensuite il y aura une discussion soit à l'automne, soit en début d'année 2020. Et après vous savez qu'une discussion parlementaire, ça prend à peu près un an de discussions et de débats entre l'Assemblée nationale et le Sénat.

CYRIL VIGUIER
Le vote pour quand ? Le vote, selon vous ?

FRANCK RIESTER
Donc vote, deuxième partie de l'année 2020.

CYRIL VIGUIER
D'accord.

FRANCK RIESTER
C'est une loi aura trois grandes parties, une partie sur la régulation, la régulation à l'ère numérique elle doit évoluer et donc on doit réfléchir aux moyens, outils et organisations de la régulation, moderniser. Deuxièmement il y a la question du financement de la création, vous savez qu'avec l'arrivée d'acteurs internet nouveau qui viennent perturber les dispositifs existants de financement de la création, création audiovisuelle, cinéma, musique, il faut moderniser ce système de financement de la création…

CYRIL VIGUIER
Et le troisième ?

FRANCK RIESTER
... notamment en transposant les directives européennes. Et puis la troisième partie c'est l'audiovisuel public, en réaffirmant les missions de d'audiovisuel public, on a besoin d'audiovisuel public dans notre pays, en matière d'information, en matière d'éducation, en matière de création culturelle…

CYRIL VIGUIER
Et question sur la gouvernance ?

FRANCK RIESTER
Et bien sûr une partie sur la gouvernance, comment on peut le mieux possible satisfaire ces missions de service public. Je vous le disais tout à l'heure pour les politiques culturelles, il en va de même pour l'audiovisuel spécifiquement, on a besoin de réfléchir à la meilleure organisation possible pour atteindre les objectifs fixés en matière de service public audiovisuel.

CYRIL VIGUIER
La présidence de France Télévisions sera toujours désignée par le CSA ?

FRANCK RIESTER
Alors non, vraisemblablement pas. Ça fait partie des éléments de ce projet et manifestement on ne va pas continuer dans un dispositif où l'arbitre d'un secteur est aussi un des acteurs du secteur qu'il arbitre. Ça s'appelle du conflit d'intérêts.

CYRIL VIGUIER
Voilà, c'est le ministre de la Culture chargé de la Communication qui l'indique ce matin sur ce plateau. Oriane MANCINI, les GAFA aussi.

FRANCK RIESTER
Je me permets de rajouter, pour ne pas qu'il y ait d'ambiguïté, que l'idée ce n'est pas de revenir à un système précédent qui était le système de désignation-nomination par le président de la République, mais plutôt d'aller vers un système qu'on peut voir dans un certain nombre d'autres pays, qui est une nomination par les Conseils d'administration des entreprises d'audiovisuel public.

CYRIL VIGUIER
Les GAFA.

ORIANE MANCINI
Oui, un mot sur la taxe GAFA présentée hier par Bruno LE MAIRE en Conseil des ministres, taxe nationale puisque les Européens ont échoué à se mettre d'accord, elle doit rapporter 400 millions d'euros cette année pour des entreprises qui font des milliards de bénéfices. Est-ce qu'on n'est pas plus dans une taxe qui est symbolique politiquement, plutôt que dans une taxe qui est efficace économiquement ?

FRANCK RIESTER
Croyez-moi, 400 millions d'euros ce n'est pas un petit rendement, peut-être que ça pourrait être plus, mais enfin déjà c'est un choix…

ORIANE MANCINI
On parle de milliards de bénéfices pour ces entreprises.

FRANCK RIESTER
Non mais attendez, que l'on regrette qu'un certain nombre de pays, pas nombreux, ne se soient pas inscrits dans cette volonté large de faire en sorte que les géants de l'Internet paient le même impôt proportionnellement que les autres, oui évidemment nous le regrettons, c'est 14 points de fiscalité en moins pour les géants de l'Internet par rapport à d'autres entreprises françaises ou européennes. Ce n'est pas acceptable. Et donc il faut réagir. A partir du moment où il n'y a pas pu y avoir dans un premier temps un accord européen, la France comme un certain nombre d'autres pays d'ailleurs, ont pris la décision de mettre dans leur fiscalité nationale, une imposition, une fiscalité, mais en parallèle nous travaillons notamment avec l'OCDE pour faire en sorte qu'il y ait une fiscalité qui soit une fiscalité internationale, d'ailleurs les Etats-Unis sont en train de bouger, Donald TRUMP a indiqué qu'il était aussi légitime que ces géants de l'Internet payent un impôt plus juste, et donc je suis confiant, nous sommes confiants sur le fait qu'on puisse avoir un dispositif international qui se substituera à ce que nous faisons en France, pour ne pas que la France soit pénalisée. Mais c'est bien logique que ces géants de l'Internet paient le même impôt que les autres.

HERVE FAVRE
Et ils paieront bientôt aux éditeurs les contenus qu'ils empruntent ?

CYRIL VIGUIER
Il faut attendre encore un vote du Parlement européen, mais effectivement on devrait très bientôt pouvoir se satisfaire et se réjouir qu'une directive européenne soit votée, pour faire en sorte qu'un droit voisin soit obtenu pour que les éditeurs de Presse, pour que les journalistes puissent bénéficier de revenus complémentaires, pour qu'il y ait un meilleur partage de la valeur entre les géants de l'Internet et les éditeurs de Presse, mais aussi un meilleur partage de la valeur entre les géants de l'Internet et les créateurs, parce que sur les plates-formes de partage de vidéos, ce n'est pas normal que les géants du Net ne paient pas aussi celles et ceux qui créent pour mettre à disposition ces vidéos, des publics qui les regardent.

CYRIL VIGUIER
Franck RIESTER, ministre de la Culture, était notre invité ce matin. Merci beaucoup d'avoir été là.

FRANCK RIESTER
Merci à vous.

CYRIL VIGUIER
Vous aviez vu donc le dispositif qu'on avait mis en place aussi pour vous avec Bordeaux, Rennes et Le Mans et nos télévisions locales partenaires, ce matin en duplex et en direct dans le multiplex. Merci Oriane MANCINI, merci Hervé FAVRE de La Voix du Nord. Franck RIESTER on regarde ensemble le « Zap matin », ce qui s'est également passé dans les autres matinales d'info ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mars 2019