Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, à Radio Classique le 12 juillet 2019, sur la politique de l'environnement.

Texte intégral

RENAUD BLANC
Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour Renaud BLANC !

RENAUD BLANC
Secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire. J'ai une question toute simple : est-ce que c'est tenable pour vous, quand je dis pour vous, c'est pour François de RUGY la situation effectivement ? On a écouté le billet de Guillaume TABARD, présomption d'innocence mais il y a un tel déchaînement, j'allais dire, effectivement des photos qui choquent, est-ce que c'est tenable pour le numéro 2 du gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
Je crois que le ministre l'a dit tout de suite, il souhaite aller vers la plus grande transparence possible. Le Premier ministre a souhaité une investigation sur la partie travaux, elle sera menée ; c'est le secrétariat général du gouvernement qui s'en chargera et qui dira si les travaux sont proportionnés aux besoins. Côté Assemblée nationale, c'est le président de l'Assemblée nationale qui trouvera les moyens de faire les investigations nécessaires. Je pense qu'une question a été ouverte, il faut aller au bout mais il y a un souhait de transparence, un souhait aussi de réparer s'il y a des choses à réparer. Je pense que c'est la bonne proportionnalité sur ce sujet.

RENAUD BLANC
Alors les Unes des journaux ce matin sont assez terribles pour François de RUGY, « mi-cuit » c'est la une de Libération qui évoque le « Homard Gate », « cramé », insiste La Provence, « la République exemplaire », ironisent de nombreux quotidiens, la presse qui le voit finalement comme un ministre en sursis.

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr qu'il y a une demande d'exemplarité. Moi, j'ai animé le grand débat ; en animant le grand débat, j'ai vu beaucoup de Français et cette question est posée. Après, on a aussi eu une suite de révélations médiatiques auxquelles le ministre a déjà apporté beaucoup de réponses et beaucoup de précisions, il faut faire la part des choses, on a à peine le temps de traiter un sujet qu'un deuxième arrive. Je crois que maintenant, il faut se poser, il faut regarder la réalité derrière les allégations et voilà faire la part des choses.

RENAUD BLANC
Mais vous vous imaginez cette affaire sortir en pleine crise des Gilets jaunes ? François de RUGY démissionnait dans les 24 heures il y a 6 mois ?

EMMANUELLE WARGON
Je ne crois pas que ce soit une question de moment. Les Français nous demandent de l'exemplarité, c'est évident, tous les responsables publics, les membres du gouvernement, les parlementaires, les élus, on a d'ailleurs progressé, les textes ont progressé. Là, on a des allégations portées par un média qui finalement ne se sont qu'à moitié vérifiées pour l'instant et le ministre s'est largement exprimé, a déjà donné beaucoup d'informations. Il faut simplement qu'on sache de quoi on parle, les procédures vont être en cours, ça va être fait rapidement. Je crois aussi qu'il faut faire attention à ce que Guillaume TABARD appelait le « lynchage médiatique. »

RENAUD BLANC
Mais alors, dernière question mais bien sûr, il y a cette affaire, on va suivre l'affaire, on va savoir comment ça se passe mais je veux dire en termes de crédibilité pour le numéro 2 du gouvernement, l'écologie est devenue un thème, presque le thème principal, j'allais dire, du quinquennat, est-ce que est-ce que c'est compliqué ? Est-ce que ça ne va pas être trop compliqué dans les semaines qui viennent de parler pour vous coup d'écologie avec cette affaire ?

EMMANUELLE WARGON
Mais j'espère bien qu'on restera audible sur ce que nous faisons en matière d'écologie. Moi, j'étais hier avec le ministre dans les Deux-Sèvres pour parler d'eau et heureusement, on a pu faire cette visite rencontrer les acteurs …

RENAUD BLANC
Visite écourtée puisque le ministre a dû partir à Matignon !

EMMANUELLE WARGON
Oui, moi, je suis restée pour finir le programme tel qu'il était prévu, c'est très important. Les Français nous demandent de répondre à l'urgence écologique, ils nous disent « vous ne faites pas assez ». Hier, on a vu comment est-ce qu'on protège des captages, comment est-ce que avec cinq années d'efforts, quelque part dans les Deux Sèvres, une zone de captage important qui alimente 4 bassins versants, donc en fait tout toute l'eau du département a fait d'énormes progrès en matière de réduction de nitrates. Alors évidemment, c'est un peu moins médiatique mais on a aussi une demande de montrer ce que nous faisons et moi, je crois qu'il sera possible dans les semaines qui viennent, dans les mois qui viennent de continuer à montrer l'action du gouvernement en matière d'écologie.

RENAUD BLANC
Emmanuelle WARGON, ce qu'on vous reproche, ce n'est pas tellement le discours parce qu'on on vous croit mais c'est souvent le passage à l'acte ce gouvernement !

EMMANUELLE WARGON
Sur l'écologie …

RENAUD BLANC
Vous voulez par exemple, vous dites toujours : moi, je veux le concret, le concret, le concret et c'est vrai que sur certains dossiers, on va y venir, on a du mal, il y a le discours et puis il y a les faits et c'est vrai que ça a du mal à se mettre en place, c'est long.

EMMANUELLE WARGON
Oui et non parce que finalement, tout le monde s'arrête à ce discours-là, c'est-à-dire finalement …

RENAUD BLANC
Le Haut Conseil pour le Climat par exemple dit que vous n'allez pas assez vite ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, ce que je voulais dire, c'est que souvent, il y a une espèce de musique collective qui s'autoalimente, qui est passée de « ce gouvernement ne porte pas l'urgence écologique » à « ce gouvernement le porte dans les discours mais pas suffisamment dans les actes ». Alors, des actes, il y en a tous les jours, c'est ce que j'espère pouvoir vous présenter et présenter tout au long de l'action que nous menons. Après le Haut Conseil nous dit : vous avancez, il y a des réductions de gaz à effet de serre mais pas assez vite, ne serait-ce que parce que l'écologie n'est pas au centre de toutes les politiques publiques, vous n'évaluez pas toutes les politiques publiques à l'aune de l'impact écologique. Mais nous l'avons reçu lors du Conseil de Défense écologique, on a eu un échange intéressant avec sa présidente et elle nous a dit : la création de ce Conseil de Défense qui veut dire que on regarde si le reste des ministères a une action écologique, la création de la Convention citoyenne, tout ça, ça va dans le bon sens. Donc je crois qu'il ne faut pas aller jusqu'à « vous ne faites rien », on ne fait pas rien du tout !

RENAUD BLANC
Non mais est-ce qu'on peut essayer d'être très concret ? Par exemple le projet EuropaCity à Gonesse, les écologistes sont vent debout, donc un grand centre commercial sur des terres agricoles fertiles en Ile-de-France où, bon voilà, ce n'est pas forcément la région, même si il y a un espace vert qui est très important, voilà qu'est-ce que vous répondez à ça ? C'est-à-dire effectivement vous nous parlez, vous dites « il faut faire attention à la biodiversité, il faut arrêter de bétonner » et on a, par exemple, ce type de projet, Emmanuelle WARGON ?

EMMANUELLE WARGON
Moi, je vous réponds que nous savons que, devant nous, nous avons le sujet de bétonner moins, France entière, partout, que si on veut préserver la biodiversité, c'est assez simple, c'est moins de pesticides, donc c'est tout le travail que nous menons, une meilleure qualité de l'eau et moins de bétonnage. On a pris une décision qui est une décision pas facile sur « Montagne d'or », c'était d'ailleurs une décision à la sortie du premier Conseil de Défense écologique, je suis allée à Gagny, ailleurs dans la région parisienne où il y a un projet de reconversion des carrières avec 2 000 logements et j'ai dit au préfet avec les associations : 2 000 logements, c'est trop, ce projet n'est pas équilibré, il faut faire autrement. Sur EuropaCity, il y a des contentieux en cours. Donc maintenant, on va laisser les contentieux se dérouler. Le dossier a été déposé, il y a du droit des deux côtés. Donc on va aller au bout des contentieux mais dans la logique et d'ailleurs, c'est ce qui se passe avec le programme Action Coeur de ville qui est menée par Jacqueline GOURAULT, maintenant dans ce programme on dit : à chaque fois qu'on fait un programme Action Coeur de ville, c'est-à-dire très concrètement, on rénove les commerces de centre-ville, nous n'irons plus autoriser des centres commerciaux à la périphérie parce que ça n'a aucun sens de remettre de l'argent et de l'énergie pour permettre à des commerces de centre-ville dans des villes moyennes de rouvrir tout en autorisant des grandes surfaces ou des centres commerciaux en périphérie. Donc ça, c'est vraiment des changements de fond que nous portons.

RENAUD BLANC
Autre exemple, TOTAL qui va donc, projet de raffinerie dans le Sud de la France et qui va importer jusqu'à 300 000 tonnes d'huile de palme par an. Où est la logique avec la biodiversité ?

EMMANUELLE WARGON
Cette usine, elle a été autorisée il y a quelque temps pour aller vers des biocarburants et on sait que les biocarburants, ça peut aussi être une solution dans la transition des transports, des voitures avec des carburants qui restent moins polluants que les carburants fossiles. Après la question posée par les biocarburants, c'est quelle matière on utilise parce que si ce sont des cultures françaises, à quel moment on n'est pas en concurrence avec des cultures pour l'alimentation ? Comment est-ce qu'on peut utiliser de la matière végétale de façon intelligente, responsable ? Lorsqu'on importe des biocarburants, de la matière végétale, la première chose à faire, c'est de vérifier qu'on ne crée pas de la déforestation et la France est le seul pays qui s'est doté d'une stratégie de diplomatie pour lutter contre ce qu'on appelle la déforestation importée, c'est-à-dire le fait qu'on fait venir de la matière qui, en fait, crée de la déforestation, on plaide pour que cette stratégie soit européenne, on s'est engagé à plafonner le volume.

RENAUD BLANC
Donc il n'y a pas de contradiction pour vous sur ce dossier-là, sur cette question précise ?

EMMANUELLE WARGON
Ce dossier-là, je pense que c'est probablement le dernier d'une génération où on ne referait plus ça aujourd'hui mais on s'est engagé à plafonner en volume total la matière qu'on importe et donc on va dans la bonne direction. En parallèle, moi, je suis en charge la fermeture de quatre centrales à charbon, donc ça c'est très concret aussi. Ce sont quatre territoires en France dans lesquels il y a des centrales qui opèrent, on s'est engagé à les fermer d'ici à 2022.

RENAUD BLANC
Leur fermeture totale ?

EMMANUELLE WARGON
Fermeture totale avec une seule question qui est notre capacité à produire suffisamment d'électricité pour les besoins français. Si on avait un problème d'autosuffisance, on maintiendrait probablement un tout petit peu de production en pic pour faire face à la pointe et c'est en particulier la question qui se pose à Cordemais en Loire-Atlantique mais c'est la seule et sinon, les engagements sont pris, c'est d'ailleurs dans la loi Energie qui donne la base juridique pour pouvoir fermer ces centrales.

RENAUD BLANC
L'actualité, c'est la sécheresse en France. L'eau, est-ce qu'il va falloir restreindre l'eau d'une façon peut-être beaucoup plus drastique que les années précédentes ? Est-ce qu'il y a un plan prévu par le gouvernement ?

EMMANUELLE WARGON
Alors oui. Ca fait six mois que moi, je travaille sur ce dossier de l'eau avec toutes les parties prenantes, on sait que l'eau, on a de la chance en France d'avoir de l'eau en quantité et en qualité mais que la tension va être de plus en plus grande, on s'est engagé avec tous les acteurs, les agriculteurs, les collectivités locales, les associations à économiser …prélever 10% d'eau en moins d'ici à 2025, 25% d'eau en moins dans les quinze prochaines années et pour ça, il faut vraiment changer nos pratiques et c'est aussi pour ça que c'était intéressant d'aller sur le terrain. Hier, j'ai vu des agriculteurs qui se sont engagés à réduire leur consommation d'eau, leurs prélèvements, notamment les prélèvements en été. J'ai vu une collectivité territoriale à Niort qui réutilise des eaux usées à la fois dans son propre bâtiment de fonctionnement mais aussi pour l'arrosage des jardins publics, pour le nettoyage …

RENAUD BLANC
Ca veut dire aussi changer de culture dans les années qui viennent ?

EMMANUELLE WARGON
C'est un énorme changement de culture. En fait l'eau, c'est un bien précieux, c'est un bien public. C'est un bien qu'on ne peut pas gaspiller, il faut qu'on fasse attention à l'eau, il faut que tout le monde change, les agriculteurs, les industriels, les collectivités et les Français.

RENAUD BLANC
Emmanuelle WARGON, dernière question, il nous reste quelques secondes le train Perpignan – Rungis, on en parle beaucoup. Quelle est votre position sur cette question, suppression d'un train et donc de nouveau des camions sur les routes entre le Sud de la France et Rungis ?

EMMANUELLE WARGON
Ma position, c'est évidemment qu'il faut réussir à maintenir cette ligne, ça n'a pas de sens de mettre plus de camions sur les routes alors qu'on a un train. Après, c'est un sujet économiquement assez compliqué ,je crois, parce que les donneurs d'ordres ne sont plus là, c'est-à-dire que la SNCF a dit qu'elle était prête à maintenir la ligne jusqu'à la fin de l'année en attendant de trouver la solution pour les investissements puisque cette ligne est vétuste, il va falloir la moderniser mais les donneurs d'ordre eux-mêmes ont commencé à retirer leurs commandes mais bien sûr qu'il faut trouver un moyen d'approvisionner Rungis qui soit un moyen propre.

RENAUD BLANC
Merci Emmanuelle WARGON d'avoir répondu à mes questions, la secrétaire d'Etat auprès du ministre de la Transition écologique et solidaire, très bonne journée à vous !


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juillet 2019