Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'Etat auprès du ministre de la transition écologique et solidaire, à CNews le 9 juillet 2019, sur la politique de l'environnement.

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Texte intégral

JEAN-PIERRE ELKABBACH
La grande journée de la transition écologique c'est aujourd'hui 9 juillet, vous êtes la bienvenue Emmanuelle WARGON, bonjour et merci d'être avec nous.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour Jean-Pierre ELKABBACH.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi je le dis ? D'abord dans la matinée, à l'Elysée, Conseil de défense écologique, il s'agit de mettre en place la convention promise, avec 150 citoyens tirés au sort, 150, est-ce que ça veut dire peu importe leur niveau de compétences, n'importe qui ?

EMMANUELLE WARGON
L'idée c'est justement de trouver des citoyens, certains sont engagés, d'autres ne le sont pas, des jeunes, des moins de jeunes, et de construire avec eux l'écologie de demain. Donc, c'est très important, le tirage au sort commence là dans les prochains jours, cette convention sera installée à la rentrée et on présente le dispositif au président de la République ce matin.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais comment on les tire au sort, sur quelles listes ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, on a eu l'expérience du grand débat, vous savez on l'a fait pour des conventions régionales, on avait tiré au sort des citoyens dans toutes les régions, on le refait à partir des listes téléphoniques, et on redresse juste pour être sûr qu'on a autant d'hommes que de femmes, on a une bonne répartition d'âges, et on n'a pas toutes les… enfin on a aussi des catégories socioprofessionnelles un peu différentes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire un double choix, le tri sélectif.

EMMANUELLE WARGON
Pas le tri sélectif, ça s'applique aux déchets, Jean-Pierre ELKABBACH…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'abord les 150, il y en aura plusieurs centaines, et ensuite vous faites une nouvelle sélection.

EMMANUELLE WARGON
En fait on a une première liste qu'on tire complètement au sort, et après, au fur et à mesure que les gens acceptent, on fait en sorte de ne pas avoir 150 hommes ou 150 femmes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça peut tomber sur Romain, Sophia, sur n'importe lequel d'entre nous ?

EMMANUELLE WARGON
Ça peut tomber sur n'importe qui, un peu comme les jurys d'Assises finalement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est ça, il y a une part de hasard, et si le hasard fait preuve de malice et vous avez Ségolène ROYAL ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien on sera content, ça lui permettra d'agir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça lui permettra d'agir, pourquoi, elle n'a pas agi jusqu'ici ?

EMMANUELLE WARGON
Parfois elle a beaucoup fait de déclarations, donc là l'idée c'est de rentrer dans le concret.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et Nicolas HULOT ?

EMMANUELLE WARGON
Pareil, Nicolas HULOT ça lui permettra de revenir dans l'action.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De revenir dans l'action, mais il a beaucoup agi quand il était là où il était ?

EMMANUELLE WARGON
Il a lancé beaucoup de choses…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce qu'on peut dire des vérités ?

EMMANUELLE WARGON
Il a lancé beaucoup de choses, Nicolas HULOT il porte vraiment une vision de la transformation écologique, la difficulté qu'on a maintenant c'est vraiment de passer à l'acte et de rentrer dans le concret parce que, sur la biodiversité par exemple, il a produit un grand Plan biodiversité il y a 1 an, mais la difficulté c'est de faire en sorte que la transformation ait lieu, par exemple sur l'eau ou sur l'écologie territoriale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous pourriez avoir la chance de tomber sur Laurence TUBIANA, elle est à l'origine de la COP21, qui était à Paris, et c'est une des 11 experts du Haut conseil pour le climat, qui est d'ailleurs sévère avec vous. Ce qui est frappant c'est que c'est une instance qui a été voulue et lancée par Emmanuel MACRON et Edouard PHILIPPE, et elle vous dit « les efforts de la France sont réels, il faut transformer l'économie et la société à grande échelle, mais vos efforts sont insuffisants, il faut donc accélérer. » Comment ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord c'est bien la preuve que les instances qu'on met en place sont indépendantes, parce qu'elle ne nous fait pas de concessions, et c'est bien, ce Haut conseil pour le climat, ils nous disent aussi qu'il faut qu'on agisse sur des secteurs qui sont diffus, ce qui veut dire qu'il faut une action d'un peu tout le monde, les transports, les logements et l'agriculture.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les transports, ils vous disent en dénonçant les retards, les retards de la voiture électrique, les transports en commun, le vélo, ils ne disent pas la trottinette, mais pas loin.

EMMANUELLE WARGON
En fait, pour agir, on a à la fois besoin des constructeurs automobiles, il faut que eux-mêmes changent l'offre, et ils sont en train de le faire parce que les normes européennes vont devenir de plus en plus sévères, et on a aussi besoin que localement les choses s'organisent, qu'on créé le système de covoiturage, qu'on installe les bornes de recharge électrique, qu'on propose des transports en commun avec de l'électrique ou de l'hydrogène.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais quand ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien c'est ce qui se passe tous les jours sur les territoires et c'est ça qui est intéressant.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Autrement dit il y a l'obsession du concret, c'est le leitmotiv presque.

EMMANUELLE WARGON
Moi c'est vraiment ma vision, une écologie du passage à l'acte, du concret, dans laquelle on arrête les grands discours, les grands plans, ou en tout cas ces grands discours et ces grands plans ils arrivent avec des résultats, que les gens voient la différence au quotidien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Eh bien on continue à sortir du discours, enfin on va essayer. Ce Haut conseil, qui devient en quelque sorte le gardien de vos promesses climatiques, exige une transition juste et équitable, et il parle aussi, vous l'avez dit d'ailleurs, des bâtiments, parce qu'ils disent ils ne sont pas rénovés, ils disent qu'il y a des retards excessifs pour éliminer le chauffage au fuel et au charbon l'hiver.

EMMANUELLE WARGON
La rénovation des bâtiments c'est vraiment un sujet sur lequel on a pris beaucoup de retard, et c'est vrai que, d'une certaine manière, moi je trouve que ce n'est pas possible qu'on reste comme ça, il faut qu'on passe à la vitesse supérieure. On a de l'argent, il y a pas mal d'argent, de politique publique, des crédits d'impôts, des aides, et l'argent aussi des fournisseurs d'énergie à travers un mécanisme d'appui aux investissements, mais on a un système tellement compliqué, des tas d'aides qui ne sont pas complètement cordonnées, beaucoup d'acteurs…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, on refait un big-bang de tout ça, avec Julien DENORMANDIE, on réorganise toute la manière de rénover les bâtiments. Un sujet par exemple, les copropriétés, vous êtes propriétaire dans une copropriété, vous voulez faire une rénovation, c'est très difficile, il faut que la copropriété le vote, il faut des règles de majorité, il faut que le syndic…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et alors, qu'est-ce que vous allez changer ?

EMMANUELLE WARGON
Alors on va changer le droit des copropriétés, on va rendre le vote plus facile, les règles de majorité vont changer. On va aussi faire un truc très simple qui est que les aides vont être dues à la date où on vote, parce que comme souvent on change les aides, vous votez, après ça prend du temps pour faire les travaux, et quand finalement les travaux sont faits, eh bien finalement l'aide du gouvernement elle a changé 3 fois entre temps. Donc on va rendre les aides, on va les stabiliser à la date des travaux, c'est des choses très simples. Et puis il faut aller mobiliser les syndics, on a des syndics qui ne jouent pas le jeu, donc moi je dis aux syndics de copropriétés, maintenant ça doit devenir une priorité.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais est-ce qu'il suffit que le gouvernement, qu'un exécutif leur dise « vous devez », pour qu'ils le fassent ? Ils l'ont entendue cette chanson, souvent.

EMMANUELLE WARGON
C'est une question de pilotage, c'est une question de pilotage par les résultats, et puis après, dans la loi Energie on a aussi posé une obligation de travaux, et donc on a dit, à partir de 2023, obligation de travaux, elle sera sanctionnée plus tard, en attendant on ne pourra pas vendre un bien, à partir de 2023, sans savoir que ce bien il lui est attaché une obligation de travaux, donc on monte en puissance crescendo, mais avant d'interdire, il faut rendre les choses possibles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et encourager.

EMMANUELLE WARGON
Encourager, et surtout simplifier. On a une obsession de la simplification, de rendre les choses concrètes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cela concerne aussi les logements du parc privé…

EMMANUELLE WARGON
Bien sûr.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui sont, paraît-il, des passoires énergétiques.

EMMANUELLE WARGON
Il y a à peu près 7 millions, de logements en France, qui sont des passoires énergétiques, là-dedans certains sont des logements sociaux, mais ce n'est pas la majorité, la majorité ce sont des logements du parc privé, copropriétés ou simplement maisons individuelles, et là aussi il faut qu'on simplifie les aides, il faut qu'on accompagne les gens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les 11 experts soulignent que la France a de la chance d'avoir l'énergie nucléaire et des centrales nucléaires, mais ça c'est peut-être un autre problème, c'est lié, mais c'est un autre problème.

EMMANUELLE WARGON
En fait deux choses. La première c'est que, il nous reste des centrales à charbon, il reste 4 centrales à charbon, moi je suis en charge de l'accompagnement de leur fermeture, on les aura fermées avant 2022, ça aussi c'est du concret, c'est du passage à l'acte, on fermera aussi le premier réacteur nucléaire, les deux premiers, ceux de Fessenheim, mais ce que nous disent les experts c'est finalement, comme l'énergie, en France, c'est du nucléaire, et de plus en plus des énergies renouvelables, il faut aller chercher les émissions de gaz à effet de serre difficiles, les transports, le bâtiment et l'agriculture. L'agriculture, il faut changer nos pratiques agricoles, on a une agriculture qui consomme trop d'énergie et qui émet trop de gaz à effet de serre, il faut une agriculture plus respectueuse, en général, et aussi pour préserver la biodiversité et l'eau, là c'est aussi une révolution qui se prépare.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On ne va pas encore punir les agriculteurs ?

EMMANUELLE WARGON
Non, on n'est pas dans le punitif, on n'est pas dans le punitif parce que l'agri-bashing ça a eu des conséquences vraiment négatives, on est dans l'accompagnement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Les 150 citoyens qui vont être choisis, est-ce qu'ils auront eux aussi à se prononcer sur la taxe carbone, quand, comment, est-ce qu'il en faut une, de quel montant ? Une manière de se… comment dire, j'ai envie de dire le syndrome Ponce Pilate, les citoyens sont là, comme ça, on partage la responsabilité d'une taxe impopulaire, mais il faut la prendre, elle est nécessaire.

EMMANUELLE WARGON
Ça serait normal de leur poser la question, parce que le même Haut conseil pour le climat nous dit « quand même, vous avez abandonné la trajectoire sur la taxe carbone, il va falloir vous reposer la question. » Je ne crois pas qu'on puisse se reposer la question comme on se l'était posée précédemment, gouvernement, Parlement, je pense que c'est intéressant demander à 150 citoyens s'ils voient un intérêt, et si oui comment, ou poser la question différemment, comment est-ce qu'on finance la transition écologique qu'on a besoin de faire ? On ne peut pas la financer que par de l'argent public, il faut aussi qu'on la finance par de la mobilisation des entreprises, par des changements de pratiques des entreprises, mais on a aussi besoin…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire vous leur demandez de confirmer la nécessité d'une taxe carbone.

EMMANUELLE WARGON
On leur demandera de réfléchir à, est-ce qu'on a suffisamment pour accompagner la transition écologique, sinon est-ce qu'une taxe carbone c'est une bonne ou une mauvaise idée, et dans quelles conditions ? On sait que la manière dont on l'avait posée, ce n'est probablement pas la bonne manière et qu'il faudrait probablement faire différemment…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais elle reste nécessaire ?

EMMANUELLE WARGON
C'est une question, en tout cas c'est une grande question, de l'écologie, et il faudra la poser.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'il y a besoin de financements et d'investissements. Journée de l'écologie, avons-nous dit, avec François de RUGY vous allez annoncer tout à l'heure, toujours dans la matinée, la liste des 61 territoires lauréats qui mériteront un contrat de transition écologique, quèsaco ?

EMMANUELLE WARGON
Simple. Des territoires, donc des maires, des entreprises, des citoyens, qui s'engagent sur l'écologie pour faire concret, passage à l'acte. On en a pour l'instant…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Exemple.

EMMANUELLE WARGON
Exemple. A Montbard, en Côte-d'Or, travail avec les agriculteurs et les gens du secteur de l'énergie, un lycée agricole qui travaille sur la méthanisation, qui se marie avec le lycée professionnel à 5 kilomètres de là, ils n'avaient jamais travaillé ensemble, pour créer une filière énergies renouvelables, ça fait de l'embauche pour les jeunes, ça fait des revenus supplémentaires pour les agriculteurs. En parallèle ils réintroduisent le sarrasin, avec ce sarrasin ils consomment moins d'eau, ils protègent mieux les sols, et il y a une biscuiterie au sarrasin qui s'installe, qui fait les biscuits au sarrasin de Montbard, je vous les conseille, c'est très bon. Tout ça c'est un cercle vertueux…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vous auriez dû en apporter.

EMMANUELLE WARGON
La prochaine fois j'en apporte ; tout ça c'est un cercle vertueux, plus d'emplois, meilleure protection…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc succession d'exemples.

EMMANUELLE WARGON
Petites actions, liées les unes avec les autres, qui font progresser l'écologie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Vos CTE concernent combien d'habitants, sur le territoire français ?

EMMANUELLE WARGON
Alors moi je suis fière de cette démarche, parce que quand on a commencé on avait 8 territoires, là, maintenant, on va en faire rentrer, en tout on en aura 80, 61 qui rentrent aujourd'hui, 7 millions de personnes. 10 % du territoire français vont être couverts, dans des endroits dans lesquels on a des actions concrètes, l'écologie c'est l'éolienne participative qui s'installe…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais l'objectif c'est de couvrir tout le territoire ?

EMMANUELLE WARGON
L'objectif c'est que tout le territoire soit engagé dans une action écologique, mais ce n'est pas une étiquette, un label, un truc pour faire joli, l'objectif c'est de le faire que quand il y a des actions concrètes et que quand les gens ont accepté de travailler ensemble.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc il faut mériter son CTE…

EMMANUELLE WARGON
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Qui est en quelque sorte un bac de bonne conduite.

EMMANUELLE WARGON
L'Etat apporte de l'appui technique, de la conduite de projets, et du financement si c'est nécessaire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je lis qu'il y a une inquiétude dans beaucoup de milieux parce qu'il y a des phénomènes climatiques qui déclenchent de plus en plus souvent, et qui vont déclencher de plus en plus souvent de possibles catastrophes naturelles. Les gens se plaignent que les indemnisations tardent. Comment on répond ?

EMMANUELLE WARGON
Les processus d'indemnisation ils sont toujours un peu longs parce qu'il faut une expertise, c'est un fonds qui s'appelle le fonds Barnier, du nom de Michel BARNIER, qui a été créé il y a quelques années. Ça aussi je pense qu'on peut l'améliorer. Moi j'étais dans l'Aude, après les inondations, on a mis en place un suivi vraiment rapproché pour que les gens puissent avoir accès à cette indemnisation. Mais vous voyez, j'ai tenu une permanence citoyenne à Grasse la semaine dernière, et j'avais une dame qui m'expliquait que, voilà, elle était sur côte, que sa maison avait été dans une zone inondable, et que ça tardait, qu'il y avait 26 logements dans un lotissement et qu'il n'y avait que 5 logements qui avaient été rachetés, donc j'ai dit que là, ce cas particulier, on allait l'accélérer, mais l'idée ce n'est pas d'accélérer seulement les cas particuliers des gens que j'arrive à voir quand je tiens des permanences. Donc, vous avez raison, il faut aussi qu'on accélère ces procédures, parce que c'est difficile de vivre dans un endroit où il y a eu une catastrophe et d'être inquiet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Cet après-midi Journée de l'Ecologie avons-nous dit, je reprends, cet après-midi vous allez recevoir les dirigeants du Syndicat d'assainissement de l'agglomération parisienne pour qu'ils vous expliquent les raisons et les conséquences de ce qui s'est passé l'autre jour, vendredi, un accident écologique de la station d'épuration d'Achères dans les Yvelines. On a vu, combien, 2, 3 tonnes de poissons morts après un incendie, est-ce que c'est normal, d'autant plus que c'est le troisième incendie en 1,5 an dans le coin ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je suis comme vous, trois incendies sur une station d'épuration, plusieurs tonnes de poissons morts dans la Seine…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
3, 5 tonnes.

EMMANUELLE WARGON
J'ai convoqué les dirigeants, parce que je veux suivre avec eux le plan de travaux de remise à niveau, je veux être sûre qu'il n'y a aucun risque pour la population, je veux les pousser pour qu'on protège plus vite le retour à la normale. Il faut bien sûr protéger l'eau potable, mais il faut aussi protéger le milieu naturel. On ne se fatigue pas à faire un grand plan sur l'eau, économiser l'eau, protéger les captages, etc., pour laisser des stations d'épuration comme ça, dans des conditions bizarres.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais s'il y a un quatrième incendie qu'est-ce que vous faites, est-ce que vous avez des moyens de les punir, de leur tirer les oreilles ?

EMMANUELLE WARGON
S'il faut qu'ils investissent plus parce qu'on a un problème de mise aux normes, eh bien ils seront mis en demeure pour investir à la bonne vitesse.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'autant plus qu'on dit qu'il y a des risques toxiques.

EMMANUELLE WARGON
Eh bien voilà ! Moi je veux faire la lumière sur ce cas, exactement, précisément, et voilà, les mettre en demeure de faire ce qu'ils ont à faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Parce qu'on parle des déchets, mais il y a l'eau, le problème de l'eau qui est un produit précieux, rare, à protéger, à soigner et à veiller à la qualité.

EMMANUELLE WARGON
L'eau, si on ne s'en occupe pas, ça sera l'un des grands sujets de crise des années qui viennent, moins d'eau, et une eau de moins bonne qualité. Déjà aujourd'hui on a beaucoup de départements qui sont en situation de sécheresse, avec des arrêtés, des restrictions d'eau, donc la question c'est comment on économise l'eau, comment on réutilise, dans certains cas, l'eau pour, voilà, avoir besoin d'en prélever moins, et puis la qualité. Juste un exemple. Lors du Grenelle de l'environnement tous les acteurs ont décidé, il y a 10 ans, de protéger les captages prioritaires, on a 1000 captages prioritaires, un captage prioritaire c'est un endroit où on prend l'eau pour la consommation des Français, eh bien 10 ans après on ne sait toujours pas si on les a protégés, on n'a que 500…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'accord, mais la faute à qui ?

EMMANUELLE WARGON
La faute entre, l'écart entre les grandes déclarations et le suivi, le pilotage. Moi je vais écrire à tous les préfets, là, dans les jours qui viennent, pour leur dire maintenant les captages prioritaires vous avez quelques semaines ou quelques mois pour me faire le plan, et pas seulement me rendre une copie en me disant « ça y est j'ai fait un plan », mais est-ce qu'il est à niveau, est-ce qu'on les protège vraiment ces captages.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Protéger l'eau, sauver l'eau.

EMMANUELLE WARGON
Protéger l'eau, économiser l'eau.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors, politique. Polémique entre Emmanuel MACRON et Anne HIDALGO et ses équipes à propos des J.O 2024. Le président de la République a dénoncé ce qu'il appelle les leçons de morale d'Anne HIDALGO, elle refuse l'argent de toute entreprise qui tire des bénéfices de ces énergies fossiles, elle ne veut pas de TOTAL. Est-ce qu'elle a tort ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, je pense qu'elle a tort, d'abord parce que c'est facile de juger et de jeter l'anathème sur une entreprise ou sur une autre, ensuite parce que les J.O c'est beaucoup d'argent, si on a de l'investissement privé, ça allège la facture des contribuables, et enfin parce qu'il faut juger les entreprises sur les actes, TOTAL c'est aussi une entreprise qui s'engage dans les énergies nouvelles, dans l'électricité à base de renouvelables, donc si cette entreprise veut s'engager. On a lancé un appel à projets avec Roxana MARACINEANU sur les générateurs propres. Les J.O, évidemment qu'il faut de l'énergie, on ne va pas les faire à la bougie les J.O non plus, donc les J.O, l'énergie, c'est l'énergie de base et puis c'est aussi l'énergie auxiliaire, quand quelque chose lâche il faut des générateurs. A Londres 4 millions de litres de fuel, à Paris on a dit on lance un appel pour trouver des générateurs propres. Si TOTAL peut y répondre, très bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais, dans l'accusation d'Anne HIDALGO il y a le fait que vous voulez des J.O verts, et en même temps vous en appelez comme… à un des plus gros pollueurs de la planète, où est la cohérence ?

EMMANUELLE WARGON
La cohérence c'est la transformation des entreprises, à quelle vitesse les entreprises se transforment. Si vous écoutez TOTAL, ils ont un projet de transformation vers des énergies plus propres. Après, l'énergie, on en a besoin, il faut la transformer progressivement, donc le président de la République l'a dit, il faut que TOTAL vienne sur notre cahier des charges, le cahier des charges public, pas le sien, si TOTAL vient pour améliorer les choses, pas raison de dire non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Yannick JADOT, hier à Ivry-sur-Seine, a à nouveau décidé d'aider, d'une certaine façon, l'argumentation d'Anne HIDALGO. On l'écoute.

YANNICK JADOT, DEPUTE EUROPEEN EELV
Depuis 2 ans que le président de la République gouverne, il ne cesse de satisfaire les besoins et les demandes de TOTAL, on le voit avec l'usine de La Mède et les importations d'huile de palme qui ont démarré, qui participent de la déforestation. Donc que TOTAL reste au coeur des politiques publiques de ce gouvernement, comme des précédents, ne nous surprend pas.

EMMANUELLE WARGON
TOTAL n'est pas au coeur des politiques publiques, on entraîne les industriels vers une transformation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce matin, Emmanuelle WARGON, est-ce que vous souhaitez qu'Anne HIDALGO revienne, si c'est possible, sur sa position et qu'elle ouvre ses portes, ou qu'elle accepte TOTAL ?

EMMANUELLE WARGON
Oui, je pense que si TOTAL est prêt à s'engager pour les J.O, contribuer à des J.O verts, montrer que c'est possible, faire des avancées technologiques qui permettent d'avoir des J.O plus verts avec une énergie plus propre, oui, je trouve que ce serait plutôt bien.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A condition aussi que TOTAL accepte de revenir dans les discussions, mais François BAROIN, au nom des maires de France, souhaite justement le retour de TOTAL, qui devrait être un partenaire des J.O, et il ajoute un exemple, il dit « la Maire de Paris accepte McDONALD'S et COCA-COLA, qui ne s'illustrent pas tellement pour leur souci de l'écologie et de la santé publique. » Question de caractère politique. Yannick JADOT, pour les municipales qui ont lieu autour de Paris, aujourd'hui il y a des grandes discussions sur le choix de celui qui va représenter les « marcheurs » à Paris, mais Yannick JADOT n'exclut pas des alliances locales, ou il dit « des coalitions avec des élus sans étiquette ou même divers droite. » S'ils font 100 % de bio dans les cantines, etc., est-ce que les « marcheurs » peuvent prendre Yannick JADOT au mot ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord, Yannick JADOT, je ne crois pas qu'il ait fait consensus dans cette déclaration puisque ses alliés se sont un peu émus de cette déclaration, mais moi je trouve que finalement c'est du bon sens. On a besoin, dans le projet de chaque maire, de chaque nouvelle équipe municipale, de beaucoup d'écologie. On sait bien qu'il va falloir faire cette transition, cette transformation écologique, et qu'elle passe par le terrain, donc moi je rêve que chaque liste des municipales arrive avec un projet écologique construit.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Dans les grandes villes, les communes, partout ?

EMMANUELLE WARGON
Dans les grandes et dans les petites, les contrats de transition écologique qu'on signe c'est aussi dans des petites communes, ou des communautés de communes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ça ne doit pas être une mode, parce que toutes les sociétés occidentales sont apparemment touchées par un tsunami vert, qui est en même temps une mode…

EMMANUELLE WARGON
Mais la question c'est la réalité. Il ne s'agit pas de mettre du vert sur l'affiche ou de dire je suis pour la planète, il s'agit de proposer des choses concrètes. Moi je travaillerai avec la République en marche pour que tous nos élus, toutes nos listes, proposent des choses très concrètes, sur les déchets, sur les cantines, sur les circuits courts, sur l'eau, sur beaucoup de sujets, c'est là qu'on fera la différence.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venue. Je vais terminer avec le manifeste de Bertrand RUSSELL et EINSTEIN qui est cité ce matin dans Le Figaro : l'Humanité est mise devant une alternative claire : soit nous avançons tous vers la mort, soit nous devrons acquérir un minimum de bon sens. » Ils étaient bon, EINSTEIN, Bertrand RUSSELL.

EMMANUELLE WARGON
Voilà, je vous parlais de bon sens il y a 30 secondes, je suis ravie d'être avec EINSTEIN.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Bonne journée, merci d'être venue.

EMMANUELLE WARGON
Bonne journée à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 juillet 2019