Interview de Mme Marlène Schiappa, secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes et à la lutte contre les discriminations à Radio Classique le 3 juillet 2019, sur le climat politique et la parité dans les nominations politiques.

Texte intégral


GUILLAUME DURAND
Est-ce que c'est un symbole – bonjour Marlène SCHIAPPA et bienvenue…

MARLENE SCHIAPPA
Bonjour. Merci.

GUILLAUME DURAND
Au fond – le fait que deux femmes soient à la tête de l'Europe, ou est-ce que ce n'est pas tout simplement les compétences qui sont récompensées, puisque l'une est quand même ministre depuis 2005, et avec une forte personnalité, il s'agit de madame Von DER LEYEN, et Christine LAGARDE, on le sait, cabinet d'avocats, dirigé à Chicago, puis ministre de Dominique de VILLEPIN, puis, ministre de l'Economie et des finances, puis, directrice du FMI ?

MARLENE SCHIAPPA
Eh bien, d'abord, merci de le rappeler, je crois que c'est important de rappeler effectivement leurs grandes compétences, je dirais surtout que là, on est en train de vivre un moment historique, puisque c'est la première fois qu'il y a deux femmes à ces postes clefs, ces top jobs comme on dit au niveau de l'Europe, et on le doit au président Emmanuel MACRON. Donc je crois que c'est vraiment important…

GUILLAUME DURAND
Et à madame MERKEL.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais c'est lui qui a donné l'impulsion en faisant de la parité un critère, ce qui n'était pas le cas précédemment.

GUILLAUME DURAND
Oui, est-ce que vous connaissez Christine LAGARDE ? Est-ce que vous avez des contacts avec elle ?

MARLENE SCHIAPPA
J'ai eu l'occasion de la rencontrer plusieurs fois, notamment récemment à Mexico, au Women's Forum, où nous sommes intervenues toutes les deux, et nous avons discuté des nominations de femmes et des quotas de femmes.

GUILLAUME DURAND
Madame justement Von DER LEYEN a été favorable et a été critiquée en Allemagne, car elle a souhaité d'ailleurs que soit instauré non seulement le revenu universel, ça, ça a été abandonné, mais des quotas de femmes dans les conseils d'administration, est-ce que c'est une proposition que vous reprendriez ce matin sur l'antenne de Radio Classique ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, il y a en France déjà des quotas de femmes pour les conseils d'administration depuis la loi Copé-Zimmermann, et d'ailleurs, la France promeut partout dans le monde cette politique de quotas, puisque ça nous a permis de passer du bas du classement européen au haut du classement européen. Mais moi, je voudrais aller plus loin et justement faire en sorte que tous ces quotas déjà existants puissent potentiellement être ré-haussés à hauteur de 50 %, parce que les femmes sont 52 % de la population, il n'y a pas de raison qu'on se contente de quotas à minima, donc j'ai demandé une mission au Haut Conseil à l'Egalité femmes-hommes, qui va étudier l'opportunité ou pas de ré-hausser ces quotas.

GUILLAUME DURAND
Beaucoup de sujets vous concernent ce matin, le formidable succès des footballeuses, pas simplement des Françaises, des footballeuses dans le monde entier, dans tous les pays, les records d'audience sont battus, alors, est-ce que, finalement, il n'y a pas un féminisme populaire qui serait plus efficace qu'un féminisme, j'allais dire ultra militant, comme l'était, par exemple, en France, Caroline de HAAS, est-ce que des jeunes femmes comme madame Le SOMMER ou les autres, Wendie RENARD n'ont pas plus fait pour la cause des femmes qu'un féminisme parfois un peu intransigeant ?

MARLENE SCHIAPPA
Je ne sais pas, je ne veux pas opposer forcément les unes aux autres, mais, effectivement, moi, je crois que les footballeuses, elles ont fait beaucoup, d'abord pour montrer que les femmes pouvaient aussi s'emparer de jeux comme le foot, ce qui est le cas d'ailleurs dans d'autres pays, aux Etats-Unis, le foot, c'est considéré comme un sport même plus féminin que masculin. Et puis, elles nous ont permis aussi de voir à la télévision des corps de femmes puissants qui ne sont pas là forcément pour être dans un rapport de séduction, et je crois que c'est assez positif, en effet…

GUILLAUME DURAND
Ça n'exclut pas le rapport de séduction…

MARLENE SCHIAPPA
Ça ne l'exclut pas, mais très souvent…

GUILLAUME DURAND
Ce qui est vrai pour les garçons comme pour les filles…

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, mais quand vous regardez les publicités, très souvent, quand vous avez des femmes mises en scène dans les publicités à la télévision, elles sont quand même là pour plaire et pour être des objets de désir avant tout, avant d'être des personnalités.

GUILLAUME DURAND
Est-ce que vous réclamez ce matin aux patrons des grands clubs, je parlais tout à l'heure de Nasser Al-KHELAÏFI, au PSG, puisque les clubs français sont parmi les meilleurs du monde, même si l'équipe de France a été éliminée, et à Jean-Michel AULAS, de les augmenter, car en fait, il y a beaucoup de joueuses, et notamment donc les joueuses américaines, qui réclament des salaires qui soient en proportion de ceux des hommes.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr, je crois que quand on regarde le salaire moyen, les chiffres sont à vérifier, mais aux dernières nouvelles, il me semble que le salaire moyen d'une footballeuse professionnelle de haut niveau, il tourne autour de 3.000 euros par mois, quand celui d'un footballeur professionnel de très haut niveau, il tourne autour de 100.000 euros par mois, donc on voit qu'on a, là, des écarts énormes, ces écarts, ils sont justifiés par des modèles économiques qui sont différents, les sponsors mettent des montants différents, ça draine des audiences différentes, etc., mais je crois qu'on travaille depuis quelques années pour mettre en place un cercle vertueux du sport féminin avec des beaux centres de formation…

GUILLAUME DURAND
Vous allez demander un rendez-vous à AULAS ? Vous allez les rencontrer ?

MARLENE SCHIAPPA
Alors, moi, pour l'instant, à ce stade…

GUILLAUME DURAND
Vous allez les étrangler comment…

MARLENE SCHIAPPA
Non, je ne vais étrangler absolument personne, je suis pour un féminisme positif et qui inclut tout le monde. Mais néanmoins, je crois qu'il n'est pas incongru de demander à chacun d'étudier…

GUILLAUME DURAND
Et puis, les joueuses le demandent…

MARLENE SCHIAPPA
Tout à fait, c'est pour ça que je dis qu'il n'est pas incongru, et je crois que je suis dans mon rôle, en demandant à chacun de reconsidérer ses positions à cet égard, je crois qu'il est temps maintenant de mettre les rémunérations en correspondance avec les audiences, parce que les audiences réalisées notamment sur TF1 ont été formidables, elles étaient inattendues. Et je crois qu'il est temps maintenant de faire un effort pour soutenir les joueuses, et pour soutenir également les centres de formation, j'y reviens, mais plus on aura des centres de formation performants en matière de foot féminin, plus on aura des bonnes joueuses, plus on aura des beaux matchs dans des beaux stades qui feront des audiences formidables, et plus les championnes gagneront.

GUILLAUME DURAND
Attention, je reviens à la politique politicienne, retenez votre souffle, vous être GRIVEAUX ou VILLANI ?

MARLENE SCHIAPPA
Je suis GRIVEAUX. Vous voulez que je développe ?

GUILLAUME DURAND
Eh bien, évidemment, c'est une question…

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, oui, je crois que…

GUILLAUME DURAND
Parce qu'il y a une grande interrogation actuellement au sommet de l'Etat, considérant que la campagne de Benjamin GRIVEAUX, peut-être, patine un peu, celle de VILLANI…

MARLENE SCHIAPPA
Ecoutez, moi j'étais hier avec les « marcheurs » du 14e arrondissement, nous étions rue Raymond Losserand et nous étions avec Benjamin GRIVEAUX, qui est venu saluer et remercier l'équipe, et notamment les assesseurs qui se sont mobilisés pendant la campagne des Européennes. Vous savez l'élection, à la Mairie de Paris, c'est une élection en plusieurs temps, d'abord il y a une élection…

GUILLAUME DURAND
Il y a le 9 juillet, il faut la désignation…

MARLENE SCHIAPPA
D'abord il y a désignation, mais pour l'élection…

GUILLAUME DURAND
Vous ne doutez pas que le 9 juillet, enfin le 10 juillet au matin, ce sera GRIVEAUX ?

MARLENE SCHIAPPA
C'est la CNI qui décide…

GUILLAUME DURAND
Mais je parle de vous, moi.

MARLENE SCHIAPPA
Donc moi je ne vais pas décider à la place de la CNI. Moi je souhaite évidemment que ce soit Benjamin GRIVEAUX, je vais vous expliquer pourquoi. L'élection du Maire de Paris c'est une élection en deux temps, vous avez d'abord des élections de maires d'arrondissement, et de listes, et de conseillers d'arrondissement, et ensuite les élus élisent le Maire de Paris, et je crois que pour être élu Maire de Paris au final il faut avoir mené un travail de longue date pour rassembler le plus largement possible, et Benjamin GRIVEAUX, de longue date, a mené ce travail de rassemblement, ce travail de construire un projet, sérieusement, avec des experts, thème par thème, et de travailler à ce projet, donc je pense qu'il est le plus prêt…

GUILLAUME DURAND
Alors pourquoi y a-t-il une sorte de scepticisme qui règne dans les journaux ?

MARLENE SCHIAPPA
Je n'ai pas du tout l'impression qu'il y ait un scepticisme…

GUILLAUME DURAND
Parce que…

MARLENE SCHIAPPA
Je lis les journaux ; il y a une commission d'investiture, je trouve ça plutôt sain qu'il y ait plusieurs candidats, c'est plutôt bien qu'il y ait Mounir MAHJOUBI, Antonio DUARTE, LEBRETON, d'autres.

GUILLAUME DURAND
Mais qui demandent tous un prolongement jusqu'en septembre.

MARLENE SCHIAPPA
Oui, mais ça ce n'est pas possible, si vous voulez, à partir du moment où on appartient à un mouvement politique, on respecte les règles. Moi je crois que le respect des règles c'est un enjeu fondamental de notre époque, il y a des règles, il y a une commission d'investiture, il y a un calendrier qui a été décidé et voté, il faut s'en remettre à cela, et peut-être, demander un report, c'est peut-être aussi un signe qu'on n'est pas tout à fait aussi prêt que, par exemple Benjamin GRIVEAUX, qui lui est prêt dès maintenant à commencer sa campagne.

GUILLAUME DURAND
Question concernant Madame HIDALGO. Alors là, effectivement, c'est une sorte de féminisme à l'envers, au fond la candidature de La République en marche c'est quand même une manière de demander à Madame HIDALGO d'arrêter son mandat, de maire. En matière de circulation c'est vrai qu'actuellement à Paris c'est les protestations qui se multiplient, il n'y a pas eu d'étude d'impact concernant la fermeture de la voie sur berge, pas eu d'étude d'impact concernant la pollution, et en même temps elle résiste, ce qui d'ailleurs est tout à son honneur. Mais est-ce que vous croyez que La République en marche est en mesure de battre Anne HIDALGO à Paris, car si le président de la République, qui a quand même remporté 16 arrondissements sur 20, ne gagne pas la Mairie de Paris, ça paraîtra quand même curieux ?

MARLENE SCHIAPPA
D'abord moi je suis toujours attachée à faire en sorte qu'en politique on soit toujours sur des débats d'idées et jamais sur des débats de personnes, et Anne HIDALGO, comme beaucoup de femmes politiques, a été très attaquée de façon extrêmement misogyne, et je ne souhaite pas l'attaquer, elle, ad hominem. Néanmoins…

GUILLAUME DURAND
Enfin, GRIVEAUX a dit que c'était une gestion clanique de la capitale !

MARLENE SCHIAPPA
Mais il ne s'agit pas d'attaque ad hominem, il s'agit d'attaque du projet. Ce qu'on observe c'est qu'il y a effectivement beaucoup de demandes, à Paris, d'avoir davantage de lisibilité dans ce qui se passe et d'avoir davantage de travail coordonné avec les mairies d'arrondissement. Je vous donne un exemple sur une question qui m'intéresse…

GUILLAUME DURAND
Et j'aurai une dernière question.

MARLENE SCHIAPPA
Bien sûr ; sur une question qui m'intéresse, que j'ai portée quand j'étais présidente du réseau Maman travaille, la transparence dans l'attribution des places en crèche. Actuellement, à Paris, chaque maire d'arrondissement a ses propres barèmes, ce qui est de sa prérogative, néanmoins il n'y a pas de coordination, à cet égard, au niveau de la Mairie de Paris, de l'Hôtel de Ville, et c'est déplorable, et c'est le fait d'une politique qui est menée avec seulement une partie des maires d'arrondissement, en excluant les autres, pour des raisons partisanes, et ça je crois que ce n'est plus acceptable à notre époque.

GUILLAUME DURAND
Il est 8h27 sur l'antenne de Radio Classique, nous mettons un terme à cet entretien, mais vous avez le choix entre deux musiciens puisque nous sommes sur notre antenne et que nous sommes dédiés à la musique, il s'agit donc de Jim MORRISON des DOORS, je vais vous expliquer pourquoi, ou de Michel POLNAREFF, qui a 75 ans je crois, aujourd'hui, ce cher Michel POLNAREFF. Vous êtes plutôt POLNAREFF ou DOORS vous ?

MARLENE SCHIAPPA
Je vais choisir POLNAREFF, ça nous fera une chanson française.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 11 juillet 2019