Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse à France Culture le 8 avril 2019, sur le projet de loi pour une école de la confiance.

Texte intégral

GUILLAUME ERNER
Un projet de loi pour une école de la confiance qui suscite beaucoup de défiance. Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

GUILLAUME ERNER
Vous êtes Ministre de l'Education nationale. Merci d'être dans ce studio. Tout d'abord une question : pourquoi ce projet de loi suscite-t-il autant de défiance ? Je dois dire que c'est l'une des première fois que ça m'arrive, j'ai reçu énormément de mails de professeurs inquiets, mécontents sur mon mail de Radio France. Comment expliquez-vous ce phénomène ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que nous sommes dans une société de défiance et c'est pour cela que j'ai parlé d'école de la confiance. Je pense que notre société française est caractérisée par toute une série de défiance. On ne se fait pas suffisamment confiance et c'est un signe des difficultés dans lesquelles nous sommes. Et si j'ai parlé d'école de la confiance depuis le début, c'est précisément parce que je pense que nous avons besoin d'une matrice de confiance qui passe par l'école. Alors maintenant, le projet de loi est lui-même entré dans le type de critiques et de querelles qu'il y a très souvent quand il y a une loi. Je ne voudrais pas qu'on perde l'importance de ce mot « confiance » parce que…

GUILLAUME ERNER
Justement si vous deviez résumer sa philosophie, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La philosophie, c'est la philosophie générale de ce que je fais depuis le début. C'est-à-dire, premièrement, un : assurer la justice sociale ; deux : élever le niveau général. Dans un ordre ou dans l'autre, l'un va avec l'autre. Quand on divise les classes de CP ou de CE1 par deux ans en REP et REP+, on fait de la justice sociale bien évidemment, et ce faisant, on élève le niveau général. Aujourd'hui on a plus de 20 % des élèves qui sortent de l'école primaire sans bien maîtriser les savoirs fondamentaux. Le coeur de ma politique, c'est la priorité à l'école primaire et faire en sorte que 100 % des élèves sortent avec ces savoirs consolidés. Ça suppose toute une série d'évolutions qui peuvent avoir lieu sans la loi. C'est ce que j'ai fait depuis presque deux ans maintenant, la mesure que je viens de citer. Mais d'autres comme par exemple « devoir faits au collège » qui est aussi une mesure de justice sociale au service de l'élévation du niveau général. Et puis la réforme du lycée bien entendu, qui elle aussi ne nécessitait pas de passer par la loi et qui, elle, contribue à personnaliser les parcours et à donner sa chance à chacun, notamment en faisant qu'en préparant le baccalauréat on prépare ce qui fait réussir après le baccalauréat. Maintenant le système éducatif est fait de telle façon qu'il y a des sujets qui relèvent de la loi et d'autres qui ne relèvent pas de la loi. Donc au bout de deux ans, ce qui arrive c'est qu'il y a certains sujets qui devaient nécessairement passer par la loi. C'est le cas notamment de l'instruction obligatoire à trois ans qui est aussi une mesure de justice sociale profondément. Ça ramène 25 000 enfants à l'école maternelle qui n'y allaient pas. C'est la question de la formation des professeurs qui doit franchir encore un cran en qualité ; c'est ce que nous voulons. Et, si vous voulez, chacune des mesures de la loi est d'abord et avant tout sociale. C'est cela qui est un petit peu étrange dans la situation, c'est que…

GUILLAUME ERNER
Pourtant, c'est une loi qui n'est pas du tout perçue comme sociale. Elle est considérée comme étant de droite, ce qui est tout à fait légitime…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, elle ne l'est pas.

GUILLAUME ERNER
Mais pourquoi ne pas l'assumer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est une loi profondément sociale et j'affirmerai que c'est une des lois les plus sociales sur l'éducation depuis au moins une vingtaine d'années.

GUILLAUME ERNER
Bon, alors prenons un exemple Jean-Michel BLANQUER, Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

GUILLAUME ERNER
L'éducation avant trois ans par exemple.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, à trois ans.

GUILLAUME ERNER
Oui. Mais lorsque l'on scolarise de jeunes enfants dont certains ne sont pas encore propres, eh bien là il y a un problème par exemple pour la cohésion de l'équipe enseignante et donc pour tous les enfants. Ceux-ci étaient des enseignants et ils vont aussi devoir assumer le travail, par exemple, de ceux qui aujourd'hui sont dans des crèches. Est-ce que là il ne s'agit pas d'une régression que de transformer des écoles en crèches ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas du tout. D'abord sur ce sujet, c'est instruction obligatoire à trois ans. Ça signifie que de trois à six ans, des enfants qui jusqu'à présent n'allaient pas à la maternelle vont y venir. Ça signifie ça et rien de plus. Après il y a une série de conséquences. Par exemple, nous allons faire la visite obligatoire médicale à trois et quatre ans et nous allons tendre vers 100 % pour tous les enfants, alors qu'aujourd'hui c'est 40 % pour les enfants de six ans. Donc si vous voulez, typiquement le repérage des difficultés de santé des enfants, l'ouïe, tout ça…

GUILLAUME ERNER
Vous n'avez pas répondu à ma question, Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non j'y viens. J'y viens parce que le coeur de la loi, c'est ce que je viens de vous répondre. Ce que vous avez dit, c'est autre chose. C'est l'ouverture à des enfants de moins de trois ans, nous ne faisons rien de particulier au sujet de la loi. D'ailleurs certains parfois disent qu'on veut en finir avec la scolarisation avant trois ans et nous le reprochent. Et là ce que vous venez de dire, c'était le reproche presque inverse. En réalité sur ce sujet-là, on ne fait rien de particulier si ce n'est de continuer les pratiques qui existent déjà. C'est-à-dire que pour un petit pourcentage d'enfants, ils viennent à l'école avant trois ans et c'est en général entre les parents et la direction de l'école que ça se joue. Et c'est vrai que ça peut être une mesure, quand c'est bien fait, de justice sociale dans la mesure aussi où avec la commune, il y a une coopération pour qu'il y ait des personnels spécialisés pour aider les enseignants dans cela. C'est ce qu'on appelle la très petite section. Mais sur ce point de la très petite section à deux ans, la loi ne change strictement rien. Ce qui change c'est, encore une fois, c'est de ramener 25 000 enfants à l'école maternelle.

GUILLAUME ERNER
Les conséquences du dédoublement des classes. Là aussi il y a de nombreuses polémiques au sujet de l'évaluation. Semble-t-il, les effets qui sont aujourd'hui observables, parce que ç'a vraiment été une mesure-phare, mesure-phare pour votre ministère et aussi pour le gouvernement, or on s'aperçoit que finalement les résultats sont en demi-teinte. Etait-ce véritablement une bonne mesure ? Est-ce qu'elle a été préparée avec suffisamment d'accompagnement et de formation pour les professeurs qui aujourd'hui sont en poste pour assurer le dédoublement de ces classes, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est une mesure extrêmement importante. Elle touche 180 000 élèves aujourd'hui ; elle en touchera 300 000 à la rentrée prochaine. Elle a été faite sur des bases scientifiques parce qu'il y avait auparavant une série d'expérimentations à plus petite échelle qui nous montrait que ça pouvait être efficace. C'est une mesure qui a nécessité des moyens ; évidemment, nous les avons mis. C'est une mesure qui donne évidemment ses fruits sur la durée. Donc la première évaluation que nous avons faite, elle est très intéressante. Parce qu'on peut considérer qu'elle est en demi-teinte en moyenne au sens où on n'a pas amené encore tous les élèves à progresser, mais on a évidemment… Quand on compare des élèves qui bénéficient du dispositif à des élèves qui n'en bénéficient pas, on voit qu'on a réussi à réduire l'écart entre les zones défavorisées et les zones favorisées.

GUILLAUME ERNER
J'ai noté une augmentation des résultats de 9 à 12 % pour une augmentation des effectifs à peu près comparable. C'est bien mais ça veut dire que c'est…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais attendez. Si je finis le raisonnement, ce que vous dites est vrai mais les deux choses qu'il faut dire immédiatement après c'est, premièrement, ceci est une moyenne. Quand on regarde ensuite là où il y a eu des changements pédagogiques profonds, alors les résultats sont spectaculaires, et donc ça nous montre bien la voie à suivre. C'est-à-dire qu'évidemment cette mesure n'est pas suffisante en elle-même, elle suppose un accompagnement pédagogique. Il y a des évolutions des pratiques, c'est précisément ce que nous faisons. Mais ça, ça ne se fait pas en un an, ça se fait sur plusieurs années. Et en plus on a des locomotives, si je puis dire, parce qu'on a des classes qui en effet progressent spectaculairement aujourd'hui. Et donc nous ce que nous voulons, c'est une contagion positive des bonnes pratiques. C'est pourquoi… On voit d'ailleurs que cette mesure est une mesure locomotive qui entraîne le système non seulement quantitativement mais qualitativement.

GUILLAUME ERNER
Monsieur le Ministre, les familles sont bien souvent perdues face au système scolaire. Vous avez décidé une réforme ambitieuse du baccalauréat et, dans cette réforme ambitieuse du baccalauréat, il y a une disparition des mathématiques du tronc commun. Or là, l'inquiétude des familles et des enseignants et finalement l'idée selon laquelle on continuerait à sélectionner sur les mathématiques, mais cela serait fait de manière beaucoup plus perfide, sournoise, largement moins assumée qu'auparavant.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bah, c'est absurde si vous voulez. On sort justement de ce système-là. Ça fait des années, des dizaines d'années même, qu'on entend qu'il faut en finir avec la hiérarchisation artificielle qu'il y a entre S, ES et S… Et L, pardon. Et l'année où on le fait, on entend ce type de critiques. Les mathématiques ne sont pas du tout défavorisées par la réforme. On les trouve aux trois étages du système. En petites doses dans le tronc commun, c'est-à-dire pour tous les élèves au travers de l'enseignement qui s'appelle enseignement scientifique. En doses importantes dans l'enseignement de spécialité, six heures, enfin quatre heures en 1ère, six heures en Terminale. Et puis après dans les options, c'est la seule matière que vous avez deux fois sous le titre maths complémentaires 3 heures ou maths expertes 3 heures. Ce qui fait qu'un élève peut se retrouver avec un peu de maths ou trois heures de maths ou six heures de maths ou neuf heures de maths. Donc ça fait des parcours beaucoup plus personnalisés.

GUILLAUME ERNER
Je vous lis justement une lettre que j'ai reçue d'un professeur de mathématiques : « Non, il n'y a pas de mathématiques dans l'enseignement scientifique de deux heures prévues dans le tronc commun. Il s'agit simplement d'application de formules et d'études de graphiques au service des sciences de la vie et de la terre. Un élève qui a besoin de faire des maths est donc obligé de prendre en 1ère la spécialité maths. » Si si vous voulez, c'est ça qui fait peur à mon avis aux familles. Je suis aussi père de famille. C'est compliqué d'orienter ses enfants et on a l'impression que, finalement dans cette réforme, il y a des choses moins lisibles qu'auparavant. Que ces maths n'en sont pas vraiment, ce que dit aussi cet enseignant.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ce que dit cet enseignant n'est pas faux mais ce n'est c'est pas différent de ce que je disais précédemment. Il y a un tout petit peu de maths. Je le dis, je l'assume parfaitement, dans l'enseignement scientifique. Mais auparavant quand un étudiant faisait L, il ne faisait pas du tout de mathématiques donc… Et puis vous avez des élèves, c'est vrai, qui, même si on peut le déplorer, ont une forme d'allergie aux maths donc qui sont un peu content en 1ère de ne faire que cette petite dose de maths. Donc le seul message… Enfin le pas le seul mais le premier des messages s'agissant de la réforme du baccalauréat, c'est de dire aux élèves : « Choisissez ce qui vous plaît. Prenez les trois matières qui vous font envie. » Pour la première fois, on est dans cette logique-là au lieu d'être dans des logiques de code, dans des logiques non authentiques, et quand on le fait on trouve toujours des critiques de tous les côtés pour dire que c'est une régression. Moi, je vous fiche mon billet que si la situation du lycée était celle que nous aurons dans deux ou trois ans et que le projet consistait à revenir en arrière pour faire S, ES, L, mais alors là vous auriez de vraies protestations. Parce que les élèves de 2nde d'aujourd'hui, ils voient parfaitement les nouvelles libertés que nous avons créées. Et moi je vois souvent des élèves de 1ère ou de Terminale qui me disent que leur seul regret, c'est de ne pas avoir vécu ça quand ils étaient élèves de 2nde. On crée une liberté mais magnifique pour les élèves de 2nde aujourd'hui. Donc on peut toujours voir X problèmes, je ne dis pas que des problèmes il n'y en a pas, mais…

GUILLAUME ERNER
Je suis désolé, mais je vais évoquer principalement des problèmes en votre compagnie, Monsieur le Ministre. Alors toujours parmi les inquiétudes suscitées par votre réforme, il y a les inquiétudes des lycées de zones rurales. Et là par exemple, on explique que ces lycées viennent d'avoir la possibilité d'ouvrir un certain nombre de spécialités. Alors là j'ai sous les yeux, par exemple, un lycée qui a la possibilité d'ouvrir douze spécialités ; il y en a plus d'une cinquantaine en tout. Et ce lycée dit qu'ils sont extrêmement surpris parce que ce choix semble assez arbitraire, il est parachuté, et ils se demandent ce que vont pouvoir faire les élèves qui ne prendraient pas ces douze spécialités, Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais en général, un lycée a autour de sept spécialités, plus il peut s'en rajouter une, deux, jusqu'à douze. Mais le nombre de spécialités ne dit pas forcément tout sur un lycée. Si vous prenez Henri IV à Paris, je crois qu'ils sont en dessous de sept.

GUILLAUME ERNER
Mais Henri IV est proche d'autres lycées. Ça n'est pas un lycée de zone rurale.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais c'est vrai que d'être en zone urbaine a été jusqu'à aujourd'hui un avantage et continue à l'être pour toute une série de raisons. On ne peut pas tout compenser. En revanche ce qui est exact, c'est que d'abord les lycées ruraux souvent ont été dans des situations difficiles dans le passé, et personne ne s'en émouvait d'ailleurs parce que vous aviez par exemple beaucoup qui n'avaient que S et ES et pas L. Vous aviez donc beaucoup d'incomplétude. Nous avons, au contraire, cherché à compenser ces problèmes-là au travers de la réforme. Donc non seulement on n'a pas accentué les inégalités mais on les a, au contraire, compensées avec une attention particulière aux lycées ruraux et aux lycées des quartiers périphériques.

GUILLAUME ERNER
Alors là aussi, le fait de donner plus de poids au contrôle continu, j'entends bien que cela peut faire partie du choix des familles. Mais là, du coup, on se retrouve avec un bac qui va être profondément lié au lycée finalement qui l'a accordé. Est-ce que ça ne va pas créer de profondes disparités entre des lycées qui vont être perçus comme réputés et d'autres qui seront des lycées perçus comme moins bons ou moins, comment dirais-je, prestigieux ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De nouveau, la situation que vous décrivez c'est plutôt celle dont nous cherchons à sortir. Elle existe déjà en partie. Quand les élèves postulent pour l'enseignement supérieur, il y a déjà un risque d'inégalité du fait du lycée où ils se trouvent. Nous voulons, au contraire, compenser cela. Le message sur le contrôle continu, c'est de redonner au contraire de la force au baccalauréat en disant : ce qui compte, ce n'est pas tant l'effort qu'on a fourni sur une semaine au mois de juin de l'année de Terminale, avec d'ailleurs parfois beaucoup… enfin, un faible investissement des élèves sur le sujet ou en tout cas du bachotage. Nous voulons, au contraire, un effort en continu en 1ère et en Terminale. Les professeurs comprennent très bien cela parce que c'est leur intérêt parce qu'ils savent que c'est aussi l'intérêt des élèves que de faire un effort en continu. Nous avons bien sûr la discussion sur l'inégalité de notation qui pourrait en résulter. Nous l'avons eue au moment de l'élaboration de la réforme. C'est pourquoi ce contrôle continu est objectivé avec des copies anonymes, des correcteurs qui ne sont pas les professeurs, une banque nationale de sujets, et d'une certaine façon, les lycées sont habitués à faire des bacs blancs aujourd'hui. C'est cette habitude-là, cette coutume-là qui va nous permettre de formuler des notes, enfin de faire qu'il y ait des notes sur deux années plutôt que de l'avoir sur une semaine.

GUILLAUME ERNER
Toujours parmi les raisons qui ont suscité beaucoup de défiance, alors là du côté des enseignants, il y a par exemple le fameux article 1er de votre projet de loi où il était question d'une exemplarité dans l'exercice de leurs fonctions des enseignants, et là on voit mal aujourd'hui ce qui relève d'une non-exemplarité des enseignants, Jean-Michel BLANQUER. Monsieur le Ministre, que voulez-vous corriger au travers de cette formule ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors là, on est typiquement dans ce qui était au début de notre discussion. C'est-à-dire que sur un article qui veut être un article de confiance, on met des interprétations de défiance et, bon, il faut en tenir compte. C'est d'ailleurs pour ça que j'ai modifié l'article au moment de la discussion devant l'Assemblée nationale en faisant référence…

GUILLAUME ERNER
Alors je dis « la suppression » parce que le problème, c'est que votre projet de loi est évidemment très technique, donc là on a du mal…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais il y a des messages qui sont très… Qui ne sont pas techniques du tout, qui sont vraiment de politique générale. L'article 1 est un article justement sur la confiance mais, encore une fois, qui atterrit dans une société où aujourd'hui on veut à tout prix interpréter chaque chose en son inverse. D'ailleurs c'est intéressant dans cet article 1 de noter qu'il a deux phrases et qu'on ne parle toujours que de la première phrase. La première phrase n'a pratiquement pas de portée juridique et pour garantir cela un petit peu à tout le monde, on a fait…

GUILLAUME ERNER
Vous voulez évoquer la cohésion de la communauté éducative autour de la transmission de connaissances et de valeurs partagées. Donc j'imagine que là, il est notamment question de la laïcité. C'est ça que vous avez derrière la tête.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a ça mais il y a aussi tout simplement le respect des professeurs. La deuxième phrase, elle, a une portée juridique plus importante que la première.

GUILLAUME ERNER
Je vais citer, pardonnez-moi Monsieur le Ministre : « Cela signifie pour les personnels une exemplarité dans l'exercice de leurs fonctions et, pour les familles, le respect de l'institution scolaire dans ses principes comme dans son fonctionnement. »

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce respect de l'institution scolaire, et vous n'avez pas lu l'article en entier, mais c'est le fait que tout simplement si on doit le faire en traduction simple, ce qui est demandé c'est qu'il y ait un respect de la part des élèves et des parents d'élèves vis-à-vis des professeurs. Ce respect, nous savons que malheureusement parfois l'actualité nous montre qu'il n'a pas lieu. Donc cet article, c'est profondément un message de confiance aux professeurs. A la fois par le côté dignité, c'est-à-dire c'est l'exemplarité de l'institution, l'exemplarité des professeurs. Ça n'a rien d'insultant. Vous savez, je suis un professeur et j'étais à ce titre un fonctionnaire. Je sais parfaitement que j'ai des droits et des devoirs. Et l'exemplarité non seulement ne me gêne pas mais me donne de la dignité et donc je n'ai aucun problème avec ça. En second lieu, il est très important qu'on redonne de la force à la notion de respect du professeur par les élèves et par les parents d'élèves et c'est ce que fait cet article de loi.

GUILLAUME ERNER
Pourquoi ne pas avoir supprimé ce mot qui fait tant débat, « exemplarité » ? Puisqu'il est mal compris aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quand il a inquiété, il a inquiété parce qu'on a dit qu'on voulait museler les professeurs. Qu'on voulait empêcher le droit d'expression. Pour rassurer, j'ai fait référence à la loi de 83 qui est vue comme une garantie par beaucoup quant aux droits et devoirs d'expression des professeurs et donc elle est explicitement dans cet article. On fait référence à la loi de 83, ce qui signifie très clairement juridiquement qu'il n'y a pas de changement. La liberté d'expression des professeurs sera exactement la même après et avant la loi. Ce n'est pas le sujet de la liberté d'expression qui est concerné par cet article.

GUILLAUME ERNER
Monsieur le Ministre, également tout le monde est d'accord pour dire qu'une école qui fonctionne bien, ce sont des professeurs heureux et valorisés. Les familles comme les enseignants le pensent. Or on ne voit pas de revalorisation des traitements des enseignants. Je parle de revalorisation significative. Comment expliquer cette absence pour le coup ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que ça ne relève pas du tout de cette loi. Par contre que nous y travaillons beaucoup, ça c'est certain. Et d'ailleurs, il y a déjà des premiers pas qui ont été faits, je l'ai dit à plusieurs reprises, notamment pour les jeunes professeurs pour l'entrée dans la carrière mais même pour les autres. L'élément de base, si vous voulez, c'est qu'un professeur des écoles débutant touchera mille euros de plus à la fin du quinquennat par an qu'en début de quinquennat. A ceci s'ajoutent des mesures catégorielles. Par exemple le fait qu'en REP+, nous sommes en train de créer progressivement une prime qui est déjà de mille euros depuis la rentrée dernière pour tous les personnels de REP+. C'est 50 000 personnes. Et nous y ajoutons mille euros à la rentrée prochaine. Donc si vous travaillez en REP+, c'est deux mille euros par an ; c'est une somme assez conséquente. Nous augmentons aussi le nombre d'heures supplémentaires dans le second degré.

GUILLAUME ERNER
Alors c'est ça qui pose problème. Beaucoup de professeurs se plaignent de devoir faire des heures supplémentaires pour être mieux rémunérés. Des heures supplémentaires qui vont être imposées dans le minimum de deux heures par enseignant.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Ç'a toujours été vrai que les heures supplémentaires vous permettaient d'être mieux rémunéré. Et puis on entend ceux que ça gêne mais il y en a aussi beaucoup que ça ne gêne pas du tout et qui, au contraire, voient bien que c'est un élément permettant d'améliorer sa rémunération. D'autant plus que maintenant, depuis que le président de la République l'a annoncé, elles sont défiscalisées. Donc c'est une vraie rémunération supplémentaire pour les professeurs. Et c'est vrai que dans certains cas, mais ce sera dans les cas où c'est nécessaire, le chef d'établissement peut imposer deux heures. C'était une heure auparavant. C'est certes quelque chose qui peut gêner quelques-uns, mais je pense que dans beaucoup de cas, ça va au contraire tout simplement permettre d'avoir une meilleure rémunération.

GUILLAUME ERNER
Monsieur le Ministre, Jean-Michel BLANQUER, Ministre de l'Education nationale, on se retrouve dans quelques instants. J'ai invité une sociologue de l'éducation, Séverine CHAUVEL, qui évoquera avec vous les principes de cette réforme et avec qui on tentera de faire des comparaisons internationales, pour voir si véritablement l'école française va particulièrement mal et si les mesures que vous proposez sont en phase avec ce qui se fait dans d'autres pays.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 16 avril 2019