Interview de M. Cédric O, secrétaire d'État au numérique, à CNews le 24 octobre 2019, sur Google, l'intelligence artificielle, Amazon, la reconnaissance faciale et l'économie numérique.

Texte intégral

ROMAIN DESARBRES
Les taxes GAFA, la superpuissance de GOOGLE, la reconnaissance faciale, on en parle avec Cédric O, secrétaire d'Etat au Numérique, invité de Jean-Pierre ELKABBACH. C'est tout de suite.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si nous parlions vraiment d'avenir ? Ce jour, 24 octobre, doit être un jour de combat et de liberté. Pour nous deux c'est une première, mais je vous souhaite la bienvenue, Cédric O. Bonjour.

CEDRIC O
Bonjour.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Tout cela vous concerne, Romain vient de le dire. GOOGLE va-t-il imposer sa loi ? La directive européenne sur les droits voisins, ratifiée à l'unanimité par les parlements européens et le parlement français, devrait permettre à la presse française d'être rémunérée pour ses contenus passant par GOOGLE. Elle en dépend, on peut dire peut-être hélas, fortement. GOOGLE refuse de payer et même de négocier. Est-ce que l'Etat laisse faire ?

CEDRIC O
Ce que je pense, c'est que ce vient de faire GOOGLE c'est une grave erreur. Je vais même dire c'est probablement une faute. C'est une faute parce que ce n'est pas aux grandes entreprises, aussi grandes soient-elles d'ailleurs, de décider ce qui est la loi et ce qui est l'esprit de la loi. Ça, c'est l'Etat, la puissance publique, l'Union européenne en l'occurrence, qui le fixe. L'Union européenne, elle a dit qu'il fallait mieux partager la valeur entre les créateurs de contenus, les médias et GOOGLE. Et donc ce dont se rend coupable GOOGLE en l'espèce, c'est un abus de position dominante. Donc il faut qu'ils soient sanctionnés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par qui ?

CEDRIC O
Et si la loi doit être améliorée, il faut qu'ils soient sanctionnés.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Par les Européens ?

CEDRIC O
Par l'Autorité de la concurrence en France, par les Européens. Et puis, ce n'est pas très malin me semble-t-il, à l'heure où il y a des questions sur le démantèlement, où il y a cinquante procureurs américains qui se posent la question de la taille de GOOGLE, où il y a une enquête de la FTC aux Etats-Unis, d'agiter comme ça un chiffon rouge sous le nez des Etats et des régulateurs et d'être assez irrespectueux de l'esprit de la puissance publique et d'Etats qui sont démocratiquement élus.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Ils ont l'impression qu'ils peuvent faire ce qu'ils veulent. Parce qu'ils représentent cent vingt-cinq milliards d'euros de chiffre d'affaires par an, ils pensent qu'ils s'enrichissent avec nous et qu'ils peuvent narguer les Etats et les créateurs.

CEDRIC O
Mais une entreprise, aussi grande soit-elle, ne peut pas faire la loi à la place d'un Etat démocratiquement élu. Donc il faut que les procédures judiciaires aillent à leur terme et ce que je peux vous dire, c'est que nous ne les lâcherons pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est-à-dire ? Comment vous ferez ?

CEDRIC O
C'est-à-dire qu'on ira au bout du bout. S'il faut améliorer la loi, on l'améliorera. En tout cas, la loi décidée par des gouvernements qui sont démocratiquement élus doit s'imposer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et on peut ajouter que les GAFA, au moins sept cents milliards de dollars de chiffre d'affaires chaque année, se nourrissent des milliards de données qui sont saisies chaque jour. On peut se demander jusqu'à quand cette domination. On a l'impression que cette fois, les David sont les Etats face aux GAFA Goliath.

CEDRIC O
Je pense que les Etats mettent toujours un peu de temps à s'adapter. Nous, on a fait des propositions très fortes dans le cadre de la nouvelle commission - on pourra en parler d'ailleurs - pour qu'il y ait une régulation spécifique sur ces acteurs. Il y a des questions qui vont encore plus loin mais je pense que la question que pose GOOGLE là, c'est typiquement un abus de position dominante et ça vient justifier l'ensemble des efforts et des réflexions des Etats pour améliorer la régulation.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Je note que vous avez dit : « On ne laissera pas faire » au niveau européen.

CEDRIC O
On ne laissera pas faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
D'ailleurs Thierry BRETON, que le président Emmanuel MACRON vient de proposer comme Commissaire européen avec un gros portefeuille qui sera dirigé, saura, à n'en pas douter, défendre les intérêts de tous qui se battent dans leur domaine pour un avenir national européen et indépendant. Et nous connaissons depuis longtemps Thierry BRETON, on peut dire que c'est un choix stratégique de première importance, qu'il est inattaquable, incontestable, et que dans ces domaines se sera le plus innovateur, le plus créatif et peut-être le meilleur. Je ne sais pas ce que vous en pensez.

CEDRIC O
Je pense que c'est une excellente nouvelle. Une excellente nouvelle à la fois pour notre pays, la France, et puis pour l'Europe. C'est quelqu'un qui connaît l'Etat, qui a le sens de l'Etat, qui a été ministre, qui a été patron d'une très grande entreprise dans le numérique et la défense, et donc il connaît déjà bien tous ces sujets. Je me réjouis de travailler bientôt avec Thierry BRETON.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A partir de lundi et pendant trois jours, la France va accueillir – vous, le président de la République - les plus grands spécialistes mondiaux de l'intelligence artificielle. Ils vont échanger, ils vont progresser sans doute sur la connaissance et les effets de l'intelligence artificielle. Mais qu'est-ce que vous avez voulu faire ? Vous réunissez à Paris des créateurs d'emplois ou des tueurs d'emplois ?

CEDRIC O
On réunit à Paris les plus grands spécialistes mondiaux de l'intelligence artificielle. On peut parler de Noriko ARAÏ, de Joëlle PINEAU, de Stuart RUSSEL, enfin des sommités mondiales, à l'invitation du président MACRON pour parler de deux choses. D'abord des opportunités de l'intelligence artificielle. Ça va améliorer la santé, ça va améliorer la détection du cancer, ça va permettre d'aller vers la voiture autonome, ça permet d'améliorer la cybersécurité, ça va permettre d'améliorer les réseaux de l'énergie. Ça va avoir des conséquences extraordinaires dans toute l'économie et la vie des Européens.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et ça va tuer en même temps.

CEDRIC O
Ça va améliorer la vie des Européens. Et puis ça pose des questions. Ça pose question de biais. Par exemple si demain une entreprise utilise un algorithme d'intelligence artificielle pour trier les CV pour recruter, comment on vérifie que l'algorithme n'a pas un biais raciste, un biais genré, etc etc. Il y a des questions qui se posent sur l'emploi…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a le meilleur et le pire.

CEDRIC O
Il faudra donc bien décider et discuter de quelles sont les opportunités, quelle est la régulation qu'on met en place. Et ça, il faut le faire avec les Français bien sûr, mais avec l'ensemble des spécialistes mondiaux et c'est pour ça qu'on tient cette…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais Cédric O, vous savez que les opinions publiques sont divisées. Elles sont entre l'émerveillement et la peur panique.

CEDRIC O
Mais vous savez, si on prend l'intelligence artificielle où les robots en règle générale, parce que c'est ça qu'il y a derrière, moi je dis souvent : l'Allemagne, c'est six fois plus de robots que la France, c'est le plein emploi.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, mais achetés par les Chinois. L'entreprise a été achetée par les Chinois en Allemagne.

CEDRIC O
Une entreprise allemande mais pas toutes les entreprises allemandes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais la plus importante.

CEDRIC O
Il faut faire en sorte qu'on ne subisse pas, qu'on soit acteur de cette transformation. La France peut être acteur de cette transformation. Je dis souvent : vous regardez les patrons de l'intelligence artificielle dans tous les GAFA, c'est tous des Français. Ça veut dire qu'on a le savoir ici. Donc il faut les garder, il faut qu'ils créent leur entreprise ici et on peut gagner cette bataille.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et par exemple, le patron du laboratoire scientifique et de la recherche de FACEBOOK, c'est qui ? Un Français ?

CEDRIC O
Yann LE CUN. C'est un prix Turing, l'équivalent du prix Nobel en informatique.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Voilà. Et qui était ici au mois d'avril. Regardez ce qu'il disait sur les transports par exemple. Ecoutez Yann LE CUN.

YANN LE CUN, DIRECTEUR DES LABORATOIRES D'INTELLIGENCE ARTIFICIELLE DE FACEBOOK
Certains progrès de l'intelligence artificielle, on va certainement d'ici quelques années ou décennies avoir des voitures autonomes. Ça va complètement transformer l'économie, les gens ne vont probablement pas acheter autant de voitures puisqu'on n'a plus besoin de voiture personnelle si on peut se faire conduire n'importe où. Ça va changer l'organisation et le design des villes ainsi que leur pilotage. Les techniques sont encore très limitées, il y a beaucoup de potentiel dans les techniques qui existent déjà. Et dans les progrès qu'on espère pouvoir faire dans les années futures, ça va pouvoir conduire à des applications qui sont aujourd'hui impossibles.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Contrairement à ce que je viens de lire sur le bandeau, « non, il ne faut pas craindre l'intelligence artificielle qui est la somme d'intelligence humaine. » C'est peut-être ça qu'il faut aussi rappeler. Alors il a dit les transports, vous avez dit la santé. Vous êtes allé un peu vite sur la santé.

CEDRIC O
J'étais hier au CHU de Rennes. Ils utilisent l'intelligence artificielle pour mieux détecter les cancers ou les infections dans les radios du thorax. Et donc c'est bien que ça change la vie, ça change la vie à partir de maintenant. On peut citer d'autres utilisations. Par exemple pour lutter contre la fraude ou la fraude fiscale, c'est extrêmement intéressant. En fait dès que vous avez reconnaissance d'image, reconnaissance de langage ou tri dans des très, très grandes bases de données, l'intelligence artificielle vient apporter énormément d'opportunités.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et à Bercy, on peut dire que Gérald DARMANIN s'est servi déjà des algorithmes pour les six milliards.

CEDRIC O
Pas encore tout à fait. On va commencer à le faire.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça veut dire qu'on va récupérer sur les fraudeurs beaucoup plus que les six milliards.

CEDRIC O
On espère qu'on va aller chercher de plus en plus de fraudeurs, oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Avec les algorithmes. Là donc, vous réunissez des Américains, des Chinois, des Canadiens, des Japonais, les meilleurs. Mais est-ce que vous voulez montrer que les Français sont les créatifs, ils sont bons, qu'ils sont dits une dynamiques, ou en tout cas qu'ils ont du retard ?

CEDRIC O
Je l'ai dit tout à l'heure, les français sont à la pointe de l'intelligence artificielle. Ils dirigent l'intelligence artificielle dans tous les GAFA. Donc ça c'est la première chose.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui, donc à l'extérieur.

CEDRIC O
Mais aussi en France. D'ailleurs on voit depuis la stratégie de l'intelligence artificielle qu'on a lancée l'année dernière qu'il y a un mouvement de retour. Vous avez à Toulouse un des meilleurs chercheurs américains de Stanford qui est venu travailler avec AIRBUS parce que la France est en train de créer l'environnement pour surfer sur la vague de l'IA et puis créer les emplois et la valeur ici.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc où on est dans le coup, ou on dépérit et on meurt à petit feu.

CEDRIC O
Mais c'est toujours l'histoire de la révolution industrielle. Dans la révolution industrielle, il y a des gagnants, il y a des perdants. Il faut qu'on soit parmi les gagnants.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Alors que justement toutes les classes moyennes dans presque tous les pays du monde, on est en train de voir, ont peur de ce qui est en train de se passer. Que ce soit au Chili, que ce soit au Liban, que ce soit en Tunisie, que ce soit en Bolivie. Et en même temps, il faut dire qu'il y a un moyen de s'y préparer. Comment on s'y prépare ? C'est l'éducation, c'est la formation ?

CEDRIC O
C'est la formation, c'est la reformation. Ça, c'est la responsabilité des Etats. Il y a des grandes transformations, on peut les jouer, on doit les jouer. On doit être les leaders de ces transformations mais l'Etat doit accompagner les citoyens, c'est-à-dire former, reformer et préparer les citoyens à cette grande transformation. Et investir dans les technologies de l'avenir.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
De la fiscalité qui permet justement de maintenir les entreprises.

CEDRIC O
Mais c'est vrai de l'intelligence artificielle, c'est vrai de l'ordinateur quantique. Thierry BRETON est un grand spécialiste. Il faut qu'on soit les acteurs de cette révolution industrielle parce que dans l'histoire de l'humanité, ceux qui n'ont pas été acteurs des révolutions industrielles, c'est vrai de la Chine dix-neuvième-vingtième siècle. Du coup pendant un siècle, c'est le tunnel, donc il faut qu'on soit acteur sinon ça va mal se passer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. On voit ce qui se passe même pour les très grandes entreprises américaines qui déclinent.

CEDRIC O
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
AMAZON. AMAZON vient de d'inaugurer un nouvel entrepôt géant à trente kilomètres de Paris d'après ce que j'ai lu, à Brétigny-sur-Orge. En France, c'est le premier des cinquante sites robotisés d'AMAZON dans le monde. J'ai lu que vous étiez présent, que vous étiez apparemment ravi. Est-ce que l'innovation se fait là-bas aussi à notre détriment ?

CEDRIC O
Il y a deux choses. On a des contentieux avec AMAZON. On n'est pas d'accord avec eux sur la fiscalité, on n'est pas d'accord avec eux sur les relations qu'ils ont avec les PME françaises qui vendent sur leur site. Ça, c'est une chose et ça n'enlève rien à ces différends qu'on a parfois rudes avec eux. Maintenant quand AMAZON va à Brétigny - pas à Paris, à Brétigny - créer trois mille emplois, mille CDI, plus de deux mille cinq cents CDI d'ici deux ans, je pense qu'il faut s'en féliciter. Ça montre que l'économie numérique, elle créée de l'emploi. Elle créée de l'emploi partout parce qu'il y en aura bientôt dans toute la France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Est-ce que les droits sociaux sont respectés ?

CEDRIC O
Ils créent de l'emploi partout et dans tous les niveaux de qualification. Et par ailleurs évidemment, mais évidemment Jean-Pierre ELKABBACH, qu'ils respectent le droit, qu'ils respecteront le droit. S'ils ne le font pas, ils seront sanctionnés. Mais je n'ai pas de raison de penser qu'ils ne le font pas.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors les conquérants de Jeff BEZOS s'occupent des territoires qui sont désertés et affaiblis, parce qu'à Brétigny-sur-Orge il y avait un chômage important.

CEDRIC O
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ils s'installent, ils créent disent-ils des emplois. Là, vous m'avez dit combien ils créent ?

CEDRIC O
Ils créent trois mille emplois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais ce sont des CDI ou des CDD ?

CEDRIC O
C'est aujourd'hui en gros mille CDI et deux mille intérimaires et ce sera bientôt plus de deux mille cinq cents CDI.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors là, j'ai vu qu'ils installent des robots de toutes tailles pour des activités multiples, spécifiques. Mais qu'est-ce que font les femmes et les hommes qui sont recrutés ?

CEDRIC O
C'est des vrais métiers qui restent assez manuels. Et d'ailleurs c'est assez intéressant parce qu'AMAZON est une des entreprises les plus robotisées, les plus en pointe dans la robotique, et ce qu'on voit c'est que le robot n'est pas concurrent de l'homme. Et donc ce n'est pas parce que vous faites un entrepôt très robotisé que vous avez moins d'hommes. C'est que ceux qui ont le plus de robots, c'est les plus compétitifs, c'est ceux qui ont le plus d'emplois et c'est un excellent exemple.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui. Et j'ai lu que quand on leur reproche d'avoir installé deux cent mille robots de toutes tailles, qu'est-ce qu'ils répondent ?

CEDRIC O
Ils disent on a créé six cent cinquante mille emplois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et c'est vrai ? C'est vrai ?

CEDRIC O
C'est vrai, totalement. C'est une des plus grandes entreprises du monde. J'ajoute qu'il faut faire en sorte qu'AMAZON puisse s'implanter et puisse avoir des entrepôts. Nous ce qu'on veut faire en sorte, c'est que soit aussi les acteurs français de l'e-commerce – les CDISCOUNT, les MANOMANO - qui puissent grandir et demain venir concurrencer AMAZON.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et j'ai vu que le groupe américain développe ce que les Etats devraient faire massivement, c'est des centres de formation pour leurs propres employés. Et puis que les chercheurs d'AMAZON promettent plus d'objets connectés, plus de véhicules autonomes dont parlait tout à l'heure Yann LE CUN et plus de drones, de drones livreurs à domicile. Est-ce que vous êtes fâché avec Julien DENORMANDIE avec lequel vous êtes ministre membre du même gouvernement ?

CEDRIC O
Non.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi je dis ça ? Parce que lui veut plus de justice et de vitalité sur le territoire. Il veut faire vivre le centre commercial des villes, des villes moyennes. Et vous, vous encouragez le digital, les échanges, l'e-commerce.

CEDRIC O
Non mais ce n'est pas moi qui encourage le digital. Ce sont les Français dont les usages évoluent.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
C'est la faute de Romain DESARBRES ou la mienne.

CEDRIC O
Exactement, c'est la vôtre. Non mais il faut s'adapter au changement d'usage des Français. Ce sont les Français qui commandent sur Internet. Et donc on doit faire en sorte que d'abord ces entrepôts et ces emplois, ils se créent de ce côté-ci de la frontière et pas de l'autre côté, parce que c'est très facile de les mettre de l'autre côté de la frontière. Et puis il faut revitaliser nos centres-villes, donc on travaille avec Julien DENORMANDIE, et c'est très complémentaire. C'est-à-dire il faut que les petits commerces soient revitalisés, que ce soit plus sympathique parce que vous ne remplacerez jamais le contact humain. Vous commanderez toujours des choses sur Internet mais il y a certaines choses - vous allez chez le boucher - il faut que vous puissiez aller chez votre boucher, chez votre boulanger, avoir ce contact humain et ces villes françaises qui font partie de l'identité française. Et donc, c'est pour ça que le gouvernement aide à investir pour revitaliser les centres-villes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il faut réfléchir avec les syndicats pour éviter que ce soit des bombes sociales et que ça nous retombe un jour de manière trop brutale.

CEDRIC O
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et d'après ce que j'ai vu, AMAZON veut créer encore des centres à Metz etc.

CEDRIC O
Ils veulent créer des centres dans toute la France, une dizaine de centres et plusieurs milliers d'emplois.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Alors en peu de temps, la reconnaissance faciale. Elle a pris de l'ampleur et elle exige une réflexion, je suis sûr, de l'Etat et de nous tous. Elle est déjà présente et active. Dans les aéroports, j'ai remarqué aussi dans mon Smartphone, pour ouvrir mon Smartphone.

CEDRIC O
Oui.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
A quoi elle va servir et où elle sert déjà de plus en plus souvent ?

CEDRIC O
Alors d'abord, aujourd'hui elle est interdite sauf cas d'exception. Vous l'avez dit, dans les aéroports, dans votre iPhone etc. Nous ce qu'on veut faire, c'est qu'on veut expérimenter.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais avant ça, quels sont les Etats, les trois ou quatre Etats les plus en pointe ?

CEDRIC O
Les plus en pointe, ce sont les Etats-Unis, Israël et la Chine.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et la Chine, c'est le cauchemar si je puis dire.

CEDRIC O
C'est le cauchemar, on ne veut pas aller là.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Non, parce que la Chine c'est surveiller les citoyens et même s'ils sont sympathiques, on leur met de bonnes notes en fonction de ce que l'on voit et ce que l'on suit.

CEDRIC O
Mais je pense qu'il faut avoir un débat dépassionné. Il y a des usages de la reconnaissance faciale qui peuvent être très utiles notamment pour vous authentifier, tout ce qui nécessite un guichet ou vous vous présentez avec votre carte d'identité et on doit reconnaître que c'est bien vous sur la carte d'identité. La reconnaissance faciale, si elle est bien encadrée, peut le remplacer et pose assez peu de problèmes.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Comment ça se présente alors ?

CEDRIC O
Mais par exemple, vous aller chercher un colis, vous présentez votre carte d'identité, il reconnaît votre photo, il regarde sur la vidéo que c'est bien vous, et puis il vous délivre le colis, il n'y a plus besoin de guichet, il y a plus besoin de ces tâches un peu longues et fastidieuses.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc on va dans un magasin, on peut acheter, on montre son…

CEDRIC O
Oui, et même demain vous pourrez ouvrir un compte en banque…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça existe déjà aux Etats-Unis.

CEDRIC O
... dès lors que vous avez une identité numérique garantie par la reconnaissance faciale. Il y a d'autres utilisations qui posent plus de questions, par exemple détecter un terroriste dans une foule. Ça, on voit tous les avantages, ça pose des problèmes parce qu'il faut scanner tous les visages de la foule pour détecter le terroriste. Et donc, il faut…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui mais c'est utile contre l'insécurité, contre vous dites le terrorisme.

CEDRIC O
Totalement, mais ça pose des questions. Et donc il faut expérimenter pour voir quels sont les problèmes posés, parce que parfois la reconnaissance faciale se trompe, et puis ensuite il faut avoir un débat citoyen, avec les Français, avec l'Etat et les organisations non gouvernementales, pour décider quelles limites on met, quel encadrement on met, quels contre-pouvoirs on met, parce qu'il faut vérifier ce qui peut être fait, y compris par l'Etat, et ça c'est un débat qui doit avoir lieu sur des bases concrètes, parce qu'il ne faut pas qu'on soit que dans le fantasme de la Chine ou de la dystomie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Très bien très bien très bien. Mais il faut reconnaître que ça se développe très vite.

CEDRIC O
Ça se développe très vite, c'est pour ça qu'on veut avancer.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Ça se développe très vite pour tout, pour les achats, pou les sports, pour les loisirs, le cinéma, le théâtre, etc.

CEDRIC O
Absolument. Vous pouvez déjà ouvrir un compte en banque sur certaines banques en ligne, en utilisant la reconnaissance faciale.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et si l'Europe accepte, par exemple telle qu'elle est, la 5G HUAWEI, les centres chinois vont capter à peu près tout ce qu'ils peuvent avoir de données sur nous-mêmes. Les Américains le font déjà, et parfois on ne s'en rend pas compte. Est-ce que c'est acceptable ça aussi d'être à ce point pris, dominé soi-même, qu'une part de soi-même soit dominée par les autres ?

CEDRIC O
Mais c'est une partie des enjeux. La régulation ne réglera pas tout. Si on veut ne pas être dominé par les Américains et les Chinois, il faut que nous-mêmes on ait nos propres acteurs qui puissent se développer et se battre à armes égales. C'est aussi un des enjeux de l'expérimentation, c'est de faire en sorte que…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On n'a pas trop de retard, honnêtement ?

CEDRIC O
Non, c'est encore jouable, dans le Cantique, dans l'intelligence artificielle, dans la reconnaissance faciale, on a des acteurs qui sont des acteurs mondiaux, et des chercheurs qui sont des chercheurs mondiaux. Mais pour ça, il faut leur permettre d'expérimenter, il faut leur créer le cadre en France, pour que les entreprises puissent se développer ici.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais en France, on a des entreprises, d'après ce que j'ai vu, IDEMIA, THALES, il y avait ATOS avec... ou il y a ATOS avec encore Thierry BRETON. Est-ce que vous, vous allez généraliser la reconnaissance faciale, faire des expériences dans les services publics ?

CEDRIC O
Non, il n'est pas question de regénérer la reconnaissance faciale…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Mais vous voulez des expériences.

CEDRIC O
... il est question de faire des expérimentations pour avoir des données très concrètes, qu'on puisse continuer à progresser, voir quels sont les problèmes, voir quels sont les avantages, et ensuite on aura un débat citoyen sur le sujet.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Et quel est votre rôle, vous ?

CEDRIC O
Nous, notre rôle c'est de permettre ces expérimentations, de les encadrer, de vérifier qu'elles sont, qu'on vérifie bien qu'elles se passent dans de bonnes conditions, qui a accès aux données, quels sont les problèmes, quels sont ce qu'on appelle les faux positifs, c'est-à-dire quand je détecte un visage, mais ce n'est pas le bon, et ensuite de faire en sorte qu'on tienne un débat citoyen et que les Français puissent s'exprimer sur le sujet, puisque c'est beaucoup d'opportunités et un certain nombre de risques.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En effet, il faudra des débats, des contrôles juridiques, etc., un encadrement…

CEDRIC O
Mais ça c'est la démocratie.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Oui oui, mais ça va vite parce que la demande sociale se fait…

CEDRIC O
C'est pour ça qu'il faut avoir le débat maintenant, tant que c'est encore apaisé, et pas quand on aura eu un attentat ou quand il y aura des grosses polémiques sur ce que font les Chinois, ce qui est déjà le cas, parce que là on sera vraiment dans le fantasme et pas dans l'étude objective de ce qui se passe.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Hier, à Rennes, selon Marine MULSE (phon) qui est de Cnews, vous avez lancé French Tech 120. C'est quoi ? C'est une manière d'accompagner les meilleures start-up, entreprises, si on en a en France ?

CEDRIC O
C'est exactement ça. Le sens du combat c'est de dire : l'année prochaine, la French Tech, en tout cas les entreprises du numérique françaises créeront entre un emploi sur cinq et un emploi sur quatre en France, c'est-à-dire qu'entre un quart et un cinquième des emplois créés en France, le sont par le numérique. Donc nous, ce qu'on veut faire, c'est les aider, les accélérer…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
On a peur, les syndicats ont peur etc. Est-ce que le solde sera positif ? Vous dites : on va créer, mais combien il y en a qui vont mourir ?

CEDRIC O
Mais, le solde est positif, je vous l'ai dit, les Allemands ils ont six fois plus de robots, ils sont en plein emploi. Donc le sujet c'est d'être acteur et pas passif dans cette révolution. Et donc on veut faire en sorte que nos entreprises du numérique elles soient capables de grandir, elles soient capables de se battre à armes égales avec les Américains et les Chinois, et que demain on ait des GOOGLE et des FACEBOOK qui soient français. Parce que comme ça les emplois ils sont en France, la valeur est en France.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Selon une récente enquête, je ne sais pas si elle est anglaise ou américaine, les smartphones, les tablettes et les vidéos vont doubler d'ici 5 ans, et elles polluent déjà chaque année, c'est vrai ça ?

CEDRIC O
Totalement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Plus que l'industrie automobile, plus que la voiture et trois fois plus que le trafic aérien, c'est-à-dire que nous sommes tous des pollueurs.

CEDRIC O
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
En le sachant ou en faisant semblant de l'ignorer.

CEDRIC O
C'est un énorme sujet, c'est-à-dire effectivement ça pollue plus que l'ensemble du trafic aérien. Donc il y a un gros débat sur les gens qui prennent l'avion, les vidéos c'est un problème, parce qu'il y a deux principales sources de pollution, c'est : les smartphones, en tout cas tous les... parce que vous renouvelez souvent vos smartphones et il y a des terres rares qui sont très polluantes dedans, et par ailleurs les vidéos que vous regardez, et les vidéos c'est Netflix, c'est Youtube, c'est le porno, un quart des vidéos qui sont regardées.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
J'ai vu, un milliard d'heures visionnées par jour que sur Youtube.

CEDRIC O
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Un milliard dans le monde.

CEDRIC O
Il y a des études qui disent que si vous envoyez un e-mail avec une pièce jointe de 1 méga, donc c'est tout petit, c'est comme si vous laissiez allumée une ampoule de 63 watts pendant 25 minutes. Donc ce n'est pas innocent. Donc il y a ce que doivent faire les Etats. Nous on met des règles, pour que par exemple quand il y a des data centers, l'énergie soit récupérée. Dans le XIIIème arrondissement de Paris il y a une piscine qui est chauffée par l'énergie récupérée d'un data center. Mais il y a une nécessité que les Français prennent conscience que dans leur consommation, quand ils regardent des vidéos, quand ils regardent sur Twitter, sur Facebook, des vidéos qui se lancent automatiquement, quand ils regardent des vidéos sur Netflix, eh bien ça pollue, et ça pollue beaucoup.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Pourquoi il est si difficile de parler de ces questions d'avenir ? Pourquoi on rabâche toujours les mêmes problèmes, peut-être internes et qui nous fichent la trouille au lieu de nous attaquer, là par exemple vous, je pense que sous l'autorité ou la demande d'Emmanuel MACRON vous devriez, vous devez incarner ce qui est le numérique, l'intelligence artificielle, tout ce qu'on a vu, les domaines, les robots civils et militaires etc. Ça ne passe pas. Est-ce que c'est parce que vous avez peur de ce qui s'annonce pour nous, ou que vous pensez que les Français pourraient se révolter, s'inquiéter si on leur disait ce que va être l'avenir ?

CEDRIC O
Je pense qu'il y a un tropisme des médias et des Français, à trop voir le côté négatif de la transformation. Or, l'histoire de la France ce n'est pas celle-là, l'histoire de la France c'est qu'au XIXème et au XXème on a été à la pointe de la transformation, on a été à la pointe du rail, on a été à la pointe de l'aéronautique, et ça a construit la prospérité et le modèle social français d'aujourd'hui, et donc c'est ce qu'on doit réussir, on a des atouts exceptionnels, nos ingénieurs, nos chercheurs, nos entrepreneurs, et donc il faut raconter cette histoire et je pense qu'il y a un récit à porter, la grandeur de la France et de l'Europe…

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Il y a du boulot.

CEDRIC O
Faire qu'on peut gagner cette bataille-là, et c'est ça qu'on essaie d'incarner avec le président Emmanuel MACRON et le Premier ministre.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Donc avoir confiance et en même temps apprendre, apprendre, apprendre.

CEDRIC O
Exactement.

JEAN-PIERRE ELKABBACH
Merci d'être venu. On aura peut-être des occasions de reparler de l'avenir ensemble.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 25 octobre 2019