Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur la réforme du lycée, la formation professionnelle et la construction d'un dialogue entre les entreprises et les régions, Paris le 24 juin 2019.

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Circonstance : Colloque spécial « L'emploi des jeunes, aujourd'hui et demain », à l’Institut de France le 24 juin 2019

Texte intégral

Je suis évidemment très heureux d'être parmi vous ce matin, fidèle au poste, comme je le disais à Yvon Gattaz en arrivant, puisque ça fait un certain nombre d'années que j'essaye de répondre présent à chaque fois que vous me sollicitez sur ce sujet, qui fait partie des sujets les plus importants de la société française. Il y en a quelques autres mais celui-ci est à mes yeux l'un des plus importants. Nous avons un scandale français que nous connaissons tous très bien malheureusement et ce scandale français c'est le chômage des jeunes d'un côté, puis des emplois non pourvus d'un autre côté. Nous sommes un des rares pays d'Europe à être dans une situation si accentuée quant à ce phénomène. C'est évidemment un scandale à double titre : c'est un scandale pour chacun des jeunes qui ont ainsi raté des opportunités à cause de notre mauvaise organisation, mais aussi un scandale pour notre pays dans son ensemble qui se retrouve devant des difficultés économiques et des difficultés sociales corrélatives à ce phénomène.

C'est donc une situation tout à fait anormale et, comme toute situation anormale, elle n'a pas vocation à perdurer, même si, bien entendu, les remèdes sont forcément des remèdes à court terme, moyen terme et long terme. Je pense qu'au travers de certaines réformes auxquelles on vient déjà de faire référence, il y a évidemment une piste. Cette piste, nous avons commencé à l'entreprendre. C'est vrai que c'est l'Education nationale qui est concernée en premier lieu. Pas à tous égards parce que tout le monde est concerné. Vous êtes tous concernés et si vous êtes présents à ce Colloque, c'est certainement parce que vous êtes déjà actifs sur ce sujet. Mais l'Education nationale est concernée pour des raisons chronologiques : c'est par l'Education nationale que tout commence, notamment la formation des enfants et des adolescents qui va leur permettre d'être préparés tout simplement à leur vie future.

De ce point de vue, le fait d'avoir comme première priorité l'école primaire, n'est pas sans relation avec nos thèmes d'aujourd'hui. Il est évident que les quatre piliers que j'énonce en permanence, c'est-à-dire Lire, Ecrire, Compter, Respecter autrui, ont une relation avec notre sujet. S'il n'y a pas ce socle-là, il n'y aura pas le reste. Et nous avons évidemment entrepris d'aller très loin pour qu'on n'ait plus ce scandale des 20 % de jeunes qui sortent de l'école primaire sans bien maîtriser les savoirs fondamentaux. En réalité, ce point est à mettre en relation aussi avec le chômage et les difficultés sociales. J'observe d'ailleurs qu'il y a certaines correspondances entre des chiffres qu'on observe dès le début de l'école primaire sur les élèves en difficulté et ceux qu'on observe à la fin de l'école primaire, puis ceux que l'on observe ensuite lors de l'entrée dans la vie active.

On doit donc réussir à être extrêmement actifs en la matière et nous nous sommes fixés, vous le savez, de réduire les inégalités et d'améliorer le niveau général. Ce sont mes deux objectifs très simples. Elever le niveau général du pays et réussir la justice sociale. Et l'un va avec l'autre. Lorsque l'on dédouble les classes de CP et de CE1 dans les territoires en difficulté, correspondant à peu près à 20 % d'une génération – cela va concerner donc 300 000 enfants à la rentrée prochaine, deux fois 150 000 en CP et en CE1 – on fait alors une action évidemment de justice sociale, mais aussi d'élévation du niveau général. Parce que si ces 20 % enfants réussissent à avoir le même niveau que les autres 80 %, en réalité on aura déjà été à la base des solutions des problèmes que nous rencontrons.

Nous devons aussi développer une culture de l'engagement. Lorsque je dis « Respecter autrui », il y a quelque chose que nous avons rajouté après « Lire, écrire, compter », qui a trait aux compétences fondamentales d'une personne, d'un citoyen, d'un professionnel. Je pense notamment à ce que nous valorisons maintenant à l'école primaire, c'est-à-dire l'esprit d'équipe : le fait qu'il vaut mieux gagner à plusieurs que tout seul. Et l'expression « Ecole de la confiance » vient indiquer cela. C'est-à-dire que nous voulons un enfant qui aille à l'école en confiance, en faisant confiance aux autres et en se faisant confiance à lui-même. Nous savons que c'est un point faible de la France et une série de mesures qui ont été prises ces derniers temps vont toutes dans le même sens.

Encore une fois, il y a un impact indirect de beaucoup de mesures que nous prenons sur le sujet que nous traitons aujourd'hui. Lorsque nous faisons la rentrée en musique, nous envoyons un message sur le fait de désinhiber chaque enfant, et nous envoyons aussi un message sur l'harmonie. Lorsque nous instaurons un grand oral solennel à la fin du baccalauréat, nous disons quelque chose sur l'expression orale et la nécessité de savoir s'exprimer, mais aussi de savoir écouter, de savoir argumenter. Lorsque nous valorisons le sport, nous développons évidemment cette culture collective et cette culture de l'engagement qui est essentielle. Donc derrière « Respecter autrui », il y a en réalité un projet de société. Et ce projet de société va de pair avec la préparation de nos enfants à leur réussite future et aux compétences qui sont attendues dans la vie professionnelle comme dans la vie personnelle. C'est un enjeu essentiel et encore une fois, s'il n'y avait qu'une seule chose, ce serait celle-là. Je pense que si nous réussissons sur ce point et je pense que nous allons réussir, alors toute une série de cercles vertueux sera enclenchée et d'une certaine façon le reste dans ce cas va de soi.

J'attache évidemment beaucoup d'importance à plusieurs dispositions de la loi qui est en train d'être votée. Nous avons eu une commission mixte paritaire conclusive. Je crois que, peut-être la première fois de ma vie où j'ai entendu ce mot, ce devait être dans la bouche de Pierre Delvolvé que je salue, puisqu'il a été mon professeur de droit public. Cette commission mixte paritaire a été très intéressante parce qu'elle nous a permis de consacrer un certain nombre de points qui vont dans le sens de ce sur quoi nous allons échanger aujourd'hui. Je pense à la consécration de l'école maternelle : l'instruction obligatoire à 3 ans est un signal que nous envoyons sur ces premières compétences dans la vie, des compétences de coopération en particulier. J'ai eu le plaisir au Sénat de demander aux sénateurs dans un moment – qui était un moment plus académique que politique – combien d'enfants étaient scolarisés au moment de la loi Jules Ferry de 1881. C'est en général un chiffre qu'on n'a pas parce qu'on vit tous dans l'idée qu'il n'y avait pas l'école un jour, et le lendemain il y a eu l'école.

Au moment de la loi de 1881, 91 % des enfants de France, et d'ailleurs Guizot n'y était pas étranger et Victor Duruy non plus évidemment, mais 91 % des enfants de France étaient déjà scolarisés. Et le fait de scolariser 100 % des enfants est extrêmement important : dire que 91 % des enfants étaient déjà scolarisés ça n'est absolument pas minimiser l'importance de la loi Ferry. C'est juste dire que la loi Ferry est importante à deux titres : elle est importante pour les 9 % d'enfants qui n'y allaient pas, ce sont des dizaines de milliers d'enfants qui sont allés à l'école grâce à ça, mais elle est importante tout autant quant au cadre qu'elle fixe d'un seul coup. C'est un message à l'ensemble de la nation : tous les enfants doivent aller à l'école à partir de 6 ans, et l'école est fondamentale si on veut une véritable République. Avec l'instruction obligatoire à 3 ans, on a un message de ce type sur l'importance de l'école maternelle, l'importance des premières années de la vie en réalité. Et c'est aussi le message qui a été celui du Président de la République, lors de ses annonces à la sortie du grand débat, avec en plus d'autres annonces comme la limitation à 24 du nombre d'élèves par classe en grande section, en CP et en CE1 sur tous les territoires de la République, et aussi l'appui aux écoles primaires rurales. Je ne développe pas ces points là, ça nous emmènerait trop loin, mais encore une fois je veux dire à quel point tous ces points sont la matrice du reste.

Le reste est évidemment essentiel aussi, et de ce point de vue-là, un certain nombre de réformes ont été engagées, notamment à l'âge du lycée. Vous le savez, c'est dans l'actualité, d'autant plus que nous sommes à l'issue d'une semaine qui aurait pu être chaude à certains égards. Je me réjouis que le baccalauréat ait eu lieu la semaine dernière et pas la semaine prochaine à plus d'un titre, mais nous sommes à l'issue d'une semaine qui nous a montré à quel point le baccalauréat était un sujet sensible dans notre pays. Elle nous a aussi montré qu'au moment où nous nous apprêtons à rentrer dans une grande réforme du baccalauréat – et je le dis devant Jean-Robert Pitte qui a beaucoup réfléchi, avec qui nous avons beaucoup échangé sur ces questions – au moment où nous nous apprêtons à rentrer dans cette grande transformation, il y a évidemment encore beaucoup de débats. Et c'est pour moi donc un plaisir aujourd'hui d'expliciter un tout petit peu ce qui se qui se joue au travers de cela.

La réforme a plusieurs dimensions : elle concerne le lycée professionnel aussi bien que le lycée général et technologique, et j'ai toujours plaisir à commencer par le lycée professionnel. Je l'avais fait d'ailleurs devant Bernard Arnault il n'y a pas très longtemps, pour expliquer que nous avions une stratégie qui consistait à rendre le lycée professionnel aussi attractif que les deux autres lycées. Ce sont évidemment des objectifs qui ont souvent été affirmés dans le passé. Nous voulons nous donner les moyens d'y arriver réellement. Lors de la préparation de cette réforme, j'ai parlé de « Harvard du pro ». C'est cette idée d'avoir de véritables campus professionnels attractifs où on a envie d'aller à l'issue de la classe de troisième, non pas parce qu'on a eu un mauvais bulletin de notes en troisième mais parce que cela fait envie. Pour avoir des « Harvard du pro », il faut trois conditions, et nous y avons travaillé avec les régions de France. Il faut d'une part avoir des lieux physiques dignes de ce nom, et c'est pourquoi nous y travaillons avec les régions, mais c'est pourquoi les entreprises, et notamment les grandes entreprises, mais aussi les réseaux de PME, sont très concernés par un tel objectif. Nous pouvons avoir demain, et c'est d'ailleurs un petit peu dans les tuyaux des grands campus du luxe par exemple, des baccalauréats professionnels en même temps que des CAP, que des formations du supérieur, que des laboratoires, que des incubateurs d'entreprises, que des centres d'apprentissage, etc. Bref des lieux qui rassemblent plusieurs institutions autour d'un thème qui fait envie et qui sont de vrais lieux ; des lieux où on se sent bien.

J'ai été par exemple il y a quelques temps dans un campus du cuir en Dordogne, qui est très relié à vos activités M. Arnault. Nous avons ainsi à mailler le territoire de lieux qui font envie et qui ne créent pas une césure entre le monde de l'enseignement professionnel et le monde de l'enseignement général. Si nous réussissons cela, nous réussirons quelque chose de très important, parce que nous sommes depuis un certain temps maintenant entrés dans une logique de formation tout au long de la vie, où on ne doit pas dire à un jeune de 16 ans que son destin est tout à fait prédéterminé en fonction de ses résultats scolaires, à un moment donné. Pas plus à 16 ans qu'à 18 ou 20 ans. Nous sommes dans un monde de passerelles, et il va de soi que les parcours professionnels doivent mener à toutes sortes de destins, que ce soit une insertion professionnelle assez immédiate qui très souvent est parfaitement souhaitable, que ce soit un parcours plus long, que ce soit des reconversions tout au long de la vie… Je pourrais multiplier les exemples de destins individuels que je vois tous les jours et qui montrent à quel point on a de très belles réalisations par ce type de parcours.

La réforme de la voie professionnelle c'est aussi l'identification des grandes thématiques d'avenir ; les métiers changent considérablement en ce moment même. Deux grandes révolutions sont les révolutions de nos sociétés et de nos économies en ce moment même et elles ont évidemment un impact sur les métiers. Je pense à la révolution numérique, dont il faut parler d'ailleurs au pluriel, et pour laquelle l'enseignement professionnel est particulièrement adapté pour être innovant aussi bien quant au fond que quant à la forme pédagogique. Et puis je pense à la révolution écologique, avec tous ses enjeux et tous les métiers (par exemple les métiers du bâtiment ou les métiers de l'énergie) qui sont en plein renouvellement et en plein renouveau d'attractivité. Nous participons à la semaine de l'industrie qui a lieu chaque année – pour prendre un exemple – dans laquelle nous nous efforçons de montrer à tous nos élèves et tout particulièrement aux jeunes filles d'ailleurs à quel point l'industrie a changé, et à quel point l'industrie du XXIe siècle est très numérique, très différente dans ses processus de travail, et très attractive, et offrant de très belles carrières alors même que notre pays se remet à créer des emplois industriels et rencontre plutôt des problèmes aujourd'hui pour trouver des jeunes qui veulent travailler que pour créer ces emplois.

La réforme du lycée professionnel envoie ces messages sur la notion de campus et donc de regroupement, aussi d'institutions, sur les thèmes d'avenir et puis enfin sur l'évolution pédagogique. Là non plus je ne vais pas rentrer dans tous les détails de la réforme mais il est très important de signaler qu'elle va vers une personnalisation beaucoup plus forte des parcours. On doit pouvoir faire désormais un CAP en un an, deux ans ou en trois ans selon son profil ; on rencontre de plus en plus de gens qui ont un master et qui vont ensuite faire un CAP. C'est une des illustrations de cette formation tout au long de la vie qui fonctionne dans tous les sens. Et quelqu'un qui est dans cette situation peut faire son CAP en un an. On doit avoir ainsi une souplesse et une relation avec les entreprises qui doit être d'une fluidité que je crois nous avons commencé à organiser, et qui se réalise dès la rentrée prochaine puisque c'est une réforme qui commence à la rentrée prochaine.

Il y a la réforme du lycée général et technologique. Elle est en général plus connue parce qu'elle fait l'objet de plus d'attention en France de manière générale. Et cette réforme est aussi importante quant au signal qu'elle envoie dans la relation entre les jeunes et l'entreprise. Elle est importante d'abord parce qu'elle permet d'avoir de nouvelles disciplines et de nouvelles approches qui ont un rapport avec la vie professionnelle future. Le point le plus notable c'est probablement l'émergence très forte des sciences numériques et informatiques dans la nouvelle organisation. C'est un point qui a été peu souligné dans les médias, mais nous avons littéralement créé une discipline nouvelle, un enseignement de spécialité qui s'appelle donc « numérique et sciences informatiques » et qui fait que nous allons avoir beaucoup plus d'élèves très préparés dès l'âge du baccalauréat aux futures carrières numériques. Et c'est aussi un moyen pour nous d'avoir plus de jeunes filles qui vont aller vers le numérique, alors que nous savons qu'il n'y a que 5 % de femmes dans les start-up aujourd'hui en France, ce qui est là aussi à la fois un problème sociétal et un problème économique.

Nous avons aussi évidemment toute une série de transformations dans le détail desquelles je ne vais pas rentrer, mais qui permettent de faire évoluer à la fois notre approche de l'économie et l'évolution de la relation avec l'entreprise. Un des points les plus notables est l'évolution des programmes de sciences économiques et sociales. C'est évidemment quelque chose qui a fait l'objet très souvent de dialogue avec l'Académie des sciences morales et politiques au cours des dernières années. Nous avions tous le sentiment qu'il fallait avoir un rééquilibrage si nous voulions parler de l'entreprise en des termes concrets à nos élèves. C'est je crois ce qui se passe désormais avec les nouveaux programmes, et c'est un sujet que nous sommes heureux de voir aboutir après tant d'années de réflexions sur ce point. J'invite chacun d'ailleurs à regarder les manuels qui viennent de sortir ; les manuels de seconde et de première sont sortis et si vous les comparez avec les manuels des années précédentes, vous verrez le saut extrêmement important qui vient d'être fait. Et ce point-là, nous le savons tous, n'est pas du tout négligeable, puisque c'est évidemment la vision même que notre pays entretient de l'entreprise et notamment la vision que les jeunes entretiennent qui est en jeu derrière tout cela, avec donc plus de place accordée notamment à la microéconomie et à la vie de l'entreprise dans ses programmes.

Avec cette réforme va aussi une réforme de l'orientation. Nous sommes là sur l'un des points clés du futur et l'un des points clés qui intéressent l'association Jeunesse et Entreprises. Parce que nous devons évidemment avoir une vision beaucoup plus en continuum de ce qu'est cette orientation. Nous avons déjà franchi un pas important en décidant au travers de la loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel de confier une responsabilité supplémentaire aux régions en la matière. Nous sommes donc désormais dans un duo Région / Education nationale extrêmement resserré pour arriver à être plus efficaces dans l'information et l'orientation que nous donnons à nos jeunes. C'est déjà un enjeu de temps consacré à cela : 12 heures en quatrième, 36 heures en troisième, désormais 50 heures en lycée général, 100 heures en lycée professionnel, pour que les entreprises, les filières de l'enseignement supérieur puissent venir dans les établissements - collèges et lycées - parler de ce qui constitue le futur de ces élèves. Nous organisons cela en ce moment même avec les régions. Certaines régions sont particulièrement en pointe. Je ne vais pas trop les citer mais quand même : la région Nouvelle-Aquitaine par exemple s'est préparée de longue date à entrer dans ce nouveau type de compétences et vous allez voir un changement considérable au cours de l'année 2019-2020 par rapport au passé.

Mais nous avons dans la salle la rectrice de Lyon qui là aussi a beaucoup travaillé avec la région pour arriver à des progrès importants. Nous avons dans chaque région de France en réalité un dialogue qui a commencé à s'installer, et qui doit nous permettre de changer cela. J'ai signé tout récemment avec l'Association des Régions de France un cadre national de référence qui fixe cette nouvelle logique dont nous attendons évidemment beaucoup.

Enfin, aujourd'hui je voudrais souligner ce que nous faisons avec l'AJE, parce que ce que nous signons avec AJE est en fait très significatif de ce que l'Education nationale veut faire de manière générale sur ces questions. Dans ce nouveau contexte de l'orientation nous comptons évidemment beaucoup sur l'association. D'abord au travers de l'accord de coopération pluriannuel que nous renouvelons donc pour les cinq années à venir, nous voulons valoriser la plateforme que vous mettez en place parce qu'elle dessine une perspective très intéressante avec des expérimentations déjà menées dans plusieurs rectorats, et qui nous montre que c'est évidemment très prometteur quand on met des ressources en ligne pour que les élèves puissent voir très concrètement des témoignages de chefs d'entreprise, des témoignages d'entrepreneurs, de personnes du monde du travail, et qui vont leur permettre donc de nourrir ces temps de l'orientation.

Il y a aussi le développement des stages qui est un sujet essentiel. Le Président de la République a demandé à ce qu'au moins 30 000 stages de troisième soient proposés à des élèves de milieux défavorisés. Nous avons ouvert une plateforme qui s'appelle monstagedetroisieme.fr, qui doit permettre de compenser les inégalités qui résultent de l'absence de réseau familial pour des milliers d'élèves comparés à d'autres. Et bien entendu l'association peut nous aider considérablement pour trouver ces stages et les fournir, mais aussi pour animer en collège ce que nous disons aux collégiens sur l'entreprise. Nous devons maintenant élargir le réseau d'écoles partenaires de l'AJE et ajuster au mieux les actions proposées aux besoins des établissements.

Bien entendu si je suis là aujourd'hui et si nous signons cette convention c'est pour dire ce soutien complet à l'action d'AJE et le fait que nous pouvons encore élargir l'action. Je veux dire à quel point nos professeurs y sont de plus en plus près, contrairement à ce que parfois on peut penser. C'est quelque chose qui va aussi être beaucoup plus présent dans notre formation initiale et dans notre formation continue, au travers des réformes qui sont menées de la formation initiale des professeurs et de la formation continue des professeurs. Nous sommes en particulier très favorables aussi à des stages pour les professeurs en entreprise et puis à cette fluidité entre les deux mondes : ce sont deux mondes différents et il faut qu'ils soient différents. Ils ont des logiques différentes, correspondent à des fonctions différentes, et on doit se réjouir de ces différences. Mais la différence ne signifie pas le cloisonnement, et donc il est évident que nous devons favoriser les parcours.

J'observe que nous avons d'ailleurs de plus en plus de professeurs qui sont en seconde carrière, c'est à dire des personnes qui ont d'abord eu une carrière dans l'entreprise puis qui décident d'être professeur. Ces personnes sont très précieuses dans notre système aujourd'hui, ils sont en grand nombre. Nous avons aussi le cas inverse : il faut favoriser cela et cela doit devenir de plus en plus
naturel. De même on doit proposer des stages dans le cadre de la formation initiale et dans le cadre de la formation continue, de façon à ce que la vie de l'entreprise soit connue de manière très concrète par nos acteurs.

Je suis extrêmement optimiste sur ces sujets ; je pense que nous avons des progrès considérables à faire, que nous partons d'une situation qui n'est pas bonne, mais que nous avons déjà de premiers progrès. Je veux par exemple évoquer là les progrès que nous faisons pour l'apprentissage. J'ai plaisir à dire que la mesure qui a eu le meilleur rapport temps / efficacité pour moi en 2017-2018 a été le fait de dire à tous les Principaux de collèges de France qu'ils ne seraient plus évalués sur le nombre d'élèves qui partent en voie générale, en voie technologique, en voie professionnelle ou en apprentissage à l'issue de la classe de troisième. Ce simple fait donc qui m'a pris, voyez le temps de le dire, a permis d'avoir + 45 % de premiers vœux en apprentissage à l'issue de la classe de troisième et + 5 % dans l'enseignement professionnel. Ce qui a démontré au passage que l'un et l'autre pouvaient croître ensemble et que nous n'opposions plus – ce que nous avons montré Muriel Pénicaud et moi-même par nos liens évidents dans la préparation de nos travaux respectifs – l'enseignement professionnel et l'apprentissage mais qu'au contraire nous les entremêlions davantage, et que surtout nous valorisions évidemment chacune des filières, parce que chaque élève est un cas particulier et chaque élève doit trouver sa voie au travers d'un vaste éventail de possibilités que l'Education nationale, en lien avec le reste de la société, doit pouvoir lui proposer.

Cet optimisme se base sur quelques premiers bourgeons, sur quelques progrès très concrets que nous commençons à faire mais qui sont encore évidemment à leurs tout débuts et dont les véritables fruits se verront sur la durée. C'est pourquoi je vous remercie d'être ce que vous êtes, l'AJE, je vous remercie à vous tous et à vous toutes d'être impliqués dans ces enjeux, que je considère parmi les premiers enjeux de l'Education Nationale, et je suis certain que si nous travaillons bien ensemble nous pourrons en faire oeuvre utile et pour nos jeunes et pour notre pays.


Merci beaucoup.


Source https://jeunesse-entreprises.fr, le 3 janvier 2020