Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Culture le 20 décembre 2019, sur la revalorisation salariale des enseignants, la réforme des retraites et le projet pour l'école.

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Texte intégral

GUILLAUME ERNER
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Guillaume ERNER.

GUILLAUME ERNER
Vous êtes ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse. L'Education nationale n'est pas épargnée par le mouvement de contestation sociale qui secoue le pays. De l'aveu même du gouvernement, sans revalorisation substantielle de leur rémunération, les enseignants seront les grands perdants du nouveau mode de calcul prévu par le projet de réforme des retraites. Alors, pour rassurer vos troupes, Jean-Michel BLANQUER, vous avez promis d'augmenter progressivement les salaires des enseignants, à l'horizon futur. Pourtant, l'inquiétude n'est pas retombée chez les enseignants qui étaient encore nombreux à protester ce mardi. Comment l'expliquez-vous ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien parce qu'il faut qu'ils voient de manière plus concrète quelles sont ces augmentations dont j'ai parlé. Donc c'est assez normal que la fièvre qui a pris au début du mois de décembre, retombe seulement progressivement. Mais c'est quelque chose de très sérieux qui s'engage, quelque chose de très concret aussi, qui correspond d'ailleurs à ce que je dis depuis 2 ans et demi maintenant, c'est-à-dire que j'ai toujours reconnu qu'il fallait que nous avancions vers une augmentation de la rémunération des professeurs. Et puis là nous devons maintenant réussir ce passage qui aura lieu le 1er janvier 2021, donc c'est quelque chose là aussi d'assez concret et d'assez net qui a été affirmé par le Premier ministre. Et donc lorsque l'on commencera avec les organisations syndicales à préciser les montants en jeu, chacun verra qu'on est dans quelque chose de totalement inédit, ce que chacun commence à voir, c'est-à-dire que c'est des montants importants qui sont en jeu pour arriver à ce que cette hausse des rémunérations, au fil des années, permette d'avoir les rattrapages nécessaires.

GUILLAUME ERNER
Alors, on va essayer de prendre les choses un peu précisément. J'ai sous les yeux un tract syndical, celui du SNPTES, qui évoque la manière dont un professeur pourrait perdre de l'argent avec cette réforme des retraites. Alors, un collègue, dit ce document, décide de maintenir son départ à 62 ans après une carrière complète, donc 168 trimestres. Il devait percevoir 1 800 € à la retraite et il n'en percevra plus que 1 620 €, donc il va perdre 180 € par mois. Qu'est-ce que vous allez faire Jean-Michel BLANQUER, Monsieur le Ministre, pour compenser cette somme, si vous comptez la compenser ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là il y a deux sujets différents, il y a le sujet de l'âge pivot qui est sans doute derrière cette approche…

GUILLAUME ERNER
Il y a bien entendu le sujet de l'âge pivot, mais je cumule ces deux sujets.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur l'âge pivot, c'est un sujet qui vaut pour tous les Français, et donc il manque quelques éléments dans votre simulation pour voir, pour pouvoir en parler, par exemple en quelle année cela se situe, puisqu'on on imagine donc quelqu'un qui prendrait sa retraite…

GUILLAUME ERNER
C'est quelqu'un qui prend sa retraite prochainement, mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si c'est prochainement, si vous voulez, d'abord la question de l'âge pivot n'a pas encore été définitivement tranchée, le Premier ministre en a parlé, donc si vous voulez il y a beaucoup…

GUILLAUME ERNER
Vous pensez qu'il va céder ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais il a dit hier qu'il y avait encore des marges de discussion. Là où on ne cède pas…

GUILLAUME ERNER
C'est un peu ce que ça veut dire, en langage politique.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais, quels sont les points sur lesquels on ne cède pas ? C'est le caractère universel qui va vers plus d'égalité, c'est la retraite à points, et c'est le fait d'arriver à un équilibre, autrement dit ça c'est la dimension de pérennité, c'est un peu l'engagement qu'on prend vis-à-vis des générations suivantes, puisqu'on veut s'assurer qu'on ne pousse pas la neige de la dette des régimes…

GUILLAUME ERNER
Bien entendu. Mais alors prenons l'exemple de mon professeur qui attendait 1 800 € à la retraite et qui se retrouve avec 1 620 €.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là, si je comprends l'exemple que vous donnez, ce n'est pas le changement vers le régime à points qui aboutit à ce que vous dites, là c'est une simulation sur le fait que quelqu'un prendrait sa retraite à 62 ans au lieu de 64, qui serait le nouvel âge d'équilibre. Mais ce nouvel âge d'équilibre c'est encore hypothétique, et ce serait en 2027.

GUILLAUME ERNER
Alors, maintenant, passons à la retraite par points.

JEAN-MICHEL BLANQUER
... que ce n'est pas le coeur de la réforme des retraites, le coeur de la réforme des retraites c'est le régime à points. Ce régime à points, depuis le début, le premier à avoir identifié que ça pouvait poser un problème pour les enseignants, c'est moi, et je l'ai dit évidemment à Jean-Paul DELEVOYE dans les travaux qui ont été faits, je l'ai dit au président de la République, c'est bien pour ça que le président de la République, dès la fin du mois d'avril reconnaît parfaitement ce point. Donc aujourd'hui il ne faut pas faire semblant de penser…

GUILLAUME ERNER
Mais pourquoi ça n'a pas été clarifié, dans ce cas-là, avant, Monsieur le Ministre Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, on l'a dit, on l'a dit, mais c'est parce qu'on n'est pas entendu quand on le dit. Mais, relisez ce que dit le président de la République à la fin du mois d'avril, il le reconnaît parfaitement. Alors, aujourd'hui quand je vois des écrits du mois de décembre qui font semblant de ne pas entendre qu'on a reconnu ce point et qu'on a dit qu'on s'est engagé de travailler pour compenser le problème, c'est un peu comme si on cherchait à créer de l'angoisse pour rien…

GUILLAUME ERNER
Alors, je vais vous donner un autre exemple de caractère anxiogène.

JEAN-MICHEL BLANQUER
... puisqu'encore une fois, reprenez…

GUILLAUME ERNER
Non, mais, juste, je vous donne un exemple, Jean-Michel BLANQUER…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Chacun a un discours. Non mais, simplement ce goût pour les choses anxiogènes, est quelque chose qui fait mal, parce qu'en réalité depuis le mois d'avril, le président de la République a dit les choses très clairement, encore j'invite chacun à lire les textes, à regarder plutôt que tous les commentaires qui vont dans tous les sens, qui sont souvent faits pour créer de l'anxiété, vous regardez les choses. Donc le discours du président de la République, à la fin du mois d'avril, ce que j'ai déclaré dès le mois de juin, ce que nous avons fait en matière de dialogue social pour préparer les choses dès le mois de septembre, et maintenant depuis le mois de décembre, les engagements pris par le Premier ministre lui-même, suivis ensuite par moi-même par des rencontres syndicales qui débouchent maintenant sur des premières approches qui vont vers des augmentations très concrètes. C'est cela la réalité.

GUILLAUME ERNER
Alors admettons que l'on ait eu tort de s'inquiéter. Gérald DARMANIN dit que les salaires des enseignants, à partir du moment où on a découvert qu'ils auraient une retraite inférieure à celle qui était prévue, qu'il va y avoir une somme pour compenser cela, une somme de 500 millions d'euros. C'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est la somme qu'il a dite ce soir-là, qui serait dans ce cas-là 500 millions d'euros supplémentaires annuels, mais c'est encore trop tôt pour être aussi précis.

GUILLAUME ERNER
Il y a 870 000 enseignants. J'ai fait un calcul, c'est un calcul extrêmement sommaire, ça représente une somme d'un peu plus de 400 € par enseignant et par an. Comment avec 400 € par enseignant et par an, compenser une perte de revenus...

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais parce que…

GUILLAUME ERNER
Alors là, vraiment, je n'étais pas très bon en arithmétique, mais je ne comprends pas bien comment vous allez compenser cela.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, il y a plusieurs problèmes dans ce que vous venez de dire. D'abord ce chiffre reste largement à préciser et doit être le résultat des discussions que nous allons avoir et non pas à la porte d'entrée. Ensuite, même en retenant ce chiffre, il ne s'agit pas d'avoir un saupoudrage exactement identique pour tout le monde, puisqu'on sait que le rattrapage que nous avons à faire, il est surtout…

GUILLAUME ERNER
Je parle d'une moyenne, bien entendu.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais bien sûr, mais il s'agit surtout de rattraper la première moitié la plus jeune, et notamment les gens nés après 1975, puisque par définition les autres n'ont aucun changement dans leur régime de retraite. Il y aura une revalorisation pour eux, mais elle est forcément moindre que pour les plus jeunes, ce qui est d'ailleurs cohérent, puisque ce que l'on constate dans notre observatoire des rémunérations, et qui est bien connu, c'est que les problèmes de rémunération sont surtout en début et en milieu de carrière à l'Education nationale, en fin de carrière c'est mieux rattrapé, c'est d'ailleurs pour ça…

GUILLAUME ERNER
Suite au nouveau mode de calcul, évidemment ça devient très problématique, puisque vous prenez la totalité de la carrière.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, c'est ça. Donc, si vous voulez, si on déroule le raisonnement, si vous me permettez 2 minutes d'affilée.

GUILLAUME ERNER
Je vous en prie.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous avez une structure de rémunération à l'Education nationale qui traditionnellement est assez mal payée au début, vraiment mal payée au milieu, et assez bien payée à la fin. Et c'est précisément ça qui permet d'avoir plutôt un bon niveau de retraite, puisqu'on prend en compte les 6 derniers mois. Tout ceci fait qu'aujourd'hui la moyenne des retraites des enseignants c'est 2 600 € mensuels, c'est plutôt une bonne moyenne et c'est cela que l'on veut préserver. Ce qui a été garanti, c'est le fait qu'on va maintenir ça, c'est-à-dire l'équivalent du 2 600 € mensuels sera maintenu, ce qui est une énorme avancée de le dire, de le garantir dans la loi, et ce sera écrit dans la loi, que nous garantissons un niveau de pension. Ça c'est un point déjà majeur. Ce qui sera écrit dans la loi aussi, et elle sera déposée, vous le savez, à l'Assemblée nationale à la fin du mois de janvier, c'est qu'on fera référence à une future loi de programmation, que je préparerai tout au long de l'année, notamment au cours des 6 premiers mois avec les organisations syndicales, et cette loi de programmation me permet de programmer les augmentations de rémunérations, pour arriver à cet objectif garanti par la loi. Cet objectif, même en prenant le chiffre que vous venez de donner, et en le répartissant d'ailleurs non pas de manière homogène mais surtout sur la moitié la plus jeune des professeurs, notamment eux, même si vous la cumulez année après année, puisque ce n'est pas 500 millions en une seule fois, c'est tous les ans…

GUILLAUME ERNER
C'est du récurrent.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Cela fait des sommes considérables en réalité, c'est-à-dire plusieurs centaines d'euros par mois…

GUILLAUME ERNER
Avec 870 000 enseignants, pas forcément.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, faites le calcul, si vous faites ça, année après année, au bout de 4... Mais encore une fois je ne veux pas et je ne peux pas être plus précis à ce stade, puisque nous devons avoir des discussions et c'est de ces discussions que surgiront les véritables chiffres. Mais même en suivant votre raisonnement, au bout de 4 ans ça fait 200 € par mois de plus. Il n'y a aucun domaine où vous avez une augmentation de salaire aussi grande.

GUILLAUME ERNER
Alors, si vous faites 200 € par mois en plus, ça veut dire que les 500 millions vont se cumuler, donc au bout de 4 vous serez à 2 milliards.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais bien entendu. Mais c'est pour ça que c'est considérable. Si vous voulez, on est dans une sorte d'asymétrie d'informations, parce que j'essaie d'être sérieux, c'est-à-dire de donner les informations au fil du temps, au fil des... Parce tout ça suppose du travail technique, du travail budgétaire et du travail de dialogue social. En même temps que je le fais…

GUILLAUME ERNER
C'est pour ça que je vous ai laissé expliquer effectivement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait, mais en même temps que je le fais, toute une série d'inquiétudes sont…

GUILLAUME ERNER
Qui sont légitimes également, Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais je ne vous dis pas le contraire, mais si vous voulez c'est très intéressant sur le plan démocratique ce qui est en train de se passer, parce qu'en réalité on est à la veille d'une revalorisation historique des professeurs en France. C'est difficile à croire, et regardez le ton de scepticisme que vous prenez. Pourtant c'est ce qui va vraiment arriver. D'ailleurs, de ce point de vue là je vous donne rendez-vous…

GUILLAUME ERNER
Parce qu'en fait, je reflète le scepticisme des enseignants qui sont autour de moi.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, mais on peut comme ça rentrer dans un cercle vicieux du scepticisme. Je vous le dis de manière très claire, nous sommes à la veille d'une revalorisation historique des professeurs. Voilà. On peut se donner rendez-vous dans un an, vous regarderez le bilan de ce qui aura été établi dans l'intervalle. Ce ne serait pas la première fois qu'il faudrait faire le bilan un an plus tard de ce que j'ai dit et que d'autres ont dit sur tel ou tel sujet.

GUILLAUME ERNER
Alors, je vais vous faire part, Monsieur le Ministre Jean-Michel BLANQUER, d'une autre inquiétude…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais, si vous voulez, là je suis sur France Culture pour avoir la possibilité d'avoir du temps d'explication, si vous voulez. Ce qui me frappe, c'est à quel point sur ces sujets-là, des slogans sont envoyés, des fausses informations sont envoyées, même dans les interviews on n'a jamais le temps de développer quoi que ce soit, parce que…

GUILLAUME ERNER
Mais là vous perdez du temps en disant que vous n'avez pas le temps.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non mais... Non, je vous demande juste de ne pas m'interrompre, parce que je pense c'est important d'expliquer, parce qu'il y a beaucoup de professeurs qui nous écoutent certainement. Nous sommes à la veille d'une revalorisation historique des professeurs. Si, même si on est dans ce schéma-là, à 500 millions que vous avez dit, c'est 500 millions qui en effet se rajoutent chaque année. Donc si on fait, si on est sur ce rythme-là qui reste évidemment à confirmer en fonction du dialogue social que l'on va voir, alors oui en effet c'est en centaines d'euros d'augmentation mensuelle, que sur quelques années cela va se traduire, notamment pour la moitié la plus jeune des professeurs de France. C'est cela le schéma dans lequel nous sommes en train d'entrer. Donc c'est extrêmement concret, et aucune profession en France ne connaît une revalorisation pareille. Voilà, c'est quand même très important de le préciser.

GUILLAUME ERNER
Cette revalorisation, Monsieur le Ministre Jean-Michel BLANQUER, sous quelle forme, s'agit-il de primes ou va-t-il s'agir d'une revalorisation qui ne va pas modifier le métier d'enseignant ? Parce que ça aussi c'est l'autre inquiétude des enseignants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, là aussi beaucoup de discours sont faits pour un petit peu inquiéter. Mais en réalité il y a beaucoup, aujourd'hui il y a beaucoup d'améliorations possibles dans notre système scolaire. J'entends sans arrêt à une série de frustrations, d'inquiétudes, qui sont en dehors du sujet des rémunérations. Le sujet de la santé au travail, le sujet de l'organisation du travail, le sujet de la sécurité, le sujet de l'aide par exemple au logement pour les plus jeunes dans notre système. Toute une série de choses, et puis les évolutions éducatives et pédagogiques, la prise en compte de la révolution technologique dans laquelle nous sommes entrés. Bref, nous sommes, nous avons une occasion historique là encore, à l'occasion de cette revalorisation, de définir ce qu'est le professeur du XXIème siècle. Donc cette occasion de modernisation du système, pour qu'aussi notre mode de fonctionnement soit au service des élèves, puisque nous faisons cela à la fois pour revaloriser les professeurs, pour remettre le professeur au centre de la société française, et pour faire que ce positionnement du professeur soit au service des élèves, c'est-à-dire qu'à la fin, nous ayons une amélioration de notre système scolaire. Donc cela suppose un investissement de la Nation dans son Education nationale. Je suis l'avocat inlassable de cela y compris une échelle européenne, pour qu'il y ait un pourcentage du produit intérieur brut plus important consacré à l'éducation dans tous les pays d'Europe, et en ce qui concerne la France c'est donc ce qui va se passer, parce que c'est le meilleur investissement d'avenir. Ça va se traduire par une augmentation du salaire des professeurs mais aussi peut-être par d'autres façons d'être organisé, tout simplement. Si vous prenez le sujet des…

GUILLAUME ERNER
Donc il y aura un sujet de contreparties, Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ce n'est pas le mot que j'utilise, moi, je dis une évolution…

GUILLAUME ERNER
De nouvelles missions pour les professeurs.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ou parfois la reconnaissance de choses qui existent, qui sont masquées, on parle souvent de la préparation de cours, des corrections de copies. Tout ceci doit être plus explicité. Au-delà de ça, c'est la façon dont on travaille. Dans le futur il est souhaitable qu'on encourage tout ce qui permet de travailler en équipe, par exemple, il y a aussi tout un sujet lié, tout un tas de sujets liés à la réforme des retraites, comme la cessation progressive d'activité, pour être capable de beaucoup plus personnaliser, à la fois le parcours de chaque professeur, et tout simplement ces choix de vie.

GUILLAUME ERNER
Qu'est-ce que ça veut dire personnaliser ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a 1 000 choses, par exemple quand je parle de cessation progressive d'activité, lorsque vous avez une soixantaine d'années, vous pouvez désirer faire par exemple moins d'heures de cours, mais peut-être plus d'aide personnalisée aux élèves. C'est ce type de choses qui doivent être rendues possibles. Cette personnalisation c'est aussi vrai pour les mutations. Aujourd'hui il y a beaucoup de frustration liée aussi à nos caractéristiques parfois un peu anonymes, parfois un peu bureaucratiques. Nous devons avoir une gestion des ressources humaines totalement modernisée. Tout ceci nous avons 6 mois de dialogue social pour permettre de le faire avancer, au moment même où nous allons mettre tout simplement beaucoup plus de moyens dans l'Education nationale.

GUILLAUME ERNER
6 mois de négociations, est-ce que tout sera sur la table ? Est-ce que cette augmentation, je vous repose autrement ma question Jean-Michel BLANQUER, Monsieur le Ministre, est-ce que cette augmentation du salaire des enseignants elle va être conditionnée par exemple à une évolution, une modification de leur temps de travail, de la durée des vacances ? Bref, est-ce qu'il va y avoir une modification substantielle de leur mission ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors là vous avez dit plusieurs choses assez différentes. S'agissant des vacances, ce n'est pas tellement ça le sujet, à mon avis, le sujet c'est beaucoup plus la façon d'avoir une vision de son temps, non pas seulement sur une année mais même sur plusieurs années, être capable de se dire par exemple : je vais rester 5 ans dans tel endroit, et le fait d'y rester 5, parce que par exemple en réseau d'éducation prioritaire, le fait d'y rester 5 ans va me faire acquérir des droits particuliers. Mais je m'y engage et je m'y engage peut-être en équipe. Vous voyez, c'est être capable d'avoir des formes d'accords sur la durée, avoir une vision sur le court terme, le moyen terme, et parfois le long terme, sur la façon dont on envisage sa carrière. Ça fait partie des choses à discuter. Il n'y a rien de très binaire dans tout ça, si vous voulez, c'est beaucoup plus…

GUILLAUME ERNER
Donc tout est sur la table.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout est sur la table, c'est l'occasion…

GUILLAUME ERNER
L'annualisation du temps de travail ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Tout est sur la table. On peut discuter de tout, pas spécialement…

GUILLAUME ERNER
Oui, aussi l'annualisation du temps de travail.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais, ces sujets-là, si vous voulez, quand vous utilisez ce type de terme-là, vous pouvez être sûr que 1 000 esprits se braquent, et ce n'est pas mon but. Moi, ce que je souhaite c'est qu'on ait une vision systémique des choses. Dès que... Il y a trop de sujets qui lorsqu'on les aborde, deviennent immédiatement des chiffons rouges qui agacent tout le monde et qui empêchent de discuter. C'est à cause de ces blocages-là qu'on n'arrive pas, parfois, à moderniser autant qu'on le voudrait le système au service des professeurs et des élèves, et au service d'ailleurs de tous les personnels. Moi, ce que je veux, c'est une Education nationale où il y ait du bien-être au travail pour tous, pour les adultes comme pour les élèves, et on voit bien qu'aujourd'hui on a un certain nombre de limites, pourquoi ne pas les regarder ensemble pour les dépasser ensemble, et ça passe beaucoup par des améliorations très concrètes pour les professeurs. Et évidemment le signal de la rémunération est un signal très fort. Donc à la veille de moyens très importants que la Nation va mettre dans son Education nationale, il est tout à fait normal de remettre tout cela à plat et de le faire dans le dialogue social, dans la sérénité, en le faisant aussi avec un angle international, c'est pour ça que je vais organiser dans la deuxième quinzaine de mars une grande Conférence internationale sur le professeur du XXIème siècle, dont le but encore une fois est de remettre le professeur au centre de la société. On est en train d'entrer dans un monde complètement nouveau avec la révolution numérique. Le paradigme central a changé, notamment dans l'accès à l'information, et on aura encore plus besoin des professeurs, encore plus besoin d'en recruter, encore plus besoin de bien les payer, encore plus besoin de bien les accompagner. C'est cette révolution-là de l'organisation des ressources humaines, que nous devons organiser et si possible de manière constructive et dans le dialogue social. Et donc ce n'est pas, si vous voulez, ce n'est pas les schémas binaires classiques qu'il faut avoir.

GUILLAUME ERNER
Monsieur le Ministre Jean-Michel BLANQUER, il y a quand même beaucoup de choses qui vont devoir être modifiées, si je vous suis, et du coup on imagine l'anxiété des étudiants, avec une situation sociale qui est extrêmement tendue. Est-il opportun de modifier tant de choses, alors que le premier problème c'est cette réforme des retraites, je veux dire c'est un problème, puisqu‘elle laisse augurer à ces enseignants une diminution sensible de leur pension de retraite.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais je pense que ce n'est pas nécessaire de répéter cela comme un moulin à prières, si vous voulez, c'est-à-dire, qu'à partir du moment où on dit, on dit et pas seulement moi, le Premier ministre et le président disent deux choses, qui sont des engagements très fermes sur lesquels on peut être jugé à très court terme, c'est-à-dire premièrement la garantie des pensions qui sera écrite dans la loi. Deuxièmement l'augmentation des rémunérations qui sera écrite dans la loi de programmation. Ces choses-là sont extrêmement concrètes, et vont se voir, se concrétiser au cours des prochains mois. A partir du moment où on dit cela, on peut aussi sur ce socle-là, travailler sur des enjeux qualitatifs de notre système, encore une fois au service de notre pays, puisqu'à la fin ce qui compte c'est que nos ces élèves sortent de manière, bien formés de notre système scolaire, et que par rapport à toute une série de limites qui sont constatées par les uns et les autres, à commencer par les professeurs eux-mêmes, on sache que les dépasser. Donc il y a vraiment une opportunité très très constructive d'agir. Quand vous parlez de climat, le climat il dépend de chacun d'entre nous, de notre manière d'aborder de façon constructive ces enjeux-là.

GUILLAUME ERNER
Alors justement, qu'est-ce qui empêche, parce qu'il y a peut-être effectivement la répétition de peurs, mais cette répétition de peurs elle est liée aussi à une manière de présenter les choses, où beaucoup de choses vont devoir semble-t-il être négociées, Jean-Michel BLANQUER, Monsieur le Ministre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne dirais même pas « négociées », « discutées ». C'est-à-dire que moi je crois, vous savez, si je me suis engagé dans l'éducation comme tous les professeurs, très jeune, c'est parce que je crois, je crois à l'esprit, je crois à la dimension intellectuelle des choses, je pense qu'il faut penser les choses. Je pense que la discussion, le débat, doit permettre d'avancer. Moi je ne je rentre pas là-dedans comme dans une sorte de négociation binaire, puisqu'on poursuit les mêmes intérêts ; et les mêmes intérêts c'est effectivement un grand investissement dans l'Education nationale pour des professeurs qui soient mieux dans leur travail, et des élèves qui réussissent davantage. Sur cette base-là, et en regardant, on dispose de très nombreuses études pour savoir dans quel sens avancer, on a de la comparaison internationale à faire, et donc tout ce travail-là doit être collectif, et c'est un peu pour moi un enjeu assez beau des 6 prochains mois, et que j'envisage d'ailleurs avec vraiment beaucoup d'intérêt, sur le plan intellectuel, comme sur le plan pratique, c'est-à-dire comment ont réussi à passer une nouvelle étape de notre système, cette fois-ci pas par une évolution pédagogique particulière, comme avec les différentes réformes, comme les réformes de l'école primaire ou du lycée actuellement, mais par une réforme des ressources humaines.

GUILLAUME ERNER
Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale et de la Jeunesse, d'avoir été avec nous ce matin sur France Culture.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 janvier 2020