Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à RTL le 16 janvier 2020, sur la réforme du bac et du lycée et le programme de revalorisations salariales des enseignants.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Les enseignants menacent de boycotter à partir de la semaine prochaine les épreuves de contrôle continu qui comptent pour le bac pour les classes de 1ère. Alors, ils veulent accentuer la pression pour protester à la fois contre la réforme des retraites, et contre la réforme du bac. Est-ce que vous comprenez leur colère ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est deux choses différentes. Et dans les deux cas, il faut expliquer aussi où on en est et quel est le sens des choses. S'agissant du baccalauréat, je rappelle qu'un des buts de la réforme, c'est le contrôle continu, donc le fait que les élèves soient en situation de travailler beaucoup plus en continu, tout au long de la classe de 1ère et de la classe de Terminale. Donc c'est une innovation extrêmement intéressante qui a lieu dans quelques jours. D'ailleurs, en réalité, ça a commencé dans certains établissements, où ça se passe tout à fait normalement. Donc il faut faire attention aussi à tout le brouhaha qu'on a en ce moment, dans la grande majorité des établissements, les choses se présentent très bien.

ALBA VENTURA
Ça se passe bien…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et elles se présentent très bien au bénéfice des élèves et au bénéfice de la hausse du niveau que nous recherchons pour tous nos élèves, puisque quel est le but ? Le but, c'est que, encore une fois, les élèves puissent avoir une forme de galop d'essai, puisque c'est en plus une note, quand même, qui rentre en compte de manière petite, si je puis dire, dans le dans la note finale, puisque chacune des épreuves, c'est 1,7 % de la note finale, donc ça permet de s'exercer en quelque sorte…

ALBA VENTURA
On dit que c'est un peu comme des minis bacs ou des bacs blancs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le bac, puisque…

ALBA VENTURA
Oui, ça ressemble à ça…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est-à-dire, on était habitué au bac blanc, mais de toute façon, notre pays était habitué au bac blanc, donc de toute façon, à organiser des choses de ce genre, simplement, maintenant ça compte pour la note finale, ça permet d'éviter ce qu'on appelle classiquement le bachotage, et au contraire, d'avoir encore une fois un travail plus en continu. Donc les choses n'existent pas pour rien, ce n'est pas pour le plaisir du changement, c'est parce que nous voulons la hausse du niveau de nos élèves, et d'ailleurs, nos élèves, cette année, de 1ère ont pu choisir beaucoup plus ce qu'ils faisaient, donc ils ont des matières qu'ils aiment davantage, les fameux enseignements de spécialités, ils en sont en général très satisfaits, et maintenant, ils ont ce contrôle continu.

ALBA VENTURA
Mais, Monsieur le Ministre, il y a des appels au boycott, donc est-ce qu'il y a des épreuves qui vont être reportées, il y a certains profs qui veulent faire la grève de la surveillance des épreuves, la grève de la correction des copies, ou remonter les notes, est-ce que ça va se produire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le fait d'une petite minorité qui est très vocale, qu'on entend beaucoup, mais ce n'est pas le cas de la grande majorité des professeurs, et donc établissement par établissement, nous réglons le problème…

ALBA VENTURA
Combien d'établissements sont touchés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh, ça dépend complètement des Académies, vous avez des régions entières où il n'y a aucun problème, et puis, il y a des endroits, et puis, il faut le reconnaître, il y a un arrière-plan politique, vous avez dit vous-mêmes : certains font ça pour protester contre la réforme des retraites alors que ça m'a rien à voir. Donc, et puis, certains cherchent à avoir une action politique contre le gouvernement, ça n'est pas normal puisque l'école ne doit jamais être le terrain de jeu de luttes politiques, et donc il faut que chacun soit dans la sérénité et l'objectivité…

ALBA VENTURA
Ils contestent votre autorité, Monsieur le Ministre…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, vous savez, ce n'est pas…

ALBA VENTURA
Vous êtes habitué…

JEAN-MICHEL BLANQUER
A l'Education nationale, il y a une certaine habitude, mais j'ai toujours contesté le fait que certains puissent considérer l'école comme un terrain de jeu politique, ce n'est pas le cas. Vous savez, je parle souvent de la nécessité de la neutralité religieuse, c'est la laïcité à l'école, mais il faut aussi la neutralité politique, c'est le devoir de chaque fonctionnaire.

ALBA VENTURA
Est-ce que des sanctions sont prévues si toutefois il devait y avoir des boycotts des épreuves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, je ne suis pas sur un terrain de ce type, mais aujourd'hui, eh bien, sauf si lorsqu'on viole le droit bien entendu, simplement, quelqu'un qui ne corrige pas, se met en grève, donc a un retrait de salaire, ça, c'est évident, par ailleurs, bien entendu, tout ce qui relève de l'exaction, on voit parfois des choses un peu violentes ou choquantes, vous savez, quand on voit… mais c'est le fait d'une minorité, et moi, je ne veux pas que ça abîme l'image des professeurs, parce que l'immense majorité des professeurs de France ne sont pas dans ce type de comportement. Et quand je vois certains…

ALBA VENTURA
A Clermont-Ferrand, ils ont jeté des livres, ils ont fait un mur de livres, alors c'est une autre manière de se mobiliser ou en tout cas de vous interpeller, ils disent : on est tellement à bout qu'on est obligé de faire ça.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un très mauvais symbole, nous existons, nous, les professeurs, l'Education nationale, pour transmettre le savoir, le livre est l'incarnation même de cette mission, et donc jeter un livre ne peut jamais être comme acte symbolique le fait d'un professeur, donc ceux qui font cela nous déshonorent, et heureusement, c'est une toute petite minorité.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, venons-en au dossier des retraites, vous avez reçu toutes les organisations syndicales depuis lundi, sauf Force ouvrière, vous avez évoqué les revalorisations…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ils étaient invités, Force Ouvrière n'est pas venue, mais ils étaient invités…

ALBA VENTURA
Et vous avez évoqué les revalorisations des enseignants qui vont être pénalisés par la réforme des retraites, vous annoncez une hausse du budget de 500 millions d'euros pour 2021, ça fait combien par prof ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ça s'ajoute d'abord à l'augmentation…

ALBA VENTURA
Je vous dis ça parce qu'ils disent : oh, là, là, par mois, ça va nous faire, allez, une place de ciné et une pizza, 40 euros par mois…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est tout à fait inexact, ce qui se prépare, alors, là, si nous parlons maintenant de la réforme des retraites, rappelons, premièrement, que le gouvernement s'était engagé à ce que dans la loi, la loi sur les retraites, les professeurs soient indiqués pour que l'on garantisse que leur niveau de retraite sera maintenu à un niveau comparable aux fonctionnaires de catégorie A, c'est maintenant inscrit dans la loi. Il y a un mois, il y avait des gens pour dire qu'on ne le ferait pas, on l'a fait, on inscrit aussi dans la loi le fait qu'il y aura une loi de programmation, ça signifie que sur plusieurs années, nous programmons une hausse très conséquente des salaires des professeurs.

ALBA VENTURA
Mais vous confirmez 10 milliards à l'horizon 2037, vous pouvez le confirmer ce matin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous discutons pendant – c'est en réalité potentiellement plus que ça – nous discutons pendant six mois avec les organisations syndicales, vous venez d'y faire référence, je les reçois sur ce point depuis le début de la semaine, mais nous travaillons à ça depuis des mois et des mois, parce que la question de la rémunération, je l'ai reconnue de depuis longtemps. Et ça se traduira par des augmentations importantes dès l'année 2021, donc dans le projet de loi de Finances 2021, nous allons programmer ces augmentations, ça touchera, d'abord, tout particulièrement, les plus jeunes des professeurs, parce que ce sont ces cohortes-là, c'est-à-dire les plus jeunes, qui sont les moins bien payés aujourd'hui, nous avons un rattrapage à faire, parce que ça fait longtemps, une trentaine d'années, qu'il y a eu une dégradation du pouvoir d'achat des professeurs. Donc je suis le premier défenseur de cette hausse du pouvoir d'achat, parce que c'est légitime, et c'est un investissement de la France dans son avenir. Nous devons redonner toute sa force et tout son prestige à la fonction de professeur, ça passe par bien des choses dont nous allons parler pendant les six mois, une meilleure gestion des ressources humaines, la carrière des professeurs, leur capacité de mutation, leur formation continue, tous ces sujets vont être traités de manière très qualitative pendant les six prochains mois, en plus du sujet des rémunérations.

ALBA VENTURA
Mais d'abord, ce que vous savez bien, c'est que ce que redoutent les enseignants, c'est que vous profitiez finalement de la réforme des retraites pour les revaloriser, et que vous en oubliez finalement les hausses de rémunérations qu'ils réclament depuis des années, ils disent : on s'est fait avoir avec le gel du point d'indice, le report de l'augmentation des 300 euros, qui était prévue, il y a deux ans. Donc est-ce que, finalement, vous n'en profitez pas un peu de cette revalorisation…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, c'est tout le contraire…

ALBA VENTURA
Pour ne pas leur donner de hausse de salaire…

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'ailleurs, les organisations syndicales qui connaissent très bien ces sujets-là et qui ont commencé à bien voir ce que nous mettions sur la table, qui est très conséquent, ce qui se dessine, c'est un effort considérable de la nation sur les quinze prochaines années, et c'est tant mieux pour toute la France, parce que tous les pays modernes doivent évidemment investir beaucoup, et d'ailleurs, je mène même une sorte de campagne à l'échelle européenne pour que ça existe aussi à l'échelle européenne, c'est-à-dire l'investissement dans l'avenir, donc dans l'Education, donc des professeurs bien payés, nous entrons dans un monde ultra-technologique où on va avoir de plus en plus besoin du facteur humain, et autrement dit, de professeurs qui humanisent notre civilisation, notre société ; donc on a besoin d'avoir dans notre société du futur un professeur bien formé, bien payé, c'est exactement ce dans quoi nous sommes engagés. Donc la discussion actuelle, elle est gagnante-gagnante.

ALBA VENTURA
Eux, ils disent que vous allez leur demander des contreparties, qu'il y a un truc caché, qu'on va leur demander de travailler plus pendant les vacances…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je mets sur la table, tout. Je mets sur la table tout ce qui peut améliorer le service public, et la première chose qui améliore le service public, c'est que chacun aille au travail avec bonheur, avec plaisir, dans une ambiance calme, avec des élèves qui travaillent en continu, etc, etc. Donc c'est une vision complète, donc il est bon de tout mettre sur la table pour que les professeurs tout simplement soient heureux dans leur travail, bien payés, et la société française les soutenant. Donc je suis le premier avocat des professeurs, simplement, il faut qu'on ait…

ALBA VENTURA
Mais « bien payés », c'est travailler plus pour gagner plus ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est travailler mieux pour gagner plus, on va réussir à ce que notre système soit plus efficace au service des élèves, quand je vous parle de formation continue par exemple, si on augmente le droit à la formation continue des professeurs, c'est gagnant pour tout le monde, parce que c'est aussi la qualité pédagogique, et c'est aussi le bien-être au travail, etc, donc, il ne faut pas raisonner de manière binaire, il faut raisonner en système, c'est-à-dire qu'il y a plusieurs choses qui vont s'améliorer, pas seulement la rémunération pour les professeurs, et ce faisant, ça doit s'améliorer pour les élèves. Et il est normal que le ministre et la société française s'intéressent à la façon dont nous allons améliorer…

ALBA VENTURA
C'est ce que vous appelez l'enseignant du 21ème siècle, on vous entend souvent dire ça…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et puis, un métier plus attractif, si vous voulez, par exemple, les augmentations que l'on va faire, ça peut se traduire dès l'année prochaine, dès 2021, donc c'est très concret, par des hausses très substantielles pour ces jeunes professeurs, un professeur qui commence aujourd'hui, il est à 1.600 euros mensuels environ, ce n'est pas assez quand même vu le niveau d'études. Et ce que nous voulons dès l'année prochaine, c'est que ce soit une augmentation qui puisse être entre 70 et 90 euros nets par mois en plus. Donc si vous voulez, c'est quelque chose de très significatif, d'autant plus que ça se continuera, comme augmentation, au cours des années suivantes.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, vous diriez que Ségolène ROYAL a manqué à son devoir de réserve, qu'elle n'a pas respecté les règles ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, ça semble être le cas, si vous voulez, il y a les fonctions politiques et les fonctions dans la haute administration, c'est deux choses différentes, quand vous êtes ambassadeur, vous devez respecter un devoir de réserve, après, si vous n'avez plus envie de le respecter, personne n'est obligé d'être ambassadeur.

ALBA VENTURA
Vous ne craignez pas d'en avoir fait une adversaire pour 2022 à Emmanuel MACRON en la licenciant, pas vous, mais le…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, moi, ce qui me choque, c'est quand les arguments sont… il y a clairement un problème, elle est allée au-delà du devoir de réserve, ensuite, tirer argument du fait que ce serait autre chose que tout simplement le constat du non-respect des règles, je ne trouve pas ça de très bonne foi.

ALBA VENTURA
Merci Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.

YVES CALVI
Le ministre de l'Education nationale, qui rappelle à la neutralité politique les enseignants qui utilisent le contrôle continu par exemple du bac pour protester contre la réforme des retraites.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 janvier 2020