Interview de Mme Sophie Cluzel, secrétaire d'État aux personnes handicapées, à France-Info le 30 août 2019, sur la rentrée scolaire et l'accueil des enfants handicapés.

Texte intégral

SAMUEL ETIENNE
Lundi, la rentrée scolaire, la rentrée scolaire notamment pour plus de 360 000 enfants handicapés qui seront accueillis en milieu scolaire, normal, classique, pour être tout-à-fait précis, mais ils sont très nombreux et on en parlait dans le reportage à l'instant, on l'a vu, qui ne peuvent aller à l'école faute notamment d'accompagnants d'élèves en situation de handicape. On va en parler, on va en débattre avec Sophie CLUZEL. Bonjour.

SOPHIE CLUZEL
Bonjour.

SAMUEL ETIENNE
La secrétaire d'Etat en charge des personnes handicapées, et Patrice TRIPOTEAU, bonjour.

PATRICE TRIPOTEAU
Bonjour.

SAMUEL ETIENNE
Merci d'être avec nous ce matin, le directeur général adjoint de l'APF, Handicap France. Sophie CLUZEL, je me souviens qu'en janvier dernier l'UNAPEI, on a entendu l'un de ses représentants à l'instant, le collectif d'associations pour une société inclusive déclarait : « Emmanuel MACRON avait fait du handicap la priorité du quinquennat, pour l'instant le compte n'y est pas », c'était en janvier dernier. On en est où aujourd'hui ?

SOPHIE CLUZEL
C'est toujours la priorité du quinquennat. Je voudrais rassurer les parents, cette rentrée scolaire, vous l'avez dit, 360 000 élèves qui vont vers l'école, 70 000 enfants qui sont en établissement médico-social, qui sont aussi à l'école, dans des unités, dans des petites classes spécialisées…

SAMUEL ETIENNE
424 000 enfants en tout.

SOPHIE CLUZEL
424 000 enfants, une très grosse implication de l'Education nationale, et je voudrais vraiment souligner cette dynamique qui est enclenchée, plus de 4 500 accompagnants supplémentaires à cette rentrée scolaire, la moitié des élèves ont besoin d'être accompagnés, les autres ont besoin d'adaptation pédagogique, du matériel, mais ceux qui ont besoin d'être accompagnés, ils vont l'être justement par des accompagnants qu'on a pré-recrutés, qu'on professionnalise. Plus aucun recrutement en contrat aidé. ça fait 20 ans que les familles attendaient ça, qu'enfin il y ait un statut Education nationale, que ce personnel soit reconnu comme personnel qualifié, compétent, au sein de l'Education nationale. C'est ça la grande nouveauté de la rentrée, et c'est une coopération aussi avec le médico-social, qui est accrue.

SAMUEL ETIENNE
Patrice TRIPOTEAU, vous confirmez : il y a de réelles avancées importantes.

PATRICE TRIPOTEAU
Oui, autant sur d'autres sujets on peut dire « le compte n'y est pas », autant sur l'éducation et la rentrée scolaire, il y a un véritable engagement du gouvernement, comme vient de le souligner la secrétaire d'Etat, c'est aussi l'engagement de l'Education nationale, parce que. Très souvent le secrétaire d'Etat se mobilisait, mais il n'y avait pas toujours l'Education nationale, et là on sent, et du ministre lui-même, un engagement, même si après il y a des points d'attention, mais le gouvernement le sait. Les points d'intention qu'on peut souligner, qui font écho ici aux témoignages qu'on peut recevoir, c'est effectivement il y a des enfants qui vont avoir des difficultés pour rentrer à l'école cette année et il va y avoir aussi des enfants qui n'ont pas de solution, la plateforme marentrée.org, qui a été évoquée, c'est aussi dessus que des familles témoignent de leurs difficultés, peut-être, pour ne pas accéder à l'école.

SAMUEL ETIENNE
Exactement.

PATRICE TRIPOTEAU
Mais aussi, alors nous, au niveau d'APF France handicap ? C'est parfois aussi des enjeux d'accessibilité qui empêchent un enfant d'aller dans l'école de son choix parce qu'il y a un problème d'accessibilité, donc il y a des efforts. Il y a aussi, sans être trop long, donc des points d'intentions aussi, c'est qu'il ne s'agit pas de l'accueillir, mais c'est les conditions d'accueil et aussi que l'enfant puisse rester dans un dispositif inclusif tout au long de l'année, au cours de son cursus, parce que quelquefois il y a des enfants qui ont été accueillis une année, et l'année suivante, ils ne peuvent plus y accéder, parce qu'il y a eu des difficultés.

SAMUEL ETIENNE
On peut comprendre la frustration des familles dans tous ces cas.

PATRICE TRIPOTEAU
Voilà. Il y a un travail dans la durée, mais il y a un véritable effort pour permettre l'accueil du plus grand nombre d'enfants et nous, nous soulignons l'engagement du gouvernement.

SAMUEL ETIENNE
Pour revenir sur ce que vous venez de dire, ce qui est important aussi c'est la qualité d'enseignement qui est apportée à ces enfants, est-ce que les enseignants à l'école classique, sont formés justement pour accueillir ces enfants en situation de handicap ? Le sont-ils et le sont-ils suffisamment ?

SOPHIE CLUZEL
Alors ils le sont, mais ils ne le sont peut-être pas encore suffisamment, mais en revanche il faut les rassurer. D'abord on les outille. Il y aura une plateforme numérique qui s'appelle « Cap école inclusive », où ils vont trouver toutes les adaptations pédagogiques. C'est ça dont ils ont besoin.

SAMUEL ETIENNE
Elle existe à ce jour ?

SOPHIE CLUZEL
Oui, elle est ouverte, dès la rentrée, et elle est accessible aussi pour des accompagnants, parce que justement on veut que ça soit l'affaire de tous. C'est vraiment la communauté éducative qui se met. Je voudrais dire aussi et rassurer les familles que nous simplifions la vie des familles, ils n'auront plus besoin d'aller à la fameuse Maison départementale des personnes handicapées tous les ans.

SAMUEL ETIENNE
Oui, chaque rentrée.

SOPHIE CLUZEL
Exactement.

SAMUEL ETIENNE
Ça c'est beaucoup de stress.

SOPHIE CLUZEL
Donc ça c'est fini.

SAMUEL ETIENNE
C'est terminé.

SOPHIE CLUZEL
Maintenant, justement, tout ce dont ils ont besoin, ça va être pour un cycle scolaire complet. Vous l'avez dit, il faut qu'on les rassure.

SAMUEL ETIENNE
Et après, d'année en année, dans le cycle, c'est reconduit, c'est la règle.

SOPHIE CLUZEL
C'est reconduit et ils n'auront pas besoin de reprouver encore que leurs enfants a des besoins. Ça c'est très important.

SAMUEL ETIENNE
Une question à tous les deux, on parlait de chiffres tout à l'heure, on a évoqué ces élèves en situation de handicap qui font leur entrée, c'est très difficile de trouver des chiffres précis. Je voulais savoir : quelle est la proportion des, en cette rentrée par exemple, d'enfants, d'élèves qui ne font pas leur rentrée, qui vont rester sur le carreau ? Est-ce qu'on à ce chiffre ou cette proportion ?

SOPHIE CLUZEL
Alors, d'abord il y a des enfants, je tiens à dire aussi qu'il y a 86 % des enfants qui sont à temps plein à l'école, c'est une grande avancée, donc ceux qui sont à l'école, le parcours scolaire s'améliore.

SAMUEL ETIENNE
87 % des enfants qui sont à l'école, le sont à temps plein. La question c'est : combien restent à la maison ?

SOPHIE CLUZEL
Vous avez des enfants qui sont dans les établissements médico-sociaux, et ceux-là ils ont aussi de la scolarisation. Parce que le ministre le redit, de l'Education nationale, il est ministre de tous les enfants de la République. Ça c'est très important.

SAMUEL ETIENNE
Mais Patrice TRIPOTEAU, la question que je…

SOPHIE CLUZEL
Et après…

SAMUEL ETIENNE
Oui.

SOPHIE CLUZEL
… les enfants qui n'ont pas de solution, c'est bien pour ça que nous avons convoqué, enfin invité, toutes les associations hier avec le ministre, pour qu'on se mette ensemble à trouver des solutions là encore où il y a des dysfonctionnements. Mais je voudrais dire aux parents : oui, les plateformes c'est bien, les initiatives des différentes associations c'est formidable, mais ce qu'il faut c'est trouver des réponses.

SAMUEL ETIENNE
Vous en venez de ce milieu, donc vous le connaissez bien.

SOPHIE CLUZEL
Donc je le connais, et c'est pour ça que nous les avons félicités et remerciés pour ces initiatives. Mais ce qu'il nous faut, c'est être opérationnel pour les réponses, et donc il faut appeler la cellule d'écoute de l'Education nationale dans chaque département, parce que c'est là où les services administratifs sont à la manette pour trouver des solutions…

SAMUEL ETIENNE
Et vous vous êtes engagés à ce qu'une réponse soit faite en 24 heures.

SOPHIE CLUZEL
Exactement, rompre l'isolement des familles c'est très important, se mettre ensemble en coopération pour trouver des solutions ensemble, parce que c'est l'affaire de tous.

SAMUEL ETIENNE
Patrice TRIPOTEAU, on entend qu'il y a des progrès, mieux, plus, que demandent aujourd'hui les associations en matière de scolarisation des enfants handicapés, qu'est-ce qu'on peut faire de mieux ?

PATRICE TRIPOTEAU
Alors deux choses, d'abord il y a quelques années on était autour d'un chiffre de 20.000 – et on espère qu'il a évolué – d'enfants qui n'avaient aucune solution, y compris d'établissements. Donc on a des difficultés d'avoir des statistiques, d'où le rôle des associations d'identifier ces familles…

SAMUEL ETIENNE
Pas de chiffres officiels !

PATRICE TRIPOTEAU
Ces familles qui n'ont pas de réponse, donc ça c'est le rôle des associations. Je voulais souligner aussi, une des demandes des associations, c'est l'enjeu de l'information, du soutien des enseignants, on parle beaucoup des accompagnants mais parfois des enseignants faces à tel ou tel enfant se retrouvent assez seuls, isolés… mais je pense que ce soutien de l'accompagnement des enseignants, il pourrait aller encore un peu plus loin. C'est aussi comment travailler sur la pédagogie adaptée, parce que c'est des enfants qui ont des rythmes, mais peut-être ça interroge aussi l'école de demain qui soit inclusive pour tous les élèves et pas seulement en situation de handicap, parce qu'on voit bien qu'il y a des graduations. Il n'y a pas que des élèves dits normaux et puis des élèves en situation de handicap, il y a plein d'élèves qui peuvent avoir des difficultés… c'est peut-être aussi repenser demain l'école parce que c'est des dizaines et des centaines de milliers d'enfants en situation de handicap, faire aussi bouger le dispositif de l'Education nationale…

SAMUEL ETIENNE
Exactement…

PATRICE TRIPOTEAU
Et là, dans une approche universelle qui dépasse le handicap, mais qui peut aussi servir les enfants en situation de handicap…

SOPHIE CLUZEL
On a des réponses…

SAMUEL ETIENNE
Pour une école inclusive et une société inclusive bien sûr.

SOPHIE CLUZEL
On a déjà des réponses puisqu'on a des équipes mobiles justement, qui sont grâce à la coopération avec le médico-social…

SAMUEL ETIENNE
Qui vont vers les enseignants ?

SOPHIE CLUZEL
Qui vont aller dans les écoles, dans les collèges, dans les lycées pour accompagner ces enseignants. On a des enseignants ressources spécialisés et surtout, les deux mondes de l'Education nationale, du médico-social coopèrent enfin dans l'école. Ce que l'on veut, cette école qu'on est en train de bâtir, c'est les professionnels, les ergos, les psychomots, psychologues puissent rentrer dans l'école et travailler auprès des enfants. Et c'est ce que disait la maman : moi ce que je veux, c'est surtout que tout soit en place autour de l'enfant, que je puisse reprendre mon travail, c'est ça qu'on est en train de bâtir.

SAMUEL ETIENNE
Il ne nous reste que quelques secondes, on va totalement oublier la langue de bois, vous êtes directement concernée Sophie CLUZEL parce que… vous connaissez ces problématiques. Aujourd'hui, est-ce que la France met les moyens pour ces objectifs ambitieux qu'on vient d'évoquer, d'une école inclusive, d'une société inclusive, est-ce qu'elle les met ou est-ce qu'elle ne les met pas ? 

SOPHIE CLUZEL
Elle les met les moyens, elle les met, l'Education nationale c'est près de 2,4 milliards de budget consacrés à cette école inclusive. Il y a aussi des accompagnements médico-sociaux qui sont en progression constante, donc oui, le budget est là. Maintenant ce qu'il nous faut, c'est l'adapter de façon équitable sur le territoire, parce qu'il y a encore des iniquités sur le territoire, c'est ce qu'on entend. Donc notre travail c'est justement cette justice sociale et puis cette possibilité d'avoir les mêmes chances pour tous.

SAMUEL ETIENNE
Un grand merci, merci à tous les deux, merci Sophie CLUZEL, merci Patrice TRIPOTEAU d'avoir été avec nous ce matin.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 13 septembre 2019