Déclaration de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, Paris le 6 mai 2019.

Intervenant(s) :

  • Gabriel Attal - Secrétaire d'État auprès du ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse

Circonstance : Rencontres inaugurales de la fondation pour la mémoire de l'esclavage, au musée d'orsay le 6 mai 2019

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Texte intégral

Monsieur le Président de la mission de préfiguration de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage, cher Jean-Marc AYRAULT, 
Madame la présidente du musée d'Orsay, chère Laurence Des Cars,
Mesdames et messieurs,


Je suis heureux d'être avec vous aujourd'hui, pour ces Rencontres inaugurales auxquelles vous nous invitez, cher Jean-Marc AYRAULT, comme l'un des premiers actes de la future Fondation pour la Mémoire de l'Esclavage à la création de laquelle vous travaillez depuis deux ans, à la demande de deux Présidents de la République, François Hollande hier et Emmanuel Macron aujourd'hui. Ces Rencontres sont le signe que ce travail est arrivé à son terme. La Fondation sera officiellement créée cette année et cet évènement est son premier acte anticipé qui, sans attendre, lui permet déjà de poser des jalons, de nouer des contacts, d'organiser des connexions qui lui serviront ensuite dans l'exercice de ses missions.

Je remercie également Laurence Des Cars qui nous accueille aujourd'hui dans ce musée qui est à la fois un haut-lieu de la culture mondiale, et l'un des symboles les plus éclatants de la culture française. Ce n'est pas par hasard si ces Rencontres de la Fondation pour la mémoire de l'esclavage se déroulent ici, au musée d'Orsay, et c'est à vous qu'on le doit, chère Laurence Des Cars. Parce que c'est à vous qu'on doit la décision d'organiser cette exposition exceptionnelle qui se tient ici depuis le 25 mars, « Le modèle noir, de Géricault à Matisse», près de deux siècles de peintures, de photographies, d'oeuvres en tout genre qui racontent la présence en France des personnes à la peau noire. Ce faisant, c'est toute l'Histoire de France que vous nous permettez de revisiter, une histoire de France élargie à l'échelle du monde, où la place de l'esclavage et des abolitions est capitale, et où les outre-mer et l'Afrique ne cessent d'influencer les plus grands artistes jusqu'à nos jours. On voit tout cela, on comprend tout cela, dans « Le modèle noir », et c'est la raison pour laquelle il était logique que la Fondation pour la mémoire de l'esclavage s'associe avec vous pour ces Rencontres inaugurales.

Car ce que vous avez fait au Musée d'Orsay, toutes les institutions culturelles peuvent le faire : réinterroger leurs collections, retrouver les traces des populations, des produits, des pratiques issues de l'esclavage et de notre empire colonial, revisiter la façon dont toutes ces oeuvres ou tous ces objets sont présentes. C'est l'objet de ces Rencontres que de réfléchir à ces questions, avec un large panel d'institutions françaises, mais aussi avec de nombreux invités étrangers qui ont fait, eux aussi, cette démarche, qui se sont posés les mêmes questions, et qui y ont chacun apporté des réponses originales, audacieuses, inclusives.

Toutes ces questions sont très actuelles. Car elles nous montrent que nous sommes connectés avec l'Afrique, avec les Caraïbes, avec les Amériques et l'Océan Indien depuis des siècles, que la diversité est une réalité vécue de nos sociétés qui ne date pas des Trente Glorieuses, que les outre-mer ont joué un rôle capital dans l'Histoire de France. Et lorsque ce sont les artistes qui le montrent, ils le font avec leur talent et leur capacité à délivrer un message universel au monde.

Ce n'est pas un hasard si, dans le long combat pour l'abolition de l'esclavage, puis pour l'émancipation des peuples colonisés, les artistes ont toujours été à l'avant-garde, non seulement pour dénoncer les injustices, mais encore pour les faire ressentir à ceux qui ne les voyaient pas. La culture est une force qui peut rassembler l'Humanité : vous tous, responsables d'institutions culturelles, en France et à l'étranger, vous le savez bien. Car c'est cela que vous cherchez lorsque vous travaillez à élargir vos publics, à faire entrer les sujets d'actualités dans vos établissements, à y accueillir les créateurs contemporains qui nous aident à comprendre notre monde.

La Fondation pour la Mémoire de l'Esclavage sera désormais pour vous un partenaire. Sous l'égide de son président, Jean-Marc AYRAULT, son ambition est d'être un instrument au service de la cohésion nationale et de la citoyenneté. Car c'est à cela, au fond, à quoi les politiques mémorielles doivent servir dans un pays : à savoir d'où nous venons, à être capable de tirer de notre passé la force d'être plus unis, à mieux nous comprendre les uns les autres.

Dans cette belle ambition, la Fondation sera un partenaire précieux pour l'Etat et les pouvoirs publics. Elle travaillera avec les chercheurs qui continuent de faire progresser la connaissance sur l'histoire de l'esclavage et ses conséquences. Elle offrira aux écoles des contenus et des conseils pour parler de cette histoire aux élevés, notamment à travers les arts et la culture, pour les faire réfléchir, pour les faire s'exprimer. Je sais que, dans son tour table initial, la Fondation a déjà noué des liens étroits avec les acteurs du monde éducatif, la Ligue de l'Enseignement, la MGEN, la CASDEN. Ils sont des partenaires du ministère de l'éducation nationale et vous pouvez compter sur l'appui de ce ministère et de son administration – je pense notamment au réseau des correspondants mémoire et citoyenneté – pour construire ensemble des actions innovantes et les déployer sur tout le territoire, dans l'Hexagone et outre-mer.

La Fondation accompagnera également les acteurs de la société civile qui veulent se saisir de ces questions pour agir contre le racisme, contre les préjugés, contre la concurrence mémorielle qui est mortifère. Elle travaillera enfin avec les lieux de mémoire, les musées, les collectivités territoriales qui sont les dépositaires de cette histoire pour en transmettre le sens au plus grand nombre, et notamment à la jeunesse.

Cette ambition est particulièrement importante à mes yeux. Dans mes fonctions de Secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'éducation nationale chargé plus particulièrement des politiques de jeunesse, je sais combien il est important de transmettre à tous les jeunes les valeurs de la République ; mais aussi de leur montrer que, quelles que soient leur origine, leur couleur de peau, leur religion, la France est leur pays et qu'ils y ont toute leur place.

La Fondation aidera à partager ces messages, a travailler grâce à l'histoire et à la culture à renforcer la citoyenneté et le sentiment d'appartenance à la Nation. Alors que le service national universel doit être généralisé l'année prochaine, je prendrai connaissance avec attention des propositions que la Fondation pourra faire pour nourrir les programmes proposés dans les territoires et enrichir cette belle idée.

Mesdames et messieurs, en venant ici aujourd'hui, je ne voulais pas simplement saluer l'initiative audacieuse que le musée d'Orsay a eu en organisant l'exposition « Le modèle noir ». Je suis venu pour marquer le soutien du gouvernement à une initiative portée par deux Présidents de la République et mise en oeuvre grâce à l'action de deux anciens Premiers ministres, Lionel Zinsou, l'auteur du rapport qui a relancé l'idée d'une institution pour la Mémoire de l'Esclavage après Edouard Glissant en 2007, et Jean-Marc Ayrault qui a porté ce projet jusqu'à sa concrétisation et qui va maintenant présider à sa mise en place.

Cette Fondation répond à un véritable besoin. Mais elle aura aussi besoin de vous tous, professionnels de la culture et du patrimoine, militants, artistes, chercheurs. C'est le sens de ces Rencontres et je vous souhaite maintenant un bon travail pour ces deux journées de découverte et d'échanges.


Je vous remercie.


Source http://gip-mmeta.org, le 23 août 2019