Déclaration de M. Emmanuel Macron, président de la République, sur le projet de production en Europe de batteries électriques et la politique du gouvernement en faveur de l'industrie, à Nersac le 30 janvier 2020.

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Circonstance : Rencontre avec les salariés de l'usine Saft

Prononcé le

Texte intégral

Madame la Ministre,
Monsieur le Ministre,
Mesdames, Messieurs les parlementaires,
Mesdames, Messieurs les élus,
Monsieur le Président du Conseil Régional,
Cher Patrick, cher Olivier,
Mesdames, Messieurs,


Je suis heureux d'être parmi vous, très heureux d'être là, Monsieur le Président du Conseil départemental, pardon, qui était juste dans mon dos et qui m'a accueilli.

Je voulais, en effet, être parmi vous aujourd'hui pour le lancement concret d'une annonce dont vous avez peut-être entendu parler, dont on a lu des traces dans les journaux il y a plusieurs mois, qui est une ambition européenne, une ambition industrielle et climatique, et qui va se traduire concrètement, ici, et dans d'autres régions françaises et allemandes.

Notre ambition, c'est en effet celle de développer les batteries électriques. Alors je le disais, c'est une ambition industrielle et écologique. Pourquoi ? Parce qu'on a besoin de se déplacer.

On continuera à avoir besoin de se déplacer. On continuera à faire des voitures, en France, en Allemagne, en Europe, et à chercher l'excellence en la matière. Mais on a tous face à nous l'impératif écologique, et donc on doit rentrer dans ces transitions et pouvoir rouler avec des véhicules propres, et donc aller de plus en plus vers, entre autres, parce que l'Etat se doit d'être neutre technologiquement, le véhicule électrique qui est en train de se développer.

L'une des grandes difficultés qu'on avait, que nous avons encore, c'est qu'on a des constructeurs, et PSA en fait partie, qui se sont engagés dans cette aventure, évidemment. Côté allemand, Volkswagen aussi, on en parlait, et plusieurs autres.

Mais les batteries sont aujourd'hui totalement produites en Asie, Corée, Chine, et marginalement au Japon.

Or, c'est 30 à 40 % de la valeur de la voiture de demain et si nous disions, on va aller beaucoup plus vite sur le déploiement du véhicule électrique, on se mettrait en situation de dépendre de ces constructeurs de batteries asiatiques qui pourraient monter les prix comme ils veulent. Ce qu'ils ont commencé à faire.

Nous avons décidé, Allemagne et France, et j'espère qu'on va engager tous les autres Européens, dans une vraie stratégie européenne - vous m'entendez souvent parler de souveraineté européenne - qui est de dire qu'on doit pouvoir, nous Européens, produire nos propres batteries.

C'est ce grand plan d'un "Airbus" des batteries électriques qui a été lancé, dans lequel on va investir massivement, avec nos industriels. Ce sont plusieurs milliards d'euros qui vont être investis dans ce plan de charge. Et donc, c'est un investissement inédit. C'est un investissement d'abord de souveraineté, à mes yeux, c'est-à-dire avec l'objectif de remettre en Europe, et donc en particulier en France et en Allemagne, la capacité à produire des batteries. C'est un investissement pour la neutralité carbone parce que c'est l'un des moyens de réduire nos émissions et d'atteindre nos objectifs de neutralité carbone 2050. C'est un investissement de création d'emplois parce qu'à horizon de sept, huit ans, l'objectif est de créer entre deux mille et deux mille cinq cents emplois côté français et de même côté allemand sur la totalité des sites qui seront développés.

Le travail qui est fait par Total Saft et par PSA est, à cet égard, emblématique. Ce qu'on vient de voir sur le site en est l'illustration pleine et entière. Et donc sur ce site, grâce justement à cet investissement et au développement, il va y avoir environ - je parle sous le contrôle des industriels qui préciseront ou corrigeront - cent cinquante emplois qui seront créés, une cinquantaine en R&D à Bordeaux. L'objectif est ensuite, quand cette phase pilote sera développée, d'avoir un site d'industrialisation dans les Hauts-de-France qui permettra de poursuivre le travail.

C'est PSA qui là aura à s'exprimer sur ce point et c'est l'intérêt de ce partenariat, justement, entre Total Saft et PSA.

Nous allons, par ce projet, côté français, pouvoir créer ces emplois, développer, et nous appuyer sur, à la fois, l'histoire et l'excellence technologique de Total Saft et de PSA. Et je le dis, parce que pour moi, c'est la réconciliation, cette aventure d'un savoir-faire industriel qui vient de loin, le vôtre, celui que vous portez et qu'on vient de voir.

Tout cela ne serait pas possible s'il n'y avait pas des femmes et des hommes qui ont un savoir-faire, qui portent une excellence et en qui on a confiance, vos industriels et la Région et l'Etat. Et donc je veux dire, la base c'est ça. Il n'y a pas d'aventure industrielle s'il n'y a pas des ouvriers, des employés, des chercheurs, des femmes et des hommes qui portent une excellence, un savoir-faire dans lequel on décide d'investir. C'est les compétences humaines, c'est la décision d'investir, c'est cette stratégie, c'est l'alliance d'industriels et de toutes les collectivités.

L'Etat français sur ce programme et l'ensemble des collectivités publiques françaises vont mettre huit cent cinquante millions d'euros. L'Etat français en met six cent quatre-vingt-dix, donc c'est un investissement massif du Gouvernement en la matière et il y a un investissement qui est fait par la région Nouvelle-Aquitaine et par la région Hauts-de-France, qui sont les deux régions qui s'engagent aux côtés de l'Etat dans cette stratégie. Et de la même manière, le gouvernement fédéral allemand, avec les Länder compétents, s'engage et fait aussi un investissement massif. Et les industriels font un investissement qui est très important et qui est, je dirais, le coeur de celui-ci.

On accompagne leur projet, mais ils vont y revenir dans un instant. Et donc, vous le voyez, le savoir-faire des femmes et des hommes que vous êtes, le savoir-faire de territoires, là où nous sommes et ce que nous venons de voir ce matin ensemble, la capacité à investir, du public et du privé. Cette stratégie qu'on lance sur les batteries électriques, ce qui va se développer à partir de cette ligne pilote de batteries pour véhicules électriques, ici à Nersac, c'est le début de cette aventure. Vous pouvez avoir la fierté de vous dire qu'ici, c'est vraiment le premier site-pilote que l'on développe de cette stratégie.

C'est le tout début et c'est essentiel parce que c'est par notre capacité à réussir cette phase-pilote qu'on pourra ensuite industrialiser, aller beaucoup plus loin et aller beaucoup plus fort. Et tout ça s'inscrit dans une stratégie que nous déployons depuis un peu plus de deux ans, qui commence à produire ses effets, parce que tout ça n'intervient pas, si je puis dire, par hasard, et n'est pas le fruit non plus du hasard. C'est, là aussi, la mobilisation de tout notre tissu productif. Mais c'est une stratégie qui a permis de redévelopper, de redéployer l'attractivité de la France en matière d'investissement, dans le secteur industriel comme dans les autres.

Nous sommes aujourd'hui, on a célébré il y a quelques semaines le moment de Choose-France, redevenus leader en termes d'attractivité des investissements productifs. On a pris les réformes fiscales qui sont parfois critiquées. Je veux bien qu'on les critique, mais sans ces réformes fiscales, il n'y a pas d'investissement. Pourquoi la France n'attirait plus d'investissement productif ? Parce que ça coûtait trop cher d'investir dans l'appareil productif français. On a réduit les impôts pour les gens qui investissent dans nos entreprises. C'est la taxe de 30% qui a réduit justement les choses, et c'est la réforme de l'impôt sur la fortune. Parce que j'entends parfois, dans nos territoires qu'on nous dit : "C'est une réforme qui est faite pour les riches". La belle affaire ! Personne n'investissait dans notre capital productif. Les entrepreneurs qui gagnent leur argent en France ne les auraient pas réinvestis pas si on n'avait pas fait cette réforme. Donc, tout ça intervient aussi parce qu'on a pris les bonnes mesures pour que les gens qui ont gagné de l'argent le réinvestissent dans notre appareil productif.

Et puis, on a changé profondément aussi les règles du marché du travail, pour les simplifier, pour permettre de redévelopper l'emploi, vous avez vu les chiffres du chômage qui sont sortis il y a quelques jours, pour donner de la flexibilité. Mais investir dans les compétences, on vient de le voir dans votre usine à l'instant, c'est aussi beaucoup de compétence derrière.

Vous, vous l'avez, vous l'avez développée, on vous a formé. Mais il faut aussi permettre à des femmes et des hommes qui sont parfois au chômage depuis plusieurs années, d'être formés pour accéder à ces compétences et être réembauchés.

Le résultat de cette politique, c'est le début. Ce n'est pas suffisant. On est en train de faire baisser le chômage mais surtout on redémarre dans l'emploi industriel. Pour la première fois depuis douze ans, dans notre pays, depuis un peu plus de six mois, on recrée l'emploi industriel. On en parlait avec le Président de Région, tout particulièrement dans cette région, mais on en a recréé en France entière. Et ce n'est pas le fruit du hasard là non plus. C'est le fruit de ce travail, de ces réformes. Ce n'est pas un hasard si pendant une décennie on a détruit. Il n'y avait pas de fatalité. Mais c'est possible. Et donc, vous le voyez, il y a eu les grandes réformes économiques sur le plan fiscal, les réformes du marché du travail et maintenant on part dans les stratégies industrielles européennes.

Je remercie Madame la Ministre d'être là pour porter justement le visage de cet engagement de l'Allemagne avec nos industriels, avec nos territoires. Donc, moi, je voulais vous remercier d'être les pilotes des pilotes à Nersac aujourd'hui, et de pouvoir, Monsieur le Maire, engager justement cette nouvelle ligne.

Ce faisant, on va retrouver de la souveraineté européenne. On va continuer à créer de l'emploi industriel dans notre pays et dans nos territoires et donc à réembaucher. On va donc continuer à former, et ce qu'on va mettre derrière nous, c'est un engagement avec la Région, de déployer la formation, en particulier des chômeurs de longue durée et des plus jeunes, pour ramener vers ces métiers. On va continuer à accompagner les femmes et les hommes qui font cette excellence et - et je finirai là-dessus - on va, grâce à nos industriels, réconcilier l'industrie et l'écologie.

Moi, je suis comme vous, extrêmement préoccupé par ce qu'on voit, par les conséquences du changement climatique, convaincu que notre pays doit saisir cette transition. Mais je ne fais pas partie des catastrophistes, qui consistent à dire : "Il faut détruire de l'emploi. Il faut décider de faire de la décroissance pour répondre à ce défi". On y répondra, comme d'ailleurs l'humanité l'a toujours fait, par de l'innovation, de la réorganisation, du savoir-faire.

C'est dans nos entreprises, si on porte ces changements. C'est dans vos mains, dans nos mains. Ce projet, justement, de batteries électriques pour les véhicules du futur, c'est la capacité à répondre aux défis écologiques, à recréer de l'emploi industriel sur nos territoires et à redonner de la force européenne.

Donc merci à Total Saft et à PSA de porter ce projet.

Merci de lancer les investissements pour développer Nersac et Bordeaux.

Merci de le faire demain, dans la phase industrielle, sur les Hauts-de-France et de porter ce visage de cette ambition française et européenne.

Merci à vous, et surtout, félicitations à celles et ceux qui le portent.