Interview de M. Adrien Taquet, secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance, à Public Sénat le 13 février 2020, notamment sur l'affaire du congé parental pour deuil, la réforme des retraites et la mort de Vanille.

Intervenant(s) :

  • Adrien Taquet - Secrétaire d'État chargé de la protection de l'enfance

Prononcé le

Temps de lecture > 30 minutes

Texte intégral

ORIANE MANCINI
Et notre invité politique ce matin, c'est Adrien TAQUET, secrétaire d'Etat en charge de la Protection de l'enfance. Merci d'être avec nous.

ADRIEN TAQUET
Merci pour votre invitation.

ORIANE MANCINI
Vous êtes avec nous pendant vingt minutes pour une interview en partenariat avec la PQR, représentée ce matin par Julien LECUYER, de La Voix du Nord. Bonjour Julien.

JULIEN LECUYER
Bonjour Oriane. Bonjour Monsieur le Ministre.

ADRIEN TAQUET
Bonjour.

ORIANE MANCINI
On va commencer par le coronavirus, Adrien TAQUET, puisque vous êtes rattaché au ministère de la Santé, on le rappelle. Deux des onze patients touchés en France sont sortis de l'hôpital hier. C'est ce qui a été annoncé. Est-ce que vous en savez plus sur l'état des neuf autres ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, écoutez, les neuf autres continuent à être suivis évidemment, il faut attendre les résultats et tests, et que les jours passent, ces quatorze jours, fameux quatorze jours d'incubation, mais au-delà de ça, tous les Français qui sont rentrés de Chine continuent à être suivis. Les premiers qui étaient arrivés, il y a de cela douze jours donc maintenant, à Carry-le-Rouet, vont sortir demain, sauf erreur, ils ont tous subi, et subissent en règle générale deux tests par jour, tout ça s'avère négatif jusqu'à présent, donc les gens vont pouvoir penser à sortir et à rentrer chez eux, retrouver leurs proches. Même la deuxième vague des Français qui étaient arrivés, que j'avais été accueillir à Istres, pourra commencer à sortir dimanche, voilà…

ORIANE MANCINI
Là aussi, des tests tous négatifs ?

ADRIEN TAQUET
Pour l'instant, les tests sont pour l'instant tous négatifs, il y a vraiment une stratégie qui consiste à éviter qu'il y ait propagation du virus dans notre pays.

JULIEN LECUYER
Monsieur le Ministre, est-ce qu'on a raison d'être inquiet, compte tenu en plus des informations qui sont forcément parcellaires, qui viennent de Chine ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, on est face à ce qui s'apparente à une pandémie mondiale, on le voit, il y a des cas qui commencent à émerger dans la plupart des pays, on ne pourra répondre à cette crise que par une coopération internationale, c'est ce qui s'est mis en place depuis le départ et ce qui s'intensifie de plus en plus, on l'évoquait, une délégation de l'OMS va aujourd'hui en Chine, il y a une réunion encore demain, aujourd'hui ou demain, aujourd'hui, je crois…

ORIANE MANCINI
Aujourd'hui…

ADRIEN TAQUET
A laquelle se rend et qu'avait initiée Agnès BUZYN en Europe, à Bruxelles, voilà, c'est par la coopération internationale qu'on fera en sorte de mettre fin à cette pandémie. Mais on est face à une situation…

ORIANE MANCINI
Est-ce qu'il y a en France, au-delà des Français qui ont été rapatriés de Chine, est-ce qu'il y a en France des personnes qui sont suspectées d'être porteuses du virus et dont on attend encore les tests ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, à ma connaissance, non, je me permets de vous renvoyer aux conférences de presse, aux points presse qui sont faits par Jérôme SALOMON notamment, le directeur général de la Santé, qui pilote de façon très concrète et opérationnelle ça, et qui fait des points réguliers. A ma connaissance, non…

ORIANE MANCINI
Y compris du côté des Contamines-Montjoie, où il y a eu ce ressortissant britannique ?

ADRIEN TAQUET
Pour l'instant, il y a bien eu... ces cinq cas, qui étaient autour d'un cas, ont bien été confirmés, ils sont suivis. Pour l'instant, il n'y a rien de spécial à dire au sujet de leur état de santé, enfin, tout est sous contrôle, voilà. Et on continue. Il y a eu, de façon préventive, hier, une troisième école qui a été fermée, voilà, de toute façon, on est dans la prévention, dans le suivi, franchement, enfin, moi, je vous le disais, j'étais à Istres, il y a 15 jours, pour accueillir les Français qui revenaient de Wuhan, je pense qu'on peut être fier de notre pays et de nos professionnels de santé et de la sécurité civile et militaire, je pense qu'il y a peu de pays dans le monde qui sont capables de mobiliser en aussi peu de temps autant de disciplines, de les coordonner entre elles, pour assurer la santé et la sécurité de nos concitoyens…

JULIEN LECUYER
Sur la viralité et la mortalité de ce de ce virus, est-ce qu'on a des précisions, on était encore très imprécis ces derniers temps ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, parce que c'est au fil des cas qui se révèlent, on a une mortalité qui, mécaniquement, a plutôt tendance à décroître avec le temps, puisque le nombre de personnes qui sont contaminées augmente, donc il semblerait qu'il y ait une viralité plus grande qu'un certain nombre de virus qui ont pu être connus et constatés par le passé.

JULIEN LECUYER
Plus grande que quoi, le SRAS par exemple ?

ADRIEN TAQUET
Par exemple, le SRAS, mais une mortalité en proportion, même si en valeur absolue, on a dépassé le nombre de morts du SRAS, ce qui a provoqué un certain émoi en Chine notamment, mais en proportion qui est qui est plus faible, voilà. Et la recherche, là aussi, est mobilisée sur ces aspects-là.

ORIANE MANCINI
Allez, on va parler de la réforme des retraites, situation inédite à l'Assemblée nationale où la Commission n'a pas pu examiner l'ensemble du texte en raison d'un trop grand nombre d'amendements, notamment de la France Insoumise, 19.000, on le rappelle, la situation risque de se reproduire en séance à partir de lundi, puisque la France Insoumise a déjà dit qu'elle emploierait la même stratégie, est-ce qu'au fond, quelque part, ça arrange la majorité que le débat ne se fasse pas sur le fond.

ADRIEN TAQUET
Oh, moi, je crois que ça n'arrange pas la démocratie, voilà, je suis désolé de le dire, il y a un dialogue, des débats qui se tiennent dans le pays depuis deux ans, il y a eu des concertations, il y a eu un nombre d'endroits, de moments, de lieux où on a pu débattre, et l'Assemblée nationale, le Parlement est un de ces endroits importants où le débat doit avoir lieu, et on est face à une stratégie d'obstruction pure et simple qui est nuisible pour la démocratie, moi, c'est ça que je regrette…

JULIEN LECUYER
Enfin, visiblement, même des députés de votre majorité ont des difficultés à comprendre ce texte, il y a deux députés LREM qui ont posé des questions au gouvernement concernant les coûts réels de cette réforme des retraites, ça montre quand même qu'il y a des imprécisions et qu'il y a peut-être raison de s'interroger sur les lacunes de ce projet ?

ADRIEN TAQUET
Non, mais il y a, si je peux me permettre, il y a une différence entre un sujet qui est complexe, qui soulève un certain nombre d'interrogations pour les Français avant même des parlementaires, et c'est normal, je veux dire, enfin, remettons les choses en perspective, ça fait 30 ans qu'on est tous d'accord globalement pour se dire que la réforme, que notre système des retraites est injuste et qu'il faut le réformer, je vous rappelle le rapport Rocard en 1989, bon, ça concerne le quotidien des Français, c'est normal que ça soulève un certain nombre d'angoisses, c'est un sujet complexe, on change totalement de système. Le débat parlementaire – notamment, puisqu'on sait qu'il y a aussi des discussions avec les partenaires sociaux – doit permettre d'affiner un certain nombre de choses, d'en clarifier d'autres, et ça, c'est totalement légitime, et justement, le débat parlementaire devrait permettre ça, or, on a face à ça des gens qui veulent juste… des gens qui sont aujourd'hui… enfin, la France Insoumise, aujourd'hui, est un parti conservateur, qui défend un système injuste, voilà, c'est ça, la réalité aujourd'hui, et c'est dommageable.

ORIANE MANCINI
Mais quand même c'est encore flou sur la question du financement, c'est encore flou sur la question de la valeur du point, c'est ça qui intéresse les Français…

ADRIEN TAQUET
Mais bien sûr…

ORIANE MANCINI
Est-ce que ce n'est quand même pas l'illustration d'un manque de préparation, d'un manque de clarté de la part du gouvernement ?

ADRIEN TAQUET
Mais la valeur du point, on a toujours dit qu'il y a un moment où il allait falloir la déterminer, et c'était dans le processus normal des choses, il y a un certain nombre de garanties qui avaient été attachées à cette valeur du point et qui répondaient à des interrogations légitimes des Français, le fait qu'il ne puisse pas baisser, la façon dont il va être construit, le rôle que vont pouvoir jouer les partenaires sociaux dans la valeur du point, le fait qu'il soit fixé sur l'évolution des salaires et non pas des prix, ce qui est quand même une garantie aussi d'évolution positive. Tout ça va être inscrit dans la loi, la fameuse règle d'or, et puis, il y aura la détermination de valeur de ce point, mais tout ça… on est dans un processus assez normal, classique, s'il n'était pas entravé par des gens qui veulent juste défendre les inégalités du système actuel…

JULIEN LECUYER
Mais Monsieur le Ministre, est-ce que vous n'avez pas échoué, enfin, je dis vous, c'est le gouvernement évidemment, à être intelligible, à parler au pays réel, pour reprendre l'expression du président de la République, devant les députés de la majorité ?

ADRIEN TAQUET
Moi, je suis optimiste sur la possibilité encore de faire comprendre ce projet, il semblerait, enfin, je vous rejoins là-dessus, effectivement, un certain nombre de nos concitoyens, pour l'instant, ne comprennent pas l'intégralité du projet, n'appréhendent pas forcément avec précision quel effet ça aura sur leur propre situation, étant entendu qu'ils ne savent pas non plus aujourd'hui dans le système actuel quelle sera leur situation une fois qu'ils seront à la retraite, point auquel le système actuel est compliqué. Moi, je pense qu'il faut continuer à faire la pédagogie, moi, j'attendais aussi beaucoup du débat parlementaire pour faire cette pédagogie, pour expliquer aux Français, pour clarifier un certain nombre de points, pour en préciser d'autres. Ce débat est empêché, voilà, aujourd'hui…

JULIEN LECUYER
Vous pouvez assurer que ça aboutira avant les municipales ?

ADRIEN TAQUET
Aujourd'hui, c'est France Insoumise qui empêche le débat et la pédagogie autour de cette réforme…

JULIEN LECUYER
Est-ce qu'on aboutira avant les municipales ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, c'est nous, en tout cas, l'objectif qu'on s'est fixé pour l'instant, donc j'espère que oui…

JULIEN LECUYER
Avec un 49.3 ?

ADRIEN TAQUET
Ça, écoutez, alors franchement, n'essayez pas de m'amener sur ce terrain-là, pour l'instant, il n'en est pas question, de ce que j'en ai entendu.

JULIEN LECUYER
C'est la mère des batailles en tout cas, d'après ce que dit le président, et qui s'attend à une remontada, il est fan de football, donc je sais qu'il a besoin de…

ADRIEN TAQUET
On partage cette passion…

JULIEN LECUYER
Vous partagez cette passion…

ADRIEN TAQUET
Mais pas pour la même équipe.

JULIEN LECUYER
Mais est-ce que vous parleriez, vous aussi, d'une remontada nécessaire sur le projet des retraites, c'est-à-dire de reconquérir une opinion qui a été finalement assez défavorable ?

ADRIEN TAQUET
C'est notre ambition, moi, je suis une fois encore intimement convaincu de la nécessité de cette réforme, non pas réformer pour réformer, mais parce qu'on est dans un système actuel qui est illisible et qui est injuste, enfin là où on a peut-être échoué, c'est de ne pas avoir suffisamment dit en quoi cette réforme des retraites était porteuse de justice sociale pour beaucoup de nos concitoyens, voilà, on n'a pas assez insisté là-dessus, pour les gens qui ont des carrières hachées, c'est-à-dire des gens qui sont généralement en précarité sociale, pour les femmes, pour les mères célibataires, pour les personnes en situation de handicap, pour les gens qui ont des enfants, voilà, pour les agriculteurs, le minimum vieillesse va passer à 1.000 euros, il y a des gens qui sont à 3, 4.00 euros aujourd'hui. Moi, je ne comprends pas comment, notamment les partis de gauche, vont réussir à expliquer qu'ils sont contre tout ça et qu'ils ont été contre tout ça…

JULIEN LECUYER
Alors, il est vrai Monsieur le Ministre qu'il y a un problème de communication visiblement sur les retraites, mais il y en a un autre qui a concerné le congé de deuil pour un enfant. Vous recevez, je crois, vous avez encore des réunions cet après-midi avec Muriel PENICAUD et les associations…

ADRIEN TAQUET
Absolument, et demain avec les partenaires sociaux…

JULIEN LECUYER
Et demain avec les partenaires sociaux. Alors cela dit, la CFDT a claqué la porte estimant qu'elle servait d'alibi au gouvernement pour un projet qui était extrêmement flou et visiblement décidé aussi au sein de l'Assemblée nationale où un groupe de travail a déjà annoncé des propositions. Concrètement, où on va et qu'est-ce que vous allez proposer aux associations ?

JULIEN LECUYER
Je suis désolé, mais, moi mon souci, c'est plus les familles que Laurent BERGER, voilà, je suis désolé de le dire. Aujourd'hui, on a tous, et quand je dis tous, c'est sur tous les bancs, c'est à l'Assemblée, c'est ici au Sénat, j'en suis convaincu, c'est les associations de familles, et c'est les partenaires sociaux, on a tous envie d'améliorer autant que faire se peut la situation de ces familles qui sont face à un tel drame, qui est le pire des drames qu'on peut rencontrer dans la vie, je pense. Il y a une association ce matin qui a dit : j'ai l'impression qu'on va rattraper dix ans de retard dans notre pays sur ce sujet-là, voilà, moi c'est ça que j'ai envie de retenir. On a reçu, avec ces quelques parlementaires que vous évoquiez, on a effectivement reçu les associations, on était en posture d'écoute, voilà, qu'est-ce qu'il faut faire, dites-nous, on a fait pareil avec les partenaires sociaux, on leur a tous dit : on va vous revoir pour vous soumettre nos premières pistes, les parlementaires ont travaillé de leur côté, ils ont proposé des premières pistes à leurs collègues…

JULIEN LECUYER
Alors, c'est des premières pistes…

ORIANE MANCINI
… La piste de trois semaines, est-ce que ça sera la piste retenue par le gouvernement ou pas ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien écoutez, on est en train d'expertiser ça. Moi, à titre personnel, je suis assez séduit par ça, mais je veux entendre les associations là-dessus et les partenaires sociaux, étant entendu, et tout le monde s'accorde pour le dire, 5 jours, 12 jours, 3 semaines, ce n'est pas le coeur du sujet, ce n'est pas le coeur du sujet, c'est bien…

ORIANE MANCINI
Le texte arrive…

ADRIEN TAQUET
Ou tout autant, tout ce qu'il y a autour, l'accompagnement psychologique, l'accompagnement financier, pour faire face aux frais d'obsèques, la protection au retour à l'emploi…

JULIEN LECUYER
Ça, qu'est-ce que vous allez proposer ?

ADRIEN TAQUET
Ce genre de choses qu'on discute avec les partenaires sociaux…

ORIANE MANCINI
Mais justement, le texte arrive au Sénat le 3 mars, il sera examiné au Sénat le 3 mars, qu'est-ce que le gouvernement va proposer, qu'est-ce que le gouvernement va mettre dedans ?

ADRIEN TAQUET
Oui, eh bien, je vous le redis, le gouvernement va déjà, et les parlementaires, on va soumettre, là, les quelques idées qui sont évoquées aux associations cet après-midi, avoir leur retour, est-ce que ça leur semble constituer un accompagnement global satisfaisant, est-ce qu'il y a des choses qu'on peut améliorer…

JULIEN LECUYER
Ça va évoluer par rapport aux propositions des parlementaires ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, sur les propositions des parlementaires, il y a des choses, il y a des grands principes, il y a des choses qui sont précises, vous parliez des trois semaines de congés, il y a des choses qui sont…

JULIEN LECUYER
Sur le capital décès par exemple, on peut imaginer de le revoir à la hausse ?

ADRIEN TAQUET
Fondamentalement, tout est tout est envisageable. Ce qui est important sur cette question-là, c'est qu'il y ait une équité territoriale et que l'ensemble des Français puisse en bénéficier, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, aujourd'hui, c'est l'essai… la CAF fait à cet égard un boulot formidable, ils ont créé un parcours d'essai où ils accompagnent les parents et où il y a une aide financière, mais qui est à la libre disposition de chacune des caisses, et donc avec des traitements différents ; on aimerait en faire… enfin, moi, mon avis, c'est qu'il faudrait en faire un vrai droit, voilà, et qui soit le même pour tout le monde, voilà, donc ça, il faut affiner tout ça, voir comment on construit ça, comme on le finance, mais franchement, on va aller dans la bonne direction à cet égard.

ORIANE MANCINI
Allez, autre sujet, Emmanuel MACRON qui a annoncé des mesures sur le handicap, conférence nationale sur le sujet il y a deux jours, mesures qui concernent aussi les enfants, quel va être votre rôle dans la mise en oeuvre de ce plan ?

ADRIEN TAQUET
Je vais déjà saluer le travail de Sophie CLUZEL à cet égard depuis plus de deux ans, moi, le handicap, enfin, je ne sais pas si vous le savez, mais c'est un sujet sur lequel j'étais très investi en tant que parlementaire, j'avais rédigé un rapport sur la simplification administrative du handicap avec Jean-François SERRES, et dont une des mesures phares était l'attribution des droits à vie pour les handicaps non susceptibles d'évoluer, et mesure qui a été adoptée, qui est en oeuvre depuis plus d'un an, et un certain nombre des mesures d'ailleurs qui ont été annoncées, hier ou avant-hier, recoupent ce qu'on avait pu constater dans ce rapport. Moi, si vous voulez, sur mon champ plus spécifique de la protection de l'enfance, il y a un sujet, il y a même plusieurs sujets, mais il y a un sujet central qui est que 30 % des gamins aujourd'hui qui sont à l'aide sociale à l'enfance sont porteurs d'une reconnaissance d'un handicap, 30 %, et ça soulève un certain nombre de défis pour nous. D'une part, tout ce qui est accompagnement à la parentalité, je pense qu'il faut… il y a des situations de placement, comme on dit, que l'on pourrait éviter si outillait, si on accompagnait mieux les parents dans leur parentalité, pour éviter que des situations se dégradent et conduisent à un placement. Premier sujet. Il y a un deuxième sujet qui est celui de l'évaluation, souvent, notamment s'agissant des troubles du spectre de l'autisme, vous avez un certain nombre de syndromes de l'autisme qui peuvent s'apparenter à du syndrome de délaissement parental, et quand vous avez des travailleurs sociaux, des experts judiciaires, des juges qui ne sont pas formés à l'autisme, ils peuvent prendre ça pour des syndromes de délaissement parental, et ça peut conduire à des placements qui ne sont pas justifiés, bon, donc ça, nous avons mis en place, dans la continuité de la stratégie nationale pour l'autisme, dans le cadre des TND, on a mis en place une task force pour trouver les moyens d'éviter ce genre de situation, notamment en modernisant et en outillant les cellules de recueil d'informations préoccupantes. C'est un gros. Et le troisième sujet, si vous me permettez, c'est en matière de protection, ces gamins de l'aide sociale en France, qui sont en situation de handicap, ils sont au croisement de deux politiques publiques, ils sont croisement du social et du médico-social, avec des décideurs différents, avec des financeurs différents, c'est des gens qui sont au croisement de deux politiques publiques, et dans un pays qui fonctionne en silo, quand vous êtes au croisement de deux politiques, eh bien, en fait, vous tombez dans le trou qu'il y a entre les deux. Et en fait, ces enfants, on ne sait pas les accompagner. On ne sait pas les accompagner, on les accompagne mal, soit socialement, soit du point de vue médico-social, il faut que nous inventions une façon nouvelle décloisonnée, qui combine un accompagnement social et médico-social d'accompagner ces enfants, et c'est un des points très forts de la stratégie pour la prévention et protection de l'enfance, que j'ai présentée le 14 octobre dernier dans votre beau département, voilà, où nous allons, via la CNSA, bon ça, c'est les tuyaux de financement, peu importe, allouer 15 millions d'euros pour financer des projets qui émaneront des territoires en fonction de leurs besoins, portés par les départements ou par les associations pour inventer ces formes nouvelles d'accompagnement de ces enfants en situation de handicap, voilà, moi, c'est une de mes grosses priorité parce, que c'est un sujet majeur.

JULIEN LECUYER
Je me permets simplement de revenir sur les contrats avec les départements, mais vous avez engagé des actions, enfin, vous avez engagé un contrat pour permettre aux départements de développer des actions fortes vis-à-vis de la protection de l'enfance, une enveloppe de 80 millions, mais concrètement, il y a beaucoup d'associations qui se disent que c'est notoirement insuffisant au regard du portefeuille entier que vous avez à votre disposition.

ADRIEN TAQUET
Alors, deux choses, sur la stratégie de prévention et de protection de l'enfance, donc sur l'amélioration de notre système institutionnel, qui est l'aide sociale à l'enfance, ou la compétence, vous l'avez rappelé, des départements, mais qui, pour moi, est une compétence partagée entre l'Etat et le département, il n'y a pas que la contractualisation, si je peux me permettre, il y a un certain nombre de chantiers nationaux, importants, importants, pour répondre aux difficultés connues, notamment, nous avons, j'ai saisi le Conseil national de la protection de l'enfance pour qu'il puisse élaborer des normes sur les taux d'encadrement, sur la formation des professionnels qui sont dans les foyers. Aujourd'hui, vous avez ça pour l'accueil de la petite enfance, mais pas du tout pour les institutions de l'aide sociale à l'enfance, il faut que l'on norme un peu plus, que l'on cadre un peu plus, et que ce soit la même chose sur le territoire, de la même façon, les assistantes familiales, les fameuses familles d'accueil, tous les départements sont confrontés à des difficultés de pyramide des âges, de recrutement, d'attractivité, bon, et les assistantes familiales sont confrontées à des difficultés de formation, de valorisation symbolique et financière. Le 27 février prochain, j'ouvre une concertation (sic), non pas une concertation… pardon… des négociations collectives, parce que c'est de cet ordre-là, avec les organisations syndicales et les associations pour réformer les assistants familiaux, donc vous voyez, des projets nationaux importants. On réforme la gouvernance aussi, le pilotage de la protection de l'enfance. Et puis, il y a la contractualisation, avec 30 départements cette année. Il y a eu 62 départements qui m'ont répondu favorablement, pour aider, cofinancer des projets, pour, ici, créer une solution pour accompagner les enfants, là, créer une offre, par exemple, un village d'enfants, pour permettre que les fratries ne soient pas séparées, pour réinvestir dans la PMI, Protection Maternelle Infantile, voilà, parce qu'on est sur de la prévention, et moi, je crois beaucoup à ça, voilà. 80 millions d'euros pour financer, cofinancer ces projets avec les départements, sur 30 départements cette année, et puis, 30 supplémentaires l'année prochaine, on va aller, d'ailleurs, assez rapidement, désigner les 30 prochains départements, et puis, monter en puissance, et couvrir l'ensemble du territoire.

ORIANE MANCINI
On va revenir sur le meurtre de la petite Vanille, qui a eu lieu le week-end dernier et qui interroge sur les liens finalement entre la mère et l'enfant, est-ce qu'il faut prendre des mesures pour couper définitivement le lien entre une mère et son enfant lorsque la mère présente des troubles aussi graves ?

ADRIEN TAQUET
Alors, ce n'est pas aussi blanc et noir que ça, parce que vous savez, on parle de matière humaine, bon, cette histoire est dramatique évidemment, moi, ça m'inspire deux ou trois choses, d'une part, il faut – et c'est un autre point important d'ailleurs – il faut que nous ayons un référentiel d'évaluation des situations de danger, aujourd'hui, quand vous êtes un enfant à Lille ou à Marseille, vous n'êtes pas en danger de la même façon…

ORIANE MANCINI
Pourquoi ?

ADRIEN TAQUET
Parce que les travailleurs sociaux, les cellules de recueil d'informations préoccupantes, les personnes qui évaluent la situation de danger n'ont pas de référentiel national, donc ont leurs propres règles, leurs propres référentiels pour apprécier ce qui est une situation de danger, c'est ça la réalité aujourd'hui. C'est la raison pour laquelle, dès que je suis arrivé, j'ai saisi la Haute autorité de santé pour qu'elle élabore un référentiel sur l'évaluation des situations de danger, pour aider les professionnels à évaluer les situations.

ORIANE MANCINI
Et ça, ça va être mis en place quand ?

ADRIEN TAQUET
La Haute autorité de santé va revenir vers moi a l'été.

JULIEN LECUYER
D'une certaine manière, Monsieur le Ministre, vous dites qu'il y a eu défaillance, une défaillance globale, on ne veut pas pointer du doigt un service en particulier, mais il y a une défaillance…

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, alors, on ne va surtout pas pointer du doigt, puisqu'on va attendre les résultats de l'enquête, parce qu'il y a une enquête judiciaire pour voir ce qu'il en est. Ce qui est la deuxième chose, pour répondre à votre propos et poursuivre le mien, c'est que, effectivement, dans notre pays, on a trop souvent, pendant très longtemps, privilégié le maintien du lien biologique. Et les lois de 2007 de Protection de l'enfance et de 2016 ont remis le curseur dans les textes vers l'intérêt supérieur de l'enfant, et après, vous avez les pratiques professionnelles, et puis, une fois encore, ce sont des sujets très complexes, parce qu'il semblerait que cette mère montrait de l'investissement dans la relation avec son enfant, de ce qu'on nous en dit, bon. Mais, il faut que l'intérêt supérieur de l'enfant prime, il faut que ça soit notre boussole à nous dans l'action publique, et de chacun des professionnels sur le terrain, c'est dans la grande majorité des cas, mais peut-être pas partout, et ça soulève un point, cette question-là, qui est la question du dialogue entre la psychiatrie adulte et la protection de l'enfance, vous avez une mère qui a des troubles psychiatriques, qui est suivie, qui bénéficie d'un accompagnement depuis plus de deux ans, qui a été prise en charge d'ailleurs, identifiée comme fragile, et prise en charge pendant sa grossesse, qui, semble-t-il, allait au CMP régulièrement, était suivie et par un psychiatre…

ORIANE MANCINI
Et ce dialogue est insuffisant pour vous…

ADRIEN TAQUET
Eh bien, le psychiatre…

ORIANE MANCINI
Il y a trop de cloisonnements ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, le psychiatre adulte va prendre l'intérêt de son patient, donc la mère en considération, est-ce qu'il a suffisamment pris en compte… enfin, est-ce qu'on prend suffisamment en compte dans ce genre de cas l'intérêt supérieur de l'enfant. Et donc il faut renforcer ce dialogue entre la psychiatrie adulte et la protection de l'enfance. Il faut que l'intérêt supérieur de l'enfant soit davantage…

ORIANE MANCINI
Et vous avez travaillé là-dessus ?

ADRIEN TAQUET
Et on va travailler là-dessus, on est en train – notamment avec les associations – de voir, et puis, les associations de psychiatres de voir comment on peut avancer sur ce sujet-là, parce que, je pense que le sujet de fond, c'est un peu complexe, mais je pense que le sujet de fond, il est là, en fait.

JULIEN LECUYER
Une question simplement et rapidement sur la lutte contre la pornographie, qui fait partie aussi de votre champ d'activité, si je puis dire, l'exposition à la pornographie, alors, on a eu un article du Figaro qui disait que l'exposition à la pornographie commençait même en primaire dorénavant, vous aviez… le président MACRON avait défini une stratégie : mettre la pression sur les fournisseurs d'accès pour la mise en place d'un contrôle parental, où est-ce qu'on en est et est-ce qu'il faudra en passer par la loi ?

ADRIEN TAQUET
Eh bien, on va voir, mais la volonté est intacte…

JULIEN LECUYER
Alors, la volonté est intacte, oui, mais celle des fournisseurs, elle est comment… ?

ADRIEN TAQUET
La volonté intacte, et la pression est toujours bien là. On les a tous réunis, alors tous les… ce n'est pas que les fournisseurs, c'est vraiment tous les acteurs de la chaîne… donc vous avez aussi les fabricants de téléphones, les gens qui ont les OS, les fournisseurs d'accès, les moteurs de recherche, bref, pour la première fois, on a mis tout le monde autour de la table, on leur a tous fait, à tous, fait signer un protocole d'engagement où effectivement, on se fixe, ce qu'a dit le président de la République, 6 mois pour baisser drastiquement l'exposition…

JULIEN LECUYER
C'est pour mai donc, c'est ça ?

ADRIEN TAQUET
Ça sera à l'été.

JULIEN LECUYER
Parce qu'on sait que c'est extrêmement complexe, effectivement, le contrôle parental. C'est ce qui ressert des articles qu'on peut lire de-ci, delà…

ADRIEN TAQUET
Oui, je…

JULIEN LECUYER
Non, vous pensez que c'est tout à fait faisable, donc c'est une question de volonté des acteurs ?

ADRIEN TAQUET
Moi, je pense que c'est faisable. On a fixé l'objectif, on leur laisse le choix du moyen pour y arriver, j'ai ouvert la première session technique de travail très concrète la semaine dernière au CSA, puisqu'on a confié au CSA et l'ARCEP la responsabilité de mener ça, de construire un indicateur aussi qui va nous permettre de mesurer l'évolution, on fera un premier point en avril, et puis, un second à l'été, et on verra si les outils mis en oeuvre par les différents acteurs permettent de limiter drastiquement l'exposition des jeunes à la pornographie, et si tel n'est pas le cas, comme l'a dit le président de la République, nous en passerons par la loi. Cédric O, secrétaire d'Etat au Numérique, et moi-même, sommes très, très clairs là-dessus, et puis, par ailleurs, permettez-moi de dire que tout ça est complété par la PPL Avia, où la question de la pornographie fait partie du texte, la PPL Couillard…

ORIANE MANCINI
La PPL Avia, c'est la proposition de loi sur la lutte contre la haine en ligne…

ADRIEN TAQUET
Pardon, excusez-moi, la lutte contre la haine en ligne. Contre les violences sexuelles qui va arriver bientôt au Sénat, on a réaffirmé dans la loi que le simple disclaimer « j'ai 18 ans » pour rentrer sur un site porno ne suffisait pas à protéger les mineurs, et en rappelant les sanctions pénales qu'il y avait. Et par ailleurs, dans le projet de loi audiovisuel, l'ARCOM, la future instance de régulation de la télévision, mais aussi de l'Internet, aura comme mission, de façon explicite, la protection des mineurs contre la pornographie. Donc c'est un dispositif global qui doit nous permettre de mieux protéger nos enfants.

ORIANE MANCINI
Dernier sujet, c'est l'exposition des jeunes enfants, voire des très jeunes aux écrans, est-ce que pour vous, ça va devenir un vrai problème de santé publique ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, je discute beaucoup avec les professionnels, c'est à la fois les praticiens, où vous rencontrez… j'étais encore à Strasbourg, il n'y a pas longtemps, où j'ai rencontré tous les professionnels de la PMI de Strasbourg, qui sont là depuis 20, 30 ans, et qui vous disent : eh bien, écoutez, les gamins ne sont plus les mêmes, en fait, quand on rentrait dans une classe, on disait : bonjour, tout le monde nous répondait en disant : bonjour Madame. Là, on rentre dans une classe, il y en a trois qui nous répondent. Ils constatent des problèmes d'attention…

ORIANE MANCINI
C'est quoi, manque de concentration, difficultés de langage ?

ADRIEN TAQUET
Des problèmes d'attention, concentration, il y a des difficultés de langage qui sont perçues, la difficulté, c'est que tout ça est en réalité plutôt multifactoriel, et pour l'instant, aucune étude scientifique, parce qu'on discute beaucoup aussi avec les scientifiques, aucune étude scientifique ne permet aujourd'hui de définitivement acter que l'exposition des écrans génère des troubles de cette nature-là. On n'a aujourd'hui pas assez de recul tout simplement par rapport… et des cohortes pas suffisamment grandes, et pas assez de recul. Pour autant, on avait saisi le Haut conseil à la santé publique pour nous faire des recommandations, l'exposition avant 3 ans reste effectivement plutôt à…

ORIANE MANCINI
A bannir…

JULIEN LECUYER
A proscrire…

ADRIEN TAQUET
A bannir. Ce qui est important, et tout ça, s'inscrit dans le cadre du projet autour des 1000 premiers jours de la vie de l'enfant, que nous menons, et sur lequel nous allons faire des annonces d'ici l'été, c'est la question de la parentalité numérique, les parents, ils sont paumés face à sujet-là, ils sont paumés. Ils se rendent bien compte que c'est une formidable opportunité, les écrans, mais que c'est aussi porteurs de risques, ils se rendent bien compte que ce n'est pas terrible, mais c'est bien pratique quand même, et ils se rendent bien compte que, eux aussi, et c'est… ils sont toute la journée comme ça, et un enfant, ça se construit aussi par mimétisme. Bon, bref, il faut accompagner les parents sans les culpabiliser, voilà, leur donner un certain nombre de règles, de repères, l'utilisation de l'écran en soi n'est pas si problématique que ça si c'est partagé, si c'est créateur de liens, si c'est une activité parmi d'autres, voilà, donc pour l'instant, c'est plus la question des usages que de l'exposition en elle-même, mais on est dans un processus itératif. Et on avance encore au gré de la recherche…

ORIANE MANCINI
Dernière question, Adrien TAQUET, est-ce que vous serez candidat aux municipales ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, ce n'est pas encore totalement acté. Moi, aujourd'hui…

ORIANE MANCINI
Ça approche quand même…

ADRIEN TAQUET
Oui, ça approche, moi, écoutez…

ORIANE MANCINI
Il ne vous reste plus beaucoup de temps…

ADRIEN TAQUET
Aujourd'hui, j'essaie d'être utile là où je peux être utile, c'est toujours ce que j'ai dit sur Asnières et Colombes, j'ai dit : moi, je ne serai pas en position éligible, je serai sur la liste, si ça peut être utile que je le sois, et aujourd'hui, et à Asnières, et à Colombes, il y a des très, très bonnes dynamiques de chacun de nos deux candidats…

ORIANE MANCINI
Vous n'avez pas choisi…

JULIEN LECUYER
Avoir un ministre un LREM, ce n'est pas un atout quand même aux municipales ?

ADRIEN TAQUET
Ecoutez, moi, j'essaie d'aider…

JULIEN LECUYER
Dans ce contexte, ce n'est pas si clair…

ADRIEN TAQUET
Ah, si, alors, moi, je revendique haut et fort l'étiquette, et mon appartenance au gouvernement.

ORIANE MANCINI
Mais qu'est-ce qui va vous décider alors ?

ORIANE MANCINI
Moi, pour l'instant, vous savez, j'ai été soutenir nos candidats dans la moitié des villes du département des Hauts-de-Seine, et mon ambition, c'est d'aller les soutenir dans l'ensemble d'ici au 15 mars…

ORIANE MANCINI
En tout cas, vous ne serez pas tête de liste…

ADRIEN TAQUET
Chacun des 36 communes… ah, non, ça, je ne serai pas tête de liste, mais ça, je l'ai toujours dit. Voilà. Et puis, vous savez, il y a les municipales, et puis, il y a les départementales, les régionales, enfin, il y a un certain nombre d'échéances…

ORIANE MANCINI
Et ça vous intéresse plus…

ADRIEN TAQUET
Je ne dis pas que ça m'intéresse plus, mais je pense qu'il faut regarder l'ensemble des échéances, parce qu'en plus, vous le savez très bien ici plus qu'ailleurs, tout ça est très lié.

ORIANE MANCINI
Merci beaucoup Adrien TAQUET, merci d'avoir été avec nous ce matin.

ADRIEN TAQUET
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 février 2020