Interview de Mme Élisabeth Borne, ministre de la transition écologique et solidaire, à RMC le 19 février 2020, sur la mise à l'arrêt de la centrale de Fessenheim, les stations de ski victimes du dérèglement climatique et les éoliennes.

Texte intégral

JULIEN COUDROT
Les candidats français doivent-ils chanter en français au concours de l'Eurovision, Apolline ? Vous en pensez quoi ?

APOLLINE DE MALHERBE
Je ne suis pas sûre d'avoir un avis.

JULIEN COUDROT
On peut peut-être poser la question à Elisabeth BORNE d'ailleurs.

APOLLINE DE MALHERBE
Exactement, on peut quand même demander à notre ministre s'il faut oui ou non chanter en français. Ce n'est pas du tout votre domaine, on le sait bien. Bonjour Elisabeth BORNE. Vous êtes Ministre de la Transition écologique et solidaire, vous êtes dans le studio de RMC. On va parler dans un instant, bien sûr, d'écologie. Effectivement cette question, quand Franck RIESTER dit : "Il y a un moment, il faut chanter en français."

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est pas mal de chanter en français. Vous savez, c'est une langue qui est très parlée dans le monde et je crois que c'est bien de la porter aussi.

APOLLINE DE MALHERBE
Et puis il y a un vrai renouveau quand même de la chanson française donc autant le porter haut. Elisabeth BORNE, merci d'être avec nous. Vous venez bien sûr parler de la question de la transition écologique et notamment de cette fermeture de Fessenheim, la fameuse centrale de Fessenheim, quarante-trois ans après sa mise en service. Ça fait des années qu'on nous annonce qu'elle va fermer. C'était la promesse de François HOLLANDE qui nous avait promis qu'elle allait fermer avant la fin de son quinquennat ; ça n'a pas été fait. Emmanuel MACRON a repris cette promesse. Est-ce que véritablement, ça y est, on va la mettre off ?

ELISABETH BORNE
Alors je vous confirme, c'est un moment historique parce que, comme vous le soulignez, ça fait des années qu'on dit aux Français qu'il faut baisser la part du nucléaire dans notre électricité. Ça fait des années qu'ils entendent parler de l'arrêt de Fessenheim et puis depuis des années, nos prédécesseurs ont reporté la décision. Cette décision, elle est prise. Le décret que j'ai signé avec le Premier ministre, il est ce matin au Journal officiel et samedi prochain, le premier réacteur de Fessenheim s'arrêtera. Donc c'était effectivement un engagement d'Emmanuel MACRON. Cet engagement, nous le tenons.

APOLLINE DE MALHERBE
Ça y est, ça c'est du concret. Il est 08 heures 13 sur RMC, vous nous dites : le décret, il est publié ce matin et c'est samedi qu'on éteint le premier réacteur

ELISABETH BORNE
Absolument. Et je pense que c'est important aussi de noter qu'on est en train de passer du temps des promesses et puis des objectifs lointains au temps de l'action.

APOLLINE DE MALHERBE
Evidemment, il y a une question, c'est que vont devenir les salariés.

ELISABETH BORNE
C'est effectivement un problème qu'on prend très, très au sérieux et je le dis aussi à ceux pour qui l'écologie c'est des objectifs spectaculaires, c'est des promesses qui n'engagent que ceux qui les écoutent. Effectivement quand on rentre dans le dur comme on est en train de le faire, on voit que c'est des décisions difficiles et qu'il faut accompagner les salariés. On s'est assuré auprès d'EDF que tous les salariés de la centrale retrouveront un emploi dans le groupe.

APOLLINE DE MALHERBE
Il n'y aura aucune perte d'emploi ?

ELISABETH BORNE
Il n'y aura aucune perte d'emploi, les salariés d'EDF seront tous reclassés. Puis il y a un accompagnement particulier pour les sous-traitants et puis on a aussi un accompagnement qu'on va prévoir pour les commerçants, pour tous ceux qui vivaient avec la centrale.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est un bassin d'emplois évidemment.

ELISABETH BORNE
Absolument Et l'objectif d'accompagner le territoire pour que ce soit vraiment une réussite cette transition, pour que Fessenheim soit demain à la pointe de la transition écologique.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, la baisse de la production de cette centrale est-ce qu'elle va peser dans la production d'énergie en France ? Est-ce que ça va avoir un impact parce qu'il va falloir augmenter la production des autres centrales ? Dans ce cas-là franchement, ce serait juste un jeu de bonneteau.

ELISABETH BORNE
Non. Notre politique énergétique c'est trois choses. C'est de réduire la part du nucléaire pour passer de près de trois quarts d'électricité nucléaire à 50% en 2035. C'est aussi l'arrêt des centrales à charbon.

APOLLINE DE MALHERBE
C'est tenable ?

ELISABETH BORNE
Parce que, vous savez, arrêter quatre centrales à charbon c'est comme sortir quatre millions de voitures de la circulation. Et puis c'est le développement des énergies renouvelables, et je voudrais dire que ça marche. Vous voyez par exemple, en 2019, on a eu plus de 20% d'électricité produits à partir de l'éolien. En plus ça a permis de réduire l'électricité produite par les centrales à charbon de près de trois quarts et de baisser de 6% les émissions de gaz à effet de serre. Donc notre politique énergétique, elle marche.

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que Elisabeth BORNE, on le voit bien, l'éolien, il y a quand même un vent de révolte sur l'éolien. D'abord les propos d'Emmanuel MACRON lui-même rien que le mois dernier, on a senti qu'il prenait ses distances, qu'il disait qu'il se demandait s'il fallait continuer à accompagner son développement. On rappelle qu'il y en a six cents qui sont construites chaque année. Et puis il y a deux députés qui, ce matin, demandent à ce qu'il y ait une loi pour encadrer la construction de ces éoliennes. Est-ce que vous ne faites pas fausse route ? Est-ce que d'abord du point de vue écologique, on est vraiment sûr que l'éolien c'est mieux ?

ELISABETH BORNE
Vous savez, c'est produire de l'électricité à partir d'une source infinie, le vent, comme on peut le faire aussi à partir de l'énergie solaire.

APOLLINE DE MALHERBE
Infini, mais pas permanent, quand l'éolienne ne tourne pas, il y a souvent des petites centrales à charbon en dessous pour prendre le relais, comment c'est possible une telle aberration ?

ELISABETH BORNE
Non mais demain il n'y aura plus de centrales à charbon, c'est simple, on arrête les 4 dernières centrales à charbon dans le quinquennat. Donc le développement de l'éolien, c'est important pour notre transition énergétique, mais ça ne peut pas se faire n'importe comment et moi je veux remettre de l'ordre dans ce développement de l'éolien, c'est pour ça que j'ai annoncé des mesures au mois de décembre et qu'on est en train de travailler parce qu'on ne peut pas développer l'éolien en gâchant nos paysages, je pense qu'on y est tous attaché. Moi, je suis convaincue qu'il y a un chemin pour développer l'éolien de façon ordonnée.

APOLLINE DE MALHERBE
Les tonnes et les tonnes de béton qui sont au pied de chaque éolienne, est-ce que ça, ça vous paraît très écolo ?

ELISABETH BORNE
Eh bien écoutez, j'ai changé les obligations des producteurs d'énergie éolienne en les obligeant à reprendre, à sortir toutes ces fondations. On va aussi donner des obligations sur le recyclage.

APOLLINE DE MALHERBE
Mais comment on va faire, on dit que c'est très difficile, que concrètement ce béton armé, on ne sait pas comment le dissoudre ?

ELISABETH BORNE
Non, non.

APOLLINE DE MALHERBE
Il y a les techniques ?

ELISABETH BORNE
Evidemment, tout peut être difficile, vous savez, mais c'est une obligation qu'auront maintenant les producteurs d'éolien, ils devront effectivement retirer ces fondations et recycler les pales de ces éoliennes, donc il faut un développement de l'éolien, mais pas n'importe comment, on ne le fera pas contre les Français, on ne le fera pas contre les élus.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, les trois points que demandent notamment certains députés de la droite, qui vous demandent, un : D'allonger la distance d'éloignement entre les éoliennes et les maisons, aujourd'hui c'est 500 mètres, ils demandent 1,5 5 kilomètre. Ils demandent deux, un droit de veto pour les communes, qu'elles soient consultées avant le projet d'implantation d'un parc éolien et trois, ils veulent une véritable étude d'impact qu'ils jugent aujourd'hui insuffisante. Est-ce que vous leur donnez raison ?

ELISABETH BORNE
Ecoutez, moi je pense qu'il faut remettre de l'ordre et c'est ce que je fais, mais là un peu de la gesticulation parce que soit c'est des mesures qui existent, donc l'éloignement par rapport aux maisons, soit c'est démesures qui ne marchent pas, évidemment quand on veut développer de l'éolien, ce n'est pas juste la commune qui est concernée. Si vous, vous interdisez sur votre territoire mais que votre voisin fait un mât éolien très important, vous voyez bien que vous allez être impacté, donc ce n'est pas ça la bonne méthode. Moi, j'ai pris déjà des mesures, je le dis, recyclage des installations, démantèlement des fondations des éoliennes.

APOLLINE DE MALHERBE
Et la question de la distance avec les habitations ?

ELISABETH BORNE
La distance, les préfets peuvent allonger cette distance et donc…

APOLLINE DE MALHERBE
Ce ne sera pas une décision nationale.

ELISABETH BORNE
Ce développement de l'éolien, il doit se faire avec les collectivités.

APOLLINE DE MALHERBE
Elisabeth BORNE, il y a une image qui a beaucoup circulé la semaine dernière, c'est l'image d'un hélicoptère qui transportait de la neige. Un hélicoptère qui transportait 50 tonnes de neige pour recouvrir des pistes de la station de ski des Pyrénées de Luchon Superbagnères, ça devient presque une affaire politique parce qu'on se dit, est-ce que c'est normal ou non de devoir transbahuter de la neige par hélicoptère, l'hélicoptère est un mode de transport très polluant, qu'est-ce qu'on fait ? Est-ce qu'on interdit ça ? Est-ce que ça vous a choqué ? Est-ce que ça vous paraît normal ? Eux, ils justifient ça bien sûr en disant qu'il n'y a pas de neige et qu'ils ont quand même besoin aussi que la station fonctionne.

ELISABETH BORNE
Evidemment ça m'a choqué, on ne peut pas à la fois, vous voyez avoir des stations de ski qui sont victimes du dérèglement climatique. Elles n'ont plus de neige et en même temps qu'elles contribuent à aggraver le dérèglement climatique. Donc moi je suis bien consciente…

APOLLINE DE MALHERBE
C'est un cercle vicieux.

ELISABETH BORNE
Absolument, qui a effectivement des enjeux d'emplois, de développement touristique de ces stations et c'est pour ça que j'ai décidé de les réunir demain avec Jean-Baptiste LEMOYNE, mon collègue qui est en charge du Tourisme pour qu'on arrête de… enfin qu'on regarde la réalité…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous pourriez interdire ce déplacement de neige par hélicoptère ?

ELISABETH BORNE
En tout cas il faut dire stop, il faut dire stop.

APOLLINE DE MALHERBE
Dire stop et interdire, c'est la même chose.

ELISABETH BORNE
Oui, mais je pense qu'il faut dire stop, on ne peut pas…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous préférez me dire en disant "il faut dire stop", pourquoi vous n'osez pas dire le mot interdire ?

ELISABETH BORNE
Honnêtement je pense que les responsables des stations, ils peuvent aussi comprendre que ça choque tout le monde de voir des hélicoptères qui transportent de la neige.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce que vous voulez dire, c'est que vous aimeriez ne pas à avoir interdire et qu'ils s'arrêtent d'eux-mêmes.

ELISABETH BORNE
Je pense que c'est mieux, vous voyez et je pense qu'il faut que chacun apprenne à mieux vivre avec la nature, qu'on trouve des modèles qui sont compatibles avec le dérèglement climatique, qui a une part inéluctable et c'est-ce qu'on va faire demain avec les responsables des stations.

APOLLINE DE MALHERBE
Vous pourriez les aider aussi financièrement quand il n'y a pas de neige ?

ELISABETH BORNE
Oui, je pense qu'il faut accompagner les responsables de ces stations de ski pour qu'ils trouvent un autre modèle, c'est aussi une transition qu'il faut réussir.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci beaucoup Elisabeth BORNE d'être venue dans le studio de RMC et RMC Découverte. Elisabeth BORNE, ministre de la Transition écologique et solidaire.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 février 2020