Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à BFMTV le 14 février 2020, sur la revalorisation des salaires des enseignants et la réforme du BAC.

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Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Notre invité, Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, bonjour !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci d'être avec nous, Jean-Michel BLANQUER. Nous allons parler du grand oral du bac mais je voudrais commencer quand même avec la réforme des retraites et avec la revalorisation des enseignants parce que je sais que les enseignants sont très attentifs à ce que vous allez dire. Si j'ai bien compris, vous me corrigez si je dis des bêtises, revalorisation de 500 millions d'euros en 2021, c'est cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le chiffre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Qui s'ajoute à l'augmentation budgétaire naturelle si je puis dire, donc c'est 500 millions qui s'ajoutent à un chiffre de l'ordre de 800 millions à un milliard, autrement dit ça fait une augmentation budgétaire l'année prochaine entre 1,3 milliard et 1,5 milliard injectés dans le pouvoir d'achat des enseignants.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors qui sera augmenté ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est tout l'enjeu du dialogue social que nous avons actuellement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui est certain c'est que les débuts de carrière et les milieux de carrière seront les plus augmentés surtout dans un premier temps parce que tout ça va être ensuite sur plusieurs années mais c'est eux qui substantiellement vont le sentir le plus au début puisque c'est eux qui ont besoin d'être rattrapés, on a besoin…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc début de carrière je vais toucher, je suis professeur des écoles, moi je suis très pragmatique…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, soyez-le !

JEAN-JACQUES BOURDIN
…je suis professeur des écoles, combien vais toucher en plus l'année prochaine ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Cette somme-là…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je commence ma carrière…

JEAN-MICHEL BLANQUER
La réponse à cette question je pourrais la donner de façon, je vais vous donner un ordre d'idée, la réponse à cette question je pourrais la faire de manière beaucoup plus définitive au mois de juin quand sera terminé tout le processus de dialogue social que nous sommes en train d'accomplir. En ce moment nous avons presque tous les jours du dialogue avec les organisations syndicales pour regarder les scénarios, pour partager ensemble la vision qu'il y a derrière cela. Et donc c'est au mois de juin dans une vision complète de l'évolution de notre système que l'on pourra dire ce qu'il en est. Par rapport à des chiffres qu'on a pu parfois entendre qui étaient souvent minimisés par tel ou tel analyste en réalité c'est des sommes qui peuvent facilement aller de l'ordre de plus de 50 euros par mois pour un jeune par exemple en plus du salaire dès la première année ! Donc sur une année ça veut dire quelque chose entre 500 et 1.000 euros de plus qui s'ajouteront ensuite aux années suivantes à d'autres augmentations de même nature, donc sur plusieurs années c'est un rattrapage complet que l'on veut. Ce que l'on souhaite c'est que tout au long de la décennie 2020 on ait un rattrapage de la France en la matière parce que comme je l'ai dit depuis deux ans et demi ce n'est pas normal que les professeurs français ne soient pas bien payés surtout en début et en milieu de carrière et donc nous devons rattraper cela de façon à être à la fin de la décennie 2020 un des pays où les professeurs sont les mieux rémunérés d'Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai plusieurs questions, est-ce que les enseignants qui ne connaîtront pas le nouveau système à points seront eux aussi augmentés, les plus anciens en quelque sorte ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là aussi c'est l'objet du dialogue social, forcément moins que les jeunes puisqu'aujourd'hui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Moins que les jeunes mais ils seront augmentés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, en tout cas je vise cet objectif et c'est ce dont nous parlons avec les organisations syndicales. Après c'est une question de justice sociale si je puis dire entre l'ensemble des personnes, il faut qu'on ait un système juste, or aujourd'hui en fin de carrière vous êtes plutôt bien payé contrairement à ce qui se passe en début et en milieu de carrière pour un professeur. C'est pour ça d'ailleurs qu'on a aujourd'hui une retraite d'assez bon niveau pour les professeurs, c'est en moyenne 2.600 euros par mois, et c'est pourquoi nous nous sommes engagés à ce que ce niveau de retraite ne baisse pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh oui !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc je rappelle qu'en réalité, je sais bien qu'il y a un climat difficile autour de ça parce que certains ont des doutes, du scepticisme et attendent de voir pour croire d'une certaine façon, mais je rappelle que notre objectif c'est, un, pas de baisse des retraites, donc maintien d'un niveau très correct de retraite, c'est le cas aujourd'hui, encore une fois c'est le chiffre que j'indiquais à l'instant.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de baisse des retraites, là vous vous engagez…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est un engagement très fort !

JEAN-JACQUES BOURDIN
…avec le nouveau système.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Absolument, c'est vraiment notre point de repère, la clé de voûte de ce que nous sommes en train de faire c'est de créer un système de rémunération qui permettra de garantir le niveau de retraite des professeurs et des personnels de l'Education nationale, c'est ce que j'ai dit depuis le début et ce que nous sommes en train de faire ! En réalité, si vous prenez chacune de mes déclarations depuis le début nous sommes en train d'accomplir progressivement chaque chose mais nous le faisons dans le cadre du dialogue social pour un système très complexe, c'est un million d'employés, rappelons-le, c'est une des plus grosses structures du monde, et donc pour cela nous devons faire aussi une sorte de modernisation générale de nos ressources humaines.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Autre question, est-ce que le niveau d'augmentation sera le même pour un professeur des écoles, un prof de collège et un prof de lycée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est toujours le même raisonnement, nous avons des rattrapages plus importants à faire pour certains que pour d'autres. Donc aujourd'hui c'est à l'école primaire que les professeurs sont disons moins bien payés si on les compare à ce qui se passe dans d'autres pays, donc les rattrapages seront plus importants probablement à l'école primaire que dans le secondaire, ça fait partie des choses sur lesquelles nous travaillons, mais il y en aura dans les deux cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que des contreparties seront demandées, est-ce que vous allez demander aux enseignants des contreparties à ces augmentations ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je parle, moi, d'évolution systémique, c'est-à-dire qu'il n'y a pas qu'une seule bonne nouvelle pour les personnels au travers de ce qui va se passer dans les six mois, il y a la question de la rémunération mais il y a la question du bien-être au travail, nous en parlons par exemple pour les directeurs d'école, nous allons en parler au titre de l'éducation prioritaire. Il va y avoir une amélioration de la formation continue, il va y avoir une amélioration de l'égalité homme-femme, bref, c'est toute une série de sujets qui font système. Et dans ce cadre-là nous devons réussir à ce que notre système soit meilleur, non seulement on doit avoir des professeurs qui auront plus de bien-être au travail mais ce faisant des élèves qui réussissent davantage. Un exemple typique c'est comment on améliore le remplacement dans notre système scolaire, comment par le bien-être au travail aussi on réussit à diminuer l'absentéisme, bref, comment on fait un système qui tout simplement est gagnant-gagnant si je puis dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui mais, Jean-Michel BLANQUER, là je vous repose la question, est-ce que des contreparties seront demandées aux enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On revisite…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que par exemple on leur demandera de travailler plus, d'accomplir des heures supplémentaires ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ils le font déjà !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui mais je suis d'accord !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Aujourd'hui nous avons un système…oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le professeur qui ne fera pas plus d'heures supplémentaires sera-t-il augmenté ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a deux dimensions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je renverse la question !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui, oui, oui, on peut tout à fait le voir comme ça, il y a deux dimensions en réalité, il y a une dimension commune à tous et cette dimension commune à tous va faire qu'il y a une augmentation pour tous puisqu'il faut monter le niveau général des rémunérations. Et puis bien entendu il y a une dimension de mérite, ça existe déjà en partie, on va probablement l'accentuer pour voir comment motiver tout le monde !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura une dimension de mérite au coeur de cette revalorisation des enseignants !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne dirai pas au coeur, en plus, c'est-à-dire que vous avez et la dimension commune…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais toujours dans la même enveloppe…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Toujours dans la même enveloppe qui, je rappelle, est sur plusieurs années.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est-à-dire qu'on va demander aux professeurs de travailler plus pour gagner plus…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non ?!

JEAN-MICHEL BLANQUER
…on va d'abord rendre visible l'invisible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Franchement non ?! Franchement, Jean-Michel BLANQUER…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous me laissez développer le raisonnement je le ferais bien volontiers.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Allez-y, allez-y, parce que là il y a un doute !

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord qu'il y ait des éléments non définis c'est le principe même du dialogue social, on s'écoute, on regarde, on fait des propositions. Dans une démocratie sociale apaisée où on arrive à discuter tranquillement de ces sujets on est tout à fait en mesure de dire la nation française va mettre plus d'argent dans son éducation, c'est la cause que je porte, et d'ailleurs tout pays moderne doit faire ça, c'est-à-dire investir plus dans son éducation. Ça signifie notamment une amélioration de la rémunération des professeurs, amélioration de base pour tous, donc ce sera le lot commun. Par-dessus le marché nous devons mettre des éléments de motivation et les professeurs attendent cela, il est normal de vouloir avoir une carrière dynamique, par exemple on va développer les enjeux de deuxième carrière ! Vous avez aussi de plus en plus de personnes qui ayant fait une carrière ailleurs qu'à l'Education nationale deviennent professeurs, ces personnes-là parfois ont des problèmes de rémunération parce qu'ils ont très peu d'ancienneté et parfois ils peuvent aussi prendre des responsabilités dans l'Education nationale. Tout ça c'est des sujets de ressources humaines dynamiques que nous devons voir, donc j'essaye de sortir aussi des débats binaires « est-ce que c'est la même chose pour tous ? Est-ce que c'est travailler plus pour gagner plus ? » En réalité c'est plus compliqué que ça, c'est à la fois mieux que ça, c'est-à-dire c'est comment on motive notre système, comment on donne du dynamisme à notre système, comment en ouvre des horizons à tous les acteurs de l'Education nationale. C'est un jeu gagnant-gagnant parce qu'on va y mettre beaucoup de moyens !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, gagnant-gagnant mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je voudrais le signaler que je joue à l'échelle européenne, j'en parle par exemple avec des homologues d'autres pays parce qu'en réalité c'est une stratégie pour l'Europe aussi d'investir davantage dans son éducation et donc dans la rémunération de ses professeurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Parlons du bac, de ce nouveau bac juin 2021, ça a commencé un peu dans la pagaille, pardonnez-moi d'ailleurs, c'est une réalité, ça a commencé dans la pagaille…

JEAN-MICHEL BLANQUER
La pagaille, là où des gens ont mis la pagaille sinon il n'y a pas eu de pagaille !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, peut-être, mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais ça fait une grande différence, il y a dans 85 % des établissements personne n'a mis le trouble et donc les choses se sont passées normalement ! Vous avez des gens qui ont dit à l'avance, vous savez ce qui s'est passé, non mais en deux mots quand même.

JEAN-JACQUES BOURDIN
J'explique, premières épreuves continues en première dans les lycées français, combien de lycées n'ont pas été perturbés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
85 % des lycées français n'ont pas été perturbés et donc les 15 % restants vous en avez un tiers où on a été obligé de faire des reports de l'examen. Et qu'est-ce qui s'est passé dans ce 5 % qui a monopolisé l'attention médiatique, c'est tout simplement que vous avez eu des activistes, des gens très militants qui ont essayé de troubler les épreuves ! Je condamne fermement ce qu'ils ont fait, ça a été au détriment des élèves concernés, mais vous pourriez avoir des dizaines de milliers de témoignages d'endroits où ça s'est passé normalement et quand tout le monde a travaillé normalement les choses se sont passées comme il le fallait. Ce qui est quand même dérangeant dans notre démocratie c'est que vous avez des gens qui disent « ouh là, là, ça va mal se passer ! » pour des raisons qui ne sont pas très claires d'ailleurs puis une fois que ça se passe ils font tout pour que ça se passe mal, ils disent « ah on vous l'avait bien dit, ça se passe mal ! » C'est en quelque sorte des pompiers pyromanes, d'ailleurs très peu pompiers et très pyromanes, c'est-à-dire qu'ils essayent d'accomplir les prophéties…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je vous sens très remonté…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que ce n'est pas normal !

JEAN-JACQUES BOURDIN
Très en colère !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Contre les adultes qui font ça, oui, on peut dire qu'il y a matière à être en colère.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou contre les enseignants qui font cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Malheureusement, heureusement plutôt ce n'est pas toujours des enseignants, il peut y avoir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais ça a été aussi des enseignants, ils seront sanctionnés ces enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là j'ai deux principes extrêmement clairs, d'une part vous avez les élèves, d'autre part vous avez les adultes. S'agissant des élèves notre bienveillance évidemment est complète, c'est-à-dire notre but est que chaque élève ait une note, c'est bien le moins.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas un zéro.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur 1,7 million de copies attendues on en a déjà plus de 1,5 million et les derniers qui doivent composer tout au long du mois de février vont le faire. On a parlé beaucoup de ces histoires de zéro, ça concerne moins de 200 lycéens sur plus de 500.000 et on va régler ces cas au cas par cas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au cas par cas, c'est-à-dire qu'ils n'auront pas automatiquement un zéro.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ils sont reçus par le proviseur, on leur dit « il ne faut jamais recommencer ça » et si c'est bien compris ils n'auront pas leur zéro.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et pour les enseignants ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je dirais les adultes parce qu'il y a eu un entremêlement de différents acteurs, le droit, tout le droit, rien que le droit, on n'a pas le droit de faire des choses contraires au droit pénal dans notre pays. Bloquer un établissement c'est illégal, accomplir des violences physiques ou verbales c'est illégal. Il y a par ailleurs des sujets de déontologie dans notre métier, on ne fait pas n'importe quoi quand on est fonctionnaire de la République, donc le droit s'appliquera sans exagération, sans minimisation.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des enseignants seront sanctionnés ?!

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, il y a des procédures qui ont déjà commencé, bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des enseignants seront sanctionnés…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout fonctionnaire qui ne respecte pas les droits et devoirs de son état évidemment doit subir les conséquences.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nouvelle session en avril, mai, c'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est une toute petite minorité, je ne veux pas que des gens s'habituent à ce qu'on puisse violer des règles impunément alors même que notre mission à l'Education nationale c'est de montrer l'exemple.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Nouvelle session en avril, mai…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, là, vous le savez, l'ouverture de ces questions est maximale, c'est-à-dire il y a tout ce dialogue social, on a un comité de suivi du baccalauréat avec les organisations syndicales, les organisations représentatives…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, on peut aménager…

JEAN-MICHEL BLANQUER
On peut assouplir, je n'ai jamais dit que tout était parfait, il y a bien évidemment des vertus dans ce contrôle continu notamment de mise au travail des élèves, de travail d'équipe accentué. D'ailleurs tous les endroits où ça s'est bien passé ils font des témoignages très intéressants, il y a aussi beaucoup de gens qui sont fatigués, ils sont fatigués non pas par l'épreuve elle-même mais par ces troubles qui ont été causés autour. Je veux dire de ce point de vue-là toute ma solidarité avec les chefs d'établissement, avec l'ensemble des professeurs qui travaillent bien parce que, vous voyez, on est amené à discuter d'une toute petite minorité qui met le bazar mais l'immense majorité des professeurs la France doit les respecter, dire son admiration, son soutien parce qu'il y en a eu beaucoup aussi qui ont fait leur travail comme il faut avec des innovations extrêmement intéressantes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le contrôle continu entrera pour 30 % dans la note finale du bac…

JEAN-MICHEL BLANQUER
En tout c'est 40 %, vous avez 30 % au titre de ces épreuves-là et 10 %…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et 10 % les bulletins scolaires.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'ailleurs pourquoi ne pas tenir compte du travail première, terminale en permanence ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ce qu'on fait pour 10 % de la note.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou un contrôle permanent, un contrôle continu permanent c'était une solution !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, il y a des avocats éloquents de ce que vous dites et on peut très bien entendre cette argumentation. Mais justement pendant le dialogue social qui a permis l'élaboration du baccalauréat vous aviez deux thèses, vous aviez la thèse de la simplicité, c'est la thèse que vous venez de défendre, et puis la thèse de l'objectivité, c'est-à-dire tous ceux qui disaient « mais, attention, si c'est que le bulletin ça va être trop différent d'un établissement à l'autre ». Et c'est à ce titre-là qu'avec les partenaires on a conçu ce qu'on appelle aujourd'hui les E3C, c'est-à-dire des épreuves qui sont plus objectivées et qui sont quand même très intéressantes ! Parce que vous avez une banque de sujets, cette banque de sujets on va probablement la rendre de plus en plus publique, tout le monde pourra la regarder, mais c'est des centaines de sujets. Et on me dit parfois « oui mais les sujets circulent sur Internet », je dis « tant mieux puisque grâce à ça les élèves tout simplement se préparent », le but n'est pas de piéger les élèves, c'est tout simplement qu'ils travaillent en continu et qu'ils se préparent. Donc dans le futur vous aurez des sujets qui seront tout à fait disponibles pour tous comme on avait les annales depuis longtemps, les élèves se prépareront, on sera dans quelque chose de beaucoup moins artificiel que ce que l'on a connu dans les décennies précédentes parce que les élèves tout simplement travailleront davantage en continu, c'est le but visé, le but c'est tout simplement l'approfondissement, la hausse du niveau général.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Et en juin 2021 donc le nouveau bac avec ce grand oral qui va durer 20 minutes, on est bien d'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
20 minutes j'imagine, je suis candidat, j'arrive, j'ai choisi deux spécialités, on est bien d'accord, et j'ai choisi dans mes spécialités deux sujets.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Tirage au sort, non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, le jury choisit lequel des deux il veut vous passer.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Voilà, je serai devant deux profs, c'est bien ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, tout à fait.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça va durer 20 minutes, cinq premières minutes un exposé, je serai là à l'oral, pendant 10 minutes les profs vont me poser des questions et les cinq dernières minutes finalement je vais présenter ma future vie professionnelle, c'est cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Comment je vois le futur, ce n'est pas forcément ma vie professionnelle parce qu'à 17 ans ou 18 ans vous ne le savez pas forcément mais en tout cas comment vous voyez au moins l'année d'après puisque quand vous êtes au mois de juin d'une année en général vous avez une idée de ce que vous voulez pour la suite.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Gros coefficient, filière générale, coefficient 10, et filière technologique, coefficient 14.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exact.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est une manière de préparer les enfants à ce qu'ils feront plus tard, à leur vie professionnelle ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais oui, c'est tout à fait ça, c'est un signal qui est envoyé à tout notre système scolaire depuis la petite section de maternelle à la terminale et qui est : parler, c'est important, savoir se tenir …Vous savez ça se passera debout sur les deux jambes avec une capacité à écouter puisque c'est un échange, une capacité à argumenter et on le sait, c'est fondamental dans la vie, dans la vie personnelle comme dans la vie professionnelle. Or, on sait aussi que c'est un point faible en France et puis regardez dans notre vie publique comment on est parfois, on ne s'écoute pas assez, on voit aussi parfois que certains se sentent mal à l'aise pour s'exprimer alors que dans d'autres pays, on réussit ça mieux que nous. Nous, on a d'autres points forts mais ça, ce n'est pas un point fort de la France, en tout cas pas un point fort pour suffisamment de monde aujourd'hui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que ça ne favorise pas les inégalités sociales ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense que c'est le contraire, c'est le moment de compenser une inégalité sociale parce qu'aujourd'hui, si vous regardez notre société justement, le fait de bien s'exprimer ou pas, c'est une inégalité sociale. Ça, c'est un fait d'aujourd'hui. Demain parce que ce sera un point de repère pour toute la société, on aura entraîné de manière naturelle dans le système scolaire tout enfant, quel que soit son milieu social, à vaincre sa timidité, à se sentir à l'aise à l'oral puis ça, ça va développer des tas de choses, comme les pratiques de théâtre, les pratiques sportives.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il va falloir préparer ces élèves à passer ce grand oral.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les profs sont formés pour ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De plus … alors que certains oui, par exemple, vous avez beaucoup de professeurs de lettres qui sont aussi professeurs de théâtre, vous avez beaucoup d'initiatives qui sont prises. On vient de créer dans 300 collèges de France une demi-heure d'éloquence qui est déjà un premier succès, une première expérimentation. Donc de plus en plus, on va généraliser ces pratiques et puis la formation continue des professeurs va tenir compte de plus en plus de ces compétences que nous voulons donner d'abord aux professeurs eux-mêmes d'ailleurs puisque ce sont des professionnels de la parole mais aussi aux élèves bien sûr.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voudrais terminer avec le communautarisme puisque le président de la République va s'exprimer la semaine prochaine sur le sujet. En fait, à l'Elysée, on dit : il faut reprendre le contrôle. On a perdu un peu le contrôle d'une certaine … ? On a laissé s'installer un communautarisme qui aujourd'hui devient plutôt insupportable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui je pense qu'on peut dire ce que vous venez de dire. Ce n'est pas évidemment d'hier matin, ça fait 2 ou 3 décennies que le problème s'est instillé dans notre société, pas seulement la société française, en Europe.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je sais que vous réfléchissez beaucoup sur la place de la laïcité.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr et de façon plus générale sur la possibilité pour la République de faire respecter ces règles sur l'ensemble du territoire et je pense qu'on a laissé s'installer notamment un islam politique dans notre pays qui est potentiellement dangereux.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que les règles de financement de l'islam, est-ce que la formation des imams vont être revues ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui et c'est d'ailleurs les musulmans eux-mêmes, les musulmans républicains qui sont la majorité de nos concitoyens de confession musulmane qui demandent une telle chose puisque qui sont les premières victimes des phénomènes extrémistes que l'on constate ? Les musulmans républicains, nos concitoyens qui ne demandent qu'une chose, c'est vivre une vie normale, avoir leur foi si tel est leur cas et de cette façon tranquille et de façon non prosélyte, donc bref comme toutes les autres religions dans notre pays et de manière, je dirais, normale. Donc c'est cette ce besoin de normalité, ce besoin de convivialité, ce besoin de civilité que tous nos concitoyens ressentent et on voit qu'il y a des petites minorités actives au sein de tel ou tel groupe dans la République qui cherchent à pousser les choses, parfois encouragés par des financements étrangers. C'est donc ces éléments-là qu'il faut évidemment réguler et c'est ce que le président de la République a décidé de prendre à bras-le-corps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur la formation des imams, il y aura des nouveautés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Encore une fois, ce n'est pas à moi d'annoncer ce genre de chose, c'est un travail collectif à l'échelle du gouvernement et sous l'autorité du président et du Premier ministre et le moment venu effectivement, le président proposera des mesures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Sur la formation des imams entre autres ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça peut être l'un des sujets. Là, c'est un sujet que regarde le ministre de l'Intérieur avec une série d'interlocuteurs. Nous sommes tous très attentifs à ça, oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas de vision multiculturelle à l'anglo-saxonne ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, je dirais que c'est l'inverse. Notre société française s'est bâtie sur tout à fait autre chose que le modèle multiculturel anglo-saxon ; j'observe d'ailleurs que parfois vous avez des influences venues des Etats-Unis qui cherchent à pousser cette communautarisation de notre pays, vous avez des formations de jeunes aux Etats-Unis qui est ensuite reviennent en contestant le modèle républicain laïc français. Il faut être conscient de ce genre de problème ; on doit être très fier du modèle français, c'est un modèle qui est loin d'être désuet, je dirais que le modèle républicain, c'est justement ce dont on a besoin au XXIème siècle pour respecter nos différences mais en même temps, faire du commun.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les cours de laïcité à l'école, on pourrait imaginer ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De toute façon, l'éducation morale et civique que nous développons bien entendu inclut la laïcité.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Michel BLANQUER.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 17 février 2020