Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Info le 19 février 2020, sur le "séparatisme islamiste" et le déroulement des épreuves du nouveau bac.

Prononcé le

Intervenant(s) :

Thématique(s) :

Texte intégral

LORRAIN SENECHAL
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Emmanuel MACRON était hier à Mulhouse où il a entamé ce qu'il appelle sa reconquête républicaine. Tout part du constat qu'a dressé hier le chef de l'Etat. Ecoutez.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
Dans la République, on ne peut pas accepter qu'on refuse de serrer la main à une femme parce qu'elle est femme. Dans la République, on ne peut pas accepter que quelqu'un refuse d'être soigné ou éduqué par quelqu'un parce que c'est une femme. Dans la République, on ne peut pas accepter la déscolarisation. On ne doit jamais accepter que les lois de la religion puissent être supérieures aux lois de la République. C'est aussi simple que ça.

LORRAIN SENECHAL
C'est une réalité ça, refuser de serrer la main à une femme ? Refuser d'être soigné, éduqué ? Il parle aussi de certificat de virginité pour se marier. Tout ça, c'est une réalité ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien entendu. C'est une réalité depuis malheureusement un certain nombre d'années, plus de dix ans, plus de quinze ans même. Mais c'est un phénomène qui s'est accentué et il est normal aujourd'hui d'avoir du travail pour remonter cette pente-là.

LORRAIN SENECHAL
Mais ça concerne qui ? Ça se passe où en France ?

JEAN-JEROME BERTOLUS
Dans combien de quartiers en fait ? Dans combien de quartiers la loi islamique a remplacé la loi républicaine ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est difficile de donner un chiffre exact mais c'est vrai qu'on voit certains quartiers où cela s'est fortement accentué. Il m'arrive d'aller dans certaines villes où ça se voit tout simplement.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Roubaix par exemple pour ne prendre que cet exemple. Maubeuge pour vous donner un autre exemple, pour citer des endroits où je suis allé récemment. Garges-lès-Gonesse qui est souvent cité. Ce sont des endroits où certains ont en quelque sorte pris le pouvoir dans la rue.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Et ça se voit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ça se voit, il suffit d'y aller, vous savez…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Quand on y habite ou quand on y passe.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Quand y va. Il se je trouve que je vais souvent dans ces territoires-là ou dans d'autres où je le vois tout simplement, et les Français le voient.

LORRAIN SENECHAL
Alors ça commence par quoi ? Ça commence par un aspect sécuritaire ? Hier Emmanuel MACRON a surtout mis l'accent sur la religion musulmane, sa structuration en France. Il a expliqué que désormais la France n'accueillerait plus d'imams qui viendraient de l'étranger.

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, il doit toujours y avoir une règle du jeu claire. Dire ce que je viens de dire par exemple, dire ce que le président de la République a dit hier pour qu'il n'y ait pas d'ambiguïté sur ce que c'est que la République.

LORRAIN SENECHAL
Ça, c'est pour le constat.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui bien sûr, mais il faut le dire. Parce que très souvent, on se cache derrière son petit doigt sur ces sujets. Non, voilà, la République française est une République. Ça signifie égalité des droits, ça signifie que l'espace public est à tous, ça signifie qu'on n'a pas le droit de faire de la pression sur quelqu'un au nom de la religion etc. Donc c'est des choses très simples qui relèvent du grand bon sens et il est bon tout simplement de l'établir. Et comme ç'a été très bien dit par plusieurs depuis hier, les premiers à le souhaiter ce sont nos concitoyens de confession musulmane, qui sont républicains dans leur immense majorité et qui ont besoin de cette sérénité-là. C'est parce qu'on n'est pas assez parfois précis et clair dans les principes que certains pouvoirs localement réussissent à s'imposer parce qu'ils se mettent dans les interstices du doute.

LORRAIN SENECHAL
Et vous dites qu'il y a une demande de la population musulmane française ? Vous l'avez ressenti ou vous avez directement des interlocuteurs qui vous l'ont dit ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Vous savez, sur les sujets de laïcité, sur les sujets de lutte contre le séparatisme, c'est très souvent avec ?

LORRAIN SENECHAL
Elle ne sent pas pointée du doigt, visée, stigmatisée cette population ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Alors évidemment, les plus radicalisés essayent de jouer là-dessus. Ils essayent de dire : « quand vous dites ce que vous dites, vous êtes en train de stigmatiser les musulmans », mais c'est tout le contraire. C'est précisément parce qu'on a la même dignité de tous les citoyens de France que nous disons ce que nous disons. Donc c'est un piège victimaire en quelque sorte et d'ailleurs très pensé de la part de ceux qui le font. Mais bien entendu, nos concitoyens ne doivent pas tomber dans ce piège-là.

JEAN-JEROME BERTOLUS
C'est donc le début, on va dire, d'une séquence de lutte contre le communautarisme, les mesures qui ont été annoncées hier par le chef de l'Etat. Il y aura un déplacement la semaine prochaine. Il entend poursuivre en quelque sorte ce débat après les municipales. Mais vous le reconnaissez, c'est quand même un chemin de crête : des mesures répressives mais également des mesures sociales, plus de services publics dans les quartiers, plus en fait d'accès à la République pour tous les habitants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et tout ça va ensemble. En fait le projet républicain, ce n'est pas seulement… Ça ne pourrait pas être simplement un projet défensif, certainement pas, c'est un projet offensif à tous égards y compris sur le plan social évidemment. Donc c'est à la fois les principes de la République donc sur le plan du droit d'une certaine façon, puis aussi c'est des principes de société. C'est-à-dire réaliser davantage l'égalité entre tous, notamment par une ascension sociale réussie sur l'ensemble du territoire.

LORRAIN SENECHAL
Mais vous avez été critiqué pour avoir notamment supprimé les contrats aidés qui ont parfois mis en péril des associations qui faisaient beaucoup de travail dans les quartiers.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors c'est un plus vaste sujet que celui des contrats aidés mais très souvent nous l'avons remplacé par autre chose. Si vous prenez les contrats aidés que nous utilisions dans l'Education nationale, c'étaient des contrats aidés pour l'accompagnement des élèves handicapés. Il y a encore deux ans et demi, vous aviez moins de 80 000 personnes sur ces contrats aidés donc précaires. Aujourd'hui vous en avez davantage, plus de 80 000, et qui sont sur des contrats à durée déterminée. Donc on a fait quelque chose de plus pérenne et aujourd'hui, pour vous parler de cette catégorie-là, c'est des personnes que nous allons amener vers des CDI, que nous allons amener vers de véritables carrières dans l'accompagnement dans le service, donc c'est tout simplement des sorties de la précarité. Vous savez, tout le monde critiquait les contrats aidés avant qu'il y ait eu cette mesure. C'est vrai qu'il y a eu un moment de latence un peu difficile…

LORRAIN SENECHAL
Un peu brutal peut-être. C'est ce qui a été dit en tout cas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et peut-être que si c'était à refaire, il aurait fallu le faire peut-être de manière moins forte, moins nette tout de suite. Le fait est qu'aujourd'hui, cela permet d'avoir des bases beaucoup plus saines pour l'action publique.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors précisément dans l'enseignement, le chef de l'Etat a indiqué qu'il allait mettre fin ou qu'il a été mis fin effectivement à l'enseignement de langue et de culture d'origine. 80 000 élèves en bénéficient chaque année. Que dès la rentrée 2020, il y aurait un autre système mais est-ce que ce qu'on appelle les ELCO, ce que vous appelez les ELCO, ça n'était pas déjà en quelque sorte un système qui avait été supprimé par Najat VALLAUD BELKACEM qui avait pris soin, en quelque sorte, de réformer ce système ? De permettre qu'il y ait des agréments pour les profs, de permettre un accès au programme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Je sais qu'elle a dit ça mais ça lui arrive de se tromper un peu. Ce qui est exact, c'est que le principe de ce qu'on appelle maintenant l'EILE, oui a été établi sous le gouvernement précédent.

LORRAIN SENECHAL
C'est les enseignements internationaux de langues étrangères.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ça : Enseignements Internationaux de Langues Etrangères, c'est-à-dire un système plus contrôlé par la France. Donc oui, le concept…

LORRAIN SENECHAL
C'est-à-dire qu'auparavant, on faisait venir des professeurs de l'étranger qui ne parlaient pas forcément français et donc on n'était pas forcément en mesure de comprendre tout simplement le contenu de leurs cours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui. C'est ça. Alors pour que ce soit clair, depuis plus de quarante ans il y avait ce système appelé ELCO qui a été conçu à une époque où l'immigration avait commencé depuis un certain nombre d'années, où l'idée était que les enfants devaient garder le lien avec le pays d'origine pour notamment y revenir. On n'est plus du tout dans cette logique-là aujourd'hui, on est dans une logique d'intégration. Et puis de toutes les façons, il n'est pas normal d'avoir un système où se sont des Etats étrangers qui ont un contrôle sur un enseignement qui est fait à nos enfants français. Et ce serait un peu bizarre d'assigner les enfants à leurs origines alors même que nous avons un discours républicain consistant à dire : « Nous sommes tous citoyens de France. »

JEAN-JEROME BERTOLUS
Là ça veut dire que c'est l'Education nationale par exemple qui va rémunérer les profs.

LORRAIN SENECHAL
Qui va prendre le relais.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il va y avoir deux catégories de choses. Vous avez la formule dite EILE où c'est encore dans le cadre d'accords avec les Etats mais avec un contrôle de la France. Donc c'est nous qui allons, nous la France, qui allons agréer les professeurs, qui allons fixer les programmes et qui allons contrôler ce qui se passe, ce qui n'était pas du tout le cas des ELCO. Et donc pour revenir à votre question précédente, ce principe-là, oui, avait été déjà fixé sous le gouvernement précédent, et en réalité d'ailleurs pensé même sous le gouvernement d'avant mais n'avait pas été mis en oeuvre sauf avec le Portugal et en partie avec la Tunisie. Ce que nous sommes en train de faire, c'est de le faire pour de vrai donc ça devient concret. Donc ça signifie que nous allons le faire avec le Maroc, l'Algérie, avec la Turquie.

LORRAIN SENECHAL
Et il y aura aussi des embauches.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Simplement avec la Turquie, comme le président de la République l'a signalé hier, ça se passe de manière plus difficile qu'avec les autres pays.

LORRAIN SENECHAL
Il y aura aussi des embauches de professeurs français pour pallier à la fin de ces ELCO ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors de façon générale, nous avons une politique de langue – ça vaut pour le turc et l'arabe mais ça vaut pour l'ensemble des langues - qui va nous amener d'abord à renforcer l'enseignement des langues de façon générale dans notre système scolaire, et aussi de le renforcer dans le périscolaire, notamment dans ce qu'on appelle le plan mercredi. Avoir donc des enseignants, des assistants de langue étrangère et ça vaudra pour les différentes langues et, bien entendu, c'est un bel objectif que d'avoir un enseignement de grande langue de civilisation que sont l'arabe ou le turc dans un cadre totalement républicain. (…)

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, invité de Franceinfo ce matin. On parlait des rythmes scolaires. Vous êtes critiqué par certains syndicats, notamment l'UNSA, qui estime que l'organisation est mal faite et que parfois les enfants sont laissés justement au niveau du périscolaire à des organisations qui prônent l'islam politique. Qu'est-ce que vous leur répondez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je n'ai pas entendu cette critique de la part de l'UNSA. Ce serait un peu bizarre puisque je ne suis évidemment pour rien dans ce que vous dites-là. En revanche, nous agissons pour que ça change.

LORRAIN SENECHAL
Le périscolaire, disons, c'est votre ministère qui doit l'organiser.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, bien entendu, mais il faut voir la situation que j'ai trouvée, la situation que nous sommes en train de créer. Nous avons créé précisément ce plan mercredi dont je parlais tout à l'heure pour qu'il y ait plus d'activités proposées aux enfants dans le cadre périscolaire. Et la situation que j'ai trouvée quand il y avait la semaine de quatre jours et demi finalement imposée à tous, c'était une situation où il y avait une très grande hétérogénéité des activités périscolaires proposées par les communes. Et nous avons voulu aider les communes les plus en difficulté au travers du plan mercredi, qui en réalité ne concerne pas que le mercredi d'ailleurs mais l'ensemble des activités périscolaires, et nous permet de garantir plus de qualité et de donner des moyens aux communes, d'aider les communes financièrement pour qu'elles offrent des activités périscolaires elles-mêmes, dont nous garantissons donc la qualité de façon à ce qu'il ne se passe pas n'importe quoi dans ce cadre-là. On peut faire plus. Vous savez, quand je prends la mesure « devoirs faits au collège », c'est, vous le savez, une mesure d'aide aux devoirs intégrée au collège. C'est évidemment un des effets positifs de cela, c'est que ça évite d'avoir de l'aide aux devoirs fait par des associations qui ne seraient pas souhaitables.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Lorsqu'Emmanuel MACRON pointe comme risque ou comme effet concret de ce séparatisme, c'est le fait que des familles retirent leur enfant du système scolaire, notamment pour des enseignements au sein même de la famille. Est-ce que vous avez un petit peu une évolution en termes de chiffre ? Est-ce qu'effectivement le nombre d'enfants retirés du système scolaire s'accroît ? Et aussi est-ce que le nombre d'écoles musulmanes hors contrat s'accroît ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il y a eu dans la décennie 2010 effectivement un très fort développement de l'instruction à domicile. Une des raisons pour lesquelles j'ai, dans la loi pour l'école de la confiance, intégré le principe de l'instruction obligatoire à trois ans, c'est pour aller à la racine de ce problème et faire en sorte que tous les enfants de France aillent à l'école maternelle, et qu'ainsi, dès le début de la vie si je puis dire, il puisse y avoir une intégration réussie dans l'école de la République. Ceci n'interdit pas l'instruction à domicile mais fait que nous avons renforcé, de ce fait, le contrôle de l'instruction à domicile. Donc nous nous sommes donné des moyens juridiques supplémentaires pour pouvoir aller dans la famille vérifier ce qui se passe, et notamment s'assurer que l'enfant non seulement est bien traité bien sûr, mais aussi avance sur le plan éducatif.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Comment vous expliquez qu'il y ait de plus en plus d'enfants, encore une fois, qui sont retirés du système scolaire pour un enseignement familial ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien en faisant ce que je viens de vous dire. C'est-à-dire 1 : vous avez l'instruction obligatoire à trois ans, donc les enfants doivent aller à l'école, et s'ils sont en famille on doit démontrer que l'instruction se passe selon des valeurs…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Mais quelle est l'ampleur du phénomène ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors vous avez environ trente mille enfants qui sont dans l'instruction à domicile. Vous en avez plus de la moitié, c'est pour des raisons médicales, ça peut tout à fait s'expliquer. Vous savez le travail avec le CNED. Enfin pour l'immense majorité de ces trente mille enfants, en réalité, il n'y a pas de problème. Mais pour un certain nombre d'entre eux, il s'agit clairement finalement d'une forme de séparatisme, c'est-à-dire sépare l'enfant de l'école.

LORRAIN SENECHAL
Mais combien ? On a une idée ? Quelques centaines ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur les trente mille dont je viens de vous parler, je pense qu'on estime que c'est autour de deux ou trois mille qui peuvent poser un problème sous cet angle-là. Et donc nous avons renforcé complètement le contrôle de l'instruction a domicile avec des inspecteurs dédiés à ce sujet, un travail avec les communes et des critères, des systèmes d'évaluation qui nous permettent, si un enfant n'a pas progressé et si il ne grandit pas dans un contexte favorable à l'enfant, eh bien de faire une injonction de scolarisation, c'est-à-dire d'obliger la famille à mettre l'enfant à l'école.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Alors c'est formidable, en France n'importe qui peut ouvrir un établissement scolaire à partir du moment où, je crois, la personne est majeure. Est-ce que…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors c'était vrai avant et on a changé ça. Malheureusement ce que vous dites était vrai et c'était plus facile d'ouvrir une école que d'ouvrir un bar d'une certaine façon. Nous avons changé ça, notamment au travers de la loi dite GATEL, proposée par la sénatrice GATEL et que j'ai totalement soutenue, pour me donner en tant que ministre de l'Education nationale un pouvoir de refus d'ouverture d'une école, ce que j'ai fait lors de la rentrée dernière. Nous sommes désormais en situation beaucoup plus forte pour empêcher des ouvertures et c'est ce que je fais.

JEAN-JEROME BERTOLUS
Combien d'écoles hors contrat et d'écoles de confession musulmane ont été fermées depuis 2017 ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors vous avez d'abord ce que vous empêchez d'ouvrir et puis ce que vous fermez. Donc j'ai empêché par exemple à la rentrée dernière vingt-sept ouvertures d'écoles sur la base de la loi Gatel que nous avions votée. Donc ça c'est un point très important. Et j'ai fait quatre fermetures l'année dernière et je vais en faire d'autres au cours des prochains temps. Fermer est plus difficile que d'empêcher d'ouvrir parce que…

JEAN-JEROME BERTOLUS
C'est ce que disent les élus locaux, ils s'en plaignent. Ils disent que l'Etat n'est pas à leurs côtés. Le maire de Mulhouse hier a dit qu'il a mis deux ans à fermer une école qui avait connu une dérive salafiste.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais ce qu'il dit-là, c'était auparavant. Désormais nous avons des moyens juridiques plus amples, mais c'est vrai que nous sommes dans un Etat de droit et que donc il y a un certain nombre de sujets à respecter. Mais je le dis au maire de Mulhouse comme à tout maire de France : « Nous sommes à vos côtés dans ce genre de démarche. » Donc personne ne peut dire que l'éducation nationale aujourd'hui serait laxiste sur ce sujet. Ça n'est pas vrai. Nous avons pris les mesures de droit nécessaires et nous sommes en action. Vous avez dans chaque rectorat France une équipe Laïcité valeurs de la République qui s'occupe de ces sujets et tout maire peut faire appel à l'inspecteur d'académie et au recteur pour venir en appui pour les démarches nécessaires. Nous travaillons en étroite liaison évidemment avec les préfets pour toutes ces démarches

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, en ce moment la réforme des retraites est à l'Assemblée avec des débuts un peu houleux pour votre nouveau collègue à la Santé et aux solidarités Olivier VERAN. Pour les enseignants, vous avez assuré, promis maintes fois que leurs salaires seraient revalorisés pour que leur pension ensuite de retraite ne change pas. Vous confirmez qu'une partie des augmentations se fera au mérite ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors il y a beaucoup de choses derrière votre question. D'abord ce que je veux redire très clairement, c'est tout ce que nous faisons a comme objectif fixé et très clair…

LORRAIN SENECHAL
De maintenir les niveaux de pension.

JEAN-MICHEL BLANQUER
De maintenir les niveaux de pension.

LORRAIN SENECHAL
2 600 euros en moyenne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Exactement. Aujourd'hui c'est 2 600 euros en moyenne, donc c'est ce niveau de pension qui va être garanti aux professeurs. Donc ça, c'est la première bonne nouvelle. La deuxième bonne nouvelle, c'est que pour y arriver, nous faisons quelque chose que de toutes les façons je souhaitais faire et je l'avais annoncé depuis mon arrivée avec tout un travail préparatoire pour cela, et qui est d'améliorer la rémunération des professeurs. Et cette rémunération des professeurs, elle va avoir une part uniforme pour garantir à tous les niveaux de retraite et puis forcément une part de mérite. Ça d'ailleurs existe aujourd'hui un peu, ça peut exister davantage notamment dans notre système de promotion. Vous savez, les professeurs le demandent dans leur majorité. On a des enquêtes qui le prouvent d'ailleurs. C'est-à-dire qu'un professeur a envie d'avoir une carrière ouverte, que des choses qu'il fait…

LORRAIN SENECHAL
Mais ils s'inquiètent qu'on leur demande de travailler plus en contrepartie.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors aujourd'hui, vous pouvez par exemple si vous faites des heures supplémentaires, de fait vous êtes rémunéré davantage. Demain, dans le nouveau système de retraite, ça comptera pour votre retraite puisque par définition, tout compte dans les rémunérations et c'est positif. Ça, c'est une bonne nouvelle. Par ailleurs, que quand on prend des charges supplémentaires on soit plus payé, ça n'a rien de scandaleux. Par exemple vous avez des professeurs qui s'investissent, et je l'encouragerai davantage encore, dans les cours gratuits Par exemple là, on va proposer de manière très volontariste, et ça rentre dans le cadre des mesures sociales dont on pouvait parler tout à l'heure, c'est-à-dire aux élèves de CM2 aux vacances de printemps et à la fin du mois d'août d'avoir une semaine de cours intensifs gratuits pour se mettre à niveau avant d'entrer en 6ème. Ce sont des professeurs qui assurent cela, et évidemment c'est rémunéré et c'est bien normal. (…)

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale, invité ce matin de Franceinfo. Une question de Jean-Jérôme BERTOLUS.

JEAN-JEROME BERTOLUS
On vient de le dire effectivement, vous évoquez une rémunération au mérite ou une compensation par exemple quand les profs peuvent prendre des formations pendant leurs vacances. Vous le savez, vos déclarations ont provoqué l'ire des syndicats. Est-ce que vous pensez que la prochaine concertation que vous avez la semaine prochaine avec les syndicats va se passer dans un climat électrique ? Vous allez arriver à boucler cette loi avant l'été ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien entendu. La loi de programmation, c'est certain, sera au mois de juin. En tout cas, le projet sera prêt au mois de juin. Après, il sera voté au cours des mois suivants et je suis optimiste sur le fait d'avoir quelques syndicats, peut-être pas tous, mais d'accord avec ce que l'on propose puisque ce que l'on propose est inédit. Ça va être une augmentation des rémunérations, un cycle d'augmentations comme il n'y en a pas eu dans le passé.

JEAN-JEROME BERTOLUS
En matière d'équité pour rattraper effectivement ce qu'ils pourraient perdre dans le nouveau système. Vous, vous parlez effectivement d'une augmentation au mérite. Ça change un peu la donne.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas que ça. Vous voyez, je n'ai pas dit ça. Vous voyez comme il y a très facilement des caricatures. Ce sont des sujets assez complexes. Rappelons qu'il s'agit d'augmenter les salaires de salariés d'une structure, l'Education nationale, qui comporte plus d'un million d'employés. Chacun peut comprendre que c'est un peu compliqué, qu'il y a une diversité de situations et que, par ailleurs, c'est important pour les finances publiques. Nous sommes en train de faire une augmentation inédite parce que l'objectif clairement affiché par mes soins, mais aussi par le président de la République et le Premier ministre, c'est que nous soyons au cours de la décennie 2020 un des pays qui paye le mieux ses professeurs, parce que c'est un enjeu fondamental pour la nation. La France de façon générale doit investir dans son éducation. C'est la seule clé pour préparer l'avenir. Et ce travail-là, je le fais très en profondeur puisque je le fais même à une échelle européenne. Je serai demain à Bruxelles, je parle avec mes homologues européens pour qu'on ait une stratégie partagée en Europe pour investir plus dans l'éducation. Ce n'est pas seulement le développement d'Erasmus, qui vient d'ailleurs d'être discuté hier à Bruxelles, mais l'ensemble des stratégies que nous pouvons avoir en Europe pour miser sur l'avenir, miser sur l'éducation. Pour miser sur l'éducation, il faut bien payer les professeurs. Je suis fasciné de voir comment on peut commenter ce que je dis, alors que ce que je dis est ce qu'il y a de plus fort et de plus bienveillant possible pour les professeurs, donc je le dis très clairement et je dis aux professeurs qui m'écoutent : « Faites attention aux discours qui sont tenus sur mes discours. » Ce qui est très important, c'est d'écouter précisément ce que je dis et je dis : « Oui, la société française doit mieux payer ses professeurs. » Et oui ce qui va se passer, si vous me permettez l'expression, ce ne sera pas des clopinettes. Ce sera extrêmement substantiel. Sur une vie, ça va représenter plusieurs dizaines de milliers d'euros pour les personnes concernées. Nous allons rattraper en particulier les débuts de carrière et les milieux de carrière, donc c'est tout sauf faible. Et je sais bien qu'il y a des voix pour essayer de troubler tout ça, pour dire le contraire de ce que je dis, pour essayer de faire croire…

JEAN-JEROME BERTOLUS
Des voies syndicales.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas tous les syndicats. Tous les syndicats ne disent pas la même chose sur un tel sujet et il faut bien voir les arrière-plans politiques parfois qu'il y a autour de ça. Regardez à l'Assemblée encore hier comment une députée a essayé de donner des chiffres qu'elle sortait de je ne sais où pour essayer de faire croire que ce serait une toute petite augmentation, alors même que soi-disant elle plaidait pour les professeurs. Mais si elle est pour les professeurs, qu'elle recherche la vérité. Et la vérité, c'est qu'on est en train de programmer une augmentation très substantielle et c'est une bonne nouvelle, non seulement pour les professeurs, mais pour la France. Parce qu'on a besoin de bien payer nos professeurs et d'avoir un système éducatif de meilleure qualité dans les prochaines années grâce à ce travail que nous faisons.

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, les relations sont compliquées avec les syndicats. Jean-Jérôme BERTOLUS l'évoquait à l'instant.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas tous.

LORRAIN SENECHAL
Certains en tout cas sont à bout. La CGT qui annonce ce matin sur Radio Classique qu'elle claque la porte de la conférence de financement des retraites dont les travaux ont seulement commencé hier. C'est quand même bien mal engagé.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là, vous parlez du sujet plus général des retraites.

LORRAIN SENECHAL
Oui, plus général. Le système des retraites.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous parlez de la CGT dont on n'a pas tellement vu le caractère constructif dès le début.

LORRAIN SENECHAL
Vous n'êtes pas surpris.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ça n'a rien de surprenant. Vous voyez, on ne peut pas généraliser. On ne peut pas dire les syndicats : c'est la CGT. La CGT dès le début, par la voix de Philippe MARTINEZ, a été très radicale, d'une manière d'ailleurs qui n'a pas une grande cohérence ni intellectuelle ni historique, puisqu'en réalité la réforme des retraites qui est proposée aujourd'hui est une réforme extrêmement redistributive. Qui en réalité va encore plus loin que l'esprit de l'après-guerre pour tenir compte des réalités du XXIème siècle et elle va permettre de donner de meilleures retraites à des catégories de populations les plus défavorisées. Donc la CGT est un peu à contre-emploi.

LORRAIN SENECHAL
Est-ce que vous regrettez la confusion du débat y compris à l'Assemblée ? Qui se terminera d'ailleurs peut-être par un vote bloqué ou un 49-3 de la part du gouvernement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, évidemment la part de confusion qui existe et qui est due à une partie de l'opposition est tout à fait regrettable.

LORRAIN SENECHAL
Le 49-3, il est toujours sur la table ? C'est une possibilité ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors le 49-3 fait toujours partie de la Constitution. Il n'est jamais très souhaitable d'être obligé d'y avoir recours. Mais quand vous avez notamment La France Insoumise qui a comme stratégie de faire une sorte de guérilla parlementaire absurde, qui empêche de parler du fond. Vous savez, quand vous êtes réellement sûr de vos arguments, vous n'avez pas besoin de faire de l'obstruction parlementaire. Moi ce qui me paraît très important en démocratie, et ça touche tous les sujets dont nous parlons, c'est qu'on échange argument contre argument. Qu'on prête la bonne foi à celui avec qui on parle. Qu'on regarde réellement ce que les autres ont dit. Au lieu de cela, on a une extrême gauche, en l'occurrence LFI, qui d'ailleurs joue un peu les idiots utiles de l'extrême droite à force d'être dans cette stratégie, c'est-à-dire brouiller en effet - c'est le mot - brouiller le jeu démocratique par le mensonge et puis par l'obstruction parlementaire.

LORRAIN SENECHAL
Une dernière chose. Les épreuves de contrôle continu du nouveau bac, celui que vous avez mis en place, les fameux E3C, se poursuivent jusqu'à la fin de la semaine prochaine, très perturbées par des étudiants ou des syndicats justement inquiets qui estiment qu'ils ont été impréparés. Est-ce que les perturbations se poursuivent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Alors en ce moment, vous avez les vacances de l'Ile-de-France et du coup, vous vous l'avez noté, il n'y a aucune perturbation.

LORRAIN SENECHAL
Et de l'Occitanie également.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et de l'Occitanie, tout à fait, donc des académies de Montpellier et de Toulouse. Eh bien vous n'avez aucun trouble actuellement. Ce qui démontre d'ailleurs que dans cette histoire, c'était quelque chose d'assez ciblé géographiquement. J'étais dans l'académie de Lille il y a quelques jours, eh bien à l'ensemble des lycées – il doit y avoir autour de cent quarante lycées - à une exception près je crois, ils l'ont passé tout à fait normalement. Donc sur un million six cent mille copies…

LORRAIN SENECHAL
Les perturbations, elles étaient uniquement en Ile-de-France. C'est ce que vous dites.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non. Enfin elles étaient très concentrées dans certains endroits et notamment en Ile-de-France, attisées très souvent par des groupes politiques. Vous avez par exemple, je vais vous donner quelque chose de très concret, vous avez dans le Val-de-Marne des mairies souvent communistes qui ont l'habitude d'affréter des cars, de financer le fait que des personnes aillent protester, aillent bloquer des établissements. C'est totalement scandaleux. Avec un arrière-plan politique qu'on doit évidemment condamner. Et donc ces personnes-là vont évidemment contre l'intérêt des élèves et partout où il n'y a pas eu ce genre d'action, les élèves ont passé les E3C de manière tout à fait normale, et donc on va les continuer dans la sérénité.

LORRAIN SENECHAL
Ça se passe bien dans toute la France surtout depuis qu'il y a les vacances dans les académies de Paris et d'Occitanie.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors là il va y avoir le retour et nous allons, dans les établissements qui ne l'ont pas fait, pouvoir le faire, je l'espère, dans le calme. J'en appelle vraiment à l'intérêt des élèves : chacun doit respecter l'intérêt des élèves et laisser les élèves composer normalement.

LORRAIN SENECHAL
Merci Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, et bonne journée.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 21 février 2020