Interview de Mme Frédérique Vidal, ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, à France Info le 30 mars 2020, sur les essais cliniques en cours et la sortie du confinement.

Texte intégral

MARC FAUVELLE 
Bonjour Frédérique VIDAL.  

FREDERIQUE VIDAL 
Bonjour. 

MARC FAUVELLE 
Ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, merci d'être avec nous ce matin sur France Info.  Les questions sont très nombreuses d'abord sur les essais cliniques, si vous le voulez bien, pour tenter de trouver un traitement, une grande étude européenne a débuté il y a 8 jours pour tester plusieurs médicaments, il fallait d'abord trouver un peu plus de 3000 volontaires, est-ce qu'on les a trouvés ? 

FREDERIQUE VIDAL 
Alors effectivement ça a démarré le week-end dernier et l'inclusion des patients se fait au fur et à mesure.  Donc pour le moment le recrutement se fait très bien, nous avons déjà plusieurs hôpitaux sur Paris, Strasbourg Lyon et Nantes et puis nous incluons d'autres patients à Metz, à Annecy donc les essais se déroulent bien. Nous pensons avoir un premier retour en fin de cette semaine sur l'efficacité des molécules qui sont en cours de test de façon à pouvoir prolonger ces essais, arrêter certaines molécules, en rajouter d'autres.  

MARC FAUVELLE 
Premiers résultats attendus, tout premier donc dans les jours qui viennent avant la fin de la semaine.   

FREDERIQUE VIDAL 
C'est ça la fin de la semaine. 

MARC FAUVELLE
 Quatre molécules, quatre 4 médicaments en tout cas sont testés parmi lesquels, on le sait, la chloroquine, c'est celui sans doute qui suscite le plus d'espoir, elle est défendue par le professeur Raoult à Marseille qui a présenté lui une nouvelle étude, c'était vendredi, cette fois sur 80 patients, est-ce qu'elle change quelque chose pour vous ? 

FREDERIQUE VIDAL 
Alors ce qui est très important c'est de rester dans le cadre d'un essai clinique ? La différence avec les études que présente le professeur RAOULT, c'est que dans un essai clinique ni les soignants, ni les malades ne connaissent la molécule qui leur est donnée, ça évite d'avoir un biais méthodologique ou à un biais qui est lié à une appréciation qui est faite par le soignant lui-même, ou le patient lui-même qui connaît la molécule qui lui est administrée. Donc c'est très différent et c'est pour ça que nous avons actuellement en fait treize essais clinique en cours en France, le plus gros, c'est effectivement celui qui est fait dans le cadre européen mais nous en avons d'autres, sur un nombre de patients plus restreints de l'ordre de la centaine avec deux nouvelles molécules qui sont en test, des anticorps monoclonaux, donc voilà nous ne baissons pas évidemment le rythme de ces essais cliniques et c'est ça qui est important.  

MARC FAUVELLE  
Donc pour vous l'étude du professeur RAOULT, la deuxième étude n'apporte pas d'élément déterminant ou nouveau. 

FREDERIQUE VIDAL 
C'est-à-dire vraiment le principe d'un essai clinique, c'est celui que je viens de rappeler et donc c'est évidemment essentiel que nous ayons des résultats qui seront produits dans les règles de l'art parce que derrière il s'agira de traiter potentiellement des dizaines de milliers de personnes et donc c'est important que ce soit est avec une méthodologie rigoureuse.   

MARC FAUVELLE 
Si cette étude européenne donne des résultats encourageants dans les jours qui viennent, on pourra débuter immédiatement des traitements à grande échelle ?

 FREDERIQUE VIDAL 
Alors oui effectivement ça, ça a été tout notre travail qui a été mené par le ministère des Solidarités et de la Santé et le ministre lui-même et le directeur général de vérifier qu'en termes d'approvisionnement, nous serions en capacité de produire des médicaments en masse. 

MARC FAUVELLE
 Et c'est le cas pour l'ensemble des molécules qui sont testées ? 

FREDERIQUE VIDAL 
Alors les molécules qui sont testées effectivement à ma connaissance les commandes ont été mises en place de façon à ce que nous puissions les faire quelle que soit la molécule. 

MARC FAUVELLE 
Dans ces cas-là les médicaments seront gratuits, offerts par les laboratoires, comment ça se passera ? 

FREDERIQUE VIDAL 
Alors ça ce sont des discussions auxquelles je n'ai pas participé donc je ne peux pas vous répondre sur ce sujet-là, ce que je sais c'est que les laboratoires sont extrêmement mobilisés, et sont vraiment tout à fait prêts à mettre à disposition de l'ensemble des soignants les molécules qui seraient nécessaires.   Je crois que là nous sommes tous dans une mobilisation exceptionnelle y compris des laboratoires.  

MARC FAUVELLE 
Frédérique VIDAL, se pose également la question de la sortie du confinement, Edouard Philippe avant hier a dit qu'on allait monter en  puissance en France sur les tests de dépistage et notamment sur les tests sérologiques, c'est-à-dire ceux qui permettent non pas de savoir  si on est malade à l'instant T mais de savoir si on a eu le virus dans les jours ou les semaines précédentes et donc si on est immunisé contre lui, est-ce que vous savez combien de ces tests seront  pratiqués par exemple à la fin du mois d'avril, dans un mois ? 

FREDERIQUE VIDAL 
Alors effectivement vous avez raison de le dire, il y a énormément de personnes qui ont probablement été contaminées en faisant, en ayant très peu de symptômes, voire pas de symptômes du tout.  Et donc au moment du déconfinement ce sera très important de savoir quel pourcentage de la population a été effectivement infecté par le virus.  On sait qu'au-delà d'un certain pourcentage, le virus en général ne circule plus, celui-là était particulièrement transmissible et donc c'est la raison pour laquelle on pense qu'une grande partie de la population a potentiellement déjà été infectée parfois sans savoir.   

MARC FAUVELLE 
Quand vous dites une grande partie de la population a déjà eu le virus parfois même sans savoir, ce chiffre on peut l'estimer à combien aujourd'hui ? 

FREDERIQUE VIDAL 
Alors ce chiffre, il est en cours d'estimation mais par exemple ces tests ont été faits, vous savez sur ce bateau dans lesquels énormément de gens ont été confinés, le Diamond… et on s'est rendu compte que sur ce bateau 40 % des gens avaient été infectés sans présenter des symptômes.  

MARC FAUVELLE  
Donc on peut supposer pardon de cette supposition mais qu'aujourd'hui même plusieurs millions peut-être de Français ont déjà eu le virus ? 

FREDERIQUE VIDAL
 Alors justement l'idée, c'est qu'on ne le suppose pas, mais qu'on le vérifie et c'est pour ça que c'est très important que nous ayons à notre disposition ces tests sérologiques et ils commencent à apparaître sur le marché, nous en avons nous-mêmes en production et en test dans plusieurs laboratoires de recherche français, ce qui est important c'est évidemment la fiabilité de ces tests sérologiques. Les équipes sont en train de vérifier cette fiabilité là aussi nous attendons très prochainement des résultats et ensuite nos commanderons le nombre de test nécessaire, ou nous ferons fabriquer en France le nombre de tests nécessaires pour pouvoir avoir une estimation du pourcentage de personnes qui en France, alors en France en général dans certaines régions, il va falloir faire plusieurs analyses. Mais évidemment là encore il ne s'agit pas de faire des suppositions, mais il s'agit d'avoir une destination la plus proche de la réalité. 

MARC FAUVELLE   
Donc on ne sait pas pour l'instant combien de ces tests on pourra faire dans un mois quand la situation ira, on croise les doigts, un peu mieux ? 

FREDERIQUE VIDAL 
alors le processus, c'est que nous sommes en train de nous prépositionner sur un certain nombre de laboratoires qui proposent  ce type de test et puis nous sommes surtout en train de vérifier certains de ces tests en comparant leur efficacité avec ce que l'on est  capable de faire dans des laboratoires de recherche  pour voir la pertinence de ces tests et voir s'ils sont vraiment efficace, ce serait c'est évidemment très important au moment où on fera  ces tests sérologiques d'avoir un reflet réel de ce qui s'est passé dans la population.  

 MARC FAUVELLE 
Je vous pose cette question Frédérique VIDAL parce qu'Edouard PHILIPPE avant hier dans sa conférence de presse a avancé un chiffre, il a dit on devrait être en mesure de faire 100.000 de ces tests d'ici un mois. A ce rythme si on a bien compté ici ce matin à France-Info, il faudra 600 jours pour tester l'ensemble des Français, est-ce que ça veut dire que le confinement va se faire, la sortie du confinement va se faire tout doucement pendant des semaines, voire des mois, le temps qu'on ait testé tout le monde ? 

FREDERIQUE VIDAL 
Alors ce sera le rôle du conseil scientifique de travailler ça MAIS CE qu'il faut bien comprendre ? c'est qu'on n'est pas obligé de tester individuellement chaque personne pour estimer le pourcentage de la population qui a été infectée, ça se fait de façon statistique à   partir du moment où le nombre de personnes testées est suffisant et c'est ça qui permet de déterminer le seuil de ce qu'on appelle l'immunité globale d'une population qui marque en général la fin d'une épidémie.   

MARC FAUVELLE 
Ça veut dire si je comprends bien qu'on peut par exemple tester un million de personnes constater que 60 % de ce million a déjà eu le virus même parfois d'ailleurs s'ils ne le savent pas et donc le virus ne va plus propager puisqu'une partie suffisante de la population l'a eu c'est ça ? 

FREDERIQUE VIDAL 
Le principe, c'est exactement celui-là mais il y a aussi d'autres facteurs à prendre en compte bien sûr, c'est-à-dire qu'il faudra à ce moment-là aussi que les hôpitaux soient en capacité de continuer néanmoins à accueillir des patients, donc c'est tout cet équilibre-là et tout le  rôle du conseil scientifique que de prévoir ces hypothèses pour nous permettre de prendre des décisions au niveau du gouvernement. 

MARC FAUVELLE 
Frédérique VIDAL, ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, merci beaucoup pour ces explications. 


Source : Service d'information du Gouvernement, le 31 mars 2020