Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Info le 18 juin 2020, sur la reprise obligatoire de l'école.

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Texte intégral

LORRAIN SENECHAL

Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Ministre de l'Education nationale. Merci d'être en direct dans les studios de France Info ce matin. Alexis MOREL, spécialiste éducation de France Info à mes côtés. Bonjour.

ALEXIS MOREL
Bonjour.

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, d'abord, est-ce qu'elle existe encore cette règle du mètre de distance entre chaque élève, dans les écoles à partir de lundi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ça dépend des niveaux. A l'école maternelle, on a adopté les mêmes règles que pour la crèche, c'est-à-dire pas de distanciation physique, sur la base des recommandations du Haut Conseil de la santé publique. Ensuite, à l'école élémentaire, nous demandons 1 m de distance, mais c'est une recommandation, l'essentiel étant de pouvoir accueillir tous les élèves de la classe. Et puis s'agissant du collège, lorsque ce mètre ne peut pas être respecté…

LORRAIN SENECHAL
Là aussi c'est une recommandation.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, enfin non, c'est une règle, parce que soit c'est ça, soit on met un masque, un peu comme dans les transports ou quand il y a une proximité, la façon de compenser la proximité c'est le fait que le collégien porte les masques.

LORRAIN SENECHAL
Et qu'est-ce qui se passe si cette règle elle n'est pas respectée, d'abord dans les écoles élémentaires, puisque c'est une recommandation, il n'y a aucune sanction qui est prévue pour les enseignants ou la dire où les Directions.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est-à-dire que ce qui est estimé, c'est qu'à l'école primaire, et ça, ç se base, encore une fois sur les recommandations du Haut Conseil et qui lui-même se base sur des études, encore, certaines études récentes, qui montrent la très faible contagiosité des petits. Donc c'est pour ça que c'est une recommandation, parce que c'est quand même souhaitable de garder cette distance, mais ça n'est pour les enfants de moins de 10 ans, qu'une recommandation.

LORRAIN SENECHAL
Et pour le collège non plus, pas de sanctions si la règle n'est pas respectée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oh, vous savez les collèges sont déjà rentrés depuis plusieurs semaines, et donc on fait déjà respecter des règles au collège qui sont importantes, notamment le port du masque, justement, et on a constaté que les collégiens les respectaient très bien.

LORRAIN SENECHAL
Mais qu'est ce qui se passe si jamais il y avait un foyer, un cluster comme disent les professionnels, qui se déclarait dans une école ou un collège ? Qui serait responsable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, à chaque fois qu'il y a un début de contamination quelque part, on ferme la classe où l'école ou le collège, on l'a fait d'ailleurs encore dans la période récente, même quand il n'y a aucun élève contaminé, mais quand autour de l'établissement les autorités sanitaires jugent qu'il y a un risque de développement de cluster. On a dû avoir…

LORRAIN SENECHAL
Mais qui est responsable ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, en matière de contamination, et ce n'est pas, enfin, je ne suis pas un spécialiste juridique de la contamination, mais les maladies contagieuses, il y en a depuis toujours, et on ne cherche pas toujours des responsables des maladies contagieuses, on essaie tout simplement de vivre. Vous connaissez mon point de vue depuis le début, c'est que c'est très très important que les enfants retrouvent l'école, ça aurait été beaucoup plus facile pour moi d'adopter une approche de la facilité, c'est-à-dire comme ça s'est passé dans d'autres pays, on attend le mois de septembre, mais je considère que d'un point de vue…

LORRAIN SENECHAL
Mais vous avez été entendu, puisque cette rentrée pour tout le monde elle aura lieu lundi. Alexis MOREL.

ALEXIS MOREL
Oui, il y avait un choix à faire, puisque les directeurs, les principaux de collège, nous disaient ces derniers jours : « Ce n'est pas compatible, on ne peut pas nous demander d'accueillir tout le monde et en même temps respecter ce mètre de distance ». Ils craignaient aussi d'être mis en porte-à-faux face aux parents, d'être ceux qui annoncent la mauvaise nouvelle alors qu'il y a eu cette promesse présidentielle, donc assouplissement de la règle, on l'entend bien ce matin. Pourtant, Jean-Michel BLANQUER, il y a un décret paru lundi matin, qui mentionne noir sur blanc ce mètre de distance minimum entre élèves. Ça veut dire que ce protocole il s'assoit sur ce décret ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non, le protocole vaut à partir de lundi prochain. Et depuis le début nous avons des décrets qui parfois ont été quotidien sur ces questions. Donc d'ici à lundi prochain…

ALEXIS MOREL
Il va remplacer le décret.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Il y aura une évolution, c'est d'ailleurs, on le comprend dans la première phrase du protocole qui fait référence au texte, je ne vais pas faire un débat juridique, mais le décret, évidemment, peut évoluer d'ici à lundi prochain, et c'est bien cela qui aura lieu.

ALEXIS MOREL
Mais le virus, il circule encore. Vous ne craignez pas de prendre une prise de risque, là ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais, tout ce que l'on a fait est inspiré par le Haut Conseil de la santé publique. Vendredi dernier, au Conseil de défense, les décisions ont été prises à la lumière de ce que disait le Haut Conseil, et les précisions du protocole sanitaire sont faites en dialogue avec les autorités de santé. Encore une fois, vous savez, beaucoup de gens me demandent une chose et son contraire, c'est-à-dire qu'il y a un mois et demi il y avait beaucoup de critiques sur le fait de réouvrir les écoles, ensuite il y a eu jusqu'à la semaine dernière des critiques sur le fait que ça n'allait pas assez vite, pas assez loin, ce qui est un peu contradictoire, et puis maintenant que nous avons réussi, en travaillant, et je veux dire c'est une réussite collective de l'ensemble de la France d'avoir réussi à ce que e virus circule moins, maintenant que nous pouvons faire cela, j'entends le genre de critiques que vous venez de formuler. Donc je crois qu'il faut quand même surtout voir de manière lucide, que ce que nous avons voulu c'est être à la fois volontaristes et prudents, ce que nous avons fait depuis le début. Il y a une ligne très claire, que j'affirme depuis le mois d'avril, c'est-à-dire que le déconfinement. scolaire était souhaitable, et le président de la République a eu beaucoup de courage politique de le décider, et aujourd'hui tout le monde comprend que c'était la décision bonne, et j'invite chacun à comparer ce qui se passe en France avec ce qui se passe par exemple en Angleterre, avec ce qui se passe en Italie, même avec ce qui se passe en Allemagne ou en Espagne, pour voir que finalement notre déconfinement scolaire à nous, aura permis d'aller progressivement vers la rentrée de tous, avec beaucoup de contraintes, beaucoup de difficultés, mais…

LORRAIN SENECHAL
Et cette rentrée de tous, elle est à nouveau obligatoire, l'école est à nouveau obligatoire. Qu'est-ce que ça veut dire ? Ça veut dire que si des élèves ne se présentent pas, il y aura, vous allez aller les chercher, il y aura une manière, vous allez essayer de contacter les parents, peut-être il y aura-t-il des sanctions ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, d'abord l'instruction est obligatoire, et elle a toujours été obligatoire, même dans la période précédente…

LORRAIN SENECHAL
Bien sûr.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Simplement auparavant on disait : ça peut être soit à distance, soit en venant. Bien sûr, on le sait, il y a eu du décrochage, il y a eu des élèves qui ne sont pas venus, donc on est obligé d'assumer le caractère un peu particulier de cette période. Mais non, là on revient à la présence physique obligatoire, et c'est exactement dans le dans le même cadre que le cadre habituel, si vous voulez, c'est-à-dire qu'on doit venir à l'école.

ALEXIS MOREL
Est-ce que ça ne vous arrange pas, finalement Jean-Michel BLANQUER, si tous les élèves ne reviennent pas ? Parce que ce protocole, il reste quand même des contraintes, notamment une limitation du brassage, du mélange entre les classes, ça va être compliqué ça de limiter le mélange entre les classes, de faire des récrés échelonnées, de faire des heures d'arrivées échelonnées, avec tout le monde. Donc les directeurs nous disent : finalement, si tout le monde ne revient pas, ça va peut-être aussi un peu nous arranger. On ne va pas envoyer les policiers dans les familles.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais ça c'est sûr, mais de notre but c'est quand même qu'il y ait le plus possible d'élèves qui reviennent, c'est surtout un but social, on le sait bien, ceux qui ont le plus décroché sont souvent les plus défavorisés.

LORRAIN SENECHAL
Mais comment on fait pour aller les chercher ces décrocheurs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est tout un travail complet, les professeurs eux-mêmes l'ont mené, et je voudrais remercier les chefs d'établissement, les professeurs, les CPE, les inspecteurs, tous ceux qui… tous les personnels de l'Education nationale, les élus, les maires, qui encore aujourd'hui et depuis plusieurs semaines, vont dans les familles, téléphonent, convainquent. Vous savez, il y a eu beaucoup de peurs, parfois justifiées, parfois un petit peu excessives, autour de tout cela, et donc il faut aujourd'hui en quelque sorte recréer la confiance. Je crois que c'est ce qu'on a fait en bonne partie, parce qu'il faut encore une fois se rappeler la situation il y a 5 semaines, on a recréé cette confiance dans le fait qu'on peut revivre ensemble et de manière progressivement plus libre, eh bien c'est ce travail qui est fait actuellement, je pense aux assistantes sociales par exemple, de l'Education nationale ou d'autres institutions, qui tous les jours font ce travail pour faire revenir les enfants, et c'est fondamental. Parce que si vous voulez, à l'échelle mondiale, l'affaire du confinement peut être une catastrophe éducative et sociale. Ce sont des dizaines de millions d'enfants qui ont été déscolarisés dans le monde entier, avec les conséquences qu'on peut imaginer. Je suis extrêmement sensible à ce sujet. Il n'y a pas que le Covid comme sujet, il y a le sujet de l'école qui est fondamental pour tous les enfants. Et donc la France est un des pays qui probablement s'en sera sorti le mieux sur cette question, avec plein de problèmes, je suis le premier à les reconnaître, mais on essaie de les réduire, on essaie de les résoudre, avec une ligne directrice qui est l'école pour tous, et l'école ce n'est pas quelque chose d'accessoire, c'est quelque chose de fondamental. Il fallait que les enfants…

LORRAIN SENECHAL
Et ça permet aussi de se préparer pour la rentrée de septembre.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr. Et tout ce que nous vivons en juin, d'ailleurs il y a même des aspects, il y a évidemment beaucoup d'aspects négatifs, mais il y a aussi des aspects positifs qui sont utiles pour notre préparation de rentrée.

LORRAIN SENECHAL
Jean-Michel BLANQUER, merci beaucoup, ministre de l'Education nationale, d'être venu jusque dans les studios de France Info ce matin.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 19 juin 2020