Déclaration de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, sur les modalités de réouverture des établissements d'enseignement, les conditions d'organisation des concours et examens  et la prochaine rentrée scolaire, au Sénat le 19 mai 2020.

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Circonstance : Débat organisé à la demande de la commission de la culture, au Sénat le 19 mai 2020

Texte intégral

Mme la présidente. L'ordre du jour appelle le débat, organisé à la demande de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication, portant sur les modalités de réouverture des établissements d'enseignement ainsi que sur les conditions d'organisation des concours et examens et de préparation de la prochaine rentrée scolaire.

Nous allons procéder au débat sous la forme d'une série de questions-réponses, dont les modalités ont été fixées par la conférence des présidents.

Je rappelle que l'auteur de la demande dispose d'un temps de parole de huit minutes, puis le Gouvernement répond pour une durée équivalente.

(…)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

Vous disposez de huit minutes, mais vous utilisez le temps que vous souhaitez, monsieur le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Merci beaucoup, madame la présidente ; j'essaierai de ne pas abuser de votre gentillesse.

Madame la présidente, mesdames, messieurs les sénateurs, je suis très heureux d'avoir ce moment d'échange avec vous. C'est l'occasion par excellence de faire un point d'étape, puisqu'il s'agit forcément d'un point d'étape dans cette crise. Nous en avons fait un par visioconférence, au cours duquel nous avons parlé du confinement, et je me réjouis de vous retrouver physiquement dans l'hémicycle ; c'est le signe d'un début de retour à la normale.

J'aurai un raisonnement chronologique, y compris pour aborder la dimension prospective que vous venez de suggérer, puisque nous devons avoir une approche cohérente de tout ce qui s'est passé.

Pour ma part, je raisonne en quatre temps.

La première période a été le confinement, commencé le 15 mars dernier et achevé le 11 mai. Cela a clairement été une période au cours de laquelle s'est développée toute une série de logiques, sur lesquelles je reviendrai.

La deuxième période, qui est en cours, s'étend du 11 mai au 4 juillet : c'est la période, très particulière, du déconfinement, qui comporte une logique hybride à laquelle vous avez fait référence.

La troisième période, dont il faut parler, sera celle des vacances de juillet et août. Nous avons commencé à évoquer les vacances apprenantes – il y a beaucoup à dire à ce sujet, pour assurer la cohérence, le rattrapage et des perspectives.

La quatrième période, qui commencera par la rentrée de septembre, sera évidemment un moment décisif. Vous l'avez l'un et l'autre sous-entendu, avec l'année scolaire 2020-2021, quelque chose de très particulier se présente que nous devons préparer ensemble, de manière très collective, à l'échelle du pays et avec la représentation nationale.

Vous me demandez, sur le premier point, quels ont été les enseignements. Nous en avons déjà un peu parlé, vous l'avez rappelé, mais nous avons maintenant un peu plus de recul. Le confinement a d'abord été soudain, reconnaissons-le. Toutefois, la France y est entrée avec, finalement, plus d'atouts que d'autres pays, notamment parce que notre service public de l'éducation nationale permet de garantir une couverture territoriale complète et une relative homogénéité, au moment où l'enjeu était plus que jamais de trouver l'équilibre entre les souplesses locales ou individuelles et l'unité nationale.

Concrètement, une institution, assez unique au monde, comme le CNED nous a permis d'aborder cette période de confinement avec un outil national. En effet, lorsqu'avait sévi l'ouragan Irma, en septembre 2017, j'avais demandé au CNED de développer un système d'enseignement à distance spécifique aux cas de crise. Cet organisme a mis deux ans à développer ce système. Il était donc prêt à la fin de 2019, juste à temps pour les premières manifestations du virus en Chine, lorsqu'il a fallu développer ce système pour les élèves français de Chine, puis pour l'Oise, pour le Morbihan, pour le Haut-Rhin et puis pour la France entière.

On a parfois commenté mes propos quand j'ai indiqué, après l'annonce du Président de la République du 12 mars : « nous sommes prêts ». Comme nous sommes dans un pays où la critique est assez fréquente – c'est un atout –, tout un chacun a pu pointer le fait que telle ou telle chose n'était pas prête. Je n'ai jamais prétendu que nous étions parfaitement prêts pour faire face à tout problème ; en revanche, nous étions prêts en ce que nous avions là un système, celui du CNED, qui nous a permis de faire quelque chose que, à ma connaissance, on ne trouve dans aucun autre pays. Ce sont ainsi 2,8 millions de foyers qui se sont branchés sur le réseau du CNED et plus de 400 000 professeurs qui ont pu l'utiliser. Cela a permis d'avoir un système à trois branches.

La première branche est le système « Ma classe à la maison » du CNED, qui propose des outils et des ressources semaine par semaine, correspondant à tous les niveaux scolaires, de la grande section à la terminale, et des classes virtuelles. J'étais hier dans un collège, à Pacy-sur-Eure, qui a utilisé ce système pendant la période de confinement et qui en était heureux.

Deuxième branche du système : les environnements numériques de travail. Vous connaissez cela très bien, mesdames, messieurs les sénateurs, puisque ce sont les collectivités territoriales, notamment les conseils départementaux et les conseils régionaux, qui les ont développés au cours des dernières années. Les professeurs, les élèves et les familles sont donc assez habitués à leurs usages. Les ENT ont souvent été utilisés en complément de « Ma classe à la maison ».

La troisième branche, c'est tout le reste, si j'ose dire : le courriel, le téléphone ou certains sites spécifiques ; on a fait flèche de tout bois. « On », c'est-à-dire les professeurs, auxquels il faut évidemment rendre hommage en une telle circonstance, parce qu'ils ont déployé toute leur énergie en la matière. Cette troisième branche – tout le reste, je le répète – est représentative de notre capacité d'adaptation, mais, en même temps, nous devons la considérer de près, parce qu'elle implique parfois des développements numériques qui ne correspondent pas à ce que nous souhaitons. Nous préférons une logique de service public, qui ne nous mette pas dans les mains de qui que ce soit, en particulier en matière de protection des données personnelles.

En tout état de cause, au travers de ces trois leviers, les professeurs de France ont suivi leurs élèves, et nous avons parfois eu, dans les premiers temps, plus de problèmes de « trop » que de « trop peu ». Il a par exemple eu le « trop » des tuyaux informatiques ; ainsi, le lundi et le mardi de la première semaine – je vous rassure, je ne ferai pas un exposé de la situation jour par jour depuis le 15 mars, cela risque de vous inquiéter et Mme la présidente trouvera que j'abuse un peu (Sourires.) –,…

Mme la présidente. Tant que cela tient dans les huit minutes… (Nouveaux sourires.)

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. … il y a eu un encombrement. Parfois, les familles ont trouvé que c'était beaucoup trop de travail. Puis, progressivement, tout ça s'est régulé. C'est cela aussi un service public de l'éducation nationale : une capacité à apprécier, au fil du temps les choses.

Madame la présidente de la commission, vous avez rendu hommage aux professeurs, mais aussi à l'administration, et je vous en remercie. Il est toujours facile d'attaquer l'administration de l'éducation nationale – cela a été fait, dans le passé. Pour ma part, je la défends, parce que je la vois fonctionner. Elle a évidemment ses qualités et ses défauts, comme toute institution, mais il fallait la voir, belle et solide dans cette tempête, accomplir ce travail important, avec ses équipes en télétravail ou au bureau, y compris le samedi et le dimanche, comme, d'ailleurs, pour l'accueil des enfants du personnel soignant. J'avais les recteurs en visioconférence tous les deux jours ; ils étaient parfois avec de toutes petites équipes dans les rectorats et ils travaillaient le week-end, tout cela pour tenir le système au milieu des difficultés très particulières que nous rencontrions.

Je le souligne, parce que l'on a parfois l'impression que les choses se déroulent tout naturellement, comme par magie. Non, il y a tout simplement du personnel administratif, parfois un peu dans l'ombre, mais qui accomplit un travail remarquable et, bien sûr, les professeurs, très engagés dans cet enseignement à distance.

Quel bilan pourrons-nous faire à froid de tout cela ? Nous verrons toutes les qualités humaines qui se sont déployées, toutes nos forces et toutes nos faiblesses sur le plan technologique, qui nous permettront de nous améliorer dans le futur.

Le déconfinement – la période dans laquelle nous sommes actuellement – est aussi un moment tout à fait exclusif, inédit. Jamais l'éducation nationale, dans toute son histoire, n'a eu à faire ce que nous sommes en train de faire, non une rentrée, mais ce que nous avons préféré appeler « une reprise », c'est-à-dire, si possible, le retour à la normale.

Ce retour à la normale ne peut pas se faire tel quel. Nous le savons tous, ce ne seront pas des classes ordinaires qui auront lieu en mai et en juin. Néanmoins, ce n'est pas non plus l'inverse de cela, ce n'est pas le rien. Vous savez à quel point je me bats contre le rien, contre l'idée selon laquelle on pourrait attendre septembre, voire – pourquoi pas ? – encore de longs mois, en attendant une hypothétique découverte, pour que les enfants reviennent à l'école. Il y a déjà suffisamment de dégâts sociaux liés au confinement pour ne pas en ajouter en attendant davantage.

Une autre perspective serait l'école « garderie », un moment où l'on s'occupe juste de garder les enfants. Je suis farouchement opposé à cette approche également. Les deux approches – rien du tout ou l'école garderie – sont délétères pour l'idée qu'on peut se faire de l'école de la République. Il faut que les enfants soient là pour apprendre, même si c'est dans des circonstances particulières.

Mme la présidente. Monsieur le ministre, seize questions vont vous être posées, et vous avez épuisé votre temps de parole.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Je pensais pouvoir disposer de plus de temps. Cela me rappelle certains forfaits illimités qui ne le sont pas tant que ça… (Sourires.)

Mme la présidente. Je voulais vous dire que vous pouviez utiliser le temps que vous souhaitiez dans la limite des huit minutes qui vous étaient imparties.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre. Je comprends, madame la présidente ; j'aborderai les troisième et quatrième périodes à l'occasion des réponses aux questions qui me seront posées.


- Débat interactif -

Mme la présidente. Nous allons maintenant procéder au débat interactif.

Je rappelle que chaque orateur dispose de deux minutes au maximum pour présenter sa question, avec une réponse du Gouvernement pour une durée équivalente.

Dans le cas où l'auteur de la question souhaite répliquer, il dispose de trente secondes supplémentaires, à la condition que le temps initial de deux minutes n'ait pas été dépassé.

Dans le débat interactif, la parole est à Mme Marie-Pierre Monier.

Mme Marie-Pierre Monier. La crise sanitaire que nous traversons a ébranlé notre pays en profondeur. Pour la première fois de notre histoire, nous avons dû fermer nos écoles. Prendre cette décision fut difficile, car il s'agit d'un fondement notre République. Nous commençons à les rouvrir. Nous savons combien cet exercice est complexe, monsieur le ministre, pour vous et surtout pour les maires, pour les directeurs et directrices d'école et pour les professeurs. Cette situation inédite nous a contraints à mettre entre parenthèses le respect d'un principe important de notre école républicaine : l'obligation.

Alors que nous débattons des modalités de réouverture des établissements, je souhaite redire ces mots de Jules Ferry sur l'inscription dans la loi de l'obligation scolaire : « Nous mènerons à bien cette grande réforme, qui est à la fois la plus grande des réformes sociales et […] la plus durable des réformes politiques… Lorsque toute la jeunesse française se sera développée, aura grandi, sous cette triple étoile de la gratuité, de l'obligation et de la laïcité, nous n'aurons plus rien à craindre des retours du passé. »

Si nous pouvons comprendre pourquoi il a fallu suspendre l'obligation scolaire, nous conviendrons toutes et tous qu'il est urgent de trouver comment réunir les conditions pour que nous puissions la rétablir au plus vite. C'est nécessaire pour ne pas accroître les inégalités entre les familles, et surtout pour réussir à accompagner les décrocheurs scolaires efficacement.

Je crois que nous en serons capables collectivement. Notre groupe de travail « enseignement scolaire » l'a prouvé en fournissant un travail transpartisan et constructif. Pour la fin de cette année scolaire, l'enjeu est de pouvoir accueillir chaque enfant. C'est impossible dans nos seuls locaux scolaires. Il faudra donc s'appuyer sur nos collectivités locales, mais il est impensable de leur demander cela sans leur donner les moyens adéquats.

Monsieur le ministre, je souhaite que vous précisiez comment les collectivités locales vont être accompagnées financièrement pour supporter les frais de la réouverture des écoles et surtout ceux de la mise en oeuvre du dispositif 2S2C – sport, santé, culture, civisme.

Pour restaurer effectivement l'obligation scolaire en septembre 2020, nous devons faire le bilan des besoins, du déroulement des réouvertures partielles par territoire et dans chaque filière et du décrochage scolaire. C'est indispensable pour réaliser les aménagements pédagogiques nécessaires et trouver des solutions pratiques adaptées à chaque contexte. Pouvez-vous nous indiquer si ce bilan complet est prévu ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Madame la sénatrice, en France, l'instruction est obligatoire, et cette obligation n'a pas été suspendue. Ce qui est en question, c'est le fait d'être physiquement présent à l'école. Personne ne peut contredire les propos tenus par le Président de la République : on ne saurait ramener de force les enfants à l'école. L'instruction reste donc obligatoire : soit les enfants se rendent à l'école, par la volonté des familles, soit ils suivent l'enseignement à distance.

Bien évidemment, ce n'est pas simple. Certains enfants ne vont pas à l'école alors qu'ils en auraient le plus grand besoin, mais nous avons encore de sept à huit semaines pour réussir à les y ramener, dans une grande alliance avec les élus locaux. Entre-temps, nous devons continuer d'assurer l'enseignement à distance, l'instruction restant obligatoire. Nous travaillons pour que la rentrée de septembre soit beaucoup plus homogène, beaucoup plus normale. Rouvrir les écoles en mai nous permet de mieux préparer encore cette échéance.

Je remercie l'ensemble des sénatrices et des sénateurs, dont vous êtes, qui ont participé à ces travaux très constructifs, pouvant servir de base à notre action.

Nous devons accorder une plus grande place au sport et à la culture à l'école. C'est une des conséquences de ce qui est train de se passer. Cela illustre le fait qu'une contrainte forte, une circonstance négative, peut amener des évolutions positives si nous travaillons bien.

Nous avions de toute façon pour objectif de développer, en lien avec les collectivités, la place du sport et de la culture à l'école. Le dispositif 2S2C, qui préfigure cette évolution, fait déjà l'objet d'une convention type. J'étais ce matin en visioconférence avec les présidents d'associations d'élus : une aide financière de 110 euros est prévue par groupe de quinze élèves et par journée. Par ailleurs, le ministre de l'action et des comptes publics crée un compte dit « Covid » dans la comptabilité des collectivités locales pour prendre en compte les surcoûts occasionnés par la crise.

Mme la présidente. La parole est à M. Éric Jeansannetas.

M. Éric Jeansannetas. Monsieur le ministre, j'associe à cette question mon collègue des Alpes-de-Haute-Provence, Jean-Yves Roux, et l'ensemble des sénateurs du groupe RDSE.

Depuis le 11 mai, les écoles rouvrent progressivement dans notre pays. Ce retour à l'école des élèves s'organise selon un protocole sanitaire exigeant, lourd et complexe. Or, pour mettre en place ces mesures absolument nécessaires, les communes ne sont pas égales en termes de moyens tant financiers que logistiques. Je pense en premier lieu à l'approvisionnement en matériels de protection ou de nettoyage, qui représente un coût important. Il en va de même pour la capacité à investir dans de nouveaux locaux, car la surface des salles de classe est souvent insuffisante pour permettre le respect des règles de distanciation.

En outre, dans les petites communes, il est particulièrement difficile de mobiliser les effectifs de personnels municipaux qui seraient nécessaires, ainsi que de financer des heures supplémentaires pour assurer l'entretien régulier des écoles.

Les communes font au mieux avec les ressources dont elles disposent, mais les mesures sanitaires entraînent de lourdes dépenses qui vont durement peser sur les finances des municipalités, d'autant que la situation actuelle risque de perdurer jusqu'à la rentrée de septembre.

Alors que les nouvelles équipes municipales élues au premier tour vont entrer en fonction, les élus des petites communes ont besoin d'être soutenus. Monsieur le ministre, comment comptez-vous aider concrètement les petites communes et les communes en situation financière difficile à appliquer le protocole sanitaire élaboré par l'éducation nationale ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, vous avez rappelé que le protocole sanitaire était strict et souligné combien il était nécessaire qu'il le soit. J'entends parfois critiquer ce protocole, mais son respect est incontournable pour réaliser le déconfinement.

Plus de 90 % des communes ont su travailler dans ces conditions et dépasser les contraintes. Je veux encore une fois remercier les maires et leurs équipes qui ont oeuvré en lien étroit avec l'éducation nationale.

Les moins de 10 % de communes restantes sont souvent des communes rurales qui rencontrent des difficultés pratiques. L'éducation nationale, l'État en général, voire d'autres collectivités territoriales, sont là pour les aider. Nous le voyons sur le terrain. La première des aides, c'est cette aide pratique, humaine.

Jacqueline Gourault, en lien avec le ministre de l'action et des comptes publics, mène une réflexion sur les surcoûts et leur évaluation. Le confinement, reconnaissons-le, a parfois aussi été à l'origine d'économies, certaines dépenses n'ayant pas été faites. Il faut regarder comment les choses s'équilibrent et voir comment l'État, dans un esprit de bon sens et de bienveillance, peut soutenir les collectivités dans ces moments difficiles.

Nous travaillerons main dans la main sur tous ces enjeux. La mise en oeuvre du protocole sanitaire pourrait encore engendrer des coûts supplémentaires en 2020-2021 ; il faudra en tenir compte dans le partenariat entre l'État et les collectivités locales.

Mme la présidente. La parole est à M. Xavier Iacovelli.

M. Xavier Iacovelli. La réouverture des écoles et la rentrée scolaire sont des enjeux cruciaux du déconfinement au regard de la continuité éducative pour nos enfants.

Vendredi 8 mai, vous avez indiqué, monsieur le ministre, que la formule de classes par demi-groupes pourrait être reconduite en septembre et que l'enseignement à distance continuerait à jouer un rôle très important. Il s'agit en effet de concilier deux exigences : la réussite éducative de nos enfants et la protection sanitaire, au moment où une crise sans précédent frappe notre pays.

Je souhaite attirer votre attention sur une problématique majeure à laquelle nous sommes confrontés : celle de la fracture numérique au sein de notre système éducatif et des inégalités scolaires qu'elle engendre.

Connexion internet défaillante, familles dépourvues d'ordinateur et d'imprimante : dans les zones rurales comme dans les quartiers populaires, les élèves sont parfois dans l'impossibilité de suivre les enseignements dans de bonnes conditions.

Malgré le travail considérable des associations et la mobilisation des enseignants et des pouvoirs publics, cette fracture engendre de lourdes conséquences sur la réussite éducative de nos enfants. Ainsi, 4 % des élèves seraient totalement injoignables, selon vos propres déclarations. Certains enfants dits « prioritaires », en rupture scolaire depuis le début du confinement et qui auraient dû rentrer en classe la semaine dernière, ne seraient toujours pas revenus à l'école. Une rupture avec le milieu éducatif durant cinq mois accentue fortement les inégalités et les risques d'échec scolaire.

Je pense enfin aux enfants sous protection de l'aide sociale à l'enfance (ASE), qui constituent une population fragilisée et pour laquelle les moyens logistiques sont souvent insuffisants. Ils sont particulièrement touchés par le décrochage scolaire – 70 % de ces jeunes n'ont aucun diplôme à l'issue de leur prise en charge par l'ASE – et doivent faire l'objet d'une attention toute particulière.

Monsieur le ministre, dans le cas où l'enseignement à distance serait amené à perdurer, quelles mesures mettrez-vous en place à la rentrée scolaire pour renforcer la continuité éducative et lutter contre le décrochage scolaire ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Votre question, monsieur le sénateur, renvoie à la dimension numérique de l'adaptation de notre système scolaire.
Cette crise a accentué la fracture numérique. Pour réduire celle-ci, nous avons, à court terme, distribué avec les collectivités locales des tablettes aux familles, grâce au plan de 15 millions d'euros conçu avec Julien Denormandie. Nous avons aussi conclu un accord avec La Poste qui, grâce à une innovation technologique très intéressante, a pu imprimer et envoyer directement aux familles les contenus transmis numériquement par les professeurs. Les familles disposent ensuite d'une enveloppe préaffranchie pour retourner gratuitement les travaux réalisés par les élèves. Cela représente quelque 10 000 envois quotidiens.

Enfin, dans le cadre de la « Nation apprenante », des programmes de France 4, de France Culture et d'autres médias, publics et privés, ont été diffusés par la télévision, pour atteindre des familles qui n'avaient pas internet.

Au-delà de ces outils que nous avons développés au coeur de la crise, nous devons avoir une vision pour l'avenir. Nous l'élaborons au travers des états généraux du numérique éducatif qui se tiendront à Poitiers, en novembre prochain, après que chaque académie aura organisé ses propres états généraux pour faire le point sur ce qui a été fait et sur les perspectives qui s'ouvrent.

Nous avons déjà quelques idées. Pour réduire la fracture numérique, nous travaillons sur l'équipement des élèves et des enseignants et sur la formation de ces derniers. Nous voulons renforcer la capacité de la France à développer des technologies appliquées à l'éducation en encourageant les EdTech françaises. C'est le sens du projet « Poitiers, capitale de l'éducation », qui doit nous permettre, avec nos opérateurs, d'être en pointe sur ces questions.

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Ravier.

M. Stéphane Ravier. En affirmant, le 11 mai dernier, qu'il y avait plus de risque à rester chez soi qu'à aller à l'école, vous avez, monsieur le ministre, définitivement cassé ma boussole !

La réouverture des établissements, depuis le 11 mai, s'est faite selon le même style hasardeux : l'impréparation pour la sortie de confinement a fait suite à l'impréparation pour l'entrée en confinement, sans aucune concertation avec les collectivités locales. Il eût été plus pertinent et plus efficace de coupler une stratégie globale avec une approche locale.

Les résultats sont là : soixante-dix cas confirmés de contamination dans les écoles depuis le 11 mai, plus de cinquante écoles de nouveau fermées… Les parents n'ont pas confiance dans le dispositif actuel et une majorité d'élèves ne sont pas retournés à l'école, le spectre du syndrome de Kawasaki planant sur nos enfants.

Par ailleurs, 5 % des élèves n'ont pas été joignables par leurs professeurs durant le confinement. En voulant instituer des « vacances apprenantes » pour empêcher le décrochage scolaire, l'éducation nationale se condamne à se transformer en centre aéré pour l'été…

La situation dans ma ville est d'autant plus critique que les élèves, à Marseille, ne craignent pas seulement le virus : ils ont surtout peur que le plafond leur tombe sur la tête, qu'il n'y ait pas d'eau courante, que la chaleur les étouffe en été ou que le froid les fasse grelotter en hiver !

Je me suis opposé à la réouverture des écoles à Marseille, car, en tant qu'élu local, j'étais bien placé pour savoir qu'elle ne pouvait pas se faire dans les conditions adéquates ; cela s'est confirmé.

La réouverture n'a pas non plus permis aux parents de retourner au travail, puisque seuls 500 des 20 000 élèves des quartiers nord ont fait leur retour en classe. On ne compte plus les bidons de gel hydroalcoolique dépourvus de pompe ni les thermomètres qui ne fonctionnent plus – mais cela, je vous l'accorde, n'est pas de votre responsabilité.

Puisque vous avez choisi de vous défausser sur les maires, une trentaine d'entre eux sur cent dix-neuf, dans mon département, ont décidé de ne pas rouvrir les écoles. Ils ont peur pour les enfants, pour le personnel, pour les parents, mais aussi pour eux-mêmes, car c'est le maire qui sera tenu pour responsable si un seul enfant, enseignant ou agent municipal est contaminé !

Vous avez menti à tous les Français, et maintenant vous vous cachez derrière les maires de France. C'est simple : le jour où l'on n'aura besoin de rien, on saura que l'on peut compter sur vous !

En attendant, les Français et leurs maires, le pays réel, se débrouillent, comme d'habitude, pour faire tourner la France, prouvant ainsi que, même dans la plus grande adversité, tout peut être relevé, à condition d'être en phase avec la réalité.

Mme la présidente. Veuillez conclure, mon cher collègue.

M. Stéphane Ravier. Après trois années de mépris du Président de la République envers les territoires et les élus locaux, pouvez-vous nous assurer, monsieur le ministre, que les maires, forts de leur dévouement durant cette crise qui n'est pas terminée, seront entendus et qu'ils pourront retrouver une place centrale dans l'organisation de la vie de la Nation ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, je ferai une réponse courte pour compenser le fait que vous avez dépassé votre temps de parole…

Vous avez mêlé des remarques exactes à des observations tout à fait inexactes ; faire le partage prendrait beaucoup de temps. Ce qui est certain, c'est que le duo maires-État a fonctionné de manière très satisfaisante durant cette période, comme le soulignent les présidents des associations d'élus. Cela ne veut pas dire que tout va bien, monsieur le sénateur, mais vous donnez parfois le sentiment de vous repaître de ce qui ne va pas bien. Si votre démarche consiste seulement à souligner ce qui ne fonctionne pas, vous aurez beaucoup à faire, mais vous ne construirez pas grand-chose.

Ce qui est très important, c'est que le couple maire-éducation nationale fonctionne dans plus de 90 % des communes. Oui, il faut réviser le bâti scolaire et il y a beaucoup à faire sur ce plan dans certaines communes, je vous l'accorde. Nous travaillons de manière constructive pour que les choses changent, pour que l'ensemble des élèves, notamment les plus défavorisés, rejoignent l'école. Ce n'est pas avec un discours comme le vôtre qu'on y parviendra.

J'assume totalement d'avoir dit qu'il y a du danger, social et sanitaire, à rester chez soi. Je n'ai pas été le premier à le souligner, les sociétés de pédiatrie et des pédiatres très reconnus l'ont fait avant moi. À rebours de votre discours, je dis qu'il faut aller à l'école, parce que je crois à l'école ; j'y crois en période normale, et plus encore en période de crise ! (Applaudissements sur les travées des groupes LaREM, RDSE, UC et Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à Mme Céline Brulin.

Mme Céline Brulin. La reprise des cours, aux objectifs pédagogiques pas toujours très clairs, me semble-t-il, reposant sur un volontariat des familles qui n'en est pas vraiment un et qui pose beaucoup de questions, encadrée par des protocoles sanitaires extrêmement complexes, élaborés tardivement et auxquels les collectivités territoriales ont dû se plier très rapidement, ne remédie pas aux inégalités sociales. Dans mon département de la Seine-Maritime, par exemple, les élèves des zones d'éducation prioritaire (ZEP) sont deux moins nombreux que les autres à retourner à l'école.

Il ne faut évidemment pas renouveler l'expérience que nous vivons actuellement. Il est indispensable, à cette fin, de préparer la rentrée non pas d'une manière « normale », quand bien même nous aimerions tous être débarrassés de cette épidémie d'ici à septembre, mais d'une manière inédite, d'autant que l'on ignore encore, à ce stade, dans quelles conditions sanitaires se déroulera cette rentrée.

Les deux projets de loi de finances rectificative que nous avons examinés visent notamment à venir en aide à certains secteurs économiques, ce qui est justifié, mais ils ne comportaient aucune traduction budgétaire des créations de postes sur lesquelles vous vous êtes engagé, monsieur le ministre.

Je vous ai déjà interpellé sur cette question : il faut annuler les fermetures de classes et les suppressions de postes prévues dans les réseaux d'éducation prioritaire (REP), où il n'est pas vrai que l'effectif maximal de vingt-cinq élèves par classe soit partout respecté.

En outre, nous avons plus que jamais besoin de pouvoir nous appuyer sur des dispositifs comme les réseaux d'aide spécialisée aux élèves en difficulté (Rased) et de disposer de plus de maîtres que de classes. Nous savons bien que les inspecteurs d'académie sont souvent contraints de prendre sur les effectifs dédiés aux remplacements pour répondre aux besoins.

La crise sanitaire a bousculé beaucoup de choses, notamment l'organisation des concours. Je veux relayer ici les préoccupations des candidats aux concours internes de l'éducation nationale, qui souhaitent l'annulation des oraux prévus en septembre et en octobre. C'est une question de justice à leur endroit et cela permettra d'affecter ces enseignants dès la prochaine rentrée. Nous avons aussi besoin de moyens dans le secondaire.

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Madame la sénatrice, vous semblez trouver le protocole sanitaire trop strict : auriez-vous souhaité qu'il le soit moins ? Nous l'avons élaboré en quelques jours après avoir recueilli l'avis du Conseil scientifique. Nous pouvions difficilement agir plus vite. Nous avons travaillé avec les associations d'élus. Je reconnais que tout s'est déroulé dans des délais brefs, mais nous sommes en période de crise et nous devons nous adapter à chaque situation. On peut souligner à l'envi que ce protocole est strict, mais il n'en reste pas moins que communes et conseils départementaux ont pu travailler, ce qui permet aux collégiens de retrouver leurs établissements depuis hier.

En ce qui concerne la carte scolaire, j'ai déjà eu l'occasion de vous répondre. Nous sommes, là aussi, dans une situation assez unique : nous avons créé des postes en pleine année budgétaire. La carte scolaire était déjà prête, et nous l'avons rectifiée. Le Sénat a joué un rôle très important à cet égard. Il me semble important de souligner le consensus qui s'est établi entre le Sénat, l'Assemblée nationale et l'exécutif sur cette décision, qui permet de bien préparer la rentrée. En Seine-Maritime comme ailleurs, commune par commune, le taux d'encadrement sera amélioré. Si vous me trouvez une classe de plus de vingt-cinq élèves en REP dans votre département, je m'engage à changer cette réalité. Nous pouvons avancer de manière consensuelle sur ces sujets.

J'ai aussi déjà eu l'occasion de m'exprimer sur les concours de recrutement. La solution de facilité aurait été de les reporter, voire de les annuler et d'attendre l'année prochaine en fonctionnant avec des contractuels. Nous ne l'avons pas fait. Aujourd'hui, nous cherchons, toujours avec bienveillance, à trouver la bonne formule pour ceux qui vont concourir. C'est ainsi que les concours externes auront lieu de la mi-juin à la fin juillet et les concours internes à la rentrée, de manière à préserver les droits de ceux qui les ont préparés.

Mme la présidente. La parole est à Mme Colette Mélot.

Mme Colette Mélot. À l'heure de la réouverture des classes, je voudrais saluer le travail accompli par tous les personnels de l'éducation nationale, ainsi que par les partenaires de celle-ci que sont les collectivités, dans cette situation tout à fait inédite.

Le Gouvernement a annoncé qu'une priorité serait accordée à l'accueil des enfants porteurs d'un handicap par les établissements scolaires. En effet, les enfants atteints de troubles cognitifs et leurs familles ont particulièrement souffert des effets du confinement – rupture de soins, perte de repères liée aux changements d'habitude, épuisement des familles… –, si bien que le retour à l'école était très attendu des parents comme des enfants.

Pourtant, en dépit des annonces du Gouvernement, on a pu constater, dans un certain nombre d'écoles, que des parents d'enfant porteur d'un handicap se heurtaient à un refus d'admission. Les exemples ne manquent malheureusement pas. La raison principale invoquée serait l'impossibilité, pour ces enfants, de respecter les gestes barrières.

Les associations de défense des personnes handicapées et les fédérations de parents d'élèves plaident pour que le Gouvernement garantisse un droit à l'éducation pour tous les enfants. Il est regrettable de devoir constater que les enfants les plus fragiles sont les premières victimes du déconfinement.

Je veux bien croire que seules les difficultés de mise en place des conditions d'accueil idoines soient à l'origine de ces réactions discriminatoires. Pour autant, le protocole sanitaire souligne qu'une attention particulière doit être apportée aux personnes en situation de handicap ou porteuses de maladies évoluant sur une longue période.

Monsieur le ministre, alors que le Gouvernement affiche clairement sa volonté de bâtir une école inclusive, conformément au souhait des parents d'élèves et des fédérations d'associations de défense des personnes en situation de handicap, êtes-vous prêt à mettre en oeuvre des mesures concrètes permettant d'accueillir ces enfants dans de bonnes conditions ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Il s'agit évidemment d'un sujet très important, que le Président de la République suit en personne. Bâtir l'école inclusive est l'une de nos plus grandes priorités

J'étais hier en visioconférence avec Sophie Cluzel et tous les recteurs et directeurs d'agence régionale de santé de France pour évoquer ce seul sujet. L'enjeu de court terme est de faire le bilan de la situation présente pour les élèves en situation de handicap et de préparer la rentrée prochaine.

La période de confinement a été particulièrement dure pour ces élèves et leurs familles. Nous avons cherché à en tenir compte le plus possible. Le Président de la République a provoqué la mise en place d'une dérogation aux règles du confinement pour les élèves autistes. Nous avons publié toute une série de ressources spécifiques sur le site Éduscol, saluées par les associations, pour aider les familles.

En ce qui concerne le déconfinement, les élèves en situation de handicap ont été définis comme un public prioritaire, mais la mise en oeuvre de ce principe se heurte parfois à des difficultés, comme le respect des gestes barrières par les accompagnants des élèves en situation de handicap (AESH) ou l'absence de ces personnels pour des raisons de santé. Il faut donc mettre en oeuvre toute une réorganisation. Nous sommes véritablement concentrés sur cet objectif, en lien avec les associations et le monde médico-social. En particulier, des personnels des instituts médico-éducatifs (IME) viennent nous aider dans les établissements. La situation comporte beaucoup d'imperfections, mais la réouverture a eu lieu voilà huit jours seulement. Nous allons améliorer les choses au fil du temps.

J'en profite pour souligner que la rentrée 2020 verra le franchissement d'un cap supplémentaire en termes de qualité d'accueil et de scolarisation des élèves en situation de handicap, grâce notamment à des AESH plus nombreux, mieux formés et disposant de meilleurs contrats, à davantage de ressources pédagogiques et de coordination avec les collectivités locales. Nous continuons le travail en faveur des élèves en situation de handicap.

Mme la présidente. La parole est à M. Laurent Lafon.

M. Laurent Lafon. Monsieur le ministre, vous aviez précisé dans un premier temps, au début du confinement et lors de votre audition devant notre commission, que les épreuves orales de français du bac seraient maintenues en présentiel, avant de vous montrer, dans un deuxième temps, un peu plus réservé sur ce point.

Lors de la présentation des modalités de sortie du confinement, le Premier ministre a bien mentionné que la réouverture des lycées était conditionnée à la situation sanitaire mais que, en tout état de cause, elle n'interviendrait pas avant le début du mois de juin, ce qui amène à reposer, d'une certaine manière, la question du maintien des épreuves orales de français, dont la préparation satisfaisante nécessite un travail spécifique entre l'élève et l'enseignant.

Nous avons bien compris que vous aviez le souci de maintenir un certain climat de stimulation pour les élèves, afin que la période actuelle ne soit pas inutile. Toutefois, je crois qu'il est temps de dire aux enseignants, aux élèves et à leurs parents si ces épreuves orales se tiendront ou pas au mois de juin prochain.

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, vous avez mentionné les éléments présidant à une telle décision ; permettez-moi d'y revenir très brièvement.

Lors de la concertation très large menée sur la transformation du baccalauréat de 2020, nous avons insisté sur un objectif : toute épreuve finale pouvant être maintenue le serait. Or il reste possible de maintenir l'oral de français si les lycées sont ouverts, dans le respect des gestes barrières et de l'ensemble du protocole sanitaire.

Concernant l'ouverture des lycées, qui est une condition sine qua non, nous commencerons à en avoir le coeur net dans une semaine, à la lumière de l'avis des autorités sanitaires et de l'évaluation que nous ferons des possibilités en la matière. D'ici à la fin de la semaine prochaine, je poursuivrai les concertations avec l'ensemble des partenaires, y compris les représentants des lycéens.

Comme vous l'avez souligné, il est important que les lycéens travaillent le français. Ce message que nous leur adressons, je l'ai résumé d'une formule : plutôt Phèdre que Netflix !

Nous parlons beaucoup du décrochage de 4 % des élèves parmi les plus défavorisés et les plus éloignés de l'école, mais il faut se soucier de tous les élèves. Nous recueillons des témoignages de démotivation et de difficultés rencontrées par un grand nombre d'élèves dans leur rapport à l'école. De ce point de vue, on le sait bien, l'épreuve finale est un facteur de motivation.

Nous avons développé des ressources, notamment dans le cadre de la « Nation apprenante ». Par exemple, France Culture propose des ressources pédagogiques sur chacun des textes au programme de l'oral de français. J'invite les élèves de première à travailler sur la base de ces ressources, et bien sûr avec leur professeur.

J'entends tous les arguments en faveur d'un contrôle continu. À la lumière des concertations et de la situation sanitaire concrète, la décision sera prise à la fin de la semaine prochaine.

Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

M. Max Brisson. Monsieur le ministre, selon une récente étude de l'association SynLab, les enseignants ont l'impression que 20 % de leurs élèves se sont désengagés de leur scolarité depuis le début du confinement. Il ne s'agit pas des élèves dont l'institution scolaire n'a aucune nouvelle – les 4 % de décrocheurs –, mais d'élèves ne communiquant que faiblement avec leurs professeurs. Cette proportion atteindrait 30 % dans les collèges en REP et les lycées professionnels. Ainsi, le confinement a une incidence importante sur l'acquisition et la consolidation des apprentissages.

Conscient de ce problème, votre ministère s'est déjà fortement engagé. Je pense notamment au soutien scolaire à distance mis en place pendant les vacances de printemps.

Votre circulaire du 4 mai dernier semble dessiner trois temps : la période de la reprise des cours, jusqu'au 4 juillet ; les vacances d'été ; la rentrée de septembre prochain. Ma question porte sur les deux dernières périodes.

S'agissant des vacances éducatives, quelle sera leur finalité ? Comporteront-elles des objectifs pédagogiques de progression scolaire ? Quand seront-elles organisées, et y aura-t-il une priorisation des élèves en fonction des classes ou des difficultés scolaires ?

En ce qui concerne la rentrée de 2020, la circulaire indique que l'année scolaire 2020-2021 devra ménager, jusqu'aux vacances de la Toussaint, des temps pour consolider les apprentissages. Peut-on aller plus loin et prévoir une adaptation des programmes et un lissage par cycle ?

Enfin, la circulaire de rentrée 2019 avait été publiée le 28 mai 2019. Pouvez-vous nous donner une échéance indicative pour la publication de la circulaire de rentrée 2020 ? Est-ce une question de jours, de semaines ? Sera-t-elle publiée avant le début des vacances d'été ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, vos questions sont en partie liées à celle de l'orateur précédent, puisque vous avez commencé par faire observer, malheureusement à juste titre, que, au-delà des décrocheurs, certains élèves entretiennent un lien très lâche avec leur scolarité.

C'est évidemment une préoccupation pour moi que ce problème de société, voire de civilisation – toute l'Europe est touchée. Nous devons nous attacher à reconstruire le lien avec l'école. Les vacances peuvent être un moment pour le faire, de même que la rentrée scolaire.

S'agissant des vacances, des dispositifs de soutien scolaire gratuit seront mis en place, à l'image des ateliers de mise à niveau proposés en petits groupes la dernière semaine d'août. Plus largement, le panel de ce que nous pouvons offrir durant les vacances inclut un déploiement beaucoup plus important qu'à l'ordinaire du dispositif École ouverte, y compris en milieu rural, chaque fois que cela sera possible, sur la base du volontariat des communes et des équipes. Je serai amené à en préciser tous les détails prochainement. La concertation se poursuit avec l'ensemble des acteurs, et vos propositions sont les bienvenues pour contribuer à dessiner ces vacances d'été.

Par ailleurs, au travers du label « Vacances apprenantes », il sera possible d'inclure des éléments encore plus éducatifs que d'habitude dans les programmes des colonies de vacances et d'autres formes de vacances de nature sociale. Non seulement nous devons sauver les colonies de vacances, ce qui n'est pas encore gagné, mais nous devons profiter de l'été 2020 pour transformer un problème en opportunité, en permettant à un plus grand nombre d'enfants de partir en vacances ; le Président de la République s'y intéresse en personne.

Pour ce qui est de la rentrée scolaire, la circulaire sera évidemment publiée avant les vacances d'été. Elle sera le fruit de vastes concertations avec l'ensemble des acteurs, qui permettront de préparer l'année scolaire 2020-2021 en tenant compte de toutes ses particularités.

Mme la présidente. La parole est à M. Max Brisson, pour la réplique.

M. Max Brisson. Le confinement aura mis en valeur l'importance de l'école et des maîtres : tout ne peut pas s'apprendre à distance, devant un écran ! La preuve est faite qu'il est chimérique de songer à remplacer les maîtres par des écrans…

Il n'en est que plus nécessaire de reconstruire l'adhésion à l'école et, pour cela, de préparer très en amont et dans une perspective stratégique la prochaine rentrée. Devant Mme la présidente de notre commission de la culture, de l'éducation et de la communication, je puis vous assurer que le Sénat prendra sa part de ce travail pour la réussite de la rentrée 2020 ! (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

Mme Catherine Morin-Desailly, présidente de la commission. Très bien !

M. Jacques Grosperrin. Oui, très bien !

Mme la présidente. La parole est à Mme Dominique Vérien.

Mme Dominique Vérien. Monsieur le ministre, si l'école est libre et obligatoire jusqu'à 16 ans, elle est aujourd'hui devenue, Covid-19 oblige, libre et facultative…

Pour les enfants vivant au sein d'un foyer structuré, ce n'est pas un problème, car les professeurs font un travail formidable pour maintenir le contact et fournir des supports pédagogiques qui rendent la période tout à fait constructive pour les enfants bien accompagnés.

Seulement, tous les enfants ne sont pas bien accompagnés ; c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles vous avez choisi de rouvrir les écoles. De fait, les enfants se trouvant dans ce cas ont besoin de l'école, même s'ils n'en sont pas toujours conscients, vivant parfois l'institution comme un lieu d'échec auquel ils préfèrent ne pas se confronter.

C'est pour ces enfants-là que vous rouvrez les écoles, mais ce sont ceux-là qui ne sont pas revenus… Ainsi, dans mon village, certains parents ne se sont même pas donné la peine de répondre aux professeurs sur leur souhait de remettre ou non leur enfant à l'école le 14 mai ; bien sûr, ils n'étaient pas présents à la rentrée, jeudi dernier – dans une des classes, cette situation concerne deux élèves sur vingt-cinq.

C'est aussi pour ces enfants-là que vous souhaitez créer les Vacances apprenantes : mais comment comptez-vous les toucher, ou plutôt toucher leurs parents ? Les services sociaux sont un premier relai, mais nous savons qu'il est insuffisant, surtout s'il s'agit d'inscrire ces enfants pour l'été 2020. Monsieur le ministre, quelle méthode et quels moyens comptez-vous mettre en place pour faire revenir ces enfants à l'école, pour leur faire connaître – ne serait-ce que cela –, ainsi qu'à leurs parents, les colonies de vacances en question et pour les faire adhérer à cette formule, et amener les parents à y inscrire leurs enfants ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Madame la sénatrice, votre question soulève des enjeux d'importance.

Oui, malheureusement, les élèves les plus défavorisés ont tendance à moins revenir à l'école que les autres, mais – ne soyons pas manichéens – ce n'est pas systématique : nous enregistrons aussi de premières réussites. La situation dépend des lieux et de toute une série de circonstances. À nous de gagner ce pari, notamment tout au long du mois de mai, par une alliance de tous les acteurs publics. À cet égard, chacun d'entre eux a un rôle fondamental à jouer ; je pense bien sûr aux élus, mais aussi aux assistantes sociales, que j'ai déjà mentionnées.

J'ai demandé à chaque recteur de France de mettre immédiatement en oeuvre un plan de lutte contre le décrochage, pour créer ces systèmes d'alliances permettant de tenir les bons discours et de mener les bonnes actions à l'égard des familles. Je reste optimiste, du fait notamment des effets d'imitation des premières semaines : voyant que des enfants retournent à l'école et que cela se passe bien, d'autres familles feront le même choix, ce qui est éminemment souhaitable.

Vous avez indiqué que nous pourrons mieux promouvoir les Vacances apprenantes auprès des familles en mai et en juin si les enfants sont présents à l'école. C'est très juste, et ce sera d'ailleurs une première que de parler des vacances avec les enfants et leurs familles au mois de juin pour les inciter à profiter des systèmes que nous déploierons.

Pour toutes ces formes d'incitation, nous misons d'abord et avant tout sur l'alliance de tous les acteurs publics, notamment des élus, a fortiori dans les petites communes où les maires connaissent personnellement les familles.

Il nous faut aussi être innovants ; de ce point de vue, les propositions du Sénat peuvent être très pertinentes. Je pense en particulier aux clubs de sport, que nous allons engager autant que possible à aller chercher les élèves, qu'ils connaissent bien, parfois sous d'autres angles, de façon à nous aider dans ce travail de conviction.

Dans la période actuelle, nous devons faire flèche de tout bois : toutes les idées sont bienvenues pour gagner ce pari dès le mois de mai !

Mme la présidente. La parole est à Mme Dominique Vérien, pour la réplique.

Mme Dominique Vérien. Il faut bien rappeler que l'école est obligatoire, en présentiel ou derrière un écran, pour inciter les parents à remettre leurs enfants à l'école quand ils ne peuvent pas les accompagner, ce qui est souvent le cas pour les enfants décrocheurs. Quant à la promotion des colonies de vacances, je pense qu'une bonne campagne télévisuelle permettrait de toucher tous les foyers !

Mme la présidente. La parole est à Mme Laure Darcos.

Mme Laure Darcos. Monsieur le ministre, la réouverture des établissements scolaires dans le contexte épidémique que nous connaissons s'avère des plus complexes.

Complexe, elle l'est en premier lieu pour les élus locaux ; chacun de nous a pu mesurer, dans son département, la profonde et légitime inquiétude des maires devant le poids des responsabilités qui pèsent sur eux.

Complexe, elle l'est également pour les responsables éducatifs et les enseignants, compte tenu de la nécessité pour eux de réorganiser totalement l'accueil des élèves et les activités scolaires.

Complexe, elle l'est enfin pour les parents, tiraillés entre le désir de protéger leurs enfants et celui de retrouver une activité professionnelle aussi normale que possible.

Dans ce contexte, qui nous oblige à la rigueur des procédures et à la protection de tous à l'égard du virus, la situation des enfants handicapés est quelque peu passée à l'arrière-plan. Une fois encore, ce sont les plus fragiles que l'on oublie trop facilement lorsque surviennent des circonstances exceptionnelles…

Je voudrais évoquer, sans pathos mais avec réalisme, la situation vécue par Liam, un jeune autiste de 11 ans scolarisé en unité localisée pour l'inclusion scolaire (ULIS) à Morsang-sur-Orge, dans mon département, et que je suis depuis plusieurs années. Deux mois de confinement auront suffi à lui faire perdre tous ses repères, son environnement matériel et affectif, ainsi que les progrès accomplis au prix de tant d'efforts. Liam présente aujourd'hui des signes de régression et est devenu agressif. Ses parents sont d'autant plus impuissants face à ce drame que le retour en Ulis n'est actuellement pas possible.

Monsieur le ministre, les élèves en situation de handicap faisant partie des publics prioritaires identifiés par l'éducation nationale pour un retour progressif dans les établissements scolaires, dans quel délai les ULIS vont-elles pouvoir rouvrir ? En attendant, comment assurer aux enfants autistes une réelle continuité pédagogique, celle-ci n'ayant pas fait ses preuves jusqu'à présent malgré le dévouement des professeurs, des coordinateurs d'ULIS, des enseignants référents et des personnels médico-sociaux ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Madame la sénatrice, je serais le dernier à nier la réalité du problème que vous soulevez.

Je l'ai déjà souligné il y a quelques instants, le confinement peut avoir des effets extrêmement négatifs pour les élèves en situation de handicap. Le cas de l'autisme est très significatif à cet égard.

C'est l'une des raisons pour lesquelles il était très souhaitable de procéder au déconfinement. Imaginez les conséquences catastrophiques d'un confinement durant de mars à septembre !

Si le problème est bien réel, la priorité donnée aux élèves en situation de handicap l'est tout autant : nous l'avons affirmée noir sur blanc et en premier. Les ULIS ont donc vocation à rouvrir en premier. Peut-être la structure particulière dont vous parlez n'a-t-elle pas rouvert, mais la tendance générale est la réouverture prioritaire de ces unités.

De même, nous continuerons à créer des unités d'enseignement en maternelle autisme (UEMA). Il est vraisemblable que Liam ait bénéficié de la création récente d'une UEMA, ce qui est significatif de la politique volontariste que nous menons en faveur des enfants autistes, une politique qui a, bien entendu, vocation à perdurer.

Oui, madame la sénatrice, le problème est bien réel et nous confronte à des difficultés très particulières, le comportement des élèves rendant parfois difficile le respect des règles sanitaires. Mais, avec pragmatisme, volontarisme et esprit collectif – les personnels médico-sociaux venant prêter main-forte à l'éducation nationale –, nous respecterons la priorité donnée aux enfants autistes et à tous ceux atteints d'un handicap – je pense aussi aux enfants « dys », pour lesquels nous avons développé des ressources spécifiques.

Mme la présidente. La parole est à Mme Claudine Lepage.

Mme Claudine Lepage. Monsieur le ministre, les établissements d'enseignement français à l'étranger sont durement touchés par les conséquences de l'épidémie de Covid-19.

Si ces établissements commencent à rouvrir dans des conditions aussi bonnes que possible dans le contexte actuel, les inquiétudes sont nombreuses, s'agissant notamment de la santé financière d'un certain nombre d'entre eux. Ceux-ci auront besoin d'un soutien important du Gouvernement, tout comme l'ensemble du réseau de l'Agence pour l'enseignement français à l'étranger (AEFE).

Monsieur le ministre, le groupe socialiste et républicain du Sénat a attiré votre attention sur les épreuves d'admission des concours internes qui doivent se dérouler à l'automne, pénalisantes par rapport à celles des concours externes, surtout pour les personnels non titulaires de l'AEFE, dans la mesure où leur année de stage doit être effectuée en France. Dans quelles conditions seront-ils affectés et pourront-ils s'installer en cours d'année ?

Par ailleurs, du fait de la fermeture des frontières, des contingences aériennes et des quatorzaines mises en place à l'arrivée, les candidats admissibles en poste à l'étranger ne sont pas certains de pouvoir se présenter aux épreuves d'admission en septembre. Pourquoi le ministère n'applique-t-il pas aux concours internes les mesures exceptionnelles qu'il a prises pour les concours externes, soit l'admission sur la base des épreuves d'admissibilité ?

Enfin, monsieur le ministre, étant donné la situation sanitaire et sécuritaire qui affecte nos élèves à l'étranger dans de nombreux pays, en particulier sur les continents américain et africain, pensez-vous qu'il soit possible d'organiser les épreuves orales anticipées de français du bac dans les établissements français à l'étranger ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Madame la sénatrice, nous avons examiné avec attention le cas des lycées français à l'étranger, aussi bien lors de la mise en place du confinement que pour le déconfinement. Ils sont dans une situation mixte, soumis aux règles françaises en même temps qu'obligés de prendre en compte les réalités et les règles locales, ce qui justifie que certaines situations soient réglées au cas par cas – le plus correctement possible, je crois.

Nous sommes aussi conscients des problèmes financiers que peuvent connaître ces lycées, dont la situation était parfois fragile dès avant la crise. C'est pourquoi Jean-Yves Le Drian et moi-même avons décidé de renforcer la dotation de l'AEFE.

Cet ensemble de mesures bienveillantes doit permettre aux lycées français à l'étranger de traverser cette crise.

S'agissant des candidats aux concours résidant à l'étranger, notre philosophie est également fondée sur la bienveillance : il s'agit de faire en sorte qu'ils ne soient pas lésés par la situation actuelle. Celle-ci, par définition, présente des inconvénients, mais nous nous sommes efforcés de les minimiser.

Pour les concours externes comme pour les concours internes, la règle est qu'un concours déjà entamé se poursuive jusqu'à son terme. C'est ce qui s'est passé pour les concours externes d'agrégation qui avaient commencé avant la crise.

En ce qui concerne les concours dont les épreuves n'avaient pas commencé avant la crise, nous avons prévu des adaptations. C'est la raison pour laquelle les concours externes auront lieu de mi-juin à fin juillet. Nous avons considéré que les candidats externes, qui ont travaillé beaucoup pour préparer un concours sans être déjà fonctionnaires, devaient être chronologiquement prioritaires.

S'agissant des concours internes, le report des épreuves en septembre et en octobre constitue, il est vrai, un inconvénient, mais le principe d'égalité s'applique dans le cadre d'un même concours. Nous avons recherché, là aussi, le moindre inconvénient. La possibilité de passer un concours en 2020 préservera l'essentiel des droits des candidats.

Mme la présidente. La parole est à M. Stéphane Piednoir. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

M. Stéphane Piednoir. Monsieur le ministre, tout au long de la crise sanitaire que nous traversons, vous avez dû prendre un certain nombre de mesures délicates pour assurer tant bien que mal la continuité de l'action de formation et d'évaluation relevant de l'éducation nationale. De nombreuses questions restent néanmoins en suspens, ainsi qu'en atteste ce débat.

S'agissant des concours internes de recrutement de l'éducation nationale, ils ne concernent pas seulement des fonctionnaires : des contractuels font eux aussi l'effort de préparer ces concours, et je tiens à souligner qu'il existe un risque d'iniquité à leur détriment.

Le confinement a imposé des changements de méthodes pédagogiques très importants, du primaire au supérieur : je pense à la mise en oeuvre, quasiment du jour au lendemain, d'outils numériques auxquels, il faut bien le dire, les professeurs comme les élèves et les étudiants n'avaient parfois recours qu'avec parcimonie. Certes, le retour en classe est indispensable et le cours en présentiel est irremplaçable, mais nous pouvons imaginer un prolongement durable de l'utilisation de ces pratiques pédagogiques. Dès lors, monsieur le ministre, il me semble que la formation continue des professeurs doit être adaptée et comporter des modules spécifiques pour consolider ces nouvelles compétences et permettre de mieux appréhender les potentialités des outils numériques.

Par ailleurs, une sensibilisation aiguë à certains dangers, s'agissant notamment du visionnage sans filtre de certaines vidéos, peut aussi s'avérer utile dans la perspective d'une véritable éducation au sens critique.

Deux mois de distanciation physique ont inévitablement créé des perturbations dans les apprentissages, malgré l'investissement massif des professeurs pour éviter le décrochage scolaire. Des ateliers de remédiation et de consolidation peuvent être envisagés à la rentrée scolaire dans les établissements, mais ceux-ci auront-ils la possibilité de les mettre en place ?

En prévision de la rentrée de septembre, il faut envisager dès aujourd'hui les voies et moyens qui permettront ces évolutions de notre système scolaire, dont le caractère pachydermique peine à se dissiper… Par exemple, monsieur le ministre, prévoyez-vous d'augmenter les dotations horaires des établissements scolaires, pour leur allouer la souplesse dont ils auront besoin dès la rentrée ? (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, je commencerai par contester votre référence au caractère « pachydermique » de notre système scolaire : à la rentrée dernière, j'ai expliqué que nous devions en finir avec cette image, pour lui préférer celle d'un peuple de colibris. Je voulais ainsi souligner à quel point nous avons besoin de souplesse, d'union et de capacité d'initiative des acteurs, à commencer par les professeurs, de sens de l'adaptation. J'avais aussi à l'esprit les enjeux écologiques, en particulier la création des délégués collégiens et lycéens aux enjeux environnementaux.

La période que nous venons de vivre a illustré la pertinence de cette image du peuple de colibris. En rendant hommage aux professeurs, monsieur le sénateur, vous saluez leur capacité de mobilisation et d'adaptation à chaque situation. D'une certaine façon, la crise accélère cette mutation, et nos discours ont un poids. Je vous adresse donc cette supplique : renonçons à une métaphore qui a fait tant de mal ! Elle est démentie par ce que nous venons de vivre.

Oui, nous avons besoin de donner de la souplesse aux acteurs, dans un équilibre entre la dimension nationale de notre service public, à laquelle nous tenons tous et qui est une garantie de qualité et de force, en même temps que d'égalité, et le souci du pragmatisme et de l'efficacité au service des élèves. C'est ce bel équilibre, fondé sur une juste appréciation de ce qui relève de la force nationale et de ce qui relève de la souplesse locale, que nous devons atteindre.

Dans cette perspective, je crois beaucoup au travail de préparation de la rentrée dont j'ai parlé en réponse au sénateur Brisson et auquel la Haute Assemblée pourra contribuer ; il permettra de faire le partage entre ce qui relève des marges de manoeuvre locales et le respect des grands principes nationaux.

Mme la présidente. La parole est à M. David Assouline.

M. David Assouline. Monsieur le ministre, le confinement a révélé les fractures qui minent l'éducation et les a, sans doute, aggravées. Dans certaines familles, du fait des difficultés d'accès à internet ou de l'exiguïté du logement, le retard scolaire des enfants s'est accru. L'école à la maison, ce n'est pas l'école !

Vous avez mentionné le taux de 5 % de décrocheurs au cours des deux derniers mois. Ce chiffre paraît pour le moins sous-estimé, quand on sait que 1,8 million d'enfants vivent sous le seuil de pauvreté en France. On peut estimer à 20 %, et même davantage dans certains territoires ou quartiers défavorisés, la proportion des enfants qui se sont retrouvés en situation de décrochage scolaire.

À cela s'ajoute le fait que la rentrée scolaire du déconfinement, pourtant préparée consciencieusement par les équipes éducatives et certaines mairies, n'est pas à la hauteur de vos attentes et des nôtres : peu d'enfants retrouvent le chemin des classes, à commencer par ceux qui en auraient le plus besoin…

Monsieur le ministre, depuis la rentrée du déconfinement, les enseignants des quartiers populaires nous alertent : les victimes collatérales du confinement, à savoir les décrocheurs scolaires, ne reviennent pas à l'école ! La réouverture des écoles n'a donc pas permis de lever les inquiétudes pour ces familles qui craignent, plus que d'autres, une seconde vague de l'épidémie.

Cette situation rend encore plus nécessaire la mise en place d'une réflexion en vue de la rentrée de 2020. Des villes l'ont déjà entreprise, en s'appuyant sur les centres sociaux ou des associations. Monsieur le ministre, comment comptez-vous répondre à cette situation sur les plans pédagogique, psychologique et social ?

L'année scolaire 2020-2021 ne peut pas être préparée de la même façon les autres. Êtes-vous prêt à lancer avec toute la communauté éducative, les associations et les collectivités territoriales concernées – régions, départements, villes – une grande concertation déconcentrée pour élaborer une réponse à la hauteur de l'enjeu qui est devant nous, à mobiliser les moyens sans compter pour qu'aucun enfant ni aucun jeune ne soit abandonné ou ignoré ? La génération scolaire Covid-19 ne saurait être sacrifiée : ce serait une catastrophe pour toute la Nation et la République !

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, je pourrais me contenter de vous répondre simplement : oui ! Je vais le faire, mais en développant un peu…

Il est évident que l'année scolaire 2020-2021 sera particulière, dans tous les cas de figure. Dans l'hypothèse la plus positive, où la société serait débarrassée du virus au moment de la rentrée, il faudrait de toute façon tenir compte des dégâts causés par le confinement. Dans l'hypothèse négative où le virus serait toujours présent, nous devrions continuer à nous adapter, comme dans l'hypothèse intermédiaire où le virus disparaîtrait en cours d'année scolaire.

Quelle que soit la configuration, nous devrons imaginer une école nouvelle en faisant d'un mal un bien, pour que nos élèves puissent travailler dans de bonnes conditions l'année prochaine.

Cela passera, d'abord et avant tout, par une vaste concertation ; je la mènerai tout au long des prochaines semaines pour préparer cette rentrée très particulière. J'y suis d'autant plus prêt que je suis convaincu de la nécessité de créer de l'unité autour de l'école. Nous avons besoin aussi de créativité, tant nationale que locale, et de la participation de tous.

Les premières pistes sont devant nous : accorder une place plus importante au sport et à la culture, donner sa juste place au numérique, avec des outils pertinents pour accompagner les élèves, et définir une nouvelle organisation du temps, ainsi que de l'aide individualisée, en partant évidemment du temps de l'élève.

Nous ne partons pas de zéro sur ces sujets, sachant que le Sénat, par le passé, a déjà avancé des idées. La rentrée prochaine nous oblige à passer au concret, dans le cadre d'un partenariat entre l'éducation nationale et les collectivités territoriales. Tout au long des prochaines semaines, nous allons préparer de manière très ouverte cette rentrée inédite.

Mme la présidente. La parole est à M. Olivier Paccaud.

M. Olivier Paccaud. Rouvrir ou ne pas rouvrir les écoles, et pour quel suivi pédagogique ? Rouvrir ou non les établissements scolaires, et pour quels élèves : ceux de maternelle, du primaire, les collégiens, les lycéens ?

Toutes ces questions sont légitimes et pertinentes, sachant que la rentrée du 11 mai reposait sur trois piliers totalement inédits : le volontariat parental, la mise en place dans tous les bâtiments accueillant les écoliers d'un protocole plus que draconien et la maîtrise encore fragile, ainsi qu'en attestent le vert apaisant et le rouge inquiétant qui teintent les cartes de France, d'une crise sanitaire majeure.

Dans mon département de l'Oise, qui fut le premier touché par l'épidémie et qui lui a payé un lourd tribut, tous les maires se sont interrogés. Parmi eux, 220 ont décidé de ne pas rouvrir leur école, de sorte que la moitié des écoles du département restent fermées. Pourquoi ces maires ont-ils pris ces arrêtés, souvent la mort dans l'âme et malgré la pression des autorités académiques ? Pour protéger leur population, alors qu'on ne cesse d'évoquer le risque d'une seconde vague. Parce que leur responsabilité était engagée par des préconisations ignorant souvent la réalité de leur territoire. Enfin, parce que la mise en oeuvre du fameux protocole sanitaire est un véritable casse-tête, surtout dans les communes rurales où les classes sont souvent plus anciennes et moins fonctionnelles. Là où rentrée il y eut, ce fut à effectifs très restreints, des parents inquiets préférant que leurs enfants restent à la maison.

Cette reprise s'est-elle bien passée ? Pas toujours, notamment pour les plus petits, pour qui le retour à l'école s'est transformé en un nouveau confinement, dans leur classe.

Aussi une question revient-elle inlassablement chez les élus, mais aussi chez de très nombreux parents et enseignants : l'assimilation des gestes barrières n'est-elle pas plus facile par des adolescents ou des préadolescents que par des enfants de petite, moyenne ou grande section ? En d'autres termes, n'aurait-il pas été plus sage, plus simple, plus efficace de faire rentrer d'abord les lycéens et les collégiens, à l'instar d'autres pays ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, on peut tout à fait comprendre que l'inquiétude prévale dans un département comme le vôtre, compte tenu de ce qu'il a subi. Il n'est pas anormal que l'on y constate les plus grandes difficultés à rouvrir les écoles. Je le comprends et je le déplore à la fois.

Au reste, je ne considère pas que cette situation soit définitive. N'oublions pas que les écoles n'ont rouvert qu'il y a huit jours ! J'ai encore en tête les discours que certains tenaient voilà deux semaines, affirmant que, dans une grande majorité de communes, elles ne rouvriraient pas. Fort heureusement, cela ne s'est pas vérifié. Il faut parfois avoir le coeur bien accroché et savoir tenir le cap, sans écouter les Cassandre.

Je crois au cercle vertueux de la confiance. Nos discours et notre volontarisme finissent par produire des effets. À cet égard, j'espère que le pourcentage de réouverture des écoles aura évolué d'ici au mois de juin dans votre département. Je pense que vous le souhaitez aussi.

Certes, le protocole sanitaire est strict, mais on ne peut que souhaiter qu'il le soit dans un département comme le vôtre, dont la situation est particulière. Nous devons accompagner les maires, qui sont les partenaires de l'éducation nationale. C'est pourquoi j'approuve le volontarisme de l'autorité académique dont vous avez fait état. L'autorité académique est dans son rôle. Il lui faut désormais travailler à convaincre les collectivités et les aider, au côté du préfet, à faire face aux contraintes qui s'imposent à elles. Nous devrons également convaincre les familles, pour cette rentrée de mai-juin et en vue d'un retour à la normale au mois de septembre.

Mme la présidente. La parole est à M. Olivier Paccaud, pour la réplique.

M. Olivier Paccaud. Je regrette que vous n'ayez pas répondu à ma dernière question : pourquoi avoir fait rentrer les petits avant les grands ? C'est un vrai problème. On a beaucoup évoqué les « perdus de vue » du confinement. Parmi eux, il y a des grands, notamment des élèves de lycée professionnel ! Vous avez dit, dans votre propos liminaire, que la critique est facile ; pour ma part, je veux simplement souligner une incohérence.

M. Jacques Grosperrin. C'est un arbitrage…

Mme la présidente. La parole est à Mme Marie Mercier. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

Mme Marie Mercier. Voilà deux ans, monsieur le ministre, vous exposiez, dans un long entretien accordé à un hebdomadaire, vos préconisations et vos objectifs dans cette noble tâche de ministre qui est la vôtre. Vous disiez alors que vous vouliez que les élèves progressent et qu'il ne fallait pas cacher les problèmes sous le tapis.

En revanche, vous n'aviez pas parlé de la médecine scolaire, sauf au détour de la question des certificats médicaux. La médecine scolaire était pourtant déjà dans un état catastrophique, voire alarmant, avec moins de 1 000 médecins scolaires pour 12,5 millions d'élèves…

Or la médecine scolaire, c'est la prévention, l'éducation à la santé, l'hygiène, le bien-être. Nous allons en avoir besoin.

Le déconfinement aura révélé des drames. Des élèves ont décroché, des enfants ont été exposés aux écrans parfois jour et nuit, certains jeunes ont été témoins ou victimes de violences intrafamiliales. Comment les repérer ? Comment les aider ?

Pourquoi ne pas constituer des « équipes de santé » autour du médecin, de l'infirmière, de la psychologue, de l'assistante sociale et du chef d'établissement, pour effectuer des bilans et des suivis médicaux et assurer l'éducation sanitaire ? Si celle-ci existe aujourd'hui, elle est réservée aux cas les plus lourds, faute d'effectifs : il manque 500 postes de médecin scolaire. Le médecin scolaire est tout simplement invisible, en l'absence d'une véritable reconnaissance institutionnelle. Il a pourtant suivi une formation longue – neuf ans d'études –, au carrefour de la pédiatrie et de la psychiatrie. C'est un très beau métier, mais il manque du monde. Monsieur le ministre, allez-vous aider la médecine scolaire ? (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Madame la sénatrice, j'adhère pour l'essentiel à vos propos.

Le problème de la médecine scolaire, en France comme dans d'autres pays, est aigu et complexe, depuis de nombreuses années. Il tient non pas au manque de postes, mais aux difficultés à recruter. Il est exact que nous devons encore progresser sur le sujet de la médecine scolaire.

Ces deux dernières années, nous avons pris des mesures, notamment pour inciter les étudiants en médecine à opter pour la médecine scolaire. Nous devons aller plus loin. La principale piste d'amélioration est celle que vous avez évoquée, à savoir la conclusion de partenariats aussi bien à court terme qu'à long terme.

À court terme, nous devons être capables de constituer des équipes associant la médecine de ville et, parfois, des médecins relevant d'autres collectivités locales. Je suis tout à fait prêt à mettre en oeuvre cette logique d'équipes.

Deux points peuvent nous rendre quelque peu optimistes.

Premièrement, la relation entre l'éducation nationale et les agences régionales de santé s'est encore renforcée pendant cette période de crise, au travers, par exemple, de l'accueil dans les écoles des enfants de soignants. Les synergies seront plus fortes à l'avenir.

Deuxièmement, nous sommes en train de mettre sur pied le dispositif « sport, santé, culture, civisme » (2S2C). Il s'agit de veiller à l'épanouissement de l'enfant, y compris sur le plan psychologique, à l'éducation à la santé et à des enjeux voisins, comme l'éducation physique et sportive, pour aboutir à une démarche d'ensemble cohérente, centrée sur l'élève. Dès maintenant, le dispositif 2S2C peut être un moyen de s'approprier ces enjeux. Le défi est immense et la situation mérite d'être améliorée.

Mme la présidente. La parole est à Mme Marie Mercier, pour la réplique.

Mme Marie Mercier. Monsieur le ministre, l'éducation nationale est un ministère extraordinaire. Éduquer, c'est ex ducere, « emmener au-dehors » : il faut emmener dans la société des enfants en bonne santé.

Le ministère des solidarités et de la santé va mettre en place des brigades d'« anges gardiens ». Pourquoi ne pas instituer l'équivalent dans votre ministère ?

En tout état de cause, votre réponse montre, pour reprendre l'une de vos expressions, que vous ne mettez pas la médecine scolaire sous le tapis !

M. Philippe Bas. Très bien !

Mme la présidente. La parole est à M. Jean-François Rapin. (Applaudissements sur des travées du groupe Les Républicains.)

M. Jean-François Rapin. Monsieur le ministre, ma question porte sur l'organisation des concours d'entrée dans les grandes écoles qui recrutent à l'issue des classes préparatoires. Dans la plupart des cas, les épreuves de ces concours se passent dans les lycées.

La crise sanitaire que traverse le pays a conduit le Gouvernement à reporter les examens nationaux et les concours.

Concernant les trois filières de classes préparatoires aux grandes écoles, la ministre de l'enseignement supérieur, de la recherche et de l'innovation, Frédérique Vidal, a annoncé, le 17 avril dernier, que les écrits des concours seraient reprogrammés entre le 20 juin et le 7 août prochain.

La question des conditions et des lieux de leur organisation doit donc être résolue. Il s'agit notamment de préparer les centres d'examen ou lycées habituels pour accueillir les étudiants à ces dates, en s'assurant que les consignes sanitaires seront bien respectées, pour ne pas mettre les candidats ni les surveillants en danger.

Dans cette optique, le service des concours des écoles d'ingénieurs essaie d'ouvrir davantage de centres, afin de limiter les déplacements pour les étudiants. Au lieu d'ouvrir des centres, il a été envisagé, dans certaines académies, que les étudiants passent les épreuves de leur concours à Paris. On voit que, sur le terrain, la gestion du nouveau calendrier soulève d'importantes difficultés. N'aurait-il pas fallu vérifier que ce calendrier est concrètement tenable avant de l'imposer sur nos territoires et à nos lycées ?

À mon sens, il faut impérativement obtenir l'ouverture de lieux d'examen dans les différentes académies des candidats, pour limiter les frais de transport et d'hébergement, éviter une inégalité de traitement entre ceux qui subiraient le stress de l'organisation d'un déplacement et ceux qui seraient sur place, et, surtout, éliminer le risque sanitaire que représenteraient des allers-retours entre zone verte et zone rouge.

L'exemple concret des concours d'entrée aux grandes écoles montre les limites d'une organisation logistique gérée dans l'urgence, pour des raisons compréhensibles. Que comptez-vous faire, monsieur le ministre, pour éviter de tels dysfonctionnements ?

Mme la présidente. La parole est à M. le ministre.

M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse. Monsieur le sénateur, votre question relève davantage de la compétence de la ministre de l'enseignement supérieur, même si je m'intéresse de très près aux classes préparatoires.

Le sujet est important. J'ai beaucoup échangé avec Frédérique Vidal pour essayer de trouver la meilleure formule.

Nous avons défini des protocoles sanitaires pour l'organisation de ces concours. Ils ont été rendus publics sur le site du ministère lundi dernier, de façon à donner des points de repère.

En outre, nous avons établi que, si les lycées devaient rouvrir, ce que nous ignorons encore au moment où je vous parle, les élèves de seconde année des classes préparatoires ne rentreraient pas, afin de ne pas créer une situation d'inégalité entre zone verte et zone rouge, sachant que ces élèves sont suffisamment âgés pour suivre une préparation à distance.

Vous appelez à une organisation des concours par académie. Cette requête me paraît tout à fait audible, mais cela dépendra de notre capacité à rouvrir les lycées. Frédérique Vidal et moi-même devrions avoir éclairci la situation d'ici à la fin du mois de mai.


Source http://www.senat.fr, le 26 mai 2020