Interview de M. Jean-Baptiste Djebbari, secrétaire d'État aux transports, à BFM TV le 1er juillet 2020, sur les suppressions d'emplois dans le secteur aéronautique et la situation financière des transports en commun en Île-de-France.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Baptiste DJEBBARI, bonjour.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bonjour à vous.

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va parler de la route, on va parler du train, mais on va commencer avec l'avion. Pourquoi ? Eh bien parce que les suppressions de postes se succèdent. AIRBUS qui va annoncer demain, combien, 15 000 suppressions de postes, 5 000 en France, c'est cela ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Envisagées. D'abord il faut bien avoir conscience que la crise dans l'aéronautique elle est majeure, je crois qu'on n'a jamais vécu, d'ailleurs, une crise comme ça depuis qu'on a démocratisé l'aviation, et ce qui s'est passé c'est qu'AIRBUS a vu au même moment, et partout dans le monde, ses commandes annulées ou stoppées, et qu'AIRBUS envisage une activité réduite à 60% pendant deux ans. Donc, il y a un contexte, et socialement, effectivement, il est envisagé au niveau mondial 15 000 suppressions d'emplois, dont 5 000 en France, mais ça ne tient pas compte des différents dispositifs d'État et des dispositifs d'entreprise. Je prends un exemple, on a fait les calculs cette nuit, si vous mettez en place l'activité partielle longue durée, qui a été annoncée, et qu'AIRBUS va évidemment utiliser, c'est 1500 emplois qui seraient sauvés. On investit aussi massivement sur l'avion de demain, la nouvelle génération d'avions verts, sobres en carbone, c'est 500 emplois qui vont être sauvés pour AIRBUS, déjà 2 000 emplois. Et puis après vous avez les dispositifs d'entreprise, le volontariat, les plans de départs volontaires, les congés formation, les mobilités à l'intérieur du groupe, donc…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est bien pour AIRBUS, mais je pense aux salariés d'AIRBUS, 49 000 en France, mais je pense aussi aux sous-traitants…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Bien sûr, c'est une filière.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Parce que, AIRBUS c'est bien beau, mais les sous-traitants c'est, quoi, c'est 150 000 dans la région de Toulouse, plus largement…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
80.000 en Occitanie, mais c'est beaucoup.

JEAN-JACQUES BOURDIN
80 000 en Occitanie et 150 000 en France.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous avez raison de dire que c'est une filière, et d'ailleurs on a une filière, en France, qui sait construire à la fois des avions, des moteurs, de l'avionique, c'est une filière complète qu'on a en France, qu'il faut préserver, raison pour laquelle on a investi beaucoup. On finance, en recherche publique, quatre fois plus que ce qu'on finançait précédemment, aussi pour préserver de l'emploi, des compétences qui sont des compétences critiques, qui servent à l'aéronautique, qui servent à la défense, qui servent au spatial. Et, je le dis, j'ai esquissé un petit peu ce qui peut se passer, avec un chiffre qui paraît extrêmement gros, 5 000 emplois en France…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il ne paraît pas, il l'est.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, qui l'est, mais qui va être diminué, je l'ai dit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, qui va diminuer.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Quasiment 2 000 emplois sauvés du fait des dispositifs d'État et puis des dispositifs que j'ai évoqués, de mobilité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
On va sauver entre 2000 et 3000 emplois sur 5000.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Plans de départs volontaires, accord de performance collective, et puis…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il n'y aura pas de licenciements secs ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas l'État demande à AIRBUS de faire en sorte qu'il y ait le moins de départs contraints, le moins de licenciements secs possibles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le moins, ça veut dire pas… vous ne dites pas à AIRBUS ce matin, je vais vous poser la même question à propos d'AIR FRANCE, vous ne dites pas ce matin "nous demandons à AIRBUS de ne pas procéder à des licenciements secs, des départs contraints" ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Deux choses. D'abord, AIRBUS a un patron, Guillaume FAURY, qui est quelqu'un de remarquable, extrêmement responsable, et qui fera en sorte, et je le sais, et il l'a dit, d'avoir le moins de départs contraints possibles…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y en aura ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Une fois qu'on aura mis en oeuvre les différents dispositifs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y en aura ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je veux être un responsable politique réaliste. Quand on dit que depuis le début du Covid on a eu 98% du trafic aérien qui s'est effondré, que la crise elle est possiblement durable, on parle de retour à la normale en 2023, 2024, 2025, moi je ne sais pas dire comment les Français, les Européens, vont revoyager, je ne sais pas dire s'ils vont revoyager loin, je ne sais pas dire si notamment la clientèle d'affaires va revenir dans les avions, je ne sais pas dire ça, et ne sachant pas dire ça, je ne sais pas prévoir les carnets de commandes des avions, et donc AIRBUS, évidemment, aura à vivre une période très difficile, l'État est là aux côtés d'AIRBUS, l'État est là aux côtés d'AIR FRANCE, mais la responsabilité politique c'est de ne pas faire des promesses que d'aucun ne serait réellement tenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Air France va supprimer, autre chiffre, 7 560 postes, c'est bien cela, vous confirmez, 7 650, 6 560 AIR FRANCE et 1 000 dans sa filiale HOP !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est effectivement les chiffres qui ont été évoqués hier en comité d'entreprise extraordinaire. Ces chiffres, encore une fois, ils dépendent beaucoup, à la fois des dispositifs d'entreprise, et puis de la reprise du trafic. La différence, avec l'industrie, c'est que quand le trafic reprend, pour les compagnies aériennes, très rapidement vous avez à nouveau de la trésorerie, et vous avez à nouveau des capacités de déploiement, de résistance.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Que dit l'État ce matin à AIR FRANCE, que dites-vous à AIR FRANCE ce matin ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Plusieurs choses. D'abord l'État a soutenu AIR FRANCE, 7 milliards – vous savez, ce n'est pas 7 milliards…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, de prêts essentiellement.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, ce n'est pas 7 milliards, comme je l'ai entendu, pour payer des plans sociaux, c'est 7 milliards pour pouvoir survivre, pour pouvoir payer les salaires à la fin du mois. Vous savez qu'AIR FRANCE chaque mois…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais financer des plans sociaux aussi ! Cet argent va aussi…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je vais jusqu'au bout du raisonnement – chaque mois AIR FRANCE perd des centaines de millions d'euros, actuellement, chaque mois, donc l'État a prêté à AIR FRANCE 7 milliards d'euros, de manière à ce qu'AIR FRANCE survive à la crise, puisse se reconstruire, et puis prendre d'une part des engagements environnementaux, ce qu'elle a fait, et reconstruire son outil industriel, effectivement en restructurant, par exemple, son réseau court-courrier, domestique, c'est les chiffres que vous avez annoncés sur HOP !, parce que c'est nécessaire. Et de la même façon nous avons demandé à la direction d'AIR FRANCE d'avoir le moins de départs contraints possibles, d'avoir recours évidemment, là aussi, aux départs volontaires, il y a un accord collectif, de performance collective, qui a été signé par les pilotes il y a maintenant une semaine, et puis de faire, en concertation avec les territoires, il y a une dimension d'aménagement du territoire aussi à la présence d'AIR FRANCE, on reparlera peut-être de la suppression de certaines lignes aériennes, nous serons extrêmement attentifs à ce que le retrait de l'activité, ou la contraction de l'activité, ne se fasse pas au détriment des territoires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais l'argument est toujours le même, il est nécessaire d'accélérer la transformation de l'entreprise, ça, j'entends ça partout !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il est nécessaire que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas qu'à AIR FRANCE.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord AIR FRANCE, quand on regarde effectivement depuis 10 ans - ce n'est pas le cas dans l'industrie, AIRBUS allait très bien avant la crise, et BOEING va aussi très mal, et peut-être d'ailleurs plus mal qu'AIRBUS – AIR FRANCE a eu toujours depuis… a, depuis 10 ans, des problèmes de structure de coûts, notamment sur le réseau domestique, le domestique chez AIR FRANCE ça perd 200 millions d'euros par an, donc ce n'est pas tout à fait durable. AIR FRANCE a une filiale, TRANSAVIA, qui va reprendre une partie des vols intérieurs, vous savez qu'il y a des vols, par ailleurs, qui sont subventionnés, et qui vont demeurer, ils sont importants, je pense notamment aux vols vers Aurillac, vers Brive, vers Limoges, vers le grand Massif central, ce sont des vols d'aménagement du territoire, et puis il y a des vols, des lignes, qui vont effectivement être supprimées au bénéfice du train, quand c'est possible, et quand la concertation territoriale le permettra.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors je vais y revenir sur ces suppressions de ligne, mais je voudrais… AIRBUS et AIR FRANCE, parler des fermetures de sites. Est-ce qu'il y aura des fermetures de sites AIRBUS, est-ce qu'il y en aura ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça c'est trop tôt pour le dire, mais je prends l'exemple de RENAULT, parce que vous savez que RENAULT, à l'époque, avait annoncé des fermetures de sites. L'État a demandé à RENAULT de revoir sa copie, par exemple sur le site de Maubeuge…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais il y en a des fermetures de sites, il y en a à Choisy-le-Roi par exemple, il y a des regroupements aussi !

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, sauf que l'État agit, l'État prête, l'État fait en sorte aussi, et je le dis parce que nous investissons… les plans de soutien que nous avons posés, c'est à la fois pour rebondir maintenant, permettre aux filières de survivre, et c'est pour préparer l'avenir. Quand vous investissez plusieurs milliards d'euros sur l'avion du futur, ou le véhicule électrique, vous créez les emplois de demain, vous relocalisez de l'emploi en France, et donc, je le dis, il faut aussi avoir une vision de moyen-long terme sur ce que l'État fait, parce que l'État, aux côtés des entreprises et des filières, est en train de construire les emplois de demain, localisés en France.

JEAN-JACQUES BOURDIN
AIR FRANCE, c'est le site de Morlaix qui va fermer.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Alors Morlaix, c'est compliqué, c'est un site de maintenance aéronautique pour la filière…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est un site de maintenance… avant 3 ans, c'est vrai ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Pour la filiale HOP ! il y a effectivement un plan qui vise à regarder l'avenir…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Fermeture avant 3 ans ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y a des sites aussi à Lille, à Roissy…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais… à Lille, à Toulouse, à Roissy.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Moi je n'anticipe pas les discussions, y compris au niveau territorial, que nous allons avoir avec la région Bretagne…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, enfin l'État sait, vous savez.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas il y a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce qu'à Morlaix le site sera fermé avant 3 ans ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je développe mon raisonnement, parce que c'est la conséquence d'un raisonnement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, oui, j'attends la réponse.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Contraction de 40% du réseau domestique, il y aura donc trop de sites de maintenance, il y a les sites de maintenance en Bretagne, il y a les sites à Lille, il y a les sites évidemment à Paris, à Lyon, etc., donc il y aura trop de sites pour faire la maintenance de façon rationnelle sur le plan économique. Il a été évoqué effectivement des pistes, les choses vont s'organiser maintenant territorialement, parce que, par exemple en région Bretagne il y a le sujet du site de Morlaix, il y a le sujet des lignes, de Quimper, de Lorient, donc tout ça va s'organiser en lien avec les syndicats, en lien avec les régions. Vous savez que les régions, par exemple à Morlaix, il y a un lycée professionnel qui fait la jonction avec le site de Morlaix…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc tout ça, vous voyez, va s'organiser, rationnellement, en lien avec les territoires, et dire oui ou non à cette question maintenant n'aurait pas de sens parce que la réponse n'est pas réellement connue.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous avez regardé de près évidemment les propositions de la Convention citoyenne sur le climat, j'imagine, parce que vous êtes très concerné Jean-Baptiste DJEBBARI…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Suppression de toutes les lignes intérieures lorsqu'il y a moins de 4 heures, vous avez vu ça, vous, vous proposez 2 heures 30 par TGV…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
On propose 2 heures 30 parce que c'est rationnel sur le plan de l'aménagement du territoire, et j'en disais un mot, mais si vous supprimez les lignes à moins de 4 heures, en tout cas avec une alternative ferroviaire à moins de 4 heures, vous supprimez les lignes à Clermont-Ferrand, à Limoges, à Brive, à Rodez, à Aurillac. A Aurillac, pour ne prendre qu'un exemple, j'étais hier avec le député du Cantal Vincent DESCOEUR, il faut 7 heures pour aller à Aurillac en voiture, si vous faites ça, vous asséchez des territoires, vous asséchez des territoires qui sont par ailleurs déjà enclavés. Donc, 2 heures 30, avec une alternative par TGV, robuste, c'est rationnel, nous allons l'organiser, parce que, y compris au niveau territorial ça nécessite de parler aux aéroports, aux régions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ça veut dire qu'il n'y aura plus de navette Bordeaux-Paris par exemple, elle ne revolera plus ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je ne sais pas… il restera certainement des navettes Bordeaux-Roissy, parce que beaucoup de passagers aussi sont en correspondance…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bordeaux-Orly c'est fini ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais quand vous regardez par exemple… d'abord, Paris-Bordeaux sur le train, depuis 2017 il y a un TGV qui met 2 heures 04, et en fait beaucoup de voyageurs qui prenaient l'avion prennent le train. Paris-Strasbourg, à peu près 2 heures, ça a été ouvert il y a 4 ans, aujourd'hui 90% des personnes qui prenaient l'avion prennent le train. Donc je veux dire par là que c'est un peu le sens de l'Histoire, aussi, que quand on a une alternative en TGV, confortable, à des prix corrects, abordables, les gens se déportent assez naturellement vers le train, et donc nous allons accompagner ce mouvement, encore une fois en lien avec les territoires, c'est important de le dire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Roissy-Charles de Gaulle, il y a un projet ? Terminal 4…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, il y a un projet. Mais moi j'ai lu encore la Convention citoyenne, qui disent "ah non, non, non, pas d'extension d'aéroports." Alors, ce projet verra le jour ou pas ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ah c'est deux choses différentes.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, d'accord mais…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord, pas d'extension, en soit je pense que c'est un peu excessif. On a un projet par exemple à Nantes, vous savez que Notre-Dame-des-Landes a été fermé pour des raisons environnementales…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc il y aura des extensions d'aéroports, vous n'allez pas suivre…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il y aura des extensions sobres quand c'est nécessaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je ne comprends pas, pardon…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais je vous réponds…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Baptiste DJEBBARI, parce qu'il ne faut pas qu'on soit… bon, un, il y a eu ce travail de la Convention citoyenne, mise en place par le président de la République, le président de la République est intervenu lundi en nous disant "146 des 149 mesures proposées seront reprises", et parmi ces mesures, donc reprises, il y a "terminé l'extension d'aéroports", et vous me dites ce matin que, non, à Nantes on va continuer l'extension de l'aéroport, et Roissy…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous l'avez dit, j'ai suivi les travaux de la Convention citoyenne, cette mesure elle vise essentiellement le terminal 4 de Roissy, dont vous savez qu'il était prévu pour accueillir 40 millions de passagers supplémentaires.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Coût, entre 7 et 9 milliards d'euros.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
7 et 9 milliards. Aujourd'hui, en l'état du trafic aérien, je rappelle qu'à Roissy on a environ 15% des vols, qu'effectivement le trafic aérien n'est pas prévu pour récupérer le niveau d'avant 2019 avant 2023-2024, les extensions de capacités à Roissy, aujourd'hui, paraissent être un pari audacieux, pour le dire comme ça, donc le projet du T4, du terminal 4, va devoir être probablement revu, je pense…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Annulé ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas requestionné, coût/bénéfice, moi je ne sais pas dire si en 2030 il faut des capacités d'extensions à 20 millions ou pas…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc aujourd'hui il est stoppé, il y a un moratoire sur ce projet ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Disons-le comme ça. En revanche…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Y a-t-il un moratoire sur ce terminal 4 ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il n'y a pas de moratoire juridique, mais effectivement le projet va devoir être revu, pour le dire très clairement chez vous. En revanche, par exemple, à Nantes, vous savez que nous avons supprimé le projet de Notre-Dame-des-Landes, pour des considérations écologiques. On a un problème de saturation de l'aéroport de Nantes, très prochain, et on a fait en sorte de proposer, en lien avec les élus, un projet de réaménagement, sobre d'ailleurs, environnementalement sobre pour Nantes, en lien avec les élus, qui serait mis en place dans les prochaines années. Nous allons regarder ce projet, mais je pense que ce projet, construit avec les élus, au bénéfice du territoire, est un bon projet, sobre en aménagement, qui correspond aux besoins du territoire, à sa vitalité et à son développement économique.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La Convention citoyenne, pour Emmanuel MACRON, était-ce, ou est-ce une urgence climatique ou une urgence électorale ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, mais je crois vraiment…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non, mais je vous pose la question…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Il l'a très bien exprimé vous savez, et d'ailleurs ça permet aussi de répondre, puisque vous parlez d'élections, on voit qu'il y a quand même, y compris d'ailleurs chez Europe Ecologie-Les Verts, chez les Verts de manière générale, plusieurs courants, il y a ceux effectivement qui considèrent que la nature est au-dessus de tout et que y compris les droits à la nature doivent, quelque part, être de rang supérieur aux droits des humains, de l'Humanité, et qui prônent une forme de décroissance organisée, c'est Julien BAYOU par exemple chez Europe Ecologie-Les Verts, et plein d'autres, Aurélien… l'astrophysicien dont le nom m'échappe à l'instant, et puis il y a… et d'ailleurs Yannick JADOT est un peu dans cette veine-là, un courant écologiste progressiste, qui considère que, je prends un exemple l'avion, qu'il ne faut pas supprimer l'avion, mais qu'il faut que l'avion se verdisse, soit demain sobre en carbone, etc., donc déjà il y a…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais c'est bien ça.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais c'est parfaitement bien et je pense que c'est ça que nous défendons pour répondre à votre question. Le président de la République…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous défendez comme Yannick JADOT quoi, vous êtes très proche, non ? Je sens la grimace là.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Non, un demi-sourire. Un demi-sourire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Un demi-sourire.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Le président de la République, il dit deux choses. D'abord c'est la responsabilité de l'humain de préserver la nature. Je crois qu'il a fondamentalement raison. Ça, c'est effectivement être écologiste de façon progressiste. Et il dit deuxièmement, notamment dans les transports mais pas que, il y a effectivement des mouvements à accélérer. Le verdissement des transports est déjà très largement à l'oeuvre mais il faut accélérer. Et puis il y a des choses qu'on va apprendre de la crise. Vous savez, quand on voit que 15% des gens veulent maintenant télétravailler, que beaucoup de personnes qui habitent dans les métropoles à Paris ou ailleurs veulent peut-être retrouver un peu d'air à la campagne. Ça va questionner les modes de transport, la capacité de se déplacer et ça c'est des choses que nous allons construire ensemble d'ailleurs avec des groupes de travail…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors j'ai des questions précises, vous allez me répondre si vous êtes favorable ou pas à propos de la Convention citoyenne.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui.

JEAN-JACQUES BOURDIN
TVA sur les billets de train qui passerait de 10 à 5,5% Vous êtes pour ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Favorable sur le principe mais l'histoire nous enseigne, notamment à l'époque on a baissé la TVA sur la restauration, l'histoire nous enseigne que les baisses de TVA qui coûtent cher à l'État en général ne sont pas répercutées dans la poche des consommateurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
La SNCF le fera, non, quand même ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Donc si on fait la baisse de la TVA, il faut s'assurer que la baisse est répercutée au bénéfice des usagers et des voyageurs. Et je le dis sur le ferroviaire, parce qu'en ce moment j'entends la petite musique : vous dépensez ou vous subventionnez telle ou telle filière et pas le ferroviaire. Je dis aux Français, le ferroviaire chaque année c'est 15 milliards de dotations publiques. De dotations publiques. C'est 3 milliards pour le réseau. Là encore sur les transports publics, nous avons remboursé aux collectivités un milliard en perte de fiscalité. Donc le ferroviaire est un mode essentiel et que ce soit par une baisse de TVA ou par des investissements massifs, notamment sur le fret, nous aurons évidemment une politique très ambitieuse sur le ferroviaire.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors sur l'automobile, sortir des avantages fiscaux sur le gazole. Il va falloir sortir…

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est le fameux sujet lié à la taxe carbone, vous savez c'est le fameux sujet. Donc le président a été assez clair et d'ailleurs il a repris l'exemple, on parlait des 110 kilomètres/heure. Il a dit : parfois vous avez des politiques très ambitieuses qui achoppent sur une mesure qui devient symbolique et inacceptable. Et on l'a d'ailleurs, on a payé pour voir si je puis dire avec la mesure de 80 kilomètres/heure.

JEAN-JACQUES BOURDIN
110 kilomètres/heure, vous étiez contre.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
10 kilomètres/heure, moi j'ai toujours considéré que ce n'était pas qu'une mesure écologique et d'ailleurs le bilan écologique, il faut vraiment le regarder parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais moi je vous parle des avantages fiscaux sur le gazole.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Eh bien c'est le sujet de la taxe carbone dont on dit qu'aujourd'hui elle n'est pas tout à fait en discussion. Nous allons travailler avec…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à la sortie des avantages fiscaux sur le gazole pour préserver l'environnement ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
De toute façon, on est favorable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faudra ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
De toute façon il faudra parce qu'on est sur une stratégie ou une trajectoire de sortie des véhicules fossiles, avec une interdiction, d'ailleurs je le dis, en 2040 de la vente des véhicules thermiques et fossiles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et interdiction de la publicité ? Puisque vous me parlez des véhicules les plus polluants, de la publicité par exemple sur les SUV.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Ça, c'est deux sujets différents mais je vais y répondre.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux sujets différents mais qui ont un lien.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
D'abord pourquoi la Convention propose ça ? Elle dit et elle a raison qu'aujourd'hui les véhicules lourds, polluants doivent être désincités à l'achat et elle a raison. Et d'ailleurs on le fait puisqu'on a un malus extrêmement important sur les véhicules qui sont lourds typiquement des…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais on fait toujours de la publicité sur ces véhicules.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Et ils disent : il faut faire la fiscalité et la régulation ou l'interdiction de la pub. Entrons dans ce débat. Ce qui compte, c'est d'avoir demain des véhicules qui soient sobres en carbone et qui effectivement ne soient pas incités à l'achat parce que ce n'est pas tout à fait un geste citoyen.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes favorable à l'interdiction de la publicité.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Je suis favorable à ce qu'on entre dans ce débat de façon complètement transparente et ouverte. Est-ce qu'il faut faire de la fiscalité plus l'interdiction ? Est-ce qu'il faut réguler ? Est-ce qu'il faut informer ? Les Français sont intelligents monsieur BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, je suis d'accord.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Voilà, rentrons dans le débat l'esprit ouvert. C'est d'ailleurs ce qu'on demandé le président de la République donc on va étudier ça.

JEAN-JACQUES BOURDIN
SNCF-RATP. En région parisienne, Valérie PECRESSE menace d'arrêter de payer le 8 juillet si l'État ne compense pas les pertes sévères dues à la crise sanitaire. Est-ce que l'État va compenser ? Est-ce que l'État va payer ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
J'ai beaucoup parlé avec Valérie PECRESSE, je dis deux choses. D'abord l'État a déjà compensé 425 millions d'euros au titre de la perte de fiscalité pour la région Ile-de-France donc l'État compense. Madame PECRESSE, la région, a les moyens de payer le 8 juillet. Je lui ai écrit, je lui ai dit. En trésorerie et avec ce que nous avons compensé, elle a les moyens de payer la RATP et la SNCF. Je le dis aussi, nous avons une clause de revoyure avec la région sur ces sujets de fiscalité et nous engageons par ailleurs, puisqu'il y a deux sujets - les pertes de recettes parce qu'on a moins de trafic passagers - on engage avec toutes les régions ce sujet de savoir comment on compense les pertes de recettes. Donc nous sommes tout à fait ouverts mais je ne veux pas que les voyageurs, les usagers de la région Ile-de-France soient pris en otage politique d'un sujet pour lequel l'État…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le Passe Navigo va augmenter. Parce qu'il y avait cette solution, augmenter le Passe Navigo.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, mais ça c'est un argument politique. Vous voyez bien que dire augmenter de 20 euros le Passe Navigo, ce que nous ne souhaitons évidemment pas, est un argument politique pour faire pression sur l'État. Moi je le dis, nous avons fait en sorte de compenser Madame PECRESSE et la région Ile-de-France de la même façon que les autres régions. Madame PECRESSE a les moyens financiers de payer la RATP et la SNCF au 8 juillet. C'est sa responsabilité, je souhaite qu'elle le fasse et en même temps je dis que nous sommes ouverts à poursuivre les discussions et elle le sait. Elle le sait et nous avons fait en sorte qu'elle ait les moyens de poursuivre le paiement comme elle doit le faire, contractuellement d'ailleurs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien. Manifestation nationale des VTC. Il y avait des VTC étaient là tout à l'heure, ici-même, qui demandent trois choses. D'abord un meilleur contrôle des chauffeurs.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui. C'est tout le sujet de la régulation des plateformes vous savez que dans la loi mobilités d'il y a un an et demi, nous avons déjà engagé ce travail.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y a des faux chauffeurs.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, des faux chauffeurs. Il y a aussi des gens qui cumulent…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais alors comment les contrôler ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Vous parliez ce matin des fraudes au chômage partiel : il y a aussi des gens qui ont des emplois, y compris d'ailleurs dans les entreprises publiques, et qui cumulent avec des emplois de chauffeur VTC, alors parfois déclarés, parfois effectivement en étant sous-traités par des gens qui organisent des locations.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qu'allez-vous faire ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Nous allons beaucoup plus contrôler. Je pense qu'il y a un sujet quand même à nouveau de régulation des plateformes. On voit bien d'ailleurs qu'y compris la jurisprudence a requalifié en salariat un certain nombre, en tout cas un chauffeur, et ça doit interroger sur le modèle des plateformes. Ces plateformes, elles restent utiles parce qu'elles ont créé de nouveaux modèles économiques et puis elles ont sorti aussi beaucoup de gens de la précarité en leur donnant accès à un premier emploi. Donc il faut regarder tout ça mais, de toute façon, nous entrons dans une ère à mon sens où on va devoir re-questionner toutes ces plateformes, la régulation…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les VTC souffrent en ce moment, les chauffeurs aussi souffrent en ce moment, Jean-Baptiste DJEBBARI. Ils souffrent beaucoup.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Oui, ils souffrent beaucoup. Parce que les clients ne reviennent pas.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais bien sûr.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Parce que l'activité n'a pas encore tout à fait repris.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le VTC, c'est 4,50 euros la course minimum. Est-ce qu'on ne peut pas augmenter ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais d'abord, nous avons fait plusieurs choses dans la loi. Nous avons imposé un tarif minimum par course, le fait qu'ils puissent refuser la course si le tarif est trop bas, le fait d'avoir une visibilité préalable.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais vous allez augmenter le niveau de la course ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
C'est un sujet qui est en discussion avec les représentants…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous y êtes favorable, vous ? Il le faut ?

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
En tout cas, il faut une forme de régulation fiscale, sociale. Vous voyez bien, c'est un sujet partout. C'est un sujet aussi dans l'aérien. On voit bien que les prix des billets d'avion ou les billets d'avion à 10 euros, ce n'est plus possible d'une manière générale. Vous parliez de BOOKING ce matin dans votre émission.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, c'est fini ça. Vous allez interdire ça ? Comme en Autriche : vous avez vu, que c'est interdit en Autriche en dessous de 40 euros.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
40 euros, ça pour leur compagnie nationale. Tout ça se regarde…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Non mais d'accord.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Mais en tout cas, il y a un sujet de régulation sociale et un sujet de régulation tarifaire dans les transports qui, par ailleurs, sont subventionnés. Tous ces sujets se traitent aussi au niveau européen. Moi j'organise ça avec quelques collègues allemands, néerlandais, espagnols, italiens, une session de travail sur la lutte contre le dumping fiscal et social dans les transports, notamment aériens et maritimes. On a laissé prospérer des modèles en Europe qui sont des modèles datés, qui honnêtement ont fabriqué des précaires dans le travail, et ça je crois que dans l'ère d'après, le monde d'après – on l'appelle comme on veut – ce n'est plus possible.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Baptiste DJEBBARI d'être venu nous voir.

JEAN-BAPTISTE DJEBBARI
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 juillet 2020