Interview de Mme Emmanuelle Wargon, secrétaire d'État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire, à Radio Classique le 5 juin 2020, sur les préoccupations écologiques des Français et la relance de l'économie.

Intervenant(s) :

  • Emmanuelle Wargon - Secrétaire d'État auprès de la ministre de la transition écologique et solidaire

Prononcé le

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Texte intégral

RENAUD BLANC 
Bonjour Emmanuelle WARGON ! 

EMMANUELLE WARGON 
Bonjour Renaud BLANC ! 

RENAUD BLANC 
Secrétaire d'État à l'Ecologie. Ce 5 juin est la Journée mondiale de l'environnement. Question toute simple et un peu bête mais à quoi sert ce type de journée, Emmanuelle WARGON ? 

EMMANUELLE WARGON
 Ca sert à sensibiliser, ça sert à en parler, ça sert à permettre d'avoir ce genre de contacts, d'échanges dans les médias aujourd'hui, dire que l'environnement c'est important, que la crise sanitaire ne fait pas disparaître la crise climatique, la crise de la biodiversité et permettre à chacun de se poser des questions, de se demander comment il peut agir. 

RENAUD BLANC 
Alors on parle beaucoup de l'acte 3 d'Emmanuel MACRON dans la presse. Cet acte 3, il doit être et il sera forcément très vert ? 

EMMANUELLE WARGON 
Oui, il est indispensable que cet acte 3 que, au coeur de la relance, la préoccupation écologique et aussi la préoccupation sociale d'ailleurs soit au coeur parce que finalement, on sent que les Français ont aussi pris conscience pendant le confinement de notre fragilité collective, évidemment la fragilité de santé mais aussi la fragilité de la planète, de la nature, de tout ce qui nous entoure et je crois qu'en fait, nous sommes prêts à aller plus vite, à aller plus loin et donc il faut d'une certaine manière saisir cette opportunité. 

RENAUD BLANC 
Et  en tout cas, cette, je dirais, ce plan vert est souhaité par une majorité de Français : selon l'institut ELAB, 58% de nos concitoyens estiment que le redémarrage de l'économie doit aller de pair avec la protection de l'environnement mais justement l'urgence économique et la transition écologique, est-ce que c'est compatible véritablement, Emmanuelle WARGON ? 

EMMANUELLE WARGON 
Il y a plein de cas, de sujets sur lesquels s'est compatible. Je prends un exemple qui m'est très cher, c'est la rénovation thermique des bâtiments ; vous savez pour lutter contre le réchauffement climatique, il faut réduire de CO2 et la deuxième cause de CO2 en France après des transports, c'est le bâtiment. Ce sont les immeubles mal isolés qui font que quand vous chauffez, en fait, vous chauffez l'intérieur mais aussi un peu l'extérieur et si on fait des travaux massivement que ce soit des travaux dans nos grands bâtiments publics comme des universités ou dans les logements ou dans les logements sociaux, c'est bon pour l'emploi, c'est bon pour l'économie et c'est bon pour la planète. Vous savez le bâtiment, le secteur du bâtiment et des travaux publics, s'est quasiment intégralement arrêté. J'étais hier à Saint-Etienne pour visiter un chantier qui a repris avec le président de la Fédération française du Bâtiment, ces chantiers doivent reprendre maintenant puisque c'est bon pour l'activité et si les carnets de commandes recommencent à se remplir, ça permettra d'avoir une relance économique et verte. 

RENAUD BLANC 
Alors certains quand même chefs d'entreprise, Emmanuelle WARGON, estiment que les normes environnementales ne doivent pas être une priorité vu l'ampleur de la crise économique, que leur répondez-vous ? 

EMMANUELLE WARGON 
Moi, je leur réponds que les normes sont le socle sur lequel on droit construire, qu'il n'est pas question de revenir en arrière mais je travaille avec beaucoup d'entreprise. Par exemple, sur le sujet biodiversité nous avons réuni une cinquantaine d'entreprises en décembre qui ont accepté de s'engager, de LVMH à PRIMAGAZ ou au groupe YVES ROCHER par exemple et très concrètement là on est en train de travailler avec elles pour voir ce que peut faire une entreprise en matière de biodiversité ; donc je connais beaucoup d'entreprises qui sont maintenant prêtes à s'engager, qui comprennent que l'environnement, le climat, la nature ça n'est pas négociable.  

RENAUD BLANC 
Emmanuelle WARGON, l'État est pointé du doigt par un rapport du Sénat concernant l'usine LUBRIZOL, un État trop laxiste, trop indulgent ; la Chambre haute pointe notamment le manque de culture du risque en France.  

EMMANUELLE WARGON 
Je suis assez d'accord sur l'idée que la culture du risque n'est pas assez répandue en France ; on a un peu tendance à faire le dos rond et à se dire que ça n'arrive qu'aux autres et que face à des grands phénomènes climatiques, je pense aussi aux crues ou ce qu'on appelle des épisodes cévenols dans le Sud. On a besoin d'apprendre à s'adapter plus et à réagir plus vite. Cette culture du risque, je crois qu'il faut qu'on la partage plus peut-être avec l'Education nationale ; c'est aussi un sujet beaucoup de proximité. J'ai beaucoup suivi une des questions qui concernent une usine d'épuration en région parisienne à Achères puisqu'elle a brûlé il y a peu de temps et on s'est rendu compte qu'on n'avait pas suffisamment développé l'information et les contacts avec les personnes qui n'habitent pas très loin, c'est vraiment un sujet sur lequel on peut continuer à travailler.  

RENAUD BLANC 
Mais lorsqu'on voit ce qui s'est passé à Rouen en septembre dernier est-ce qu'aujourd'hui vous pouvez dire, Emmanuelle WARGON, qu'un nouveau LUBRIZOL n'est pas possible, n'est plus possible en France ? 

EMMANUELLE WARGON  
On a renforcé, comme vous le savez, les contrôles sur ces sites qui sont les sites identifiés comme plus dangereux, qui sont les sites dits Seveso. Après je crois que personne ne peut dire "rien n'est plus jamais possible, plus d'accident n'est possible" ; les accidents sont toujours possibles. Après je rappelle qu'à LUBRIZOL, il n'y a pas eu de victimes, il n'y a pas eu de blessés, il n'y a pas eu de morts, la réaction a été rapide, l'incendie a été contenu.  

RENAUD BLANC
 Il y a  eu une pollution très importante en Normandie ! 

EMMANUELLE WARGON 
Néanmoins, on peut toujours apprendre qu'une crise et c'est pour ça que c'est important de, voilà, d'avoir des retours d'informations et des rapports qui font le bilan. Donc on peut toujours progresser et le risque 0 n'existe pas évidemment.  

RENAUD BLANC 
Mi-juin, vous aurez les propositions, Emmanuelle WARGON, de la convention citoyenne. Vous soumettrez toutes ces propositions aux assemblées parce que c'était une promesse d'Emmanuel MACRON, quelles que soient les propositions qui en sortiront ? 

EMMANUELLE WARGON  
Oui on prendra ces propositions très au sérieux. La Convention Citoyenne se réunira le 20, 21 juin et remet ses propositions. Le président de la République a aussi saisi le président du Conseil économique social et environnemental pour faire la synthèse des propositions qui remontent pendant cette période de crise et ces propositions seront reprises pour la suite à la fois dans le plan de relance et puis pour la dernière partie du quinquennat.  

RENAUD BLANC 
Question plus politique à présent, pourquoi la République en Marche se tourne plutôt vers la droite et pas vers les écologistes, vous qui voulez être plus verts que les Verts ? 

EMMANUELLE WARGON 
Il existe des cas dans lesquels la République en Marche se tourne aussi vers les écologistes … 

RENAUD BLANC 
Il n'y en a pas beaucoup quand même ! 

EMMANUELLE WARGON 
Je suis très investie dans le Val-de-Marne et à Villiers-sur-Marne par exemple, nous avons un rapprochement avec des sensibilités plutôt de gauche et plutôt écologistes.  Donc c'est le cas ! 

RENAUD BLANC 
Enfin à Lyon, à Bordeaux … ! 

EMMANUELLE WARGON 
Dans certain cas, ces rapprochements ne se font pas non plus parce que les écologistes eux-mêmes ne veulent pas mais en réalité même si on voit surtout certaines grandes villes emblématiques, les alliances de deuxième tour se font des  deux côtés. 

RENAUD BLANC 
"Le temps est venu de dresser un horizon commun", pour reprendre l'appel de Nicolas HULOT qui veut passer du libre-échange au juste échange, vous aimez cette formule ? 

EMMANUELLE WARGON 
Je suis convaincue que la crise questionne notre manière de faire du commerce international, pas pour arrêter complètement mais pour se demander quelle est la bonne manière de travailler entre pays développés et pays moins développés, pour ne pas importer du carbone par exemple et c'est la raison pour laquelle moi je soutiens l'idée d'un mécanisme carbone, d'une taxe carbone à la frontière de l'Union européenne. Après, c'est aussi une question de consommateurs parce que c'est aussi au consommateur de décider et de choisir des produits qui sont meilleurs pour la planète et les Français l'ont fait pendant la période de confinement, notamment sur l'agriculture, sur des produits alimentaires. Donc je crois aussi beaucoup à tout ce qui est étiquetage, information du consommateur parce que je crois que le consommateur peut aussi faire une différence.  

RENAUD BLANC
 Dernière question : la révolution verte, elle ne se fera qu'au niveau européen. On ne peut pas la faire tout seul ? 

EMMANUELLE WARGON 
La révolution verte, c'est d'abord une prise de conscience, chacun reconnecté à la nature dont nous avons tellement besoin, qui est tellement belle d'ailleurs en France, vers laquelle nous allons. Vous savez, j'étais il y a deux jours en Savoie pour la réouverture des refuges et on sent à quel point ce besoin de nature est important, donc c'est individuel. Ensuite, bien sûr, c'est collectif à l'échelle française et c'est forcément collectif à l'échelle européenne et c'est pour ça que nous soutenons à la fois l'accord franco-allemand et puis le green deal proposé par Ursula VON DER LEYEN mais ça n'est pas un sujet désincarné qui se fait loin de nous ; c'est d'abord chacun d'entre nous.  

RENAUD BLANC 
Merci beaucoup Emmanuelle WARGON d'avoir été ce matin l'invitée de Radio Classique, la secrétaire d'État à l'Ecologie.  


Source : Service d'information du Gouvernement, le 8 juin 2020