Interview de M. Laurent Nunez, secrétaire d'État auprès du ministre de l'intérieur, à France 2 le 11 mai 2020, sur le déconfinement.

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Texte intégral

JEFF WITTENBERG
Bonjour à vous Monsieur NUNEZ, merci d'être avec nous ce matin pour cette matinale exceptionnelle sur France Info et France 2. On l'entend depuis ce matin de nombreux travailleurs, de nombreux usagers reprennent les transports en commun, il n'y a pas l'affluence habituelle mais il y a déjà beaucoup de monde et il semble déjà très compliqué pour ne pas dire impossible dans certains cas de respecter les distances de sécurité, est-ce que cela confirme les informations qui vous reviennent au ministère de l'Intérieur ?

LAURENT NUNEZ
Bonjour. D'abord je crois que, aujourd'hui il faut souligner le fait que donc c'est le premier jour de la levée du confinement, donc c'est un déconfinement progressive, c'est la liberté de circulation, des possibilités de sortir de son domicile sans attestation, réouverture d'un certain nombre de commerces à l'exception des bars, restaurants bien sûr et puis l'application d'un certain nombre de mesures de restriction pour éviter la propagation du virus. Et parmi ces mesures de restrictions figure bien évidemment l'application des gestes barrières, le respect des règles de distanciation sociale, des limitations de déplacement interrégionaux et évidemment le respect des gestes barrières s'applique évidemment dans les transports en commun où c'est extrêmement important de respecter cette distanciation sociale et de porter son masque, dont le port, le port du masque qui est rendu obligatoire dans les transports en commun. C'est une obligation extrêmement importante donc voilà la sécurité sanitaire dans les transports en commun, c'est à la fois ce respect et cette distanciation sociale et le port obligatoire du masque.

JEFF WITTENBERG
Mais ça c'est la règle, dans la pratique monsieur NUNEZ, on l'entend dans les différents reportages ce matin sur notre antenne, il semble compliqué notamment dans les transports d'Ile-de-France de respecter dans certaines rames de métro ou de RER la distance de sécurité recommandée pour justement appliquer ces gestes barrières, qu'en est-il ?

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord on fait bien évidemment, comme vous le savez, appel au civisme de nos concitoyens, il est important donc que les personnes respectent ces règles et puis surtout l'autorité et les opérateurs de transport, qu'il s'agisse de la SNCF, de la RATP, ont prévu un certain nombre de mesures visant à assurer une fluidité du trafic, un accès à des moments distinct dans les transports. On incite également énormément et il y a beaucoup de messages ont été passés en ce sens au respect, pardon à la pratique du télétravail qui est extrêmement importante, pour que les personnes restent le plus à domicile et dans les transports en commun, à ce respect de cette distanciation sociale. Au vu des informations qui nous remontent à ce stade, il y a effectivement nous savions que dans les transports en commun, c'est un endroit où il peut y avoir beaucoup de monde à certains instants, ce que nous voulons à tout prix bien évidemment éviter, mais je crois que à la fois la distanciation sociale et l'obligation de porter le masque permet évidemment de limiter considérablement le risque sanitaire.

JEFF WITTENBERG
Alors c'est une première journée d'adaptation pour les usagers, est ce que c'est aussi une journée de tolérance pour les forces de l'ordre, on ne verbalisera pas aujourd'hui les contrevenants, ceux qui n'ont pas d'attestation professionnelle ou ceux qui ne portent pas de masque, est-ce qu'il y aura aujourd'hui encore un petit peu de souplesse ?

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord il y a deux choses dans ce que vous venez de dire, donc pour l'attestation de Professionnels qui rentrera en vigueur dans les jours qui viennent, mais pour l'instant donc il y a pas de tolérance, il y a plutôt une action pédagogique sur ce sujet qui va être engagée dans les 2 jours qui viennent a comme l'a annoncé d'ailleurs le secrétaire d'Etat aux Transports et le port du masque attention il est rendu obligatoire dès aujourd'hui, c'est extrêmement important que les masques soient portés dans les transports en commun. Les services de sécurité des opérateurs, qu'il s'agisse à la fois des services de sécurité de la SNCF ou de la RATP, donc c'est-à-dire…

JEFF WITTENBERG
Excusez-moi de vous couper, ça veut dire qu'on peut être verbalisé dès aujourd'hui ?

LAURENT NUNEZ
Potentiellement oui, il peut y avoir effectivement des verbalisations. Vous savez, il peut y avoir potentiellement des verbalisations même si encore une fois nous faisons vraiment appel au civisme de nos concitoyens et nous savons comme le confinement a été parfaitement respecté, nos concitoyens ne respecteront ces règles de distanciation sociale et de port obligatoire du masque.

JEFF WITTENBERG
Alors il y a les transports en zone urbaine, on en parle et il y a aussi la fameuse limite des 100 kilomètres autour de son domicile à ne pas dépasser qui entre en vigueur à partir d'aujourd'hui, est-ce que monsieur NUNEZ les formulaires de dérogation pour passer cette limite, pour justifier d'un motif sont disponibles ce matin sur le site du ministère de l'Intérieur, il ne l'était pas hier après-midi ?

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord une précision de nature juridique, il y a eu une loi qui a été adoptée qui est qui a été adopté par la commission mixte paritaire, les sénateurs et les députés se sont mis d'accord sur un texte qui a été adopté samedi, le Conseil constitutionnel est saisi et rendra sa décision aujourd'hui, donc c'est aujourd'hui donc que la décision sera rendue et donc les décrets seront pris ce soir concernant la limitation donc des déplacements interrégionaux au-delà de 100 kilomètres. Mais ce qu'il est important de signaler c'est que dans les premiers temps, les deux premiers jours, nous avions prévu effectivement de faire de toute façon des actions extrêmement pédagogiques et donc inciter les gens à éviter ces déplacements, bien sûr il y aura des contrôles des forces de l'ordre sur ces déplacements inter régionaux mais ils auront une vocation pédagogique, c'est extrêmement important. Les attestations seront évidemment mises en ligne dès que les textes seront définitivement adoptés, sur ce point seulement j'insiste bien sur ce point seulement les attestations seront mises en ligne dès que les textes seront adoptés, attestations qui devront permettre de justifier que le déplacement se déroule bien dans un cadre pour des motifs familiaux impérieux ou motifs professionnels impérieux.

JEFF WITTENBERG
Alors justement ces motifs familiaux impérieux, le ministre de l'Intérieur Christophe CASTANER a dit hier je le cite qu'il s'en remettait au discernement des forces de l'ordre qui vont juger au cas par cas si c'est un motif familial impérieux, trop flou ont répondu aussi bien certains avocats que des syndicats de policiers, est-ce qu'il n'aurait pas été plus clair plus simple de dresser une liste claire et nette de motifs pour lesquels on peut dépasser cette limite de 100 kilomètres, monsieur NUNEZ ?

LAURENT NUNEZ
Non. Non parce que quand vous fixez une liste qui est exhaustive, elle est forcément restrictive, elle oublie un certain nombre de situations. Le discernement, c'est ça, c'est le bon sens, oui quand on se déplacera pour se rendre dans le cas d'un deuil, on pourra se déplacer, quand on se déplacera pour porter assistance à une personne vulnérable, oui on pourra se déplacer, pour des motifs de garde d'enfants, oui on pourra se déplacer, mais il y a d'autres motifs…

JEFF WITTENBERG
Pour un deuil mais pas pour une naissance a dit monsieur CASTANER par exemple pour être très précis.

LAURENT NUNEZ
Monsieur CASTANER a raison, c'est-à-dire ce sont en fait si vous voulez, le bon sens, c'est de distinguer ceux de ses déplacements pour motifs familiaux impérieux qui soient absolument nécessaires, la limitation des déplacements interrégionaux, elle vise surtout éviter la propagation du virus donc il faut limiter ses déplacements, déplacements strictement nécessaires, les motifs que j'ai cité, la garde d'enfants, le deuil, l'assistance à une personne vulnérable font partie de ce déplacement strictement nécessaire. Et donc voilà ce sera laissé évidemment à l'appréciation des forces de l'ordre mais…

JEFF WITTENBERG
L'appréciation des forces de l'ordre, vous comprenez que certains trouvent qu'elle puisse, qu'elle peut être dans certains cas, eh bien justement pas à la tête du client, mais en fonction de ce qu'estimera le policier ou le gendarme qui sera concerné et tout le monde n'a pas la même vision des choses selon les cas.

LAURENT NUNEZ
Vous savez les règles qui se sont appliquées pendant le confinement notamment pour les sorties du domicile comportaient également les mêmes motifs et il n'y a pas eu de difficultés dans l'application des dérogations. donc je fais tout à fait confiance au bon sens à la fois de nos concitoyens et au désarmement des forces de l'ordre pour que l'application de ces règles ne soulève pas de difficultés particulières et encore une fois nous ferons preuve comme nous l'avons fait d'ailleurs dans le cadre du confinement, d'adaptabilité si d'un certain nombre de cas nouveaux de déplacement tout à fait légitimes venait à paraître évidemment nous pourront proposer des adaptations, des règles et notamment des adaptations de l'attestation, comme nous l'avons fait pendant le confinement, mais encore une fois le bon sens de nos concitoyens et le discernement naturel des forces de sécurité intérieure l'emporteront, j'en suis sûr.

JEFF WITTENBERG
Alors vous parlez d'adaptation aujourd'hui, c'est une des nouveautés de ce déconfinement, on rouvre les forêts mais pas les parcs et jardins dans les zones classées en rouge, sauf exception à Paris par exemple le bois de Boulogne et de Vincennes vont être réouverts, mais dans d'autres départements de la Couronne parisienne, il y a de grands parcs par exemple celui de La Courneuve en Seine-Saint-Denis qui ne vont pas être réouverts, c'est plus de 400 hectares, un poumon vert, les élus vous demandent la réouverture et surtout ne comprennent pas pourquoi ces équipements restent fermés.

LAURENT NUNEZ
Alors d'abord dans les zones vertes, les parcs et jardins pourront être, seront ouverts voilà c'est la première règle et dans les zones rouges où il y a une propagation du virus qui est un peu plus importante, les cas baissent évidemment mais comme l'a rappelé le Premier ministre plus lentement que ce que nous souhaiterions et donc il est normal de limiter un certain nombre de déplacements, de prendre en compte pour éviter une propagation du virus et les parcs et jardins en font partie. mais ce que je veux souligner et rappeler aux élus qui nous font cette demande, c'est qu'en fonction de l'évolution sanitaire de la situation, nous serons ou pas à même de réévaluer la position qui a été prise et ce donc à compter de la fin mai pour une application au 2 juin puisque comme vous le savez, on commence une étape aujourd'hui le 11 mai avec cette levée progressive du confinement, mais à partir du 2 juin s'ouvrira une nouvelle étape qui sera précédée d'une évaluation sanitaire et nous verrons si nous pouvons dans les dans ces dans les secteurs concernés lever ou pas l'ouverture des parcs et jardins.

JEFF WITTENBERG
Dernière question, réponse brève s'il vous plaît monsieur NUNEZ, les plages vont pouvoir rouvrir au cas par cas sur le littoral français à la demande des maires qui vont en faire, qui vont s'adresser au préfet, est-ce qu'il y a déjà eu beaucoup de demandes ?

LAURENT NUNEZ
Il y a eu un certain nombre de demandes, notamment dans l'ouest du pays, dans le sud-est du pays, dans le sud-ouest il y a parfois des élus qui sont plus réservés, ça va se faire, écoutez, en cas par cas sur la demande des maires et les préfets pourront décider de ces ouvertures des plages. Mais le plus important, c'est d'avoir en tête qu'il y aura un protocole sanitaire qui sera mis en place pour respecter les règles de distanciation. Ce sera par exemple de prévoir sur la plage une entrée distincte de la sortie, ce sera par exemple la possibilité de prévoir suffisamment d'espace entre les gens éviter le croisement de flux. Et c'est sur la base de ces protocoles sanitaires qu'on ouvrira ou par les plages mais toujours sur proposition des maires. Et je crois que si on reste dans la logique qui a été la nôtre pendant la période du confinement et dans la gestion de cette crise sanitaire qui est de travailler en lien très étroit entre l'Etat et les élus locaux, c'est extrêmement important.

JEFF WITTENBERG
Merci Laurent NUNEZ, secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur, merci pour vos précisions ce matin


source : Service d'information du Gouvernement, le 12 mai 2020