Interview de Mme Emmanuelle Wargon, ministre déléguée au logement, à CNews le 28 juillet 2020, sur la rénovation des bâtiments publics et des logements, le moratoire sur les centres commerciaux et la lutte contre l'habitat insalubre.

Prononcé le

Texte intégral

DAMIEN FLEUROT
Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour Damien FLEUROT.

DAMIEN FLEUROT
Une visite surprise du chef de l'État hier soir auprès d'agents fonctionnaires de police à Paris et une annonce du président avec une indemnité spécifique, 100 euros par fonctionnaire pour ceux qui travaillent la nuit. Est-ce que ces agents de police ont besoin d'une enveloppe supplémentaire, c'est plutôt de la reconnaissance qu'ils attendent de l'État ?

EMMANUELLE WARGON
Je crois que c'était le premier sens de cette visite, le président de la République avec le ministre de l'Intérieur à la rencontre des policiers et des policiers sur le terrain. Ceux qui sont en première ligne et qui l'ont été pendant tous les épisodes précédents y compris pendant la période du Covid et du confinement. Donc je pense que c'est cette reconnaissance qui est importante. Après c'est aussi bien que les moyens matériels puissent suivre notamment pour les personnes qui travaillent de nuit. Finalement on l'a vu c'est un peu la même question à l'hôpital, dans les grands services publics essentiels, ceux qui sont sur le terrain à la rencontre des Français.

DAMIEN FLEUROT
Donc il y a eu cette nouvelle enveloppe budgétaire, 10 millions d'euros qui vient après une autre un déblocage de 75 millions d'euros pour le matériel, annonce de Gérald DARMANIN, il y avait un temps de retard que cela a rattrapé peut-être depuis le début du quinquennat ?

EMMANUELLE WARGON
Sur le matériel je crois qu'il y a un sujet de vétusté depuis longtemps déjà, c'est vrai pour les voitures et d'ailleurs je crois qu'on va financer des nouvelles voitures, 2 300. C'est vrai aussi pour les bâtiments et là c'est une discussion que j'ai eue avec Gérald DARMANIN parce qu'on sait qu'il faut rénover les commissariats, les locaux.

DAMIEN FLEUROT
C'est ce qu'a dit le chef de l'État hier.

EMMANUELLE WARGON
C'est ce qu'a dit chef de l'État et le plan de relance va nous permettre de mettre le paquet sur la rénovation des bâtiments publics, commissariat, mais aussi EHPAD, mais aussi université, mais aussi école parce que on a laissé un peu se détériorer de notre patrimoine à tous, c'est bien le patrimoine des Français.

DAMIEN FLEUROT
Emmanuelle WARGON, on va parler justement de la rénovation des logements, de la question de l'isolation mais avant cela une annonce du Conseil de défense écologique hier qui fait beaucoup parler, qui inquiète aussi certains professionnels de la restauration, des cafés, des hôtels restaurants, la fin des terrasses chauffées interdites en 2021, est-ce que alors que ce secteur est durement éprouvé par la crise sanitaire avec des mois qui s'annoncent encore difficiles, il fallait faire cette annonce maintenant ?

EMMANUELLE WARGON
D'abord l'annonce elle s'applique après l'hiver prochain, justement parce que on sait que ce secteur est éprouvé et sort de la crise post confinement, nous avons décidé de ne pas l'appliquer à l'hiver qui vient mais seulement donc dans 18 mois. Ensuite une terrasse chauffée en fait ça consomme énormément donc il faut qu'on trouve d'autres modes de vie, on peut rester en terrasse avec des plaids, des couvertures, on peut rester en terrasse quand même en étant un peu mieux couverts, on n'est pas contre les terrasses, mais une terrasse chauffée, c'est la consommation de plusieurs familles en électricité chaque année. Donc il faut qu'on trouve un point d'équilibre. C'est d'ailleurs aussi pour ça qu'on a interdit le renouvellement des chaudières au fioul dans le même conseil de défense écologique à compter du 1er janvier 2022, quand on change sa chaudière on ne pourra plus installer une nouvelle chaudière au fioul. C'est pareil parce qu'en fait ça consomme énormément, ça consomme deux fois plus qu'une chaudière traditionnelle et donc à un moment il faut qu'on soit cohérent avec nos priorités et nos choix.

DAMIEN FLEUROT
Vous avez annoncé hier le renforcement des contraintes sur l'isolation des logements, en finir en clair avec les passoires énergétiques, ce qu'on appelle les passoires énergétiques à compter du 1er janvier 2023. Alors ça laisse un peu de temps mais est-ce que les propriétaires paieront, est-ce qu'ils ne vont pas augmenter le prix des loyers pour compenser éventuellement un investissement dans leurs biens ?

EMMANUELLE WARGON
On y va très, très progressivement, d'ailleurs certaines associations …

DAMIEN FLEUROT
Peut-être trop disent certaines associations.

EMMANUELLE WARGON
Certaines disent qu'on y va trop progressivement mais on l'assume. Pour que cette politique marche et qu'on arrive à bien rénover les logements et que les Français qui sont concernés ne vivent plus dans ce qu'on appelle des passoires thermiques. Une passoire thermique, c'est un logement tellement mal isolé que vous dépenser une fortune.

DAMIEN FLEUROT
En électricité.

EMMANUELLE WARGON
En électricité ou en gaz ou peu importe et que vous avez froid quand même et qu'on vit mal. C'est des problèmes de santé, c'est des problèmes de salubrité. Donc pour attaquer ce sujet, on va commencer par augmenter massivement les aides aux propriétaires pour la rénovation puisqu'on passe l'enveloppe de la prime, MaPrimeRénov, on la multiplie par 2 l'année prochaine et par plus de 2 l'année d'après donc…

DAMIEN FLEUROT
C'est 100 millions d'euros.

EMMANUELLE WARGON
Non c'est beaucoup plus que ça, MaPrimeRénov aujourd'hui, c'est 800 millions d'euros, je ne sais pas si ça parle aux Français ces grandes masses mais on va passer à 2 milliards. Donc on va vraiment augmenter beaucoup. Et après on pose une interdiction et on la pose récemment sur les logements les plus passoire des passoires, c'est-à-dire environ 120 000 logements. Ces logements ne seront plus considérés comme décents à compter du 1er janvier 2023 au sens de la loi, d'ailleurs au sens commun du terme ils ne sont pas décents aujourd'hui.

DAMIEN FLEUROT
Ça veut dire qu'on ne pourra plus les louer a priori s'il n'y a pas de travaux d'effectués.

EMMANUELLE WARGON
Ça veut dire qu'un locataire à qui on proposerait un logement de ce type soit en nouveau, soit un renouvellement de bail pourrait exiger de son propriétaire des travaux ou saisir la justice. Un propriétaire ne pourra plus louer un logement indécent.

DAMIEN FLEUROT
Et il y aura des contrôles.

EMMANUELLE WARGON
Il y aura des contrôles. Vous savez les logements indécents aujourd'hui sont les logements qui font moins de 9 mètres carrés, les logements qui n'ont pas d'eau courante, etc. dire il ne faut pas que les murs soient en papier et que toute l'énergie passe dehors, c'est finalement de bon sens.

DAMIEN FLEUROT
Autre annonce également, l'artificialisation des sols et votre volonté eh bien de limiter cette artificialisation avec l'accord d'un préfet qui examinera chaque dossier. Les associations demandaient un moratoire, là c'est un peu différent, c'est finalement chaque préfet va étudier les projets en cours et dire celui-là peut se poursuivre, mais pas celui-là, sur quels critères ?

EMMANUELLE WARGON
En fait on parle de l'organisation des villes et donc des centres commerciaux à la périphérie et à chaque fois qu'on implante un nouveau centre commercial à la périphérie on tue à petit feu le commerce de centre-ville et puis finalement on incite les gens à habiter toujours plus loin et à prendre la voiture pour aller faire leurs courses. Donc ce qu'on a dit c'est que tout de suite par circulaire, c'est-à-dire le message que le gouvernement envoie aux préfets, on demande aux préfets de ne pas valider les nouveaux projets d'extension ou de nouveaux centres commerciaux le temps que la loi arrive. Parce que ça c'est plutôt une mesure qui en fait nécessite d'être votée dans la loi, elle est proposée par la Convention citoyenne.

DAMIEN FLEUROT
Et sur quels critères on va pouvoir éventuellement lancer des projets ?

EMMANUELLE WARGON
En fait le critère c'est est-ce que l'offre commerciale existante est suffisante, est-ce qu'on a vraiment besoin d'un centre commercial de plus à l'entrée de la ville, à la périphérie de la ville ou est-ce que finalement il y a suffisamment de commerces alimentaires, non-alimentaire ? Déjà dans la périphérie existante, il suffit de regarder nos entrées de villes, nos entrées de villes aujourd'hui c'est une accumulation de centres commerciaux, d'entrepôts, etc., ce sont des no man's lands, ce sont des endroits où on ne vit plus, donc est-ce qu'on continue à créer çà pour que le préfet regarde, évalue, c'est à lui ou à elle de voir s'il y a finalement suffisamment d'offres commerciales y compris en centre-ville ou s'il y a vraiment besoin et si nécessaire une commission nationale sera saisie mais notre objectif c'est vraiment d'arrêter.

DAMIEN FLEUROT
Emmanuelle WARGON, vous êtes donc ministre déléguée en charge du Logement, vous vous déplacez ce jeudi à Marseille où en novembre 2018 deux immeubles se sont effondré rue d'Aubagne dans le centre de la ville provoquant la mort de huit personnes. Où on en est de cette lutte contre l'habitat insalubre à la fois à Marseille mais globalement aussi j'ai envie de dire parce il n'y a pas que la cité phocéenne ?

EMMANUELLE WARGON
On a encore une montagne à gravir sur la lutte contre l'habitat insalubre ou indigne, il y a encore trop de logements en France qui sont dans des conditions extrêmement dégradées et que…

DAMIEN FLEUROT
Avec une difficulté que les responsabilités peuvent être partagées entre les acteurs.

EMMANUELLE WARGON
Avec des responsabilités très diffuses parfois, beaucoup de copropriétés se sont dégradées avec le temps et on investit massivement pour réhabiliter ces copropriétés. A Marseille, c'était un drame, vous vous souvenez, l'effondrement d'immeubles, j'y vais pour voir un an après où en est la situation, les relogements ont été je crois assurés mais je voudrais en être sûre en y allant voir moi-même.

DAMIEN FLEUROT
Vous irez voir la nouvelle maire de Marseille.

EMMANUELLE WARGON
J'irai voit les nouveaux élus, la nouvelle maire pour dire que ça reste une priorité du gouvernement. Vous savez, le logement c'est un secteur dans lequel les inégalités sont très fortes, c'est un secteur dans lequel selon vos moyens vous pouvez bien vivre ou très mal vivre et moi je ne me résous pas à laisser les inégalités dans le logement. C'est un ministère social en fait le ministère du Logement, c'est à la fois ministère écologique et de constructions et c'est un ministère du Logement pour tous et c'est ça qui est important.

DAMIEN FLEUROT
Justement, Emmanuelle WARGON, certaines associations vous demandent de mettre en place un moratoire sur les expulsions, on le sait, depuis la fin de l'état d'urgence sanitaire, depuis le 10 juillet, il y a une reprise des expulsions, les propriétaires peuvent à nouveau expulser les occupants de leur logement. Est-ce que vous pourriez répondre favorablement à cette demande alors qu'on sait que la crise sanitaire, et vous le répétez au niveau de l'exécutif tous les jours, elle n'est pas derrière nous cette crise ?

EMMANUELLE WARGON
Le 2 juillet nous avons demandé aux préfets de surseoir aux expulsions si on n'arrive pas à trouver de solutions au moins d'hébergement pour les personnes expulsées, c'est déjà un effort qui n'avait jamais été fait. Après, on ne peut pas arrêter durablement les expulsions et qu'il n'y ait jamais de moment où des expulsions sont possibles parce que vous avez aussi des propriétaires qui ont besoin de récupérer leurs biens ne serait-ce que pour y habiter d'ailleurs, ça se produit parfois, ou parfois vous avez des locataires qui sont des mauvais payeurs et qui profitent d'un système dans lequel finalement…

DAMIEN FLEUROT
C'est un garde-fou.

EMMANUELLE WARGON
…il n'y a jamais de sanctions possibles. Donc il y un équilibre à trouver pour aider les personnes de bonne foi à ne pas arriver au stade de l'expulsion, c'est aussi toute la prévention des impayés et l'appui qu'on va pouvoir donner quand il y a des dettes de loyers. Et après il y a une situation normale dans laquelle quand le conflit n'arrive pas à se résoudre le propriétaire est dans son bon droit et nous nous devons aider la personne qui sort du logement à retrouver un toit au moins sous forme d'hébergement puis un logement.

DAMIEN FLEUROT
En tant que ministre êtes-vous favorable à l'encadrement des loyers comme il l'est pratiqué à Lille, à Paris et peut-être demain à Lyon ?

EMMANUELLE WARGON
Moi je suis très favorable à tout ce qui va vers le logement abordable et c'est vrai que quand les loyers sont très, très élevés on peut se poser la question. La loi prévoit des procédures finalement assez équilibrées, il faut commencer par mettre en place un observatoire des loyers dans les villes concernées avant de pouvoir mettre en place l'encadrement. Il existe pour l'instant à Lille et à Paris, j'en ai discuté avec le maire de Lyon et le président de la métropole qui envisagent de candidater à l'encadrement des loyers, je regarderai avec eux, je pense que laisser la spéculation exploser n'est pas non plus une bonne politique.

DAMIEN FLEUROT
Certains acteurs de l'immobilier estiment que finalement il y a encore beaucoup d'annonces notamment à Paris mais aussi à Lille où on ne respecte pas ce cadre réglementaire parce qu'en fait finalement il n'y a pas de contrôle, là aussi comment peut-on mieux contrôler s'il y a une règle ?

EMMANUELLE WARGON
C'est mis en œuvre depuis pas très longtemps et moi arrivant dans ce ministère je pense qu'effectivement il faudra qu'on fasse un bilan des deux premières expérimentations, qu'on regarde ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas à la fois dans la réalité de l'effet sur les loyers, à la fois sur les procédures de contrôle et qu'on regarde du coup si on peut faire mieux ou différemment. Mais en tout cas trouver un point d'équilibre pour faire en sorte que chacun puisse se loger ça me paraît aller dans la bonne direction.

DAMIEN FLEUROT
Merci beaucoup Emmanuelle WARGON…

EMMANUELLE WARGON
Merci à vous !

DAMIEN FLEUROT
…ministre déléguée en charge du Logement, d'être venue sur le plateau de CNews ce matin détailler les annonces du Conseil de défense écologique.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 30 juillet 2020