Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à RTL le 21 septembre 2020, sur le nouveau protocole en vigueur dans les écoles en évitant de fermer des classes.

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Alors, désormais, lorsqu'un enfant est testé positif, il reste chez lui, les autres élèves restent en classe, on ne ferme plus la classe pour un seul cas. C'est bien ça le nouveau protocole ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est ce que le Haut conseil à la santé publique a dit, et que nous suivons, donc c'est plutôt quand il y a trois cas qu'on serait en situation de fermer une classe.

ALBA VENTURA
Ah, voilà, d'accord, au bout de trois cas. Combien de classes sont fermées à ce jour ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est autour de 2.000, mais justement, avec ce nouveau protocole, nous pensons que ce sera un peu moins dans les temps qui viennent, évidemment, c'est un chiffre qui évolue tous les jours, donc qui est un peu au-dessus de 2.000 aujourd'hui, qui va sans doute descendre en dessous de 2.000 au cours des jours qui viennent, précisément, parce que l'application du nouveau protocole, qui se base sur le fait qu'on voit maintenant, d'après de nombreuses études, que les enfants se contaminent très peu entre eux, de même qu'il y a peu de contaminations d'enfants à adultes. Et tout ceci permet d'avoir ce nouveau protocole, qui va permettre d'avoir moins de classes fermées.

ALBA VENTURA
Alors, on va venir aux contaminations, la fermeture d'une école, d'un établissement, se justifie de quelle façon ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, à chaque fois, c'est au cas par cas, les autorités de santé, qui, localement, établissent les choses, puisque les choses ne sont pas identiques si, par exemple, vous avez les élèves d'une même classe qui sont contaminés ou si c'est des élèves de différents niveaux, de différentes classes. Donc il y a vraiment une appréciation locale qui est faite. C'est vrai que c'était ce chiffre de trois qui était déjà le chiffre retenu à l'échelle d'un établissement…

ALBA VENTURA
Trois dans classes différentes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Dans trois classes différentes, mais souvent, pas à chaque fois. A chaque fois, il faut noter aussi que c'est plutôt des écoles qui ont fermé, assez peu de collèges et de lycées qui ont fermé jusqu'à présent.

ALBA VENTURA
On a combien d'écoles, là, de…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, sur les écoles, là aussi, ça varie selon les selon les jours, puisque c'est au jour le jour, mais on est au-dessus de 500, et là aussi, j'espère que c'est quelque chose qui va baisser, il faut savoir qu'il y a 60.000 écoles en France, donc, voyez, ça fait un chiffre qui est quand même… on est très en dessous de 0,5 % des écoles ou des classes qui ont fermé.

ALBA VENTURA
Est-ce que dans les classes qui ont fermé la semaine dernière, c'est-à-dire juste avant ce changement de règles, les élèves vont pouvoir revenir demain à l'école, puisque ça entre en vigueur demain, ce nouveau protocole ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, ça n'est pas rétroactif, et il faut être attentif à bien suivre les règles qui ont été fixées à un moment donné, mais simplement, encore une fois, nous avons voulu, et ce, depuis la rentrée scolaire, que chaque situation soit vue au cas par cas. La situation…

ALBA VENTURA
Eh oui, mais ça donne le tournis, ça, Monsieur le Ministre…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, vous savez que quand on met… on avait des règles totalement uniformes pour tous, on disait : c'est trop rigide, etc., donc là, maintenant, ce que l'on fait, c'est des grands principes nationaux, qui sont dans le protocole, ce protocole on peut le faire évoluer en fonction de ce que disent les autorités de santé, et on en a un exemple ce matin, et puis, ensuite, c'est localement, notamment les autorités de santé en lien avec nous, l'Education nationale, qui prennent des décisions, et c'est mieux ainsi, puisque, encore une fois, ça permet d'être pragmatique.

ALBA VENTURA
Mais il y a des écoles qui ont du mal quand même à s'organiser, enfin, celles à qui on va dire : vous pouvez désormais faire revenir vos élèves à telle échéance, ça, c'est compliqué dans l'organisation…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, de toute façon, on l'a dit : notre vie à tous est plus compliquée avec le virus, il n'y a aucun doute, et ça a changé nos vies, et ça complique la vie quotidienne de l'Education nationale, c'est dur pour tout le monde, c'est dur pour les enfants d'avoir le masque toute la journée, pour les professeurs aussi, c'est dur à avoir créer des nouvelles formes d'organisation, il n'y a vraiment aucun doute là-dessus. Mais à chaque fois, on a voulu quand même avoir les règles, à la fois les plus rigoureuses, et donc les sûres possibles, tout en ayant un système qui nous permet aujourd'hui d'être un des pays au monde où on a le plus réussi le retour à l'école de tous les enfants ; il ne faut pas oublier ça dans ce que nous avons aujourd'hui, parce que souvent, on se compare toujours quand on croit qu'on est moins bon que les autres, mais là, il faut bien voir que la France…

ALBA VENTURA
Alors là, je veux bien qu'on se compare, parce que vous avez dit tout à l'heure que les enfants ont assez peu de chances de se contaminer entre eux et de contaminer les adultes, il y a des médecins en France qui disent le contraire, on a sous-estimé les contaminations par les enfants, disent-ils, l'Allemagne et la Corée du sud disent le contraire. Qu'est-ce qu'on doit penser ?

ALBA VENTURA
Alors je ne sais pas ce que vous dites quand l'Allemagne et la Corée du Sud disent au contraire, moi je j'avais lu un avis de l'Académie des sciences allemande qui disait ce que disent les Français aujourd'hui, c'est-à-dire faible contamination entre les enfants. Mais vous savez moi je rentre rarement dans les débats scientifiques de ce type, je fais attention, pour moi j'ai une référence qui est le Haut Conseil à la santé publique, qui est lui-même composé de scientifiques éminents, qui eux-mêmes lisent toutes les études internationales etc… et donc moi je ne rentre pas dans les débats entre médecins.

ALBA VENTURA
Non mais je comprends, mais attendez, mettez-vous 2 secondes à la place des parents, on dit, ils contaminent peu les adultes et on les empêche de voir leurs grands-parents.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Parce que d'abord ce n'est pas la même chose, les adultes à l'école qui sont des personnes qui ont en général moins de 65 ans et puis les grands-parents qui souvent ont plus de 65 ans. C'est quand même pas le même, pas tout à fait le même sujet. Par ailleurs à l'école on respecte les gestes barrières, donc on doit respecter des distances.

ALBA VENTURA
Pas les enfants.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et les adultes font très attention à ça.

ALBA VENTURA
Les enfants n'ont pas le masque.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non mais la distance entre enfants et adultes au quotidien, elle est respectée au maximum, même s'il peut y avoir parfois des exceptions.

ALBA VENTURA
Non mais vous reconnaissez que c'est compliqué.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et puis c'est une recommandation.

ALBA VENTURA
Vous reconnaissez qu'on est face à des contradictions et on ne sait plus.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non je pense qu'on parle, qu'on soit face à des contraintes, il n'y a aucun doute, que tout ceci soit difficile pour tout le monde, il n'y a aucun doute, que tous ceci évolue dans le temps, aucun doute et c'est normal, après qu'il y ait donc des contraintes, qu'elles soient désagréables là aussi c'est pareil, mais il ne faut pas nier le fait que si on parle de la rentrée scolaire et du fonctionnement de l'école, la France est un des pays qui aujourd'hui réussit le mieux à avoir des enfants à l'école, tout simplement. Vous savez, nous avons des pays voisins où des enfants n'ont pas revu l'école depuis le mois de mars.

ALBA VENTURA
Justement qu'est-ce que vous répondez à ceux qui vous reproche de limiter au maximum les fermetures de classes ou d'écoles parce qu'il faut que la machine économique tourne, que les parents puissent travailler.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a bien des raisons pour lesquelles c'est important que les enfants aillent à l'école. La première, c'est que l'école est bonne pour les enfants, on a besoin d'éducation. L'éducation n'est pas un sujet marginal. L'éducation n'est pas quelque chose qu'on doit sacrifier au premier problème qui arrive. Donc il faut aller à l'école, c'est un enjeu pour chaque enfant, c'est un enjeu social aussi si on veut lutter contre les inégalités et je crois que tout le monde sait ça et tout le monde l'a encore mieux compris à l'occasion du confinement. Donc la première des raisons c'est celle-là. Que par ailleurs c'est aussi bon pour le reste de la société et donc pour l'économie, ça n'a rien de vulgaire si vous voulez, bien sûr que c'est un point, mais le point principal il est suffisant en lui-même, c'est l'école c'est bon pour les enfants et il est bon que… c'est mon rôle de ministre de l'Education nationale de faire en sorte que les enfants aillent à l'école, ça paraît être une évidence. Mais je la rappelle et bien entendu dans un cadre sanitaire sûr et c'est ce que nous faisons.

ALBA VENTURA
Les parents doivent prendre la température de leurs enfants s'ils ont un doute avant d'aller à l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui c'est d'ailleurs une règle qui vaudrait en temps normal aussi, il est bon de ne pas envoyer son enfant à l'école quand il a la fièvre. C'est encore plus vrai dans la période actuelle au cas où ça correspondrait à un symptôme de Covid et dans ces cas-là il faut demander aux médecins déjà ce qu'il en pense.

ALBA VENTURA
Est-ce qu'il faut faire tester les enseignants, Jean-Michel BLANQUER, le maire de Nice Christian ESTROSI affirme que les personnels administratifs des écoles sont testés, il dit que c'est la ville qui s'en charge. Alors que les instituteurs et les professeurs, non. Ce n'est pas normal dit- il, que lui répondez-vous ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai déjà eu cette discussion avec lui, vous savez ça ne sert à rien d'avoir un test de tout le monde le même jour parce que ça voudrait dire qu'il faudrait refaire le test tous les jours, qui d'ailleurs est très désagréable à passer pour pas mal, dans pas mal de cas. Et donc ça n'est pas une bonne technique, là encore c'est les autorités de santé qui disent cela, je l'ai pas inventé, ce qui est important c'est de repérer un cas et ensuite de remonter la chaîne de contamination en testant ceux qui ont été cas contacts, mais sinon il faudrait faire un test de tout le monde tous les jours. Certains pensaient qu'on disait ça parce qu'on manquait de tests, chacun voit que ça n'est pas vrai aujourd'hui, il y a un million de tests par semaine en France, donc ce n'est pas, le sujet n'est pas de la quantité de tests, mais c'est de les faire à bon escient.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, c'est réac de demander à nos enfants d'être habillés correctement pour aller en cours ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non je ne pense pas.

ALBA VENTURA
C'est rétrograde ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je pense d'abord que ça a toujours existé, c'est vrai dans tous les pays du monde, là aussi il est important d'arriver à l'école dans une tenue correcte.

ALBA VENTURA
C'est quoi une tenue correcte ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le règlement intérieur qui l'établit et c'est un peu toujours le même sujet, c'est-à-dire il est normal que localement ce soit les professeurs et le chef d'établissement qui sont en situation de l'établir. Mais je crois que ça relève d'un certain bon sens, c'est protecteur vous savez, l'école n'est pas un lieu comme les autres, vous n'allez pas à l'école comme vous allez à la plage ou comme vous allez en boîte de nuit. Vous allez à l'école dans une tenue correcte, je crois que aussi chacun peut comprendre ça. C'est protecteur parce que vous savez aujourd'hui nos enfants sont sous la pression de bien des choses notamment des marques de la mode, du regard de l'autre sur les chaussures ou les vêtements que l'on a, moi je souhaite qu'il y ait une certaine sobriété en la matière parce que là aussi c'est un enjeu, je dirais, d'égalité sociale et puis de protection des filles et des garçons parce que la question de la tenue correcte n'est pas un sujet spécifiquement pour les filles, je tiens à le dire. Par exemple on ne vient pas à l'école, on ne vient pas au collège en short, sauf pour faire de l'éducation physique et sportive.

ALBA VENTURA
Ou avec une casquette, ou la capuche.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça vaut pour un garçon comme pour une fille, donc je crois que tout le monde comprend ce bon sens-là, ceci étant je suis sensible à ce que me disent des lycéens ou des lycéennes sur le fait qu'ils ne veulent pas être stigmatisés pour leur façon d'être habillé. C'est d'ailleurs pour ça qu'à partir du lycée et même dès le collège c'est possible d'avoir les élèves délégués qui participent à la définition du règlement intérieur. Donc ça je l'entends, mais chacun peut comprendre qu'on vient à l'école habillé d'une façon disons, je dirais républicaine, c'est-à-dire qui permette une plus grande égalité entre tous et pas se différencier par les vêtements.

ALBA VENTURA
Mais qu'est-ce que vous répondez à ceux qui voient ça sous le prisme de la sexualisation, du harcèlement, de Meetoo et compagnie et pas forcément de la décence et du respect ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui justement, je suis à la limite d'accord avec eux, mais je demande à chacun de mener le bon raisonnement là-dessus, c'est-à-dire que aujourd'hui on doit faire attention à l'hyper sexualisation qui est une pression sur nos enfants et adolescents, quand vous voyez certaines vidéos où malheureusement l'extension de la pornographie au travers d'Internet accessible malheureusement de plus en plus tôt par les enfants, tout ceci, ou que ce soit les sujets de vêtements aussi, de pressions parfois des marques pour imposer telle ou telle mode, tout ceci nous devons protéger au maximum nos enfants et nos adolescents face à ça et d'une certaine façon une forme de sobriété dans le vêtement fait partie de cette protection. Et c'est protecteur encore une fois je le rappelle des filles comme des garçons. Mais je suis très sensible à la défense justement des jeunes filles justement en milieu scolaire et donc très ouvert à des discussions sur ce qu'on peut faire pour améliorer cette protection. Mais pour moi ça passe justement par le fait que le vêtement doit pas être un facteur ni de discrimination, ni de stigmatisation.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Servie d'information du Gouvernement, le 22 septembre 2020