Interview de Mme Barbara Pompili, ministre de la transition écologique, à RMC le 30 septembre 2020, sur une série de mesures en faveur du bien-être de la faune sauvage captive.

Texte intégral

APOLLINE DE MALHERBE
Bonjour Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Bonjour.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci d'être avec nous ce matin sur RMC, vous êtes la ministre de la Transition écologique, vous êtes numéro 2 du gouvernement. Vos mots hier : "Fauves, éléphants, orques, dauphins ou encore visons, il est temps d'ouvrir une nouvelle ère dans notre rapport à ces animaux". Vous voulez donc supprimer notamment les animaux sauvages dans les cirques itinérants. D'autres, dans votre famille, enfin dans votre ancienne famille politique, veulent supprimer les sapins morts de Noël, le Tour de France. On s'arrêtera où ?

BARBARA POMPILI
Alors, d'abord, je crois vraiment qu'il ne faut pas que l'on mette ces choses-là sur le même plan. Moi, ce que je voulais depuis longtemps, c'était que l'on opère ce tournant, ce virage, qui montre que notre société, maintenant, regarde les animaux sauvages différemment et veut les protéger et les respecter dans leur intégrité. Et les mesures, là, que l'on met en place, sont des mesures qui sont un petit peu symboliques de ça, mais qui sont aussi le reflet de ce que l'on ne pouvait plus accepter. Donc, pardon, mais rien à voir avec les anecdotes politiciennes.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais sauf que quand on commence, si l'argument c'est "le reflet de ce que l'on ne peut plus accepter", quand on regarde par exemple encore cette nuit, l'Association L142 qui a publié…

BARBARA POMPILI
114.

APOLLINE DE MALHERBE
L114, qui a publié des images assez insoutenables de lapins de batteries coincé dans des cages, ça aussi, du point de vue de ce que l'on peut accepter ou ne pas accepter, c'est inacceptable.

BARBARA POMPILI
Ah mais de toute façon, il faut que les règles, quand on a des animaux en captivité, soient des règles qui soient non seulement appliquées, mais des règles strictes. Quand on voit des conditions d'élevage qui ne sont pas acceptables, eh bien il faut sévir et il faut évidemment que l'on voit s'il y a un trou dans la raquette sur les règles pour l'élevage. Là, moi je parle des animaux sauvages, donc je suis vraiment sur des animaux sauvages, et les animaux sauvages n'ont pas vocation, et là en ce qui concerne les fourrures, n'ont pas vocation à être élevés juste pour leur fourrure.

APOLLINE DE MALHERBE
Ce qui m'intéresse quand même, Barbara POMPILI, dans cette question…

BARBARA POMPILI
A un moment, il faut avancer.

APOLLINE DE MALHERBE
… c'est : est-ce qu'on n'est pas en train de pénaliser les uns à cause des autres ? C'est-à-dire que, souvenez-vous, les zoos, quand on était enfant, nous avons à peu près, nous sommes à peu près de la même génération, les zoos c'était assez sordide, la plupart des animaux étaient pelés, mal nourris, et puis finalement il y a eu une émulation de la part des zoos, et aujourd'hui on a quand même le sentiment, et d'ailleurs vous le soulignez dans vos décisions, que les zoos c'est à qui aura les plus beaux animaux, et les animaux qui objectivement ont l'air les plus heureux. Est-ce qu'au fond vous n'auriez pas dû faire la même chose pour les cirques ? C'est-à-dire, au lieu de les interdire pour tous, permettre que ceux qui s'en occupent vraiment bien dans les cirques itinérants, eh bien puissent continuer à le faire ?

BARBARA POMPILI
Parce que dans les zoos, il y a une capacité d'adapter les espaces pour répondre aux besoins physiologiques des animaux. Et donc aujourd'hui les zoos ont fait un énorme travail là-dessus, et d'ailleurs on va continuer le travail avec eux…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais est-ce que les cirques n'auraient pas été capables de le faire ce travail-là ?

BARBARA POMPILI
… parce que ce n'est pas encore le cas partout. Non seulement ce n'est pas encore le cas partout, mais ensuite il y a des espèces qui ont besoin d'espaces spécifiques, je pense par exemple aux ours polaires, qui doivent avoir des meilleures conditions qu'aujourd'hui, et donc tout ce travail c'est un travail qui est fait avec les zoos, mais les zoos, il ne faut pas oublier qu'ils sont là aussi pour conserver des espèces qui sont en voie de disparition, on l'a vu hier, pour faire de la recherche scientifique, pour faire de la sensibilisation à l'environnement. En ce qui concerne les cirques itinérants, aujourd'hui on a pu avoir un certain nombre d'expertise et d'études scientifiques qui montrent que transporter des animaux comme ça en itinérance, des animaux sauvages, ça n'est pas compatible de manière durable avec leurs fonctions biologiques. Donc à un moment il faut savoir arrêter ces pratiques-là, ce qui n'empêche pas d'ailleurs que les circassiens, pour l'immense majorité d'entre eux, s'occupent le mieux possible de leurs animaux, ont vraiment un rapport avec eux, et d'ailleurs…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais vous comprenez que pour eux, c'est décourageant.

BARBARA POMPILI
Et d'ailleurs pourront éventuellement continuent à s'occuper d'eux s'ils souhaitent s'en occuper dans d'autres circonstances.

APOLLINE DE MALHERBE
Oui, dans d'autres circonstances, il faut encore en avoir les moyens, la plupart de ces cirques itinérants sont aussi des cirques très modestes.

BARBARA POMPILI
C'est vrai et c'est pour ça qu'on a mis en place un accompagnement, dès cette année on va mettre en place 8 millions d'euros pour les aider à passer cette transition, parce que vous comme moi, on est de la même génération, moi j'ai des très très bons souvenirs de quand j'allais au cirque quand j'étais petite, et donc l'idée c'est vraiment de continuer à avoir ces cirques qui viennent s'installer dans les communes et où on va voir des jongleurs, où on va voir toutes les…

APOLLINE DE MALHERBE
Mais où on venait aussi voir les animaux.

BARBARA POMPILI
Je crois de moins en moins. Et d'ailleurs il y avait une baisse, une baisse de la fréquentation des cirques, je parle avant la crise bien évidemment, la crise…

APOLLINE DE MALHERBE
Qui évidemment a tout chamboulé. Quand je vous disais "ça s'arrêtera où ?", je vous repose cette question malgré tout sur les élevages, quand on voit des images effectivement qui sont assez insoutenables, d'élevages, alors ce sont des élevages en particulier, mais c'est exactement comme les zoos, chacun a une expérience positive ou une expérience négative, est-ce que vous n'êtes pas en train de mettre le doigt dans l'engrenage de quelque chose dont vous ne savez pas où ça s'arrêtera ? C'est-à-dire qu'au fond, au nom du bien-être animal, est-ce qu'il ne faut pas aller jusqu'à interdire la corrida, interdire les poulets de batterie, interdire les lapins d'élevage intensif ?

BARBARA POMPILI
Ah mais c'est aussi en se disant ça qu'on ne fait jamais rien. Les mesures qu'on a prises hier sont des mesures qui sont reconnues comme les mesures qui étaient nécessaires, et d'ailleurs personne ne s'y trompe, globalement tout le monde approuve ces mesures, parce que ce sont des mesures de simple bon sens. Après, le fait que dans notre pays on ait de l'élevage, c'est quelque chose qui existe depuis la nuit des temps, nous avons des animaux domestiques, nous avons des animaux que nous mangeons aussi, des vaches, etc., l'important…

APOLLINE DE MALHERBE
Oui mais ça, certains voudraient carrément qu'on arrête, y compris ça.

BARBARA POMPILI
Je sais, mais je ne partage pas cela, nous sommes, parce que c'est nier aussi ce qu'est la nature, pour le coup dans la nature des animaux mangent des animaux, c'est la vie, c'est comme ça, et l'humain est omnivore et donc mange des animaux. Donc moi je ne pars pas là-dedans, par contre il y a un besoin d'avoir les conditions d'élevage les meilleures possibles. Moi je m'étais battue contre la ferme des 1 000 vaches par exemple, parce que l'on voit qu'on part dans un certain nombre d'aberrations, donc tout simplement essayer de respecter le minimum des besoins physiologiques des animaux.

APOLLINE DE MALHERBE
Cet élevage de lapins dans le Morbihan, est-ce que vous prendrez des mesures ?

BARBARA POMPILI
Alors, sur cet élevage de lapins, le ministère de l'Agriculture, puisque ce sont les élevages, est certainement, j'en suis sûre, je n'ai pas eu le temps d'en discuter avec Julien, sont en train de regarder…

APOLLINE DE MALHERBE
Julien DENORMANDIE, le ministre de l'Agriculture.

BARBARA POMPILI
… et évidemment si, comme ça a l'air d'être le cas, si les conditions réglementaires ne sont pas respectées, il y aura des sanctions, évidemment.

APOLLINE DE MALHERBE
Je voulais aussi vous interroger sur la question de la 5G, sur les animaux on en reparlera tout à l'heure puisque vous êtes tous invités à venir témoigner, interpellé et questionner directement la ministre, ce sera votre rendez-vous à 08h10. Sur la 5G également, est-ce qu'on n'est pas en train de se précipiter un peu ? Est-ce que vous n'êtes pas en train de vous précipiter un peu au gouvernement ? Vous pouviez peut-être attendre un peu, vous assurer que ce ne serait pas nocif pour l'environnement, pour la santé. Quel besoin de se presser à ce point ?

BARBARA POMPILI
Alors tout simplement parce qu'il y avait des processus qui étaient engagés, et que le report de quelques mois, en fait entraîne, le fait que toutes les procédures tombent, qu'il faut tout recommencer de zéro, donc on ne perd pas six mois, on perd deux ans, voilà un peu les raisons un peu techniques.

APOLLINE DE MALHERBE
Si vous aviez pu faire pause ?

BARBARA POMPILI
Si on avait pu, juste bouger de 6 mois, je pense que ça aurait été fait, ça aurait permis de calmer un petit peu le jeu. Mais moi, ce qui m'importait…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça aurait été mieux.

BARBARA POMPILI
Mais moi, ce qui m'importait, à partir du moment où on ne pouvait pas le faire, ce qui m'importait c'est qu'on apporte des garanties qui avaient été demandées d'ailleurs par les citoyens à la Convention citoyenne pour le climat, qui avaient dit : "Nous on a besoin de savoir s'il y a des conséquences sanitaires…

APOLLINE DE MALHERBE
Ils avaient demandé, pour se faire, un moratoire.

BARBARA POMPILI
Tout à fait.

APOLLINE DE MALHERBE
Qui avait été accepté, en tout cas qui n'avait pas été refusé par le président de la République.

BARBARA POMPILI
A partir du moment où ce que demandaient les citoyens n'était pas respecté. Les citoyens, ils demandaient d'avoir des analyses scientifiques sur l'aspect sanitaire…

APOLLINE DE MALHERBE
Elles ne sont pas complètes aujourd'hui.

BARBARA POMPILI
Aujourd'hui, on a une étude qui est sortie, qui rassemble des milliers d'études qui ont été faites sur le sujet de ces ondes, donc là on parle de la bande de 3,6 MHz. Pourquoi ? Parce que c'est ça ce sont les ondes qui sont utilisées pour la 4G et qui sont utilisées depuis très très longtemps. Donc…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous n'avez plus aucun doute, Barbara POMPILI ?

BARBARA POMPILI
Alors, sur l'aspect sanitaire, sur l'aspect sanitaire on sait que sur cette bande passante-là si on respecte les normes, a priori toute la littérature scientifique dit que ça va. En revanche…

APOLLINE DE MALHERBE
Tout le problème c'est le "a priori" Barbara POMPILI.

BARBARA POMPILI
Ah mais on ne sait jamais à 100 %, simplement là on a on a un recul sur de nombreuses années et voilà. Moi je suis toujours prudente parce qu'on n'est pas à l'abri, par contre…

APOLLINE DE MALHERBE
Voilà l'aspect pour le sanitaire, sur l'environnement.

BARBARA POMPILI
Voilà, sur l'environnement on a un problème qui dépasse la question de la 5G, qui est que l'on explose notre consommation de données numériques, avec ou sans 5G j'ai tendance à dire, et c'est quelque chose sur lequel on ne s'est pas penché…

APOLLINE DE MALHERBE
Ça ne va pas arranger les choses à ce niveau.

BARBARA POMPILI
Non, ça ne va pas arranger les choses, sachant qu'on nous explique qu'il va aussi avoir un peu plus d'efficacité, donc on dépensera moins d'énergie en consommant plus de données, le problème qui se pose c'est : est-ce qu'on doit continuer à consommer, consommer, consommer, consommer, alors que dans tous les autres domaines on essaie de ne pas gaspiller ? Je crois qu'on doit avoir la même position vis-à-vis du numérique, arrêter de gaspiller. Et donc là on est en train de mettre en place avec l'ARCEP, avec l'ADEME, tout un projet de socle…

APOLLINE DE MALHERBE
L'ARCEP, l'ADEME ?

BARBARA POMPILI
Alors, l'ADEME c'est l'Agence sur la maîtrise de l'énergie, l'ARCEP c'est ceux qui est justement régulent le numérique…

APOLLINE DE MALHERBE
Vous tentez de borner cette décision, mais Barbara POMPILI, ça va très vite…

BARBARA POMPILI
Non, mais de travailler vraiment à ça.

APOLLINE DE MALHERBE
… ça y est, le train est pris, est-ce que vous n'avez plus aucun doute, vous n'avez pas des moments de doute ?

BARBARA POMPILI
Quelqu'un qui n'a aucun doute, pour moi est quelqu'un de très dangereux.

APOLLINE DE MALHERBE
Donc vous avez des doutes sur la 5G.

BARBARA POMPILI
On a toujours des doutes.

APOLLINE DE MALHERBE
Sauf que là on la met en place.

BARBARA POMPILI
Un responsable politique doit faire des choix entre plusieurs options qui ne sont jamais parfaites et sur lesquelles on a toujours des doutes. On n'a jamais de certitudes, et c'est ça justement la responsabilité politique, c'est de savoir faire des choix en essayant de limiter au maximum les incertitudes. Sur la santé, on a beaucoup limité, il y a encore une incertitude qui persiste sur ce qu'on appelle la bande des 26 mégahertz, mais qui pour l'instant n'est pas dans les enchères qui sont faites en ce moment, qui risquent de l'être dans les années qui viennent, et donc on continue les études, là une étude ANSES justement pour voir sur cette partie-là sur laquelle on a encore des incertitudes. Voyez, le but : limiter les incertitudes, limiter le gaspillage.

APOLLINE DE MALHERBE
Par contre, quand vous dites "on aurait pu attendre 6 mois", en effet ça aurait permis peut-être de lever ces doutes.

BARBARA POMPILI
Attention, si on avait attendu 6 mois, on aurait fait tomber les procédures et donc il aurait fallu recommencer de zéro, et donc le report n'aurait pas été de 6 mois mais de plus de 2 ans, ce qui n'est pas tout à fait pareil quand on a des technologies qui s'installent.

APOLLINE DE MALHERBE
Merci. Merci Barbara POMPILI. Vous restez bien sûr avec nous sur RMC, puisqu'à 08h10 vous serez face à face à vous tous qui nous appelez au 32 16. Vos témoignages, vos réactions, vos questions face à la ministre Barbara POMPILI, ministre de la Transition écologique et numéro 2 du gouvernement. Merci à vous de rester donc dans ce studio de RMC.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 7 octobre 2020