Interview de M. Gabriel Attal, secrétaire d'État, porte-parole du gouvernement, à France 2 le 9 octobre 2020, sur la libération des otages au Mali et la progression du Covid., l'aide aux entreprises et l'IVG.

Texte intégral

JEFF WITTENBERG
Bonjour Gabriel ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Bonjour Jeff WITTENBERG.

JEFF WITTENBERG
Merci d'être avec nous ce matin. Sophie PETRONIN, la dernière otage française au monde, on en a longuement parlé dans le journal, est libre, "un immense soulagement" a dit hier soir Emmanuel MACRON, qui va l'accueillir tout à l'heure à Villacoublay. Ça fait plusieurs jours que vous vous attendiez à ce dénouement heureux ?

GABRIEL ATTAL
Il y avait des discussions, des informations qui pouvaient nous rendre optimistes depuis plusieurs jours, mais, vous savez, dans ces affaires d'otages, c'est au moment où l'otage est en liberté qu'on peut véritablement se réjouir et célébrer, et là nous pouvons célébrer que la dernière otage française dans le monde ait été libérée, c'est une très belle nouvelle dans un moment où ces belles nouvelles sont précieuses, en plus, et moi je pense très fort à elle et évidemment à sa famille.

JEFF WITTENBERG
Et à son fils, qu'on a beaucoup vu pendant ces heures. Le gouvernement malien a procédé à la libération de plus de 200 combattants djihadistes, dans ce qui apparaît clairement comme une contrepartie à la libération des otages, il y a non seulement Madame PETRONIN, mais il y a aussi un opposant malien, Soumaïla CISSE, est-ce que vous avez obtenu des garanties du pouvoir malien sur le profil des personnes qui ont été libérées en échange, en quelque sorte, de cette libération d'otages, est-ce qu'ils n'ont pas du "sang sur les mains" ?

GABRIEL ATTAL
Alors, vous savez raison de dire que ce sont les autorités maliennes qui ont intégralement géré cette situation et cette libération, il y a effectivement la libération de Madame PETRONIN, la libération de Monsieur CISSE, et de deux otages Italiens qui étaient aussi aux mains des preneurs d'otages, donc ce sont eux qui ont négocié ces conditions, moi je n'ai pas d'informations sur les contreparties qui auraient été apportées à cette libération.

JEFF WITTENBERG
Mais est-ce que le gouvernement a, en quelque sorte, fait pression sur le gouvernement malien pour obtenir ces libérations, qui ont elles-mêmes abouti à la libération des otages ?

GABRIEL ATTAL
Il n'y a eu absolument aucune pression, encore une fois c'est un dossier qui a été intégralement géré par les autorités maliennes…

JEFF WITTENBERG
Sans intervention française ?

GABRIEL ATTAL
La France est évidemment, toujours, aux côtés des pays qui lui demandent son soutien, mais c'est un dossier, ce sont des négociations, qui ont été menées intégralement par les autorités maliennes, et donc c'est à elles qu'il faut poser des questions.

JEFF WITTENBERG
Ça n'a pas empêché le président MACRON de les remercier.

GABRIEL ATTAL
Evidemment, et c'est pour ça que le président MACRON les a remerciées d'ailleurs, parce que ce sont elles qui ont géré cette libération, et donc ce sont elles qui sont les mieux placées pour répondre aux questions qui entourent cette libération.

JEFF WITTENBERG
On en vient au sujet du Covid. Olivier VERAN a annoncé de nouvelles restrictions hier, de nombreuses villes, plusieurs villes en tout cas, sont à leur tour placées en état d'alerte maximal. Pourquoi, malgré toutes ces mesures, malgré le port du masque, désormais généralisé, l'épidémie continue de progresser ?

GABRIEL ATTAL
L'épidémie continue de progresser, elle progresse vite, très vite dans certains territoires, et c'est pour ça que pour certaines métropoles nous avons, nous avons placé en état d'alerte maximale hier. Et pour autant, moi je veux le dire, il y a un horizon dans le brouillard, d'abord parce que l'épidémie circule moins vite qu'elle ne circulait au printemps dernier, et ça il faut le dire, au printemps un malade contaminait en moyenne trois personnes, aujourd'hui un malade contamine, en moyenne, un peu plus d'une personne. Pourquoi ? Parce que les Français font des efforts, parce qu'ils se mobilisent, parce qu'ils portent le masque, parce qu'ils appliquent les gestes barrières, et ça il faut le saluer, il faut saluer la résilience des Français. Il y a un horizon dans le brouillard parce que certains territoires, on le voit, voient une décrue de l'épidémie, il y a deux départements hier, qui étaient auparavant en alerte, qui sont repassés en vert, la Nièvre et le Morbihan, il faut insister sur ce point-là.

JEFF WITTENBERG
Ce sont des départements plus ruraux, dans les grandes métropoles, vous le savez, Gabriel ATTAL, les hôpitaux, les services de réanimation, tirent la sonnette d'alarme et s'attendent dans certains cas, par exemple la région parisienne, à avoir des taux de remplissage équivalents à ceux qu'on a connus au printemps, donc l'horizon ils le voient moins que vous.

GABRIEL ATTAL
Oui, il y a certaines métropoles où on commence à voir une inflexion et des signaux positifs, je pense notamment à la ville de Nice, je pense à la ville de Rennes, c'est très tôt aujourd'hui…

JEFF WITTENBERG
Comment on l'explique, il y a des comportements différents selon les villes ?

GABRIEL ATTAL
C'est très tôt pour en tirer des conséquences, mais en tout cas on commence à voir du positif. Mais, vous le disiez à l'instant, il y a une inquiétude, une préoccupation très forte, notamment sur les réanimations, c'est un des critères, le critère principal qui nous guide, et c'est pour ça qu'il faut une mobilisation, et c'est pour ça qu'on prend ces mesures, parce que, vous le savez, les réanimations d'aujourd'hui ce sont les contaminations d'il y a deux, trois, voire quatre semaines, et donc il y a un temps de retard sur la situation qu'on voit dans les hôpitaux, c'est pour ça qu'il faut, aujourd'hui, poursuivre la mobilisation.

JEFF WITTENBERG
Est-ce qu'on peut exclure totalement le fait d'aller plus loin chez nos voisins, par exemple la ville de Madrid a procédé à un reconfinement partiel, est-ce qu'en France cette idée d'un confinement localisé, ciblé, est totalement exclue à ce stade ?

GABRIEL ATTAL
Alors, moi j'ai pris pour enseignement de cette crise depuis le début qu'on ne pouvait jamais rien exclure par principe, et ceux qui ont essayé, ont souvent été démentis. On apprend encore des choses sur ce virus, on découvre encore des choses sur ce virus. Ce que je peux vous dire, en revanche avec certitude, c'est que tout ce que nous faisons vise à empêcher un nouveau reconfinement, toute notre mobilisation elle vise à faire en sorte que le reconfinement ne soit pas sur la table, le reconfinement n'est pas une option sur la table, je le redis, tout ce qu'on fait vise à l'empêcher, parce que ça a un impact très fort évidemment sur notre économie, mais aussi sur la santé des Français. On a vu qu'en matière d'isolement, en matière de pathologies qui nécessitaient une opération…

JEFF WITTENBERG
Sans aller jusqu'au reconfinement, est-ce qu'on peut imaginer une limitation des déplacements, notamment à l'occasion des vacances scolaires qui approchent, est-ce que la simple fermeture des bars, ce n'est pas la simple fermeture des bars, il y a aussi d'autres mesures et elles sont mal vécues par ceux qui vivent de cela, est suffisante, est-ce qu'on ne doit pas aller plus loin, avec d'autres mesures ?

GABRIEL ATTAL
Alors, on adapte en permanence en fonction de l'évolution de l'épidémie et ce qu'on sait de l'épidémie, pour ce qui est de la limitation des déplacements aux vacances de la Toussaint, le ministre de la Santé, hier, a dit que nous n'avions pas aujourd'hui d'information, d'expertise, nous disant que ce serait efficace aujourd'hui pour lutter contre la propagation du virus, par exemple il y a aujourd'hui dans l'ensemble des métropoles un virus qui circule, et donc limiter la circulation entre des métropoles où le virus circule n'aurait pas grand intérêt, d'après Olivier VERAN, en termes épidémique. Mais, évidemment, on regarde, on s'adapte en permanence. Moi je pense que les mesures que j'évoquais tout à l'heure, les gestes barrières, le masque, qui sont appliquées depuis maintenant plusieurs mois par les Français, conjuguées aux mesures nouvelles que nous prenons de freinage quand la situation est critique, elles peuvent nous permettre de prendre le virus de vitesse, on peut encore prendre le virus de vitesse, moi c'est aussi ce signal un peu optimiste, positif, que je veux apporter dans ce moment de préoccupation.

JEFF WITTENBERG
Gabriel ATTAL, l'une des conséquences du virus c'est aussi évidemment la crise économique, Bruno LE MAIRE a annoncé de nouvelles mesures, des aides pour certaines entreprises, 75 000 au total, est-ce que ça veut dire qu'on s'attend tout de même à une crise qui va être, qui va s'installer dans la durée, et aussi qui va payer, est-ce que de nouveau vous allez creuser, vous êtes prêt à creuser le déficit de l'État pour pour apporter cette aide aux entreprises ?

GABRIEL ATTAL
Alors, d'abord est-ce qu'on s'attend à ce que la crise sanitaire dure ? On va devoir vivre avec le virus…

JEFF WITTENBERG
Crise économique en l'occurrence.

GABRIEL ATTAL
On va devoir vivre avec le virus pendant au moins plusieurs mois, on ne peut pas aujourd'hui dire jusqu'à quand, ce qu'on sait c'est qu'il y a une mobilisation très forte de la France et de tous les pays dans le monde pour rechercher un vaccin, un traitement, pour venir à bout de ce virus. Deuxième question que vous posez, oui, on a élargi les conditions pour être soutenu financièrement. Je vous donne un exemple. Vous aviez aujourd'hui des professions qui étaient exclues du fonds de solidarité qui permet de verser jusqu'à 10 000 euros pour soutenir des activités, par exemple il y a aujourd'hui beaucoup moins de fêtes, beaucoup moins de mariages, et donc les fleuristes, et donc les graphistes qui font les cartons d'invitations…

JEFF WITTENBERG
Vont bénéficier de ce fonds.

GABRIEL ATTAL
Les traiteurs, qui ne bénéficiaient pas d'un accompagnement financier, vont maintenant en bénéficier, parce qu'ils sont dans de grandes difficultés. Et troisièmement, sur la question du déficit, moi je veux rappeler, le président l'a dit, le "quoi qu'il en coûte", on peut être dans le "quoi qu'il en coûte" tout en étant responsables…

JEFF WITTENBERG
On est encore dans le "quoi qu'il en coûte."

GABRIEL ATTAL
Tout en étant responsables, parce que c'est aussi ce que nous devons aux Français, et c'est ce qui continue à nous guider.

JEFF WITTENBERG
Gabriel ATTAL, une toute dernière question. On n'a pas bien compris ce que souhaite le gouvernement au sujet de l'IVG, le Parlement, les députés ont voté hier un allongement de la durée du délai possible pour cette IVG, passant de 12 à 14 semaines, Olivier VERAN, on reparle de lui, lui dit "c'est un sujet sensible, le mieux est l'ennemi du bien." Que veut le gouvernement sur cette question précisément ? On n'a pas compris.

GABRIEL ATTAL
Alors, d'abord, sur la question de l'IVG, le gouvernement il veut garantir l'accès des femmes à l'IVG, y compris pendant le confinement…

JEFF WITTENBERG
Tout à fait, mais le passage de 12 à 14 semaines ? Il nous reste peu de temps Monsieur ATTAL.

GABRIEL ATTAL
Oui, pendant le confinement on a pris des mesures pour garantir l'accès des femmes. Sur la question du passage de 12 à 14 semaines, c'est aujourd'hui un sujet qui fait débat. Vous avez le Collège national des gynécologues-obstétriciens qui est résolument contre, vous avez des femmes, des associations, qui sont favorables…

JEFF WITTENBERG
Et vous avez une majorité des députés de La République en marche qui sont pour.

GABRIEL ATTAL
Une majorité de députés, oui, qui a voté. Et nous, qu'est-ce qu'on dit ? On dit il faut que le Conseil consultatif national d'éthique rende un avis sur le sujet, et donc dans l'attente de cet avis, qui arrivera dans quelques mois, le gouvernement a dit on s'en remet à la décision des parlementaires. On est aussi, voilà, dans une République, dans une démocratie, où il y a une démocratie parlementaire, on s'en est remis à la décision des parlementaires qui ont voté, et dès lors que nous aurons cet avis du Conseil consultatif national d'éthique, le gouvernement prendra une position, favorable ou défavorable, dans la suite de l'examen du texte, puisque le texte n'est pas encore adopté définitivement.

JEFF WITTENBERG
C'est très clair, merci beaucoup Gabriel ATTAL pour cette précision.

GABRIEL ATTAL
Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 14 octobre 2020