Interview de Mme Emmanuelle Wargon, ministre déléguée chargée du logement, à France Info le 29 septembre 2020, sur la rénovation thermique des logements privés, la réforme des APL et les procédures d'expulsion de squatters.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Depuis des années, on ne compte plus les plans destinés à mettre fin aux passoires thermiques en France, à aider les Français à rénover leur logement pour qu'ils consomment moins d'énergie, le vôtre, présenté hier à l'occasion du budget, prévoit d'y consacrer 2 milliards d'euros pour les particuliers. Pourquoi il marcherait mieux que les précédents qui n'ont jamais atteint leurs objectifs ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien, en fait, le plan actuel, l'action actuelle, elle marche déjà, c'est l'occasion de le dire, parce que Ma Prime Rénov, qu'on a lancée au 1er janvier 2020, on vient de dépasser les 100 000 dossiers déposés et en cours d'instruction…

MARC FAUVELLE
L'objectif était du double.

EMMANUELLE WARGON
Non, l'objectif était entre 150 et 200 000, on atteindra les 150, je pense sans difficulté, et puis, il y a quand même eu la crise Covid, le confinement etc. En 2019, on a fait 800 000 isolations en France, des combles, des planchers, etc, et 250 000 changements de chaudières. Donc on a déjà démarré un mouvement assez fort de rénovation en France. Là, Ma Prime Renov, on l'ouvre à tous les Français, donc non seulement, les ménages les plus modestes, mais aussi les ménages avec plus de revenus, on l'ouvre aux propriétaires bailleurs, c'est très important, parce que quand vous êtes propriétaire et que vous avez des locataires, pour l'instant, vous n'avez pas d'aide pour rénover, et on simplifie pour les copropriétés, donc on espère faire beaucoup plus de rénovations, et c'est 2,3 milliards d'euros juste sur l'année 2021 qu'on va consacrer à la rénovation, donc beaucoup plus que d'habitude.

SALHIA BRAKHLIA
Alors justement, comment ça marche, si je suis propriétaire de ma résidence, comment je peux avoir accès à vos aides ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, c'est très simple, d'abord, vous commencez par vous demander qu'est-ce que vous voulez faire comme travaux, soit, vous le faites en allant voir un point conseil, info énergie, il y en a maintenant partout en France, et là, vous avez un conseil neutre et gratuit, soit, vous le faites en regardant sur Internet sur le site "maprimerenov.fr", ou "faire.fr"

SALHIA BRAKHLIA
Donc je peux changer des fenêtres…

EMMANUELLE WARGON
Soit, vous demandez à votre artisan. Quand vous savez ce que vous voulez faire, l'artisan vous fait un devis, vous postez ce devis sur Internet, vous ouvrez un compte sur "maprimerenov.gouv.fr" vous postez le devis, vous avez accès à un simulateur, et le système vous dit : pour faire tels travaux, compte tenu de votre situation, vous avez droit à tant, et ça sera quelques milliers d'euros pour une chaudière, et ça peut aller jusqu'à 20 000 euros pour des travaux plus lourds, et en fonction de vos revenus, ça sera entre 40 et 90% de la facture qui sera prise en charge. Quand vous avez le chiffre

MARC FAUVELLE
Il faut tout de même avancer l'argent ?

EMMANUELLE WARGON
Je finis juste sur comment ça marche. Quand vous avez le chiffre, vous démarrez vos travaux, vous signez votre devis, vous versez un acompte à l'artisan, vous pouvez demander une avance, si vous en avez besoin, les travaux ont lieu, et à la fin des travaux, vous postez la facture, enfin, vous mettez en ligne la facture travaux faits, et vous êtes payé en 15 jours à 3 semaines.

SALHIA BRAKHLIA
Vous disiez, il faut demander une avance, à qui on la demande cette avance ?

EMMANUELLE WARGON
Pareil, sur "maprimerenov.gouv.fr", ce n'est pas une obligation, mais si vous avez besoin d'une avance, on vous verse une avance.

MARC FAUVELLE
Ces aides, jusqu'à présent, elles étaient réservées aux foyers les plus modestes, vous les ouvrez donc à l'ensemble des Français, ça veut dire que si monsieur PINAULT par exemple ou un autre milliardaire de France…

SALHIA BRAKHLIA
Bernard ARNAULT…

MARC FAUVELLE
Veut changer des fenêtres, ou Bernard ARNAULT, veut changer ses fenêtres ou sa chaudière, il touchera de l'argent ?

EMMANUELLE WARGON
En fait, quand on a pris le sujet, quand moi, j'ai pris le sujet, il y a 2 ans, c'était un crédit d'impôt, ce crédit d'impôt, il était ouvert à tout le monde, et les ménages les plus aisés, les 20% les plus aisés de France touchaient plus de la moitié des aides, donc en fait, le crédit d'impôt, il était anti-redistributif, il allait essentiellement aux plus aisés, parce que les crédits d'impôts, c'est souvent les plus aisés qui s'en servent. Là, avec le système qu'on met en place, on aide plus les gens qui ont moins, donc les personnes les plus aisées…

MARC FAUVELLE
Mais vous aidez aussi ceux qui ont plus…

EMMANUELLE WARGON
On aide aussi les Français qui sont les plus aisés, on les aide moins proportionnellement, les aides sont plus basses, elles seront maximum entre 30 et 40% de la facture, aussi parce que le CO2, lui, les économies d'énergie, l'impact sur le réchauffement climatique, que le CO2 soit émis par vous, par moi ou par quiconque, finalement, ça fait quand même du réchauffement climatique…

MARC FAUVELLE
Mais vous pensez, pour reprendre l'exemple, que François PINAULT avait besoin qu'on lui donne 30% du prix de ses fenêtres ?

EMMANUELLE WARGON
Je ne sais pas si François PINAULT ira faire un dossier Ma Prime Renov, je n'en suis pas totalement sûre, là, c'est une aide qu'il faut demander en ligne…

MARC FAUVELLE
On n'a rien contre les fenêtres de François PINAULT, au passage…

EMMANUELLE WARGON
Donc voilà, l'idée n'est pas de stigmatiser une personne ou une autre, mais là, l'idée est de faire une réforme universelle et juste, et je crois vraiment qu'on atteint ces deux objectifs.

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce que c'est valable pour les résidences secondaires aussi ?

EMMANUELLE WARGON
Non, c'est ouvert pour les résidences principales, que vous soyez occupant ou bailleur, c'est vrai que pour les résidences secondaires, il y a moins d'urgence à aider à rénover la résidence secondaire, donc, non, ça n'est pas ouvert pour les résidences secondaires.

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous pouvez aujourd'hui obliger les propriétaires à faire ces travaux ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, ça, c'est une autre question, qui est une question importante, qui est de savoir quelles obligations de rénovation on met. Et c'est un débat qu'on aura quand le projet de loi, issu de la Convention citoyenne pour le climat, va arriver au Parlement l'année prochaine.

MARC FAUVELLE
La Convention citoyenne voulait même qu'on interdise la location des passoires thermiques des logements qui consomment le plus d'énergie à chauffer…

EMMANUELLE WARGON
Oui, en fait, la Convention citoyenne dit : il faut faire les deux en même temps, d'une certaine manière, il faut, d'un côté, aider et inciter, et de l'autre, commencer à poser des interdictions, ce que nous avons fait, pour l'instant, et c'est une avancée, parce que ça n'a jamais été fait, c'est prévoir que dans la définition d'un logement décent, il y ait maintenant un critère énergétique, un logement décent, c'est un logement qui, pour l'instant, est défini en surfaces, il faut un point d'eau, des toilettes, à partir du 1er janvier 2023, il y aura un critère de performance énergétique, et si le logement n'est pas décent, le locataire peut demander au propriétaire de faire des travaux pour le rendre décent, les aides au logement peuvent être consignées par la Caisse d'allocations familiales, elles ne sont plus versées au propriétaire. Donc le locataire a la possibilité de faire des recours contre son propriétaire…

SALHIA BRAKHLIA
Est-ce qu'on peut carrément interdire à un propriétaire de louer un bien ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien, pour l'instant, on passe par ce sujet…

SALHIA BRAKHLIA
Pour l'instant, ce n'est pas le cas…

EMMANUELLE WARGON
Logement décent qui permet au locataire de demander des travaux. La question de l'interdiction est une question que nous allons discuter avec les 150 citoyens, et surtout, avec le Parlement, là, dans les mois qui viennent.

MARC FAUVELLE
Est-ce que la ministre du Logement y est favorable ?

EMMANUELLE WARGON
Moi, je suis favorable à ce qu'on trouve le bon point d'équilibre, parce qu'en tant que ministre du Logement, ma responsabilité, c'est aussi qu'il y ait suffisamment de biens sur le marché à louer ou à acheter, pour que tout le monde puisse se loger, et dans l'autre sens, laisser des gens dans des passoires thermiques, ce n'est pas satisfaisant. Donc mon objectif, c'est de trouver le bon point d'équilibre entre ces deux préoccupations, il y a 4,8 millions de passoires thermiques en France, je suis celle qui a demandé à ce qu'on refasse un chiffrage, on n'avait pas de chiffres, on ne savait même pas combien de passoires on avait, là, on a un chiffre, c'est 17% du parc de logements, résidences principales, l'objectif, évidemment, c'est que ça baisse.

SALHIA BRAKHLIA
A partir du 1er janvier 2022, l'achat ou le remplacement d'une chaudière à fioul sera interdit, 3 millions de ménages en utilisent encore, comment on leur dit : stop, il faut en changer ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, d'abord, on ne leur dit pas : il faut en changer, je veux être vraiment précise là-dessus, parce que c'est important, les gens qui ont aujourd'hui une chaudière au fioul, ils peuvent toujours avoir une chaudière au fioul en 2022, 2023, 2027, les gens qui ont investi…

MARC FAUVELLE
Tant qu'elle ne meurt pas…

EMMANUELLE WARGON
Les gens qui ont investi dans une chaudière au fioul ont évidemment toujours le droit de garder leur chaudière au fioul, et les artisans pourront toujours maintenir les chaudières au fioul, on dit juste qu'à compter du 1er janvier 2022, on ne pourra pas installer de nouvelles chaudières, soit au fioul, soit des chaudières qui sont très, très émettrices de gaz à effet de serre. Et là, l'idée, c'est de permettre d'installer d'autres types de chaudières, en gros, il y a trois grandes familles de solutions, le gaz, mais tout le monde n'est pas relié au gaz, donc je sais très bien que dans les campagnes, parfois, il n'y a pas le gaz, les pompes à chaleur, et certaines peuvent être complétées par du fioul ou du bio fioul, et enfin, les chaudières à granulés, vous savez, les chaudières à bois ou à granulés. Et donc l'idée, c'est qu'on trouve une solution pour chacun des ménages qui voudra changer sa chaudière à compter du 1er janvier 2022, le fioul, c'est vraiment ce qui est le plus consommateur, émetteur de gaz à effet de serre, et puis, les pleins de cuves au fioul, ça coûte aussi une fortune, donc c'est franchement à la fois bon pour le porte-monnaie et bon pour la planète, et là, toutes nos aides, Ma Prime Renov, une pompe à chaleur, ça peut être aidé jusqu'à 12 à 14 000 euros, donc c'est vraiment très significatif.

MARC FAUVELLE
Il reste combien à payer à la fin ?

EMMANUELLE WARGON
Ça dépend de vos revenus, si vous avez des revenus élevés, vous payez la totalité, si vous avez des revenus bas, vous pouvez être aidé jusqu'à 90%.

/// Le fil info ///

MARC FAUVELLE
Emmanuelle WARGON, une réforme, plusieurs fois reportée, va rentrer en vigueur dans quelques jours, dans quelques mois, le 1er janvier prochain, c'est la réforme des APL, les aides au logement, qui vont désormais être ajustées aux revenus en temps réel, un peu comme pour le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu. Est-ce qu'il y aura plus de gagnants ou plus de perdants à cette réforme ?

EMMANUELLE WARGON
Il y aura beaucoup plus de gagnants que ce qu'on pensait quand cette réforme a été conçue parce qu'elle a été conçue au moment où on avait une progression des revenus, une progression économique, et là, compte tenu de la crise, on va avoir beaucoup de familles dont les revenus stagnent ou baissent, les gens pour lesquels le chômage partiel n'est pas compensé à hauteur de 100%, ceux qui ont perdu des heures supplémentaires, ceux qui ont perdu des jobs d'appoint, et donc finalement cette réforme elle va permettre d'ajuster à la hausse plus vite les aides au logement.

MARC FAUVELLE
Ça sera automatique, si je gagne plus au mois de janvier prochain qu'en décembre, le mois suivant, c'est-à-dire en février, mes APL baissent automatiquement ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, d'abord on ne change pas le barème des APL, donc le barème, le combien d'APL…

MARC FAUVELLE
A revenus égaux, ça ne change rien.

EMMANUELLE WARGON
Voilà, à revenu égal ça ne change pas le barème, ce qu'on change c'est la date des revenus de référence. Pour des raisons administratives on est, depuis très longtemps, sur les revenus d'il y a 2 ans, et là on va passer sur les 12 derniers mois connus, donc en gros les 12 derniers mois, et ça permet d'ajuster automatiquement à la hausse ou à la baisse, avec un principe simple, mes revenus augmentent, mes APL baissent, mes revenus baissent, mes APL augmentent, c'est plus juste et c'est plus rapide. Ça se fait automatiquement, ça démarre au 1er janvier 2021, et vous savez, au 1er janvier, il y a à peu près la moitié des allocataires des APL, chaque 1er janvier, qui voient leur APL changer, parce que c'est la date à laquelle on revoit les droits, donc ce sera le cas cette fois-ci, en revanche ce qui change c'est que désormais on fera cette révision sur la base des derniers revenus connus, tous les trimestres, donc les APL pourront évoluer tous les trimestres.

SALHIA BRAKHLIA
Et pas de démarches à faire de son côté ?

EMMANUELLE WARGON
Rien à faire, et bien sûr la Caisse d'allocations familiales enverra des courriers précis à chaque allocataire, début novembre, pour expliquer comment ça va se passer.

SALHIA BRAKHLIA
Madame la Ministre, fin août on a pris connaissance de cette histoire à Théoule-sur-Mer, où un couple s'est rendu dans sa résidence secondaire pour les vacances, et ils se sont rendu compte, sur place, que leur maison était squattée, l'affaire s'est résolue assez vite avec l'intervention des gendarmes, mais dans la plupart des cas ça prend du temps. Est-ce que les squatteurs ont trop de droits, selon vous ?

EMMANUELLE WARGON
On s'est rendu compte que, dans ce cas, on était assez démunis pour agir, puisque c'est un cas de squat de résidence secondaire, donc squat ça ne veut pas dire des locataires qui ont des difficultés à payer, ça veut dire des gens qui un jour s'installent chez vous par effraction, ou en ouvrant une porte qui était mal fermée, qui considèrent que finalement chez vous c'est sympa, qu'ils y sont très bien et que ça va devenir chez eux, ça c'est insupportable. Et donc on s'est rendu compte que dans cette situation, si c'est une résidence principale, stricto sensu, on sait agir avec une procédure administrative rapidement, si c'est une résidence secondaire, finalement ce n'était pas très clair de savoir si on peut mettre en place la procédure administrative rapide, ou pas. Donc moi j'avais deux objectifs, le premier c'est de trouver une solution pour les cas particuliers qui étaient remontés à cette occasion, la question des retraités à Théoule, et on a trouvé une solution rapidement, et il y a eu un ou deux autres cas, je pense à un cas à Saint-Honoré-les-Bains dans la Nièvre, mais ne pas seulement régler les dossiers au cas par cas, traiter la question en général…

SALHIA BRAKHLIA
Alors, comment on fait pour protéger plus les propriétaires ?

EMMANUELLE WARGON
Donc, en général, ça veut dire modifier la loi pour clarifier le fait que la procédure administrative, donc rapide, peut s'appliquer en cas de résidence principale, ou secondaire, c'est ce qu'on fait dans une loi qui passe cette semaine à l'Assemblée nationale, ça passe en séance demain, c'est un amendement porté par un député de la majorité, Guillaume KASBARIAN, et ça permet de clarifier que la procédure administrative, donc rapide, s'applique aux résidences secondaires, et ça laisse 48 heures au préfet pour mettre en demeure le squatter, et ensuite 24 heures au squatter pour partir, et sinon on peut avoir recours à la force publique, donc ça ira plus vite dans ces cas de résidences secondaires. Encore une fois, ce n'est pas supportable de laisser des squatters utiliser un trou dans la loi. Après, quand on a des familles avec des enfants en difficulté, l'idée c'est de les héberger, et d'ailleurs c'est ce qu'on a fait pour Théoule, c'était une famille avec une femme enceinte et deux enfants…

MARC FAUVELLE
Un cas un peu à part, parce que l'homme avait été poursuivi pour violences conjugales et c'est pour ça qu'il a quitté le domicile.

EMMANUELLE WARGON
C'est un cas très particulier, mais n'empêche que les deux enfants en bas âge n'y sont pour rien…

MARC FAUVELLE
Et ils ont été placés eux-mêmes en foyer.

EMMANUELLE WARGON
Et donc voilà, on a pris en charge ces enfants, c'est normal.

MARC FAUVELLE
Jusqu'à quad la trêve, hivernale j'allais dire, des expulsions, a-t-elle été prolongée, je parle des expulsions locatives ?

EMMANUELLE WARGON
Alors cette année, pour les expulsions locatives on a dit deux choses. On va essayer de faire le moins d'expulsions possibles en cette période de Covid, et donc nous avons demandé, j'ai demandé aux préfets, de ne pas recourir à la force publique pour les expulsions locatives si on n'a pas au moins une solution d'hébergement pour les personnes qu'on expulse.

SALHIA BRAKHLIA
Jusqu'à quand ?

EMMANUELLE WARGON
Ça va aller jusqu'à la prochaine trêve hivernale qui commence le 1er novembre prochain. Dans ces cas-là, je voudrais dire qu'on indemnise les propriétaires, parce que moi je comprends aussi les difficultés des propriétaires qui ont un locataire qui ne paye plus, pour des raisons diverses et variées, et qui ont besoin du revenu, donc il faut qu'on indemnise le propriétaire quand on refuse le recours à la force publique. Après, la trêve hivernale classique va revenir, au 1er novembre, et j'ai lancé, avec un député, Nicolas DESMOULINS, une mission sur la prévention des expulsions locatives, parce que quand on arrive au stade où le locataire n'a pas payé, le locataire est en difficulté, le propriétaire est en difficulté, ça finit par une décision de justice et une expulsion, en réalité c'est déjà un échec pour tout le monde, donc ma préoccupation c'est qu'on fasse plus de prévention, qu'on aide les locataires qui sont potentiellement défaillants à passer les difficultés, et que, du coup, on ait moins d'expulsions locatives à la fin de la prochaine trêve.

SALHIA BRAKHLIA
Concernant les dates, donc la trêve hivernale commence le 1er novembre, et s'arrêtera ?

EMMANUELLE WARGON
La trêve hivernale elle commence toujours le 1er novembre et elle se termine toujours le 31 mars…

SALHIA BRAKHLIA
Elle n'est pas rallongée à cause de la crise sanitaire ?

EMMANUELLE WARGON
Ecoutez, personne ne sait où on en sera le 31 mars 2021, en attendant la consigne actuelle c'est le moins d'expulsions locatives possibles, pas d'expulsion sans solution, au moins d'hébergement pour les personnes qu'on expulse, et d'ailleurs les expulsions ont été beaucoup plus basses, depuis le 2 juillet, que dans la période classique, mais encore une fois c'est en amont qu'il faut réagir, et donc moi je prépare le 31 mars en travaillant sur la prévention, parce que je pense que c'est vraiment ça qui fera la différence.

MARC FAUVELLE
Un mot, Emmanuelle WARGON, sur la taxe d'habitation. Les Français, 80% d'entre eux en tout cas, les plus modestes, vont découvrir dans les jours qui viennent qu'ils ne la payent plus, ça y est, sur cet aspect au moins de la réforme la promesse est tenue, mais pour les autres, c'est-à-dire les 20% des Français les plus aisés, la baisse, la suppression, est étalée sur les trois prochaines années, c'est-à-dire 2021, 2022, 2023. Comme on paye cette taxe d'habitation en fin d'année, il n'aura sans doute échappé à personne que 2022 et 2023 c'est après la prochaine élection présidentielle, et que donc la promesse est en quelque sorte refilée au prochain locataire de l'Elysée.

EMMANUELLE WARGON
Non, je ne suis pas d'accord avec ça, je reprendrai votre phrase sur la promesse est tenue, on a promis des baisses d'impôts, on fait 45 milliards de baisses d'impôts à entreprises et ménages depuis le début du quinquennat, c'est sans précédent, on n'a jamais autant baissé les impôts, nous avons promis la suppression de la taxe d'habitation, elle se fait par étapes, pour le 80% des Français…

MARC FAUVELLE
C'est fait.

EMMANUELLE WARGON
Pour 80% c'est déjà fait, applicable cette année, applicable cette année, il reste 20% des Français pour lesquels la baisse, effectivement, se fait en trois temps, dès l'année prochaine un tiers de suppression…

MARC FAUVELLE
Un temps fin 2021, donc à la fin de l'année prochaine, et les deux temps suivants, c'est-à-dire après la prochaine élection présidentielle.

EMMANUELLE WARGON
Oui, ça s'étale. De toute façon c'est un engagement, c'est une trajectoire fiscale, par définition le gouvernement…

MARC FAUVELLE
Personne n'empêchera le prochain président, si ce n'est pas Emmanuel MACRON, de revenir dessus.

EMMANUELLE WARGON
Par définition le gouvernement, qui sera souverain, après l'élection présidentielle, aura la responsabilité de maintenir ou de changer, après, constitutionnellement, le Conseil constitutionnel nous a dit "un impôt qui n'est plus payé que par 20% des Français ce n'est plus l'égalité devant l'impôt."

MARC FAUVELLE
Vous voulez dire que le prochain gouvernement aura les mains liées par le Conseil constitutionnel sur cette question ?

EMMANUELLE WARGON
Ce que je veux dire c'est que juridiquement, c'est normal quand vous supprimez un impôt pour 80% des Français, que vous alliez au bout de la suppression pour les 20% restant, et je pense que c'est ce qui se produira.

MARC FAUVELLE
Le fil info à 8h51 et on poursuit cet entretien avec vous Emmanuelle WARGON dans un instant.

/// Le fil info ///

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Emmanuelle WARGON, ministre chargée du Logement. Alors, il y a un chantier sur lequel il reste beaucoup à faire, c'était l'un des souhaits d''Emmanuel MACRON, lors de ses voeux télévisés, le 31 décembre 2017.

EMMANUEL MACRON, PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE FRANÇAISE
Je veux que nous puissions apporter un toit à toutes celles et ceux qui sont aujourd'hui sans abri. Le gouvernement s'est beaucoup engagé ces derniers mois en cette direction, et a beaucoup amélioré les choses, mais il y a encore des situations qui ne sont pas acceptables, et que je n'accepte pas davantage que vous.

SALHIA BRAKHLIA
250 000, c'est le nombre de sans-abri estimé par la Fondation Abbé Pierre, la veille de la rentrée scolaire, début septembre, plus d'un millier d'enfants a dormi dans la rue ou dans des abris de fortune. Qu'est-ce que le gouvernement fait pour changer cela ?

EMMANUELLE WARGON
Eh bien, c'est une cause évidemment qui me touche parce que derrière tous ces chiffres, il y a des personnes, il y a des personnes en grande difficulté. Après, nous hébergeons en ce moment environ 160 000 personnes chaque nuit. C'est considérable.

SALHIA BRAKHLIA
Je disais qu'il y en avait 250 000 au moins.

EMMANUELLE WARGON
Alors, ce n'est pas très facile de savoir combien de personnes sont, soit, vraiment à la rue, soit dans des situations de logement catastrophiques, hébergées chez des amis, chez des tiers, particulièrement mal logées en attente d'une solution. C'est la raison pour laquelle j'ai demandé qu'on refasse un recensement, comme je suis arrivée au ministère, j'ai constaté que le dernier recensement, donc la dernière donnée solide, elle date de 2012, et ce n'est pas possible qu'on soit à ce point démuni parce qu'on n'a pas les chiffres. Donc j'ai demandé à ce qu'on fasse un recensement, je vais par ailleurs travailler avec toutes les villes qui le souhaitent pour coordonner les nuits de la solidarité, et donc voir comment est-ce que ces nuits dans lesquelles chacun va à la rencontre des SDF dans la rue, on puisse le faire de façon qui nous permette d'avoir une vision nationale…

SALHIA BRAKHLIA
Alors, qu'est-ce qu'on fait, on crée plus de places d'hébergement pour atteindre les souhaits d'Emmanuel MACRON…

EMMANUELLE WARGON
Donc sur la question de combien de personnes sont concernées, je pense que c'est important qu'on y voie plus clair. Après, que faire face à ça, nous avons beaucoup augmenté le nombre de places, nous avons hébergé beaucoup plus de personnes que d'habitude pendant le confinement, c'était indispensable, c'était un impératif, à la fois sanitaire et moral. Et nous avons gardé ces hébergements ouverts. C'est pour ça qu'on est autour de 160 000 places encore ouvertes aujourd'hui, c'est beaucoup plus qu'avant, et j'en pérennise, c'est-à-dire, je crée vraiment des centres à hauteur de 14 000 places supplémentaires, mais au-delà de ça, la solution, c'est l'accès au logement, parce que les personnes qu'on accueille dans des centres d'hébergement ou dans des nuits d'hôtel, ce sont des personnes qui n'ont pas besoin d'être à l'hôtel ou en centre d'hébergement, qui ont besoin d'être dans des logements, et donc, c'est une politique qui a été lancée au début du quinquennat par le président de la République et par mon prédécesseur Julien DENORMANDIE, pour qu'on puisse vraiment donner accès au logement ; ça veut dire, plus de logements sociaux dans lesquels on peut accueillir des personnes issues de la rue ou très mal logées, plus de pensions de famille, qui sont des endroits dans lesquels vous avez des petits appartements, mais aussi un accompagnement, et des lieux collectifs, et je crois que c'est ça qu'il faut multiplier, et puis, enfin, sur les enfants, moi, je vais travailler avec mon collègue ministre de la Santé et des solidarités, Olivier VERAN, sur les femmes qui sortent de maternité ou qui sont avec des enfants en très bas âge, parce que ça n'est pas possible que ces femmes-là qui viennent d'accoucher ou qui sont vraiment avec des tout petits enfants, on n'arrive pas à leur trouver des solutions, je pense que c'est un des enjeux importants sur lesquels on fera des propositions rapidement.

MARC FAUVELLE
Un mot également, Emmanuelle WARGON, de AIRBNB, avec la crise sanitaire, le nombre de logements proposés sur la plateforme a baissé assez fortement faute de touristes étrangers, notamment pour les occuper, 1°) : est-ce que c'est une bonne nouvelle ? Et 2°) : est-ce qu'il faut baisser le seuil maximum de nuits accordées aux propriétaires, qui est aujourd'hui à 120 nuits par an ?

EMMANUELLE WARGON
Alors, c'est un sujet sur lequel je suis actuellement…

MARC FAUVELLE
Quand je dis bonne nouvelle, c'est-à-dire que ça permet de remettre des logements dans le parc de location pour des gens qui n'en avaient pas…

SALHIA BRAKHLIA
Longue durée…

EMMANUELLE WARGON
Ce qui est sûr, c'est qu'on a besoin d'avoir le plus de logements possible dans le parc locatif traditionnel, après, AIRBNB, ça touche à la fois des logements qui pourraient être loués classiquement et aussi des résidences principales dans lesquelles les propriétaires ou les locataires d'ailleurs arrondissent leurs fins de mois, et ça, ce n'est pas un problème en soi, et puis, ça fait partie aussi de l'attractivité de nos villes que de pouvoir accueillir…

MARC FAUVELLE
D'où la question de ce seuil de 120 nuits par an de location.

EMMANUELLE WARGON
Alors, ce seuil, je pense que c'était, c'est un progrès, puisque ça a posé un cadre, moi, je reçois AIRBNB dans quelques jours, parce que je veux démarrer la discussion avec eux, je vais aussi recevoir les maires des grandes villes…

SALHIA BRAKHLIA
Pour baisser le nombre de nuitées…

EMMANUELLE WARGON
Pour comprendre quelle est la demande, si c'est une demande liée plutôt au marché locatif ou si c'est une demande plutôt liée à l'impact de AIRBNB sur les centres villes, qui pose aussi des questions de nuisances, de vie dans les copropriétés. C'est un sujet sur lequel je ferai des propositions, mais à ce stade, j'écoute, et donc je vais les recevoir, ainsi que les autres plates-formes. Et dans quelques jours ou dans quelques semaines, je pense que le ministère pourra dire si nous souhaitons aller plus loin ou pas et dans quelles conditions.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Emmanuelle WARGON.

EMMANUELLE WARGON
Merci.

MARC FAUVELLE
Très bonne journée.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 2 octobre 2020