Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à RTL le 6 novembre 2020, sur les cas de Covid dans les établissements scolaires notamment dans les lycées et le nouveau baccalauréat.

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Intervenant(s) :

Texte intégral

ALBA VENTURA
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Alba VENTURA.

ALBA VENTURA
Il n'y a pas d'effet confinement sur le virus, il continue de circuler très activement, surtout là où il y a des brassages, comme dans les lycées, est-ce que vous envisagez de fermer les lycées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, nous fermons des lycées, nous le faisons d'ailleurs depuis le mois de septembre, nous fermons des écoles, des collèges et des lycées, dès qu'il y a un certain nombre de cas…

ALBA VENTURA
Combien ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Là, actuellement, il y en a très peu, il y en a six aujourd'hui, ça peut évoluer dans les temps qui viennent, mais ce qui est important de savoir c'est que le protocole, en septembre et octobre, a assez bien fonctionné, puisque justement il nous a permis de fermer assez peu d'écoles, collèges et lycées, c'était 0,14 % en moyenne chaque jour, en septembre et octobre, on va continuer cette méthode qui consiste à fermer dès qu'il commence à y avoir des cas avérés, et donc c'est une méthode relativement sûre. Je rappelle ensuite que, souvent, dans les établissements, on se contamine moins que dans d'autres endroits, par exemple dans les fêtes familiales ou dans la vie sociale courante.

ALBA VENTURA
On se contamine quand même beaucoup, il y a beaucoup de brassage, en tout cas c'est ce que disent les profs et les élèves.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les études que l'on peut avoir disent que, d'abord il semblerait qu'à l'école primaire, vous savez, la contamination est assez faible, plus les élèves sont âgés, plus il y a des risques de contamination, et plus il y a de brassage, plus il y a aussi du risque, c'est pourquoi notre nouveau protocole sanitaire a accentué tout ce qui permet d'éviter le brassage, et c'est pour ça qu'aujourd'hui on accentue d'un cran encore ce qui permet d'éviter du brassage en lycée.

ALBA VENTURA
Donc les lycées ne sont pas des clusters ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les lycées ne sont pas spécialement des clusters jusqu'à aujourd'hui, il y a des lycées qui ont été des clusters, mais pas dans des proportions très importantes.

ALBA VENTURA
On connaît le nombre de cas de Covid dans les établissements scolaires, notamment dans les lycées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, alors c'est un chiffre quo évolue tous les jours. Aujourd'hui, par exemple, on fait le point chaque vendredi, donc aujourd'hui vendredi on est à 3528 élèves qui ont un test positif, et 1165 personnels, voyez, à rapporter sur 12 millions d'élèves et 1 million de personnels, donc ça reste un chiffre, maîtrisé si je puis dire, et qui est en dessous des proportions que l'on rencontre dans le reste de la population.

ALBA VENTURA
Si dans 10 jours c'est la catastrophe, est-ce que vous prendre une décision plus forte, est-ce que vous dites ce matin on fermera les lycées en dernier recours, comme le dit l'OMS ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, l'OMS justement, dit que c'est ce qu'il faut fermer en dernier, donc…

ALBA VENTURA
En dernier recours, oui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vraiment en tout dernier, donc vraiment, c'est depuis le début ce que je voulais éviter à tout prix, parce que n'oublions jamais que les inconvénients pour les élèves sont considérables, de ne pas aller à l'école, nous l'avons bien vu en mars, avril, mai, mai et juin, on a tout fait pour qu'il y ait ce retour à l'école. La France est un des pays qui a le plus réalisé le retour à l'école, notamment en septembre, octobre, et donc on doit garder cette force, parce que c'est une force et que c'est l'intérêt de nos élèves, et que, encore une fois, les élèves se contaminent aussi en dehors de l'école, et que donc ça fait beaucoup de raisons pour maintenir au maximum les écoles, les collèges et les lycées, ouverts, quitte à avoir sans arrêt des adaptations évolutives, et nous faisons bouger les curseurs en quelque sorte, et c'est ce qu'on a fait avec le protocole 2 qui est en route depuis le retour des vacances.

ALBA VENTURA
Justement, vous avez vu qu'il y a un appel à la grève sanitaire qui a été lancé pour le 10 novembre, donc mardi prochain, il y a des blocages, des rassemblements un peu partout en France, des profs qui font valoir leur droit de retrait. Qu'est-ce que vous pouvez faire pour tenter de limiter la circulation du virus, en tout cas pour rassurer les profs, les personnels, les élèves, les parents d'élèves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors d'abord j'ai annoncé que nous accentuions le protocole de continuité pédagogique, ça signifie que chaque lycée de France est en situation d'avoir son organisation propre mêlant l'enseignement présentiel et l'enseignement distanciel, donc cette possibilité fait qu'un établissement peut avoir par exemple 50 % des élèves présents en même temps, tandis que 50 % sont à distance, mais chaque établissement établi son protocole, puisque chaque établissement est un cas particulier. Vous avez des établissements où il y a une forte densité d'élèves, d'autres où ce n'est pas le cas, quand on peut garder 100 % des élèves, 100 % du temps, c'est quand même mieux, et donc c'est ce que nous préconisons, mais là on a vraiment ouvert la possibilité de faire ça, en donnant des ressources, tout un cadrage national pour cela.

ALBA VENTURA
Il y a une jauge par classe, vous ne dites pas plus de tant d'élèves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, parce que ça dépend aussi de la taille de la classe, et puis vous avez des endroits par exemple…

ALBA VENTURA
On sait qu'il y a des classes qui vont jusqu'à 38 élèves, j'ai vu ça.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça peut exister, ça c'est surtout en classe préparatoire, mais justement, voyez, ça, ça peut… enfin, c'est rare en terminale d'avoir 38 élèves quand même, mais ça peut arriver dans des centres-villes. Lorsque ça arrive, justement c'est l'occasion de mettre en oeuvre le protocole que j'indiquais, c'est-à-dire peut-être diviser la classe par deux et ainsi éviter ce type de problème.

ALBA VENTURA
Alors, chaque lycée décide, c'est-à-dire c'est soit 1 jour sur 2, soit 1 semaine sur 2, c'est à la carte, c'est ce que vous dites ce matin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, on a déjà commencé ça depuis le début de la semaine dans certains lycées qui étaient un peu pilotes sur ce point, et donc il est bon qu'un lycée établisse ses propres règles du jeu, puisque, encore une fois, chaque…

ALBA VENTURA
Ce n'est pas plus simple de mettre tout le monde au même diapason ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, quand vous mettez tout le monde au même diapason sur ces sujets vous avez, en général, beaucoup de protestations pour dire que c'est trop vertical, trop rigide, souvenez-vous de ce qui était dit en mai-juin par exemple, donc là c'est une bonne combinaison d'un cadre national clair, mais aussi de souplesses locales.

ALBA VENTURA
Mais alors on se demande, est-ce qu'un élève de terminale, qui sera en présentiel tout le temps, ne sera pas avantagé finalement à celui qui aura moitié du temps à distance, moitié du temps en présence ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, parce que les organisations ont prévu, vont en général faire en sorte que tous les élèves aient au minimum 50 % de présence entre maintenant et les vacances de Noël, ça c'est une des règles que nous avons fixées, donc il n'y aura pas le cas d'un élève qui reste tout le temps chez lui, ça, ça n'existera pas.

ALBA VENTURA
Non, mais vous savez bien qu'à distance on n'est pas sûr que l'élève soit surveillé, même si on dit ils sont plus autonomes au lycée, on n'est pas sûr qu'ils suivent réellement les cours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais bien sûr, ce n'est pas moi qui vais vous dire qu'il n'y a pas des inconvénients à être à distance, c'est bien pour ça que je me bats pour qu'on soit au maximum en présentiel. Là, on fait cet aménagement pour permettre cela, mais bien entendu qu'à distance ce n'est pas pareil qu'en présence. Maintenant, quand c'est vraiment bien fait, il y a des vertus, aussi, de l'enseignement à distance, je rappelle qu'on a enregistré des centaines d'heures de cours, avec France Télévisions, donc on a ainsi, sur notre site Lumni, toutes les heures de cours de toutes les disciplines, de l'école primaire jusqu'à la terminale, ce qui fait que les élèves sont vraiment en situation de pouvoir bien compenser, sous la houlette de leurs professeurs.

ALBA VENTURA
Est-ce que le collège pourrait passer à ce régime, moitié, moitié, moitié présentiel, moitié distanciel ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
La situation du collège est très différente du lycée, parce que d'abord un des grands principes c'est quand même de faire en sorte que les élèves restent dans leur classe, ce qui est beaucoup facile au collège qu'au lycée, puisqu'au lycée on a des spécialités, on a toute une série de raisons de se déplacer, ensuite les élèves sont plus jeunes au collège, donc moins de problèmes de contamination, et puis la densité est en général moins forte en collège, donc sauf exception très particulière le collège reste organisé en 100 % présence.

ALBA VENTURA
Je reviens juste sur les élèves de terminale qui eux doivent passer le bac, on va en parler d'ailleurs du bac. Présents à 100 %, ça ne serait pas la meilleure solution pour passer un examen tel que le bac ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, mais encore une fois, c'est pour ça que je cherche au maximum à ce qu'il y ait le présentiel, on est obligé d'avoir des inconvénients, dans ce domaine comme dans d'autres, et donc j'assume que c'est moins bien, mais c'est la manière de limiter le brassage.

ALBA VENTURA
En tout cas vous avez, à cause de cette crise sanitaire, décidé de lever la pression qui pèse sur le baccalauréat nouvelle formule, donc désormais le bac c'est uniquement du contrôle continu, uniquement le bulletin de notes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, non, non, pas du tout. Le nouveau baccalauréat, vous savez, repose sur 60 % de contrôle terminal, 40 % de contrôle continu, et ça, ça ne change pas, donc on aura toujours 60 % de notes en contrôle terminal, avec des épreuves de spécialités qui sont passées à la mi-mars, donc ça on le maintient…

ALBA VENTURA
Vous le maintenez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
On le maintient.

ALBA VENTURA
Alors que les organisations syndicales pensent qu'il faut le repousser à juin.

JEAN-MICHEL BLANQUER
On a satisfait d'autres attentes, mais celle-là on la maintient, et en juin vous aurez l'épreuve de philosophie et le nouveau grand oral. Par contre, ce qui est nouveau c'est que l'enseignement de spécialité il y aura deux sujets au choix, au lieu d'un seul, ce qui fait les élèves ne pourront pratiquement pas avoir d'impasse. Et puis l'autre changement très important c'est que sur les 40 % de contrôle continu, au lieu de reposer sur ce qu'on appelait les E3C, c'est-à-dire les épreuves communes, eh bien ce sera du vrai contrôle continu, c'est-à-dire ça reposera sur les bulletins scolaires.

ALBA VENTURA
Donc ce sont ces épreuves continues de première et de terminale qui sont supprimées…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est cela.

ALBA VENTURA
Au profit du contrôle continu.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Tout à fait, c'est ce qui permet d'être dans une sorte de continuum tout au long de l'année, ne pas avoir des temps d'examens qui saccadent l'année.

ALBA VENTURA
Je reviens à la circulation du virus. Valérie PECRESSE, la présidente de la région Ile-de-France, a proposé de mettre à disposition 100.000 tests antigéniques pour les profs, les personnels et les élèves, avec autorisation des parents, dans les lycées, est-ce que vous lui donnez le feu vert pour faire pratiquer ces tests ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, ce n'est pas de ma compétence pour le coup, il faut que chacun soit dans ses compétences, c'est de la compétence des autorités de santé. Nous travaillons avec les autorités de santé pour que justement le domaine de l'Education nationale soit plus testé, c'est ce qui est en train de se passer, en favorisant notamment à la fois la possibilité d'avoir des lieux de tests proches des établissements, où on peut aller facilement, vous savez on fait maintenant 2 millions de tests par semaine, et l'Education nationale peut être prioritaire dans ce cadre-là. Et puis tout au long du mois de novembre on va commencer à déployer une capacité de tests à l'intérieur des établissements, par des personnels de santé, qui peuvent être de l'Education nationale ou de l'extérieur. Donc, c'est toujours bien qu'il y ait des propositions des collectivités locales hors de leurs domaines de compétence…

ALBA VENTURA
Mais elle vous semble raisonnable cette proposition ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, c'est toujours bien d'avoir de la bonne volonté, il faut l'étudier, mais en tout cas ne faisons pas les choses dans le désordre, sur les sujets de santé il faut être toujours très sérieux et rigoureux, et donc il faut passer par les autorités de santé, donc cette proposition je l'étudierai avec l'Autorité régionale de santé.

ALBA VENTURA
Jean-Michel BLANQUER, on sait qu'il y ait eu plusieurs dérapages lors de la minute de silence à la mémoire de Samuel PATY, on entend parler de plusieurs centaines d'incidents, c'est ça ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors oui on a fait un… vous savez, on a fait les choses très rigoureusement, on a dit que la minute de silence devait se faire partout et qu'aucune violation de la minute de silence ne serait acceptée, ce qui signifie qu'il n'y a aucun flou dans ce qui s'est passé, elle a vraiment eu lieu partout, et, comme on pouvait s'y attendre, il y a eu des perturbations, mais on a pu les identifier, les dénombrer, et maintenant donner des suites aux violations qui ont pu avoir lieu.

ALBA VENTURA
Combien ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Donc il y a eu environ 400 violations de la minute de silence, dans des formes parfois légères, parfois lourdes, et bien entendu chacune de ces violations est suivie de poursuites disciplinaires, parfois même il y a eu des poursuites pénales dans certains cas.

ALBA VENTURA
Qu'est-ce que vous appelez parfois légers, parfois lourds ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si vous voulez, la grande différence par rapport à ce qu'on a pu vivre dans le passé, c'est que la force a été du côté de la République, c'est-à-dire la minute de silence a été partout, et chaque fois qu'elle a été violée ça a été noté, et bien entendu il y aura une suite. C'est très différent de l'atmosphère qu'on a pu avoir dans le passé où il se passait des choses un peu anarchiques, là c'est très clair, aucun incident ne reste sans suite, et par ailleurs, tout au long des temps qui viennent, on va renforcer l'éducation morale et civique pour que les enjeux de la liberté d'expression soient bien explicités.

ALBA VENTURA
Mais, pour que nos auditeurs comprennent bien, un incident grave c'est quoi, c'est quand un enfant dit quoi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Un incident grave c'est par exemple l'apologie du terrorisme, voyez, et puis parfois c'est quand ça renvoi à un milieu familial dont on voit bien qu'il est pathogène du point de vue du radicalisme, donc ça nous amène à envoyer les équipes Valeurs de la République dans les établissements pour voir ce qui s'est passé…

ALBA VENTURA
Comment on les traite Jean-Michel BLANQUER, on convoque les parents…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, par exemple.

ALBA VENTURA
On les exclut de l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
L'exclusion ce n'est jamais une grande réussite en soi, ce qui est plutôt intéressant c'est de parler avec la famille, de comprendre ce qui se passe, quand il y a des choses qui ne vont pas, d'essayer d'aller voir plus loin, avec les administrations sociales ou avec la police ou la justice quand il y a lieu. Vous le savez, dans l'affaire PATY, on voit bien que c'est le milieu familial qui a été terrible, donc il faut tirer les leçons et être très attentif à ce que là où en sont nos élèves en termes de mauvaises influences qui s'exercent sur eux.

ALBA VENTURA
Vous avez parlé de poursuites pénales pour certains de ces élèves, combien sont concernés par ces poursuites pénales ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors c'est encore trop pour vous dire, mais c'est une dizaine environ, heureusement le cas est minoritaire, c'est quand il y a eu des choses particulièrement graves.

ALBA VENTURA
Merci beaucoup Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 18 novembre 2020