Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à BFM TV le 8 décembre 2020, sur l'article 18 de la "loi confortant les principes républicains" qui encadre l'instruction en famille, les exceptions à son interdiction et l'importance du sport pour les jeunes.

Texte intégral

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER, bonjour.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Jean-Jacques BOURDIN.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ministre de l'Education nationale, de la jeunesse et des sports. Le Covid-19, Conseil de défense à l'Elysée demain matin, vous y assisterez, j'imagine, Jean-Michel BLANQUER, inquiétude, inquiétude, pourquoi, eh bien, parce que l'épidémie se stabilise malheureusement, ça ne baisse plus. Alors, report du déconfinement prévu le 15 ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, par définition, ça se décidera justement en Conseil de défense…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Demain…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et comme à chaque fois, en fonction des données épidémiques, donc c'est un pilotage fin à partir des données, et chacun…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Inquiétude ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr, il faut, en tout cas, être très vigilant, vous savez bien que c'est la philosophie qui nous anime, il faut à tout prix éviter la perspective d'un troisième reconfinement, qui serait la conséquence d'un rebond, et donc bien sûr qu'il faut être très attentif à la manière de…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc possible remise en place d'attestations à partir du 15 par exemple ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, nous verrons les mesures…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Nous verrons bien.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, Jean-Michel BLANQUER, oui, mais le sport vous concerne, puisque vous avez en charge, reprise des compétitions amateurs, quand, pour les jeunes notamment… ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors là aussi, eh bien, pour les jeunes, on a déjà recommencé les pratiques en plein air…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les pratiques, mais les compétitions ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les compétitions, ce sera au mois de janvier que nous pourrons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Au mois de janvier…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je l'espère, oui. Et nous y travaillons avec Roxana MARACINEANU, nous sommes très attentifs au sport amateur et à la pratique des mineurs, ce qui est déjà notre priorité, donc on a commencé par le plein air des mineurs en sport amateur, et puis, progressivement, on va, je l'espère, pouvoir aller vers les adultes, et pouvoir aller vers les compétitions…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je dis ça parce qu'en 40 ans, j'ai vu ce chiffre qui m'a frappé, Jean-Michel BLANQUER, en 40 ans, les enfants qui sont de plus en plus sédentaires ont perdu 25 % de leurs capacités cardiovasculaires, parce qu'ils ne font pas assez de sport !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, et c'est un vrai problème mondial d'ailleurs ce que vous dites, je le souligne souvent, à l'échelle mondiale, c'est vrai partout, les enfants après et 11 ans diminuent par rapport aux générations précédentes et leurs pratiques physiques et leur lecture, autrement dit, deux éléments fondamentaux de la vie, je dirais. Et donc on doit travailler au rebond de cela, alors ça ne passe pas que par les pratiques sportives en équipe qui évidemment ne sont pas faites pour être suspendues longtemps, mais c'est par exemple le genre d'expérimentation qu'on a lancée dans l'Académie de Créteil et que l'on va lancer dans toute la France, qu'on appelle « 30 minutes par jour », autrement dit 30 minutes d'activité à l'école primaire d'activité physique, et ça, on va le promouvoir, d'ailleurs, dans la dynamique…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Le promouvoir, c'est-à-dire le généraliser ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
A partir de quand ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, c'est progressivement, on est d'abord en train de regarder ce que ça donne à Créteil, ça donne, dans l'Académie de Créteil, donc l'Est parisien, ça donne de grandes satisfactions, on est d'ailleurs avec des enfants en milieu urbain qui font partie justement de ceux qui sont les plus sédentarisés, souvent ceux qui n'ont pas assez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
30 minutes d'activité par jour ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, d'activité physique par jour…

JEAN-JACQUES BOURDIN
D'activité physique…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ça, j'espère que progressivement, nous pourrons le généraliser, parce que c'est bon pour la santé des enfants tout simplement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais évidemment, évidemment. Un mot sur le sport professionnel, retour des supporters dans les stades en janvier ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, il faut l'espérer, c'est en tout cas ce que nous avons à l'esprit, mais ça aussi, ça se confirme en fonction de l'évolution épidémique, et quand ça aura lieu, ce sera dans une perspective qu'on pourrait appeler proportionnelle, c'est-à-dire, non pas un chiffre en valeur absolue, comment ça a pu être le cas dans le passé, quand on disait par exemple 5.000, mais un chiffre proportionné à la taille de l'endroit…

JEAN-JACQUES BOURDIN
25 % de la capacité du stade ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça peut être ça, on verra, ça peut être un siège sur quatre, un siège sur deux, ça dépend, là encore, des données épidémiques, et ça se pilote, encore une fois, en fonction des données que nous avons.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et puisque nous parlons du sport professionnel, quelques mots sur le football professionnel, les clubs professionnels de football risquent la faillite, Médiapro, qui détient les droits de diffusion, ne paie pas ses échéances, est-ce que l'Etat interviendra à un moment donné ou à un autre ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui est certain, c'est que nous n'avons pas vocation à couvrir des risques inconsidérés dans cette affaire Médiapro, il y a des choses qui se sont passées qui ne sont pas bonnes, qui relèvent du risque pris par des acteurs privés et du risque excessif, et cela doit être souligné, parce que c'est quelque chose qui ne doit jamais se reproduire. Mais on ne peut pas dans la vie des affaires prendre des risques de ce type, et puis, appeler l'Etat comme un pompier avec l'argent public pour en quelque sorte couvrir les risques, ce serait, entre guillemets, trop facile. Après, bien entendu qu'en tant que ministre des Sports, avec Roxana MARACINEANU, je suis très attentif à la vie des clubs, il ne s'agit pas d'arriver à ce que les…

JEAN-JACQUES BOURDIN
L'Etat ne fera rien, l'Etat pourrait laisser les clubs professionnels en faillite ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je ne pense pas, mais il y a une marge entre couvrir les frais qui n'ont pas été assumés par un acteur privé, et puis, empêcher les clubs d'être en faillite, on a pris déjà des premières mesures, vous le savez, de compensation de billetterie, à hauteur de plus de 100 millions d'euros, il y a aussi toutes les mesures économiques générales, on a dépensé 3 milliards d'euros pour le sport depuis le mois de mars au titre des mesures économiques générales. Il y a aussi des mesures en matière d'exonération des cotisations sociales, bref, nous les aidons à passer le cap. Ça, c'est certain…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il y aura de nouvelles aides si ça n'avance pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, déjà, avec les aides actuelles, l'objectif, c'est d'empêcher les petits de mourir, parce que…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Les petits de mourir, c'est vrai, c'est vrai…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est vrai pour les fédérations comme pour les clubs, on est toujours très attentif aux grands, et c'est normal qu'on le soit, mais il faut l'être aussi aux petits et aux moyens, et l'objectif, c'est évidemment empêcher la mort des acteurs du sport, les aider à traverser la crise…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc vous empêcherez la mort du football professionnel…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est ça notre but, oui, et puis aussi des autres sports…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et du football amateur.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et des petites fédérations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ou des autres sports amateurs, évidemment…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, moi, je suis frappé par le sens des responsabilités des responsables sportifs, pour moi, c'est un domaine un peu nouveau, je suis ministre des Sports uniquement depuis juillet, même si je m'intéresse au sujet depuis longtemps, et j'ai été très agréablement frappé par le fait qu'on a des gens responsables, entreprenants qui sont en train de traverser la crise, et avec qui nous sommes en train de préparer l'après-crise, par exemple, quand on prend la mesure qu'on appelle Passeport, qui consiste à encourager les enfants à s'inscrire dans les clubs et à financer cela, eh bien,, on prépare l'avenir parce que ce sera des inscriptions futures dans les clubs.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Des tests antigéniques sont expérimentés dans des lycées d'Ile-de-France, quels sont les résultats, ils sont bons ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, on regarde ça quotidiennement, ils sont bons au sens où il y a peu de contaminations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Peu de contaminations…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et surtout au sens où ça nous permet ensuite de casser la barrière de contamination en faisant…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Ce sera généralisé ça aussi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Progressivement, ça se développe région par région, et donc, c'est à chaque fois avec les Agences régionales de santé que nous développons cela, en tout cas, on peut dire qu'en milieu scolaire…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous souhaitez que ça soit généralisé, c'est-à-dire que tous les personnels et élèves volontaires, je dis bien volontaires, puissent être testés ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr. Nous avons une priorité Education nationale pour les tests antigéniques, donc avec le ministère de la Santé, nous déployons progressivement cela, puisque l'avant-garde de toute la politique anti-Covid, c'est la politique de tester et de tests, et donc, c'est ce que nous faisons, et je dois dire qu'en cette fin d'année civile, nous pouvons faire un bilan quand même assez positif de la façon dont le système scolaire a traversé la crise, puisque nous réussissons à ce que les élèves n'aient pas une interruption de classe pour la plupart, ce qui est quand même très important, tous les pays ne font pas ça, je regarde nos voisins, ils n'en sont pas tous là.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER, le bac, avant le 15 mars, doivent avoir lieu les exercices… les épreuves de spécialités. Est-ce qu'elles seront reportées en juin ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, l'objectif, c'est justement d'accomplir pleinement l'esprit de la réforme du baccalauréat, j'ai fait déjà des assouplissements, puisque vous avez donc 60 %, comme prévu, en contrôle Terminale, notamment avec les enseignements de spécialités, et puis, 40 % en contrôle continu, ce que nous avons fait changer, c'est le fait que le contrôle continu, c'est du contrôle continu pur, autrement dit, le bulletin de notes. Et donc, il n'y a plus ce qu'on appelait les E3C, c'est-à-dire des partiels en fait que passent les élèves. En revanche, s'agissant des épreuves de spécialités, c'est-à-dire l'épreuve qui passionne le plus l'élève, celle qu'il a choisie, et c'est un des grands aspects de la réforme du baccalauréat, eh bien, les élèves se préparent pour le mois de mars, on a fait un assouplissement au sens où il y a deux sujets et pas un seul, c'est pour éviter qu'un élève se trouve avec une impasse, mais l'esprit de ça, c'est aussi qu'ils puissent avoir deux notes importantes qui comptent et qui correspondent à leur passion, et qui soient prises en compte dans Parcoursup ensuite, autrement dit, dans leur suite dans l'enseignement général…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et on en revient au sport…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, parce que nous allons créer en effet un enseignement de spécialité sport, alors ça, c'est pour la rentrée prochaine, mais c'est un point important que je vous annonce ce matin, c'est-à-dire, une des vertus de la réforme du bac, c'est qu'elle permet une vision modulaire du lycée, autrement dit, elle permettra toujours dans le futur de créer éventuellement des nouvelles disciplines, des nouvelles spécialités, et là, nous allons expérimenter le fait d'avoir un enseignement de spécialité éducation physique et sportive permettant donc à des élèves qui veulent, par exemple, faire un métier dans le sport, eh bien, de choisir cette spécialité, c'est quand même drôlement bien de pouvoir choisir ses passions plutôt que de choisir un couloir, et c'est ça l'un des aspects importants de la réforme du baccalauréat.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER, les maths, un rapport sera publié dans 2h, moins de 2h maintenant, un rapport international qui nous dit la faiblesse des élèves français en mathématiques.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, oui, nous avons, de toute façon, en matière de savoirs fondamentaux, c'est-à-dire, le français et les mathématiques, nous avons une pente à remonter, et je suis le premier à le dire, et à le dire depuis que je suis arrivé. Les évaluations internationales telles qu'on les a sont toujours, un peu comme en astronomie, nous disent quelque chose plus du passé que du présent, puisque c'est sur… par exemple, là, ce que l'on va avoir comme résultat, c'est sur des élèves de l'année 2018-2019, de classes de 8ème ou de 4ème donc sur un niveau de maths qui, oui, s'est affaibli au cours des années, notre stratégie actuellement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Eh bien, oui, c'est même catastrophique, je regardais les chiffres…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Le niveau de mathématiques est beaucoup trop faible en France, bien sûr, et ça justifie tout ce que nous sommes en train de faire sur le sujet, si vous voulez, que ce soit en français ou en mathématiques, des choses qui se voient, comme tout ce qu'on a pu faire en matière de diffusion de méthodes pédagogiques qui fonctionnent, mais aussi des choses qui se voient moins, comme nos plans de formation continue pour les professeurs des écoles, de façon à ce que cette stratégie français et mathématiques nous permette un rebond, ce rebond se voit parfois dans nos évaluations nationales, parce qu'elles, elles sont en direct, par exemple, des évaluations de début de CP ou de début de CE1 ou de début de 6ème montrent des progrès ou pas en français et en mathématiques, ces deux derniers mois, la bonne nouvelle, c'était quand même, parce qu'il faut des bonnes nouvelles, et il y en a, en entrée en 6ème, malgré le confinement, il y a eu un progrès d'une année sur l'autre de nos élèves, mais le niveau reste encore à remonter largement, oui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Dites-moi, il existe en France une agence nationale de lutte contre l'illettrisme, pourquoi est-ce qu'il n'y a pas une agence nationale de lutte contre l'innumérisme ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elle existe, ça s'appelle l'Education nationale. Il ne faut pas multiplier les agences, il faut assumer nos missions. Et donc c'est vrai pour les savoirs fondamentaux, et c'est vrai pour les compétences numériques, nous avons beaucoup agi en la matière, vous savez…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Qui sait diviser aujourd'hui…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, d'abord, sur l'innumérisme, stricto-sensu, c'est-à-dire la faiblesse en mathématiques, nous avons… vous savez, dès que je suis arrivé, j'ai dit qu'il fallait avoir une certaine exigence sur le sujet, par exemple, maîtriser les 4 opérations le plus tôt possible, il y a eu ce qu'on appelle le rapport Villani-Torossian, qui nous a permis d'élaborer toute une stratégie mathématiques, évidemment qu'elle ne produit pas ses effets du jour au lendemain, c'est sur plusieurs années que nous en verrons les effets, mais nos élèves de début de primaire commencent à bénéficier des effets de cette stratégie. Et pour cela, il faut avoir des objectifs clairs, c'est notre cas, on les a affichés, et c'est par exemple lorsque je vous dis la maîtrise le plus tôt possible des 4 opérations, pendant longtemps on a trop vécu sur des fausses idées, par exemple, apprendre insuffisamment les tables de multiplication, retarder le moment où on apprend la division et la multiplication, toutes ces choses-là, c'est fini, si j'ose dire, et c'est fini depuis au moins 3 ans, c'est-à-dire que c'est au début de l'école primaire qu'une certaine exigence doit nous permettre de monter le niveau de tout le monde ; on tire tout le monde vers le haut, mais ça prend du temps.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Jean-Michel BLANQUER, demain, mercredi, sera présenté en Conseil des ministres le projet de loi confortant les principes républicains, jour anniversaire de la loi de 1905, le 9 décembre, le projet de loi est prêt, loi confortant donc les principes républicains, en fait, c'est une loi destinée à lutter contre l'extrémisme islamiste, je dis bien islamiste et non pas islamique, on est bien d'accord, l'extrémisme islamiste, c'est ça la réalité, oui, non, oui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, bien sûr…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Il faut l'assumer !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, elle est assumée d'ailleurs totalement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Elle est assumée, vous l'assumez… parce que séparatisme, on est passé à confortant les principes républicains, en fait, c'est lutter contre l'islamisme…

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, 1°) : on n'a jamais caché le fait que c'était évidemment ça l'objet fondamental, maintenant, les lois, par définition, sont d'ordre général, donc ça peut aussi parfois aller contre par exemple des pratiques sectaires qui peuvent exister et qui ne relèvent pas de l'islamisme, mais c'est vrai qu'à titre principal, c'est une loi qui a vocation à voter contre l'islamisme…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, article 18 du texte, cet article a pour sujet l'école obligatoire dès l'âge de 3 ans. Il interdit bien, on est bien d'accord, l'instruction en famille ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, il permet d'encadrer l'instruction en famille, si vous voulez, l'instruction en famille aujourd'hui est un régime un peu déclaratoire, c'est-à-dire, au fond, vous gardez votre enfant à maison, et puis, vous dites : je le garde à la maison, il y a certains contrôles, mais ils sont relativement faibles, or, nous avons vu que s'est engouffrée dans cette brèche toute une série de pratiques, notamment de la part de l'islamisme politique, mais aussi des sectes ou des pratiques qui vont contre les droits de l'enfant, parce que l'enfant est un peu laissé à lui-même, donc nous voulons resserrer cela, et cela signifie que c'est la scolarité qui est obligatoire dès l'âge de 3 ans, autrement dit, tous les enfants vont à l'école dès l'école maternelle, simplement, à titre exceptionnel, il peut y avoir des dérogations…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, quelle sont les exceptions ? Est-ce que vous avez réécrit cet article, à la demande d'Emmanuel MACRON ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, oui, et à la demande du Conseil d'Etat…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et à la demande du Conseil d'Etat…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Puisque nous avons travaillé avec le Conseil d'Etat, et donc, ce qui est normal, tout ça fait partie d'un processus normal…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, non, non, mais d'accord, mais vous l'avez réécrit, alors que dit-il aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, ce qu'il dit, vous le verrez surtout demain, puisqu'on le présente en Conseil des ministres, mais à grands traits…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, mais d'accord, mais Jean-Michel BLANQUER, c'est vous qui l'avez réécrit…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Les exceptions, c'est la santé, bien sûr, donc pour des raisons de santé, un enfant peut rester à la maison, il y a quand on a des pratiques sportives ou artistiques intensives, il y a les gens du voyage qui ont un régime particulier, que nous accompagnons aussi, et puis, il peut y avoir des cas particuliers justifiés par un projet pédagogique dont la famille peut attester en quelque sorte, et que nous contrôlerons…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Auprès de qui, comment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Auprès de l'Education nationale, donc du rectorat. Et nous allons nous équiper de plus en plus, pour être en mesure de s'assurer qu'il n'y a pas d'enfants dans un angle mort, vous savez, j'insiste sur un point…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Donc si je vous pose la question…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pardon, Jean-Jacques BOURDIN, mais c'est qu'il ne s'agit pas seulement de défendre la République, qui est évidemment l'objectif fondamental, mais c'est aussi défendre des droits de l'enfant, quand on empêche… qu'une petite fille aille, voilée de la tête aux pieds, à 3 ans, dans un hangar, dans une école clandestine, avec des parents qui ont dit : non, non, en fait, on fait l'instruction en famille, alors que, d'ailleurs, en réalité, ce n'est même pas en famille que ça se passe dans beaucoup de cas, c'est dans des structures totalement informelles et totalement contraires aux droit d'un enfant. Un enfant a le droit qu'on le protège contre un endoctrinement, etc, mais j'ai tout à fait conscience que tout ceci n'est pas vrai de tous les enfants qui sont instruits en famille aujourd'hui, je sais bien qu'il y a des familles qui se sont émues parce qu'elles ne veulent pas entrer dans cette description que je viens de faire. Donc nous essayons d'être justes et fins et subtils, je dirais, en distinguant ce que nous voulons cibler, et puis, des pratiques…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors l'instruction, je vous pose la question, une question directe, l'instruction en famille restera-t-elle possible s'il n'est pas constaté de risque de radicalisation ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et de risque pour les droits de l'enfant, tout simplement.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Oui, et de risque pour les droits de l'enfant. Donc ça restera possible, si j'ai bien compris…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr, on a toujours dit que ça resterait possible, la question, c'est la largeur des exceptions.

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est la largeur des exceptions. J'ai bien compris. Une petite fille voilée, il faut interdire le voile aux petites filles ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Enfin, de façon générale, je pense que pour une petite fille, ce n'est quand même pas souhaitable…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Mais oui, mais ça existe…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien, après, dans la vie de la famille, la famille a le droit de faire ce qu'elle veut en la matière, à l'école, c'est évident que non, à l'école publique, en tout cas, et puis, il y a aussi certaines façons de faire qui sont tout à fait inacceptables aujourd'hui quand on envoie des petites filles dans ces structures.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Je voulais vous parler de l'enseignement de l'arabe, des cours sont donnés à certains élèves par du personnel nommé et payé par des gouvernements étrangers depuis 1977, il y a peu de contrôle, 85.000 élèves concernés apparemment, est-ce que vous allez changer cela ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, nous avons déjà changé cela, nous l'avons changé par exemple, alors chaque Etat est un cas particulier, le cas le plus difficile était avec la Turquie, nous avons fait une négociation serrée, actuellement, de toute façon, ces pratiques sont suspendues du fait des circonstances épidémiques, et par ailleurs, nous avons totalement changé le régime de cela, de façon à mettre ça sous contrôle de l'Etat français. Donc il ne peut plus y avoir les dérives qu'il y a eu dans le passé avec ce qu'on appelait donc les ELCO, désormais, elles ont donc changé de nom, on appelle ça EILE, c'est beaucoup moins d'heures, c'est contrôlé par nous, les personnes qui le font sont contrôlées par nous, et les programmes sont contrôlés par nous, et quand ça ne le sera pas, on arrêtera. Donc il est très probable d'ailleurs que certaines… comme nous avons tout suspendus, là, du fait des circonstances épidémiques, nous prendrons là où les choses sont correctes. Donc oui, il y a carrément un changement sur ce sujet, et moi, ce que je souhaite, c'est que l'enseignement, que ce soit de l'arabe, du turc ou d'autres langues d'ailleurs, il n'y a pas que celles-ci, eh bien, se développe de plus en plus dans un cadre d'ailleurs périscolaire, je pense au « plan mercredi », que j'ai créée, il y a 3 ans, qui doit permettre d'avoir des structures périscolaires où nous enseignons ces langues avec des intervenants que nous recrutons, et qui permettent aussi à tout un chacun tout simplement de développer ses compétences linguistiques.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Est-ce que l'arabe sera enseignée, l'arabe enseignée au collège, oui, bien sûr…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est le cas, bien sûr…

JEAN-JACQUES BOURDIN
C'est le cas, on va développer cela ou…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Comme d'autres langues de civilisation. Oui, alors, je ferai une différence entre ce qui se passe dans l'enseignement primaire et dans l'enseignement secondaire, d'abord, nous avons une politique générale des langues, il ne faut pas non plus s'obnubiler sur l'arabe, nous avons par exemple aujourd'hui un objectif très clair, qui est que tout enfant de France apprend bien une langue étrangère à l'école primaire, et puis, une deuxième langue étrangère s'ajoute dans l'enseignement secondaire au moins, ensuite, il est possible de développer les langues aussi dans le cadre périscolaire, par exemple, pour les enfants petits, quand les parents souhaitent qu'ils apprennent une langue comme l'arabe, nous devons proposer ça notamment dans le cadre du mercredi, et plutôt que d'aller dans un endroit qui est contrôlé par par exemple des islamistes, et on sait bien que c'est via la langue que ce type de dérives peut arriver, eh bien, je préfère des professeurs républicains de langue arabe, qui permettent tout simplement le développement de cet enseignement de civilisation. C'est un point majeur, parce que toute façon, au-delà de l'arabe et du turc et d'autres langues de personnes issues de l'immigration, nous devons avoir une vision générale du développement linguistique de nos élèves, et ça marche aussi pour les langues mortes, par exemple, ce que je peux vous annoncer, c'est qu'on va développer l'apprentissage du latin français pour des élèves notamment en réseau d'éducation prioritaire, en 6ème…

JEAN-JACQUES BOURDIN
En 6ème, latin français, en 6ème…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, à titre expérimental, mais c'est pour vous dire que la compétence linguistique, on pourrait parler aussi de la compétence linguistique que représente l'informatique, est très bonne pour le développement cognitif de l'enfant, le plus tôt possible, ce n'est pas un point fort de la France jusqu'à présent, et donc nous devons avoir une politique des langues qui englobe l'ensemble des langues possibles.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Deux mots pour terminer, quelques mots pour terminer sur la laïcité, votre conception de la laïcité, stricte ou libérale ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, de façon générale, je n'aime pas trop les adjectifs derrière laïcité, la laïcité, c'est la laïcité, c'est fait pour la liberté, en tout cas, la laïcité, c'est synonyme de liberté, c'est grâce à la laïcité…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous êtes un athéiste militant…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, certainement pas, alors, c'est totalement…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Alors, j'ai lu ça partout !

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais non… absolument, si vous voulez qu'on parle de Dieu un jour, je le ferai quand je ne serai plus ministre. Mais je pense qu'on doit faire droit aux besoins métaphysiques de l'homme, bien entendu, on ne doit certainement pas nier ce besoin, et c'est ce qui permet ensuite dans une société d'accepter qu'on croit ou qu'on ne croit pas, que chaque religion soit à rang égal et qu'il y ait tout simplement de la liberté de conscience et de la liberté d'expression, c'est fondamental…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et c'est l'Etat qui impose la laïcité…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il ne faut certainement pas dire que laïcité, c'est synonyme d'un théisme d'Etat, c'est même tout le contraire, c'est la laïcité qui permet la liberté de croire ou de ne pas croire, c'est une richesse formidable, c'est un trésor français. Et ce trésor français, il est adapté à notre siècle, c'est pour ça que les gens qui veulent ringardiser la laïcité en disant que ce n'est pas bien, que ça ne correspond pas à la modernité, et qu'il vaut mieux regarder le modèle américain ou des choses comme ça, je dis non, au contraire, on ne doit pas juxtaposer des communautés, on se fiche de la couleur de la peau la religion n'est pas quelque chose qu'on doit regarder en premier quand on considère quelqu'un, après, chacun est libre de croire ou de ne pas croire, et tant mieux qu'il y ait une liberté métaphysique forte dans un pays comme le nôtre, et tant mieux s'il y a des gens qui ont la foi, c'est leur liberté justement. Et donc la laïcité n'est pas synonyme d'athéisme, elle est synonyme de liberté, ce n'est pas la même chose.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Bien, j'ai une dernière question, élections régionales en Ile-de-France, Jean-Michel BLANQUER, vous avez pris la tête d'un groupe de travail pour bâtir le projet de la majorité dans la région. Pourquoi, pour vous présenter ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Pas forcément, je l'ai fait…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Pas forcément, mais oui, pas forcément, non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Voilà, je l'ai fait à l'appui d'une conviction qui est que la majorité présidentielle…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Vous en avez envie ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'est pas le sujet en fait, le sujet, il est collectif, il n'est pas individuel, oui, eh bien, justement, le jour où j'en aurai envie, peut-être que je le ferai. Pour l'instant, le but est de faire un travail collectif parce que pour traduire une idée qui est très simple, qui est qu'il est tout à fait normal que la majorité présidentielle soit présente dans chaque région de France, pour faire valoir les idées, je donne un seul exemple, il y a le plan de relance aujourd'hui qui est un sujet extrêmement important, 100 milliards d'euros avec un effet de levier pour le redéveloppement économique du pays, eh bien, les régions, en tant qu'entités, ont un rôle fondamental pour lutter contre le chômage, pour réindustrialiser la France. Et donc il faut qu'il y ait une cohérence entre ce qui se passe à l'échelle nationale et ce que va faire chaque région, il est normal que la majorité, eh bien, ait un programme pour ce développement économique et social de chaque région. Donc moi, ça me passionne de contribuer à cela pour la région, mais d'abord, de façon collective, parce qu'en tant que ministre, je n'ai absolument pas le temps d'y passer du temps justement ; donc c'est juste pour animer un collectif, avoir un beau programme, et ensuite, on verra bien qui…

JEAN-JACQUES BOURDIN
Et décision au printemps…

JEAN-MICHEL BLANQUER
On verra bien qui mène la liste, mais je n'en fais pas du tout une affaire personnelle, s'il y a une bonne personnalité qui surgit de nos rangs, je serais ravi de la soutenir.

JEAN-JACQUES BOURDIN
Merci Jean-Michel BLANQUER d'être venu nous voir ce matin.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous. Merci.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 9 décembre 2020