Déclaration de Mme Geneviève Darrieussecq, ministre chargée de la mémoire et des anciens combattants, à l'occasion du 150ème anniversaire de la bataille de Loigny et de l'armée de la Loire, à Loigny-la-Bataille le 6 décembre 2020.

Intervenant(s) :

Prononcé le

Texte intégral

Excellence,
Madame la préfète,
Mesdames et messieurs les parlementaires,
Monsieur le maire,
Monsieur le délégué militaire départemental, colonel,
Monsieur le commandant du groupement de gendarmerie, colonel,
Monsieur l'évêque de Chartres, monseigneur,
Monsieur le délégué départemental de l'ONACVG,
Messieurs les représentants d'associations du monde combattant,
Officiers, sous-officiers, militaires du rang,
Mesdames, messieurs,


Au début de l'automne 1870, le piège s'est refermé inexorablement sur Paris. La capitale est encerclée, à portée des canons prussiens, le siège est mis pour ne plus cesser d'accabler la "ville lumière".

Les armées prussiennes poussent ainsi leur avantage conquis au cours de l'été. Nos troupes ont été bousculées et vaincues sur les frontières, à l'est, à Reichshoffen, à Sedan… Même, si en maints endroits, les armées françaises ont lutté pas à pas, avec courage et esprit de sacrifice, la débâcle est consommée.

De nombreux Français ne se résignent pas à la défaite. Parmi eux, GAMBETTA s'envole de Montmartre pour rejoindre la Loire. Le ballon qui s'éloigne et qui franchit les lignes ennemies emporte avec lui l'espoir renaissant. Léon GAMBETTA, cet héritier de Danton et de Carnot, est tendu vers un seul but : poursuivre le combat et libérer le territoire. Il porte jusque sur les rives de la Loire l'esprit des soldats de l'an II. Constamment, il va appeler au soulèvement et à l'engagement, à la mobilisation et au rassemblement pour l'intérêt supérieur de la patrie. Je le cite :

"Français, élevez vos âmes et vos résolutions à la hauteur des périls qui fondent sur la patrie : il dépend encore de nous de laisser la mauvaise fortune et de montrer à l'univers ce qu'est un grand peuple qui ne veut pas périr."

"Que tous les intérêts particuliers disparaissent. Que chacun fasse abnégation de tout sentiment personnel, pour ne songer qu'au salut du pays."

Ces mots résonnent avec puissance à Loigny. La bataille qui s'y est déroulé fut l'incarnation de cette ardeur patriotique et de cette confiance dans le destin d'une France rassemblée pour la victoire. Il se trouva des milliers de Français pour former l'armée de la Loire.

Ils attendaient le sursaut, ils attendaient avec foi le redressement militaire. Ils espéraient rejoindre Paris pour libérer la capitale.

C'est pour saluer tous les combattants de l'armée de la Loire, pour marquer le souvenir de la bataille du 2 décembre 1870 et maintenir vivace la mémoire de la guerre franco-prussienne que je suis ici aujourd'hui.


Cette bataille opposa près de 40 000 soldats français à 35 000 soldats des États allemands.

A Loigny, à Lumeau, à Poupry, à Terminiers, la bataille fut rude, âpre. Au son du clairon, charges et contre-attaques se sont succédées. Au corps à corps, on s'est battu partout, dans les bois, dans les champs, dans les maisons.

Le 37ème de marche a tenu héroïquement au coeur du cimetière face aux Prussiens, maîtres du village de Loigny.

Dans cette mêlée furieuse, les Zouaves pontificaux, ces " volontaires de l'Ouest", ont tenté de reprendre le village au cours de charges désespérées restées célèbres. Ils ont laissé plus de la moitié des hommes au sol.

A la nuit tombée, les Prussiens et les Français comptent leurs morts et leurs disparus. Ils sont près de 9 000 hommes à avoir trouvé la mort. Les Prussiens sont maîtres du terrain, l'armée de la Loire ne peut désormais plus secourir Paris. Orléans va, à nouveau, changer de main.

L'héroïsme des soldats, la pugnacité dans l'adversité et le sens du sacrifice au service de son pays ont fait rentrer Loigny dans l'histoire et dans l'affection de notre nation. Loigny, à l'instar de Bazeilles, est le symbole durable d'une nation vaincue mais combattante. Les morts de l'armée de la Loire ont tenu la parole donnée : celle de défendre la France.

Ils incarnent également une France rassemblée au-delà des opinions politiques, au-delà des divergences du quotidien. La bataille illustre le ralliement de tous à la défense de la Nation. Ici même, Républicains, catholiques royalistes à l'instar de CHARRETTE, ont su mettre de côté la question du régime politique et la question religieuse pour faire front commun. C'est aussi cela la leçon de Loigny.

Il y a là des leçons pour tous. Il y a là des leçons pour notre temps, pour les crises qui aujourd'hui nous assaillent.


Votre commune, monsieur le Maire, s'est relevée de ses cendres. Mais elle a été fortement marquée par cette bataille. Elle en porte le nom. Elle en détient la mémoire et plus largement celle de la guerre de 1870. Elle la transmet avec application depuis plus d'un siècle.

Le musée est, avec celui de Gravelotte, l'un de nos plus importants centres de connaissance et d'actions pédagogiques consacrés à la guerre franco-prussienne. Il a été entièrement transformé, modernisé et agrandi en 2017, avec une scénographie complètement renouvelée permettant une mise en valeur optimale des collections. Le visiteur y découvre l'histoire d'une des premières guerres modernes au bilan particulièrement lourd. Il la découvre également à hauteur d'hommes, à hauteur de soldats. Je suis heureuse que le ministère des Armées y ait pris sa part.

A sa fondation, en 1907, ce musée devait montrer la guerre pour rappeler la défaite, pour mieux préparer les esprits à la revanche. Aujourd'hui, il est un message de fraternité européenne appuyé sur la réconciliation et l'amitié franco-allemande.

Il nous rappelle cette page d'histoire européenne qui a fait basculer le continent dans un cycle guerrier qui ne s'acheva qu'en 1945. Il nous enseigne que la guerre de 1870 est une matrice du XXème siècle et que nous en sommes les héritiers. Il nous raconte le début de la guerre moderne et industrielle, de la guerre qui mit l'Europe à genou.

Mais désormais en écho, ce musée et le champ de bataille de Loigny retracent l'amitié durable de la France et de l'Allemagne, devenues les inspiratrices de la paix européenne. 150 ans après, nos deux nations ont effacé leurs querelles nationalistes pour se rapprocher toujours plus dans une même conscience européenne.

Nous en sommes tous les artisans. Soyons en fiers et continuons à bâtir notre amitié. Nous le faisons aussi par le travail de mémoire et par sa transmission.


La guerre franco-prussienne de 1870 est trop souvent oubliée, trop souvent passée sous silence. Ainsi le ministère des Armées a impulsé et a accompagné la dynamique mémorielle et, comme ici, a soutenu les initiatives mémorielles.

Mais nous avons voulu aller plus loin. Nous travaillons au renouvellement et à l'adaptation des pratiques mémorielles, nous oeuvrons pour que la mémoire soit accessible à tous et notamment aux plus jeunes générations. Ainsi, alors que la crise sanitaire a réduit l'ampleur des cérémonies, j'ai souhaité qu'une websérie puisse faire vivre durablement ce cycle commémoratif autour de la guerre de 1870.

Ainsi, de décembre à mai, 10 épisodes retraceront l'histoire de cette guerre de 1870 à travers ses sites culturels, ses lieux de mémoire, ses objets, parfois symboliques, parfois insolites. Evidemment, une de ces épisodes portera sur Loigny-la-Bataille. Cette série débute ce week-end par la découverte du panorama de Rezonville et se développera jusqu'au mois de mai.

Je vous invite tous à suivre cette remarquable série et à continuer de faire vivre le souvenir de la guerre de 1870.

C'est aussi cela l'esprit de Loigny. C'est l'esprit de résolution mêlé à la ferveur de la transmission. Que cet esprit nous accompagne encore longtemps et permette à notre pays de relever les défis de notre temps.


Vive l'amitié franco-allemande !
Vive la République et vive la France !


Source https://www.defense.gouv.fr, le 14 décembre 2020