Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Culture le 14 décembre 2020, sur les modifications à prévoir pour le système éducatif français, le niveau des élèves du primaire et les conditions salariales des professeurs.

Texte intégral

GUILLAUME ERNER
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour Guillaume ERNER.

GUILLAUME ERNER
Vous êtes ministre de l'Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, et puisque l'on vient d'entendre la revue de presse internationale de Camille MAGNARD, on va rester quelques instants à l'étranger, en Allemagne plus précisément. J'ai Le Figaro sous les yeux, Le Figaro qui évoque cette information : l'Allemagne se résout à fermer ses magasins et ses écoles. Est-ce qu'on ne devrait pas faire la même chose pour les écoles, Jean-Michel BLANQUER ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez que depuis le début, je considère que l'école est la dernière chose à fermer dans une société. Le droit à l'éducation n'est pas une petite chose, et quand nos enfants ne vont pas à l'école, on leur fait perdre énormément. Le Covid pour le monde entier est une catastrophe éducative, on ne le dira jamais assez, et les conséquences à payer sur la durée sont malheureusement à mon avis assez graves. J'essaie de réduire ça au maximum en France, de faire en sorte que ce ne soit pas un dégât éducatif. On est un des pays qui a réussi le plus à avoir, à garder ses élèves à l'école, et notamment à la rentrée dernière, ils sont tous revenus d'une certaine façon, et c'est une très bonne chose. Par ailleurs les études confortent plutôt les options que nous avons prises, y compris en Allemagne d'ailleurs où une étude récente montrait que dans les 16 Länder la contagiosité a été faible. Pour vous donner un exemple…

GUILLAUME ERNER
Alors pourquoi ferment-ils dans ce cas-là leurs écoles ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien parce qu'évidemment rester chez soi est toujours une option qui permet de limiter la circulation du virus, c'est certain. Mais je vais vous donner un exemple, on a lancé il y a quelque temps une campagne de tests dans les lycées, pour l'instant on a un taux de positivité qui est de 0,18 %, donc si vous voulez, bien sûr le chiffre zéro n'existe pas en ces matières, mais il faut toujours raisonner en coût/avantage, on n'a par ailleurs pas de cas graves chez nos élèves…

GUILLAUME ERNER
Chez les élèves, mais dans leurs familles, Jean-Michel BLANQUER, par exemple les cantines, car c'est semble-t-il les cantines qui sont pointées du doigt, il y a peu d'aménagements, je ne dis pas que c'est facile de faire des aménagements dans les cantines, mais en tout cas d'après ce que j'ai pu constater avec des collégiens, eh bien on voit que les cantines ne sont pas aménagées et qu'il y a véritablement des risques à ce niveau-là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
De façon générale, dans la vie courante, c'est le moment où on va manger qui est le moment le plus à redouter. C'est vrai dans la vie familiale, c'est vrai… c'est bien pour ça que les restaurants sont fermés, donc évidemment les cantines représentent en effet le moment problématique, c'est pour ça qu'il y a un protocole sanitaire pour les cantines, c'est une compétence des collectivités locales, et donc nous travaillons avec elles sur ce point. Dans certains cas, quand il y a trop de saturation, il y a eu des fermetures, ça arrive, c'est rare, en même temps ne négligeons pas le caractère social de la cantine, c'est-à-dire que quand on a fermé en mars-avril, ça a été un vrai problème du point de vue de certains enfants, qui ne mangent pas bien de façon générale, et pour qui la cantine représente un moment essentiel. Donc n'oublions jamais que l'on a d'un côté à gérer cette épidémie, mais de l'autre à considérer des enjeux éducatifs et sociaux qui sont cruciaux eux aussi.

GUILLAUME ERNER
Passons du collège au lycée. Comment envisagez-vous le bac cette année, Jean-Michel BLANQUER, dans ce contexte évidemment de pandémie ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien le baccalauréat donc, est vous le savez dans une année décisive, puisque c'est la première fois que les terminales passent le nouveau baccalauréat, lequel justement n'est pas massé au mois de juin comme c'était le cas auparavant. Donc on a aménagé les choses aussi pour éviter de trop grandes concentrations d'épreuves, en gardant l'essentiel. L'essentiel c'est qu'on a 60 % en contrôle terminal et 40 % en contrôle continu. Au titre du contrôle continu on a décidé que cette année c'était le bulletin qui comptait, on a donc supprimé les épreuves qu'on avait appelées E3C avant, dites épreuve communes désormais, qui n'ont plus lieu, donc c'était comme des partielles, vous savez, que les terminales devaient passer, ça, ça n'existe pas cette année. Les élèves seront notés pour 40 % sur leur bulletin. Et sur le 60 % restant, eh bien il y a des épreuves terminales, et notamment les fameux enseignement de spécialités, qui correspondent aux deux enseignements qu'un élève a choisi par passion normalement, parce que ça correspond à ses désirs et à ses goûts, et là, la nouveauté c'est que ça se passe vous savez au mois de mars, c'est-à-dire que les notes qu'obtiendra cet élève sur ces deux matières, compteront dans Parcoursup et c'est aussi des notes sur lesquelles il peut particulièrement s'illustrer, puisque c'est les matières qui correspondent à ses passions.

GUILLAUME ERNER
Alors, d'ailleurs justement il y a des interrogations chez les enseignants sur la manière dont ces épreuves vont être corrigées, puisque là les enseignants vont récupérer donc les copies mi-mars et vont devoir les corriger tout en assurant leur cours, alors que d'habitude lorsqu'ils corrigent des copies de baccalauréat ils sont déchargés de leurs cours Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais il y aura un temps de correction qui est prévu. Vous savez…

GUILLAUME ERNER
Un temps de correction, ça veut dire qu'ils vont être déchargés de leurs cours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, alors de toute façon la semaine en question sera une semaine un peu particulière, d'ailleurs les élèves de seconde et de première auront du temps pour l'orientation, en particulier, ensuite la correction ça fait partie de la vie du professeur, chacun le sait, d'ailleurs…

GUILLAUME ERNER
Donc en fait ils ne seront pas déchargés de leurs cours.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non non, mais vous savez, moi je ne cherche jamais à ce qu'il y ait moins de cours, ça ne me rend pas toujours populaire, mais ça revient à la question d'avant. On peut toujours, vous savez, on peut toujours être facilement populaire en faisant beaucoup de journées banalisées, en disant qu'on va fermer les écoles dès qu'il y a un problème, je ne crois pas que ce soit une bonne politique, donc là en l'occurrence s'agissant de la correction, c'est une situation qui peut se comparer à d'autres moments où il y a des corrections à faire et qui font partie du temps de travail du professeur.

GUILLAUME ERNER
Justement, puisque vous parlez de votre popularité, celle-ci est plutôt malmenée parmi les enseignants. Je me suis demandé en fait s'il n'y avait pas une volonté chez vous Jean-Michel BLANQUER d'être un ministre qui voudrait ne pas être populaire parmi les enseignants, choisissant donc, ou bien ministre des familles, ou bien des enseignants, et bien de jouer les uns contre les autres. Est-ce que c'est une stratégie ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pas du tout, je pense que… J'ai déjà entendu ça, c'est absurde, je pense qu'aucun ministre n'a autant dit que moi, que j'étais le ministre des professeurs, peut-être même cette expression n'existait pas avant…

GUILLAUME ERNER
L'avez dit peut-être, mais eux ne l'ont pas entendu.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais attendez, vous savez sur la durée ce n'est pas toujours facile de maintenir une popularité, mon but n'est pas celui-là. Par ailleurs je pense qu'on exagère beaucoup…

GUILLAUME ERNER
Comment l'expliquez-vous quand même ? Je vois par exemple 74 % des enseignants insatisfaits, 40 % pas du tout satisfaits, 78 % aimeraient une autre rémunération.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, s'abord là il faut regarder de quel sondage on parle. Par exemple à la rentrée il y avait des taux de satisfaction sur une enquête que j'avais, qui était bien meilleure, ça dépend de quoi on parle, là par exemple je pense que vous faites référence à une enquête de la FSU, donc l'un des syndicats, il y a un discours syndical souvent extrêmement virulent, et aucun ministre de l'Education nationale n'a été populaire au bout de 3 ans, la plupart d'ailleurs partent. On est dans un milieu où la critique est très forte, c'est normal d'ailleurs eu égard à l'importance des enjeux et aussi au fait que lorsqu'il y a des réformes on déplace des choses, forcément on crée un certain mécontentement. Maintenant je pense que tout ça se passe aussi dans un climat général qui est souvent tendu, on vient de passer une année extrêmement difficile, parfois il n'y a peut-être pas toujours conscience de la de la difficulté de la tâche de cette gestion nationale de l'Education nationale, et il n'est pas toujours facile que des décisions soient comprises dans toute leurs difficultés, puisqu'encore une fois la crise épidémique de cette année a été extrêmement difficile pour tous les systèmes éducatifs dans le monde. Donc par exemple le fait que nous ayons à plusieurs reprises eu à faire évoluer les règles, est quelque chose qui a parfois été mal perçu, on a l'impression que c'est arbitraire, que c'est soudain, que c'est difficile à comprendre, alors même que ça relève du pilotage inévitable d'une situation de ce type, avec ses imprévus, avec ses difficultés…

GUILLAUME ERNER
Mais c'est-à-dire que la doctrine Blanquer, pour qu'on la comprenne bien en matière donc de gestion de l'école par ces temps de pandémie, c'est maintenir l'école quoi qu'il en coûte.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce qui est certain c'est que pour moi l'école était fondamentale. Si vous voulez, on ne peut pas dire « vive l'école », en période normale, et puis abandonner l'école dès qu'il y a une crise de ce type. L'école est fondamentale pour les enfants, tout le monde l'a bien compris pendant le confinement et tout le monde a été je crois assez heureux d'ailleurs que l'on puisse revenir à la normale en septembre. Souvenez-vous en mai juin il y avait un climat difficile aussi, parce que c'était difficile de revenir à l'école, avec des règles sanitaires très strictes, là aussi on m'a souvent beaucoup critiqué, le fait est que ce qu'on a fait à ce moment-là, a été extrêmement utile pour la suite. Donc si vous voulez, je ne travaille certainement pas pour une sorte de popularité immédiate, je travaille simplement pour que les élèves, pour deux objectifs qui sont très clairs, qui sont hausser le niveau général des élèves et d'autres part réduire les inégalités sociales. Les professeurs d'école primaire voient très bien ce que nous faisons actuellement en matière de taux d'encadrement, en matière de division des classes de CP et de CE1, ils voient bien ce que nous faisons aussi sur le plan pédagogique pour remonter la pente du niveau des élèves, tout ça c'est un travail de longue haleine et je pense que beaucoup de professeurs le comprennent.

GUILLAUME ERNER
Et alors justement, puisqu'il s'agit de parler du niveau des élèves…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et enfin, si vous voulez, et pour terminer, n'oublions pas qu'actuellement il y a le Grenelle de l'Education, et pour la première fois nous prenons à bras-le-corps le sujet du pouvoir d'achat des professeurs. J'ai pris des engagements très forts sur ce sujet. Et c'est un exemple typique si vous voulez…

GUILLAUME ERNER
Mais pour ceux qui débutent.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, pour ceux qui débutent, ça c'est en 2021, mais tout le travail que nous faisons c'est pour que tout au long des prochaines années, il y ait une remontée du pouvoir d'achat des professeurs. Et ce qui est totalement inouï, et ça c'est peut-être l'un des éléments clés de la réponse que j'ai à vous faire, c'est que oui nous sommes en train de le faire, et oui le pouvoir d'achat des professeurs va augmenter au cours des prochaines années, par un travail très en profondeur que j'ai réalisé depuis plusieurs mois et même maintenant plusieurs années, et qui évidemment est compliqué, parce que on parle de plus d'un million de salariés à l'Education nationale, et pour autant on ne cesse d'entendre des discours de scepticisme sur ce sujet, alors même que c'est en ce moment même que se joue ce Grenelle de l'éducation. Donc ce Grenelle de l'éducation est justement le signe d'une très grande attention à la condition professorale et même à l'ensemble des personnels de l'Education nationale, il aura des résultats, tous ceux qui expriment du scepticisme aujourd'hui exprimaient déjà du scepticisme sur d'autres sujets antérieurement, comme par exemple l'augmentation de 2021, qui est quand même une première amorce intéressante pour les plus jeunes en particulier, et nous continuerons au cours des prochaines années par la programmation que nous allons faire. Donc oui il y a une très forte attention aux professeurs, maintenant il y a un climat qui est difficile, et moi mon soutien il est total aux professeurs, et donc pour répondre complètement à votre question, bien entendu je ne joue absolument pas la société contre les professeurs, c'est tout le contraire, je défends très souvent, je suis amené à défendre la condition de professeur, même dans la vision de la société que je porte.

GUILLAUME ERNER
Alors, je vais vous parler de la condition des élèves, et il y a eu des chiffres sur le niveau en maths et en sciences des CM1 et des 4ème, et comme vous le savez Jean-Michel BLANQUER eh bien nous sommes les moins bons de l'Union européenne. Comment vous expliquez cela et alors justement, puisqu'on parle de révolution dans la formation, est-ce qu'il y a des choses spécifiques de prévues pour que les niveaux en maths et en sciences augmentent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous le savez, ce sujet est le premier de mes sujets, depuis le début, je dis, en français et en mathématiques nous devons absolument remonter la pente, et les enquêtes internationales, les unes après les autres, nous donnent cette photographie qui n'est pas bonne la de la situation française.

GUILLAUME ERNER
Vous l'expliquez comment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et chaque professeur… Eh bien je pense que dans le passé il y a eu trop grand oubli des savoirs fondamentaux, probablement des fausses pistes pédagogiques aussi, et puis…

GUILLAUME ERNER
En maths aussi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Comment ?

GUILLAUME ERNER
En maths aussi des fausses…

JEAN-MICHEL BLANQUER
En maths aussi, bien sûr évidemment, et donc c'est pour ça qu'il y a… Pour répondre directement…

GUILLAUME ERNER
Alors, quelles fausses pistes ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Comment ?

GUILLAUME ERNER
Quelles fausses pistes pédagogiques ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Par exemple, je pourrais en parler, ça peut être une émission en soi, mais par exemple l'idée qu'il fallait laisser filer l'apprentissage des quatre opérations parfois très tard, alors que l'on sait très bien que c'est assez vite qu'il faut connaître ça, l'idée que ça ne sert à rien d'apprendre ses tables de multiplications, alors que c'est indispensable de le faire assez tôt, de créer un certain nombre d'automatisme chez l'enfant et ensuite de permettre la résolution de problèmes. Vous savez, très souvent, en matière pédagogique, c'est vrai en français comme en mathématiques, on a opposé ce qui était de l'ordre de l'automatique et de l'ordre de la compréhension, alors que les deux vont ensemble, il faut parfois apprendre des choses par coeur, et il faut en même temps, évidemment, être dans des approches de compréhension. Le plan Villani-Torossian, que nous déployons actuellement, est un plan très volontariste pour cela, notamment en termes de formation continue de professeurs des écoles…

GUILLAUME ERNER
Justement, la formation – pardonnez-moi, je vous ai coupé – mais justement, le fait que l'école française est peu investie sur la formation des profs à tous les niveaux, et notamment en maths, est-ce que ça n'explique pas justement que le niveau des élèves soit bas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bien sûr que si, c'est une des grandes explications bien sûr, d'où le fait qu'une bonne partie de notre stratégie repose sur une évolution de la formation initiale et de la formation continue des professeurs en mathématiques, tout particulièrement dans le premier degré, puisqu'il faut asseoir les fondamentaux avant l'arrivée dans l'enseignement secondaire. De ce point de vue là quand même, un élément positif, c'est que nos évaluations de début d'année ont montré qu'en 6e, eh bien les élèves avaient progressé d'une année sur l'autre, autrement dit nous sommes sur une pente positive, alors même que, par contre en CP-CE1, on a connu une petite régression explicable par le confinement, là le progrès continu que nous étions d'impulser pour l'école primaire produit des effets deux années de suite, c'est encore largement insuffisant, puisqu'il y a encore beaucoup trop d'élèves qui arrivent en 6e avec des savoirs fondamentaux fragiles, mais ce sujet-là, qui reste la première priorité absolue, c'est-à-dire l'ancrage des savoirs fondamentaux, chez les enfants à l'école primaire, ce sujet-là a connu quelques petits premiers progrès, et c'est cela qui nous permettra, dans les années qui viennent, je l'espère, au travers des enquêtes internationales on le verra - rappelons qu'elles photographient souvent le passé, celle que vous citez concerne des élèves par exemple de 4e de l'année scolaire 2018-2019 - donc nous avons une pente à remonter, ça prend du temps, mais les photographies du présent nous permettent d'être un peu optimistes.

GUILLAUME ERNER
Mais alors, dans ce contexte-là, est-ce que par exemple transformer les maths en option au lycée, Jean-Michel BLANQUER, est-ce bien raisonnable, alors que la France est à la traîne dans son niveau en maths ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais ce n'est pas une option, c'est un enseignement de spécialité, qui est de très loin l'enseignement de spécialité le plus choisi…

GUILLAUME ERNER
Avant ce n'était pas un enseignement de spécialité, tout le monde faisait des maths.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, mais vous aviez des élèves de L, par exemple, qui n'en faisaient plus, ou certains qui en faisaient en traînant les pieds, désormais vous choisissez les maths parce que vous en avez envie, et ce qui est très important du point de vue…

GUILLAUME ERNER
Est-ce que justement ça doit être une envie ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Du point de vue de la citoyenneté, ce qui est très important, c'est d'avoir ancré une compétence mathématique puissante à l'école primaire et au collège, et puis que, au lycée, ceux qui ont une passion pour les maths puissent l'approfondir et que les autres continuent à avoir une culture mathématique, que l'on a au travers d'ailleurs aussi de certains éléments du bloc commun par exemple, les 2 heures d'enseignement scientifique comportent des éléments mathématiques. Mais vous savez, cela conduit à des classes d'enseignement de spécialité meilleures, d'après les témoignages que j'ai, et de même des élèves qui sont plus heureux d'avoir des enseignements qui correspondent à leur choix, tout simplement.

GUILLAUME ERNER
Oui, mais il y a des choses, je sais bien, les maths, on peut avoir souffert, mais…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non… tout l'esprit de la réforme, si vous voulez c'est… auparavant vous aviez des élèves qui étaient dans des couloirs pour des questions que j'appelle de conformisme, vous choisissiez l'une des trois pour la partie générale, vous choisissiez S, ES ou L, vous étiez dans un couloir et parfois vous passiez des heures de cours simplement parce que vous aviez choisi ce couloir, alors que ça ne vous intéressait pas. Désormais vous avez beaucoup plus fait des choix, et ces choix vous permettent d'être meilleur, parce que ça correspond justement à des choses que vous désirez, à des choses sur lesquelles vous allez travailler plus et approfondir plus parce que vous aimez ce que vous faites, c'est un point absolument essentiel. Et alors, il y a beaucoup d'élèves qui choisissent maths, une majorité même choisissent maths, parce qu'à la fois ça les intéresse et puis ça peut correspondre aux formations qu'ils souhaitent suivre ensuite, certains en font moins, ou pas du tout, et c'est normal qu'il en soit ainsi, tout le monde n'a pas vocation à approfondir les mathématiques, en revanche ce qui est fondamental c'est que tout citoyen français, jusqu'à la classe de 3e, ait très fortement consolidé ses maths. Rappelons que là vous me parlez que de l'enseignement général, qui est une minorité de Français, sur l'enseignement professionnel personne ne se pose ce genre de questions, curieusement.

GUILLAUME ERNER
Une question hors de l'école, même si elle peut concerner éventuellement les cours de récréation, Jean-Michel BLANQUER, puisque vous êtes également ministre des Sports, sur Médiapro, il y a la faillite aujourd'hui d'un système, un système qui finançait le foot français, qu'est-ce que vous allez faire ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
J'ai dit depuis le début, de manière très claire, qu'on n'a pas vocation à être les assureurs de personnes qui prennent des risques inconsidérés, derrière cette affaire il y a eu…

GUILLAUME ERNER
Vous allez récupérer aujourd'hui un foot français en capilotade, vous ne pouvez pas le laisser dans cet état-là.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, bien sûr, mais c'est deux choses différentes. Il y a, d'une part, être très attentif à ce qu'il n'y ait pas la mort de clubs, et notamment de petits clubs ou de clubs de taille moyenne à cause…

GUILLAUME ERNER
Vous allez fournir une garantie financière à ces petits clubs ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Déjà on essaye d'aider, par exemple on a décidé tout récemment 110 millions d'euros d'aide pour compenser la billetterie, ça fait partie du plan sport que l'on a mis au point avec Roxana MARACINEANU, donc ça c'est des premières mesures de soutien si je puis dire, et on sera très attentif à ce qu'il n'y ait pas de mort de structures, ça c'est certain, en revanche…

GUILLAUME ERNER
Vous serez attentif, ou il n'y aura pas de mort de structures ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Sur ces sujets, c'est impossible de… enfin, ça dépend aussi de la santé financière préalable à tout ça, de chaque club, mais enfin chaque cas est un cas particulier, mais on est très attentif évidemment. En revanche, on ne peut pas avoir des acteurs économiques qui prennent des risques inconsidérés, par cupidité, par une espèce de goût du risque excessif et inconsidéré, et après attendre de l'Etat qu'il fasse le pompier, ça, ça n'est pas possible, donc c'est deux choses différentes, aider les clubs oui, venir à la rescousse d'acteurs économiques qui ont fait des choix très discutables, non.

GUILLAUME ERNER
Jean-Michel BLANQUER, on se retrouve dans une vingtaine de minutes pour évoquer la situation de l'école et des universités, et puis aussi pour parler un peu politique.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 15 décembre 2020