Interview de M. Jean-Michel Blanquer, ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse, à France Info le 19 janvier 2021, sur les masques artisanaux, la fermeture de classes, les épreuves anticipées du bac et l'inceste.

Texte intégral

MARC FAUVELLE
Bonjour Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Bonjour.

MARC FAUVELLE
Dans son tout dernier avis, le Haut Conseil de la santé publique recommande donc de ne plus porter de masque en tissu fait maison, car ils ne protégeraient pas assez, ces masques, contre les nouveaux variants du virus. Que dites-vous aux enseignants et aux élèves qui en avaient ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord, on est évidemment toujours très attentif aux avis du Haut Conseil, donc on s'adapte à chacun des avis pour avancer. S'agissant des personnels, vous savez, on diffuse des masques qu'on appelle de catégorie 1, donc norme AFNOR. Ceux-là ne sont pas concernés par cet avis, autrement dit l'avis considère que ces masques-là sont de même valeur que les masques en tissu, donc il n'y a pas d'alerte de ce côté-là, l'alerte elle serait plutôt du côté des familles, en disant : faites attention que ce ne soit pas un masque de faible qualité qui soit mis à l'enfant, mais bien si possible un masque chirurgical ou un masque AFNOR de catégorie 1, en tissu.

MARC FAUVELLE
Si possible, ou les masques faits maison vont être progressivement bannis de l'école dans les jours qui viennent ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, on est toujours plutôt invitant que coercitif sur l'ensemble de ces sujets, mais on va évidemment passer l'information de manière forte et peut-être qu'on arrivera à quelque chose d'obligatoire au bout de quelques jours. Mais pour l'instant il faut surtout informer tout le monde de façon à ce qu'il y ait une adaptation.

SALHIA BRAKHLIA
Pour les élèves qui n'ont pas de masque, l'Education nationale leur en distribue. Quel genre de masques vous distribuez ? C'est des masques en tissu ou pas ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est toujours des masques AFNOR 1 en tissu, mais donc qui eux sont efficaces. On a toujours un volant à l'école, au cas où un enfant l'a oublié, perdu, même si la consigne c'est toujours de venir avec son masque, mais évidemment, comme je l'avais annoncé dès le début, nous nous sommes mis en situation pratique de pouvoir en avoir dans chaque école et chaque établissement.

MARC FAUVELLE
Et pour lever les éventuels inquiétudes, aucun des masques distribués jusqu'à présent par les services de l'Education nationale ne font partie des catégories qui sont désormais déconseillées.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, parce que c'est les masques de la catégorie 1.

MARC FAUVELLE
Ok. D'accord.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Peut-être qu'il y a tel ou tel endroit qui fait exception, mais les masques… Il y a eu un moment donné, vous savez, une discussion autour de ça, il y a plusieurs mois, mais qui a été tranchée, puisqu'on a fait examiner l'ensemble de ces masques, et c'est des masques qui filtrent, et là, à la limite, l'avis que l'on vient d'avoir vient même confirmer cela, puisque c'est encore une fois des masques qui correspondent à cette norme AFNOR.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Michel BLANQUER, jusqu'à présent, et vous allez nous dire si cela va changer, la règle pour décider de la fermeture d'une classe, c'est la détection de trois cas positifs, mais pour Jean-François DELFRAISSY, le président du Conseil scientifique, qui était notre invité la semaine dernière, le variant anglais change la donne. Ecoutez ce qu'il préconise.

JEAN-FRANÇOIS DELFRAISSY, PRESIDENT DU CONSEIL SCIENTIFIQUE
Pouvoir dépister très vite les cas et identifier très vite s'il s'agit d'un mutant anglais ou pas, et prendre une décision très rapide de fermeture de classe, voire de collège si c'est nécessaire, et…

MARC FAUVELLE
En changeant la règle actuelle, aujourd'hui il faut 3 enfants malades pour fermer une classe.

JEAN-FRANÇOIS DELFRAISSY
Et en changeant la jauge actuelle.

MARC FAUVELLE
Au premier malade désormais, on ferme la classe.

JEAN-FRANÇOIS DELFRAISSY
Voilà. S'il s'agit d'un mutant anglais, parce qu'il a un taux de niveau de transmission plus important.

SALHIA BRAKHLIA
Donc là, selon Jean-François DELFRAISSY, lui il recommande dès qu'un cas positif au variant anglais est détecté dans une classe, on ferme la classe. Donc vous allez changer cette jauge aujourd'hui ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est-à-dire on suit presque à chaque fois ce que dit Conseil scientifique, et d'ailleurs souvent via les autorités de santé, puisqu'à chaque fois sur le terrain c'est un travail entre l'Agence régionale de santé et le rectorat, et bien entendu on sait que le variant anglais pose un problème supplémentaire de contagiosité, donc évidemment on va suivre cette règle, mais à chaque fois on se cale quand même sur ce que localement l'Agence régionale de santé considère comme étant ce qu'il y a à faire. Donc je me garde de donner des règles générales depuis mon bureau, si je puis dire, mais on avance vers cette règle dont parlait Jean-François DELFRAISSY, oui.

SALHIA BRAKHLIA
Là on est à combien de classes fermées, d'écoles fermées ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors, vous avez en ce moment une trentaine d'écoles qui sont fermées en France, ça reste quelque chose de faible, et une centaine de classes, donc ça risque d'augmenter un petit peu ces prochains jours, mais on voit que les cas personnels, enfin les cas donc de déclarations d'un Covid personnel sont un peu en plateau actuellement, donc on n'est pas dans une situation d'explosion de la contagion.

MARC FAUVELLE
Pas d'explosion, mais est-ce que vous notez tout de même depuis la rentrée scolaire après les vacances de Noël, que les cas augmentent à l'école ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, vous avez une courbe… Si vous voulez on a deux courbes qui nous servent de point de référence. On a la courbe des cas déclarés, donc qui est forcément sous-estimée, puisque c'est les cas qui sont déclarés, et puis on a la courbe de Santé publique France, qui sont les cas qui passent par les hôpitaux en fait et les médecins, et qui elle est disons plus que surestimée, puisqu'elle concerne les 0/20 ans, et alors qu'évidemment nous n'avons pas exactement cette tranche d'âge. Donc on sait très bien que la réalité est entre ces deux courbes, mais ce qui est important c'est que ces deux courbes sont parallèles et elles nous donnent une indication très claire de l'évolution de l'épidémie pour la population jeune. Et donc le on a la même courbe qu'au retour des vacances de la Toussaint, c'est-à-dire quelque chose qui augmente au bout de quelques jours, ce qui d'ailleurs nous montre que des contaminations ont lieu notamment pendant les vacances, que ce soit les vacances de la Toussaint ou les vacances de Noël. Maintenant que les vacances de Noël sont un peu éloignées, on voit qu'on est sur une sorte de plateau. Donc ce qu'il faut espérer c'est que ça fait comme une cloche, c'est ce qui s'est passé au mois de novembre, et là il est encore trop tôt pour le dire, mais on est sur, disons sur le haut du plateau.

MARC FAUVELLE
Donc pour l'instant il n'est pas question de refermer les écoles.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, il n'en est pas question à ce stade. Bien sûr je reste pragmatique, tout reste possible, mais vous le savez, mon grand travail c'est d'arriver à ce qu'elles restent ouvertes, parce que c'est fondamental pour les enfants qu'elle le reste. Je suis profondément convaincu qu'on doit avoir une vision en coût avantage de ce que l'on fait en la matière, et comme l'a dit le Premier ministre, ce serait la dernière chose à fermer que les écoles. Donc nous sommes, nous travaillons à cela, je vais d'ailleurs remercier tous ceux qui permettent cela, à commencer par les professeurs, l'ensemble des personnels, c'est un travail de tous les jours. Je crois qu'il y a des réflexes professionnels qui se sont installés au travers des protocoles sanitaires, et il faut saluer ce que les Français collectivement ont su réussir à faire, parce que c'est en train d'être « un avantage comparatif de la France », que de réussir à maintenir ses écoles ouvertes, quand d'autres ne le font pas.

SALHIA BRAKHLIA
Alors justement, Jean-Michel BLANQUER, pour éviter la fermeture de ces écoles, vous avez mis en place un protocole sanitaire renforcé, notamment dans les cantines, c'est ce que vous avez annoncé jeudi dernier. En quoi il consiste ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien il consiste là à faire évoluer le curseur des règles du jeu qui s'appliquent. Alors c'est toute une série d'éléments un peu techniques, de normes qui sont diffusées vis-à-vis des collectivités locales, qui sont responsables des cantines, mais c'est par exemple, voyez, de ne pas mettre le pain en vrac dans un endroit, c'est le fait, à l'école primaire, de faire déjeuner les enfants classe par classe pour qu'il n'y ait pas de brassage d'une classe à l'autre. Donc c'est des règles de ce type qui sont en fait des règles que chacun peut comprendre, puisqu'elles reviennent à limiter le brassage, à créer plus de distance entre les élèves et donc parfois aussi à étaler le temps de passage à la cantine. Mais c'est pareil, on pourrait avoir comme solution de facilité de fermer les cantines, ce que d'ailleurs on doit faire quand on n'arrive pas à respecter le protocole sanitaire, mais là aussi c'est une chose à faire en dernier ressort, car la cantine c'est très important pour les enfants.

MARC FAUVELLE
Mais chaque ville, chaque école, chaque groupe scolaire fait ce qu'il peut, avec ces consignes, en fonction des moyens humains, en fonction des plages horaires pour faire déjeuner les enfants, la règle n'est pas la même partout.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Si, la référence est la même partout, et après on s'adapte localement, mais…

MARC FAUVELLE
Vous avez sans doute entendu comme nous les témoignages, depuis plusieurs jours, de syndicalistes, d'enseignants, de directrices, de directeurs d'école, qui disent : chez nous, on n'y arrive pas.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, mais, enfin quand c'est le cas, ce n'est pas quelque chose que nous admettons. Je ne dis pas que tout est parfait partout, je sais bien que, nous regardons ça de près, parce qu'il y a des endroits par exemple où les enfants peuvent s'agglutiner à certains moments, où les règles sont respectées pendant tout un moment et puis après pendant quelques minutes ça n'est pas le cas, ce qui un petit peu abolit tout le reste, donc c'est une vigilance des adultes qui surveillent, qui est aussi un point très très important. Et puis un travail que nous faisons avec les collectivités locales, mais nous n'avons pas dit qu'il y avait un protocole à 2 vitesses ou à 3 vitesses. Il y a certains endroits que nous fermerons peut-être, certaines cantines que nous fermons, si nous nous rendons compte que vraiment il y a une impossibilité pratique de faire respecter le protocole sanitaire. C'est déjà arrivé et nous le ferons, mais ce serait la mort dans l'âme, parce que, encore une fois, d'un point de vue social, sanitaire, éducatif, psychologique, c'est très important aussi d'avoir les cantines ouvertes.

MARC FAUVELLE
On va parler des tests, on va parler des premières épreuves du bac qui arrivent dans un peu moins de 2 mois désormais, on va parler des vacances scolaires, ça ce sera avant, dès le mois de février, avec vous Jean-Michel BLANQUER juste après le fil info à 08h41 avec Mélanie DELAUNAY.

SALHIA BRAKHLIA
Toujours avec Jean-Michel BLANQUER, le ministre de l'Education nationale. Alors, le gouvernement a annoncé vouloir tester jusqu'à 1 million d'enfants et d'enseignants par mois, comment ça va s'organiser cette campagne de dépistage massive ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
D'abord il a fallu évidemment se fournir en tests, ce qui est le cas aujourd'hui, donc on a toute une organisation logistique qui le permet…

SALHIA BRAKHLIA
C'est quels tests ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce sont des tests antigéniques pour l'essentiel.

MARC FAUVELLE
Qui permettent de détecter le variant anglais et ses cousins ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, je crois que oui, surtout à partir du moment où il y a un test positif, il y a une enquête supplémentaire qui est faite et je crois que c'est là que le variant est décelé, je crois que c'est ce qui se passe d'ailleurs pour tous les Français quand…

MARC FAUVELLE
Mais il faut parfois quelques heures supplémentaires, ou quelques jours supplémentaires…

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est ça oui, tout à fait.

MARC FAUVELLE
Ce qui pose la question que soulevait tout à l'heure Jean-François DELFRAISSY, si un élève aujourd'hui est positif, on n'est pas toujours sûr qu'il soit positif au bon vieux Covid ou à ses cousins.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est pour ça que, encore une fois, dès qu'il y a des cas positifs, maintenant les autorités de santé, approfondissent en quelque sorte, pour savoir où on en est, sur ce sujet comme sur d'autres je suis prudent dans mon expression parce que, encore une fois, ce sont des protocoles qui relèvent des administrations de santé, mais ce que nous sommes, comme on le disait tout à l'heure, ce que nous serons sans doute amenés à faire c'est de fermer plus rapidement et plus nettement dès qu'il y a peut-être même moins de trois cas.

SALHIA BRAKHLIA
Donc ça veut dire, pardon, je me permets de vous reprendre, ça veut dire que dès qu'il y a un cas positif, comme on va mettre du temps à savoir s'il s'agit du variant anglais, par mesure de précaution on peut fermer une classe ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'était déjà une possibilité. Encore une fois, c'est une décision à chaque fois locale…

MARC FAUVELLE
Mais ce n'était pas la règle.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ce n'était pas la règle, non, mais en la matière vous avez des références, et à chaque fois vous avez une décision spécifique qui est prise localement, par l'autorité de santé, avec le préfet, et les autorités de l'Education nationale, et chaque cas est un cas particulier parce que les enfants peuvent être d'une même classe, ou pas, il peut y avoir toute une série de paramètres dont les autorités de santé sont juges. Mais ce qui est certain c'est que le variant anglais, ou d'autres variants, nous amènent là aussi à une vigilance accrue et à durcir les règles. Ensuite, s'agissant des tests, il y a une chose qui existait déjà et qui continue, et puis une chose qui est plus nouvelle. La chose qui existait déjà et qui continue, et qui a fait ses preuves, c'est tout simplement la politique de tester/ tracer, et ça aussi c'est quelque chose, on en parle assez peu parce que c'est quelque chose qui marche assez bien, mais donc dès qu'un test est positif, on isole les enfants, et on essaye de rompre la chaîne de contacts grâce à une politique de tests. Dans le milieu Education nationale ceci est pratiqué depuis maintenant de nombreux mois, et ça fonctionne, c'est ce qui nous a permis de faire le premier trimestre de manière correcte. Et puis vous avez maintenant une politique qui consiste aussi à faire les tests dans l'ensemble d'un établissement, soit parce qu'il y a eu un cas, soit même parfois de façon aléatoire pour essayer de prendre, au filet en quelque sorte, les cas asymptomatiques, et donc en ayant 1 million de tests par mois, et même on va sans doute aller vers 1,5 million en février, eh bien nous réussirons évidemment à capter plus de cas asymptomatiques.

SALHIA BRAKHLIA
Alors, comment ça va s'organiser, c'est du volontariat, il faut l'autorisation des parents évidemment ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, nous avons à la fois les médecins scolaires et les infirmiers scolaires, que je veux saluer aussi, parce qu'ils sont, depuis le début de la crise, en situation de mobilisation totale, et je veux souligner ces deux corps remarquables, et puis vous avez aussi la possibilité d'avoir des infirmières ou des médecins qui viennent de l'extérieur de l'Education nationale, notamment de certaines infirmières libérales que nous avons mobilisées, c'est le cas par exemple en ce moment dans l'académie de Montpellier, donc on a mobilisé jusqu'à 2000 infirmières, pour arriver tout simplement à faire le maximum de tests vers les enfants et adolescents.

MARC FAUVELLE
On va essayer, Jean-Michel BLANQUER, de se projeter un tout petit peu. Dans deux semaines et demie débutent les vacances de février, êtes-vous sûr qu'elles se dérouleront aux dates prévues cette année ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Alors le mot « sûr » dans la période actuelle est à manier avec précaution…

MARC FAUVELLE
Donc la réponse est non.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Mais oui, les vacances dureront deux semaines et pas trois, il y a eu beaucoup de discussions…

MARC FAUVELLE
Ce n'était pas ma question.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, votre question c'est est-ce qu'elles débuteront…

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'elles débuteront et termineront aux dates prévues ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
En gros, pour vous vous faire une réponse claire, tous mes efforts sont tendus vers le fait de respecter les calendriers, c'est important pour tout le monde, parce que c'est en respectant les calendriers qu'on arrive à avoir une année scolaire aussi normale que possible et puis un peu de prévisibilité, donc normalement les vacances scolaires de février auront lieu aux dates prévues, maintenant on doit toujours introduire un petit élément d'incertitude en fonction de l'évolution de la crise, mais normalement le calendrier sera tenu tel qu'il est prévu.

MARC FAUVELLE
A quel moment on saura si c'est définitif ou pas, votre décision sera prise quand, une semaine avant ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, c'est dans les huit jours qui précèdent, mais je pense que même d'ici quelques jours, d'ici cinq ou six jours, on aura les idées claires sur les tendances générales, et après c'est difficile d'imaginer soudainement de mettre une semaine de vacances en plus.

MARC FAUVELLE
Est-ce qu'il est envisagé de les rallonger, c'est non a priori.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Non, sauf s'il devait y avoir une explosion imprévue des cas, mais nous ne sommes pas dans cette situation.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Michel BLANQUER, depuis novembre une partie des lycées appliquent une jauge, 50 % en présentiel, 50 % des élèves à distance, ils sont sept lycées sur dix à appliquer cette jauge, et elle sera prolongée au-delà du 20 janvier, mais les premières épreuves du bac elles commencent, elles sont prévues en mars, du 15 au 17 mars, comment préparer une épreuve nationale dans ces conditions lorsqu'il existe, on le voit bien, des disparités entre les établissements ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, mon objectif sur ce point aussi, c'est de maintenir autant que possible les calendriers prévus, alors j'entends bien le problème que vous évoquez, et qui est bien réel, qui est le résultat de ce protocole qui date du début du mois de novembre…

SALHIA BRAKHLIA
Il y a une rupture d'égalité, clairement.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, de façon générale il y a des difficultés du point de vue de l'égalité entre les uns et les autres puisqu'on est dans une situation exceptionnelle. Je crois que sur chacun des sujets il faut admettre qu'on n'est pas dans une situation normale et qu'il y a des inconvénients, on essaye de minimiser les inconvénients, mais ils ne sont pas, on ne peut pas complètement les effacer. Alors, j'ai demandé à ce que les élèves de terminale, autant que possible, viennent en présence dans l'établissement, que l'hybridation soit le plus possible entre les secondes et les premières, et de toute façon je souhaite vraiment un baccalauréat 2021 qui soit un baccalauréat qui ait sa pleine force, si je puis dire, puisqu'on est pour la première fois avec des élèves de terminale qui ont choisi leurs enseignements de spécialité, qui sont dans la nouvelle réforme, avec le grand oral qu'ils passeront au mois de juin, etc.

MARC FAUVELLE
Ces épreuves elles sont importantes Jean-Michel BLANQUER, elles vont compter pour un tiers de la note finale des candidats au bac, est-ce que vous pourriez repousser les épreuves qui sont prévues en mars ou les modifier, ou faire, comme l'an dernier, rajouter du contrôle continu si effectivement vous constatez, vous reconnaissez vous-même qu'il y a des difficultés aujourd'hui de rupture d'égalité entre ceux qui suivent les cours à distance et ceux qui sont en cours tous les jours en terminale ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je suis très à l'écoute sur ce sujet, évidemment, et très en regard de ce qui se passe sur le terrain…

MARC FAUVELLE
Votre position n'est pas encore tranchée ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, je vais vous donner les éléments de la décision, mais vous avez un comité de suivi du baccalauréat, qui existe depuis maintenant un an et demi, et je fais très attention à ce qui se dit dans ce comité, parce que ça nous permet d'ajuster les choses, y compris en période de crise, et donc on a trois hypothèses, soit on le maintient au mois de mars, soit on le reporte au mois de juin, soit on met en place un système de contrôle continu. En tout état de cause, même si on devait aller vers le contrôle continu, il est très important qu'on ait des jalons sérieux pour nourrir cette note de contrôle continu, donc il faut que le travail continu comme s'il y avait les épreuves de mars, et puis nous allons, en fonction de l'évolution de l'épidémie, prendre une décision définitive dans quelques jours, disons d'ici à la fin du mois de janvier.

MARC FAUVELLE
D'ici à la fin du mois de janvier les élèves et les enseignants sauront si les épreuves du mois de mars sont maintenues ou non ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, et après avoir écouté toutes les parties prenantes, ce que j'ai déjà fait en fait, je sais bien qu'il y a une forte demande pour que ça n'ait pas lieu au mois de mars.

SALHIA BRAKHLIA
Vous penchez pour quelle option alors vous ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Je penche pour que les élèves puissent travailler, qu'ils puissent avoir bien approfondi leurs matières pour être bien préparés pour l'an prochain quand ils passeront dans l'enseignement supérieur…

SALHIA BRAKHLIA
Oui, mais concernant ces épreuves ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous verrez que la décision que je prendrai, elle sera nourrie, elle est d'ailleurs toujours nourrie de cette façon-là, c'est-à-dire je pense aux élèves, je suis garant de l'intérêt des élèves, et du fait qu'ils travaillent. On a cette « chance » aujourd'hui de pouvoir aller à l'école, de pouvoir aller au lycée, même si c'est avec des formules adaptées, il faut que les élèves en tirent tout le bénéfice, notamment en continuant à travailler, même quand on est à la maison on peut quand même travailler, les professeurs donnent des éléments…

SALHIA BRAKHLIA
C'est un peu plus compliqué.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a de l'enseignement à distance, donc c'est cet esprit, je dirais de sérieux, mais aussi il faut que chacun sache que ce sera fait avec bienveillance, mais mon but c'est que ce ne soit pas une année blanche pour les élèves, et donc on installe un système d'examens qui permette aux élèves d'être bien préparés pour la suite de leur vie.

MARC FAUVELLE
Décision donc d'ici à la fin du mois, c'est ce que vous nous avez dit Jean-Michel BLANQUER.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui.

MARC FAUVELLE
Encore un mot sur le bac, Jean-Michel BLANQUER : est-il prévu quelque chose de spécifique pour ces lycéens de terminale qui ne savent donc toujours pas quand ils pourront et s'ils pourront passer leurs épreuves de mars, y compris pendant les vacances ? Est-ce qu'ils seront aidés éventuellement ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui. Vous savez, il y a ce contexte qu'on appelle celui des vacances apprenantes, qui fait qu'on développe plus que jamais le système d'appui scolaire pendant les vacances, et donc notamment à destination des élèves de terminale. On l'avait fait d'ailleurs lors des dernières vacances de printemps, en 2020, et on va le faire là, de façon là aussi à bien les préparer, que ce soit pour des épreuves de mars ou pour les épreuves ultérieures.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Michel BLANQUER, l'examen du projet de loi confortant les…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Et ce sera gratuit, bien entendu.

SALHIA BRAKHLIA
Pardon, j'enchaîne. L'examen du projet de loi confortant les principes républicains a débuté hier à l'Assemblée nationale, et la députée et présidente déléguée du groupe En Marche à l'Assemblée, Aurore BERGE, a souhaité déposer un amendement visant à interdire le port du voile aux petites filles. Mais la commission spéciale chargée d'examiner le projet de loi, l'a rejeté. Est-ce que vous le regrettez ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Eh bien il y a eu une clause d'irrecevabilité, tout simplement parce qu'il était considéré que ce n'était pas le sujet de ce projet de loi. Je ne dis pas qu'il n'y a pas de sujet autour de ces enjeux-là, simplement on ne peut pas tout faire au travers de cette loi. Cette loi va avoir un impact très important sur des sujets, notamment les sujets qui sont les miens, d'ailleurs, pour lutter notamment contre les structures clandestines qui scolarisent des enfants, contre les structures périscolaires qui en vérité enrôlent les enfants dans l'islamisme fondamentaliste, ou encore l'instruction en famille, quand elle est mal utilisée et qu'elle sert de paravent à ce même radicalisme ou à des phénomènes sectaires.

SALHIA BRAKHLIA
Mais là, sur le voile les petites filles, ça n'avait pas sa place dans le texte ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui mais ce n'est pas dans le projet de loi original…

SALHIA BRAKHLIA
Pourquoi ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Il y a eu tout un raisonnement mené, comme ça se passe vous savez dans le cadre de l'article 45 de la Constitution, et en l'occurrence c'est, entre guillemets, c'était hors sujet. Ça ne va pas dire…

MARC FAUVELLE
Mais ça aurait sa place dans le cadre d'une autre loi, pour vous.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ecoutez, le sujet de l'égalité hommes/femmes, le sujet qui est d'ailleurs présent dans la charte que les associations représentatives…

MARC FAUVELLE
Que le CFCM a signé, oui.

JEAN-MICHEL BLANQUER
… des musulmans de France ont signé, c'est un point très important, comme le dit cette charte d'ailleurs qui reconnaît qu'évidemment l'égalité hommes/femmes est quelque chose d'indépassable, de façon générale tout ce qui a trait à ce sujet me paraît fondamental.

MARC FAUVELLE
C'est-à-dire que vous souhaiteriez qu'à terme, on interdise aux petites filles…

JEAN-MICHEL BLANQUER
… Ça ne relève pas forcément de la loi, ça relève de sujets qui peuvent avoir trait aussi au règlement, à la vie quotidienne etc., mais en l'occurrence ça n'était pas le sujet de cette loi, dont je rappelle que le but c'est de lutter contre séparatismes et aussi de ce qui fait, comme on l'a dit à de multiples reprises, le terreau du terrorisme, autrement dit ce qui mène à des choses…

MARC FAUVELLE
Est-ce que vous diriez, comme votre collègue du gouvernement, Marlène SCHIAPPA, que vous êtes philosophiquement d'accord avec ce qu'il y avait dans ce texte porté par Aurore BERGE, qui est l'une de vos proches ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
De manière générale, je suis philosophiquement d'accord avec tout ce qui permet une égalité hommes/femmes effective, et chacun sait que je ne suis pas favorable à ces pratiques, a fortiori sur les petites filles, bien sûr.

MARC FAUVELLE
Mais en tant que ministre…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça ne relève pas de cette loi. Ce n'est pas le sujet de cette loi.

SALHIA BRAKHLIA
Jean-Michel BLANQUER, depuis le témoignage de Camille KOUCHNER qui accuse son beau-père, le politologue Olivier DUHAMEL, du viol incestueux de son frère jumeau, de nombreux témoignages sont apparus sur Internet sous le #metooincest…

JEAN-MICHEL BLANQUER
Ça devrait s'appeler « moi aussi » d'ailleurs.

SALHIA BRAKHLIA
Expliquez-nous comment l'école peut jouer un rôle dans détection, dans l'accompagnement des victimes d'inceste ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Elle joue un rôle fondamental, et elle doit jouer un rôle fondamental supérieur dans les temps à venir. C'est un sujet dont je parlais avec Adrien TAQUET, puisqu'ensemble on travaille sur les enjeux de protection de l'enfance, donc ça passe par la formation des professeurs, on a systématisé le fait qu'il y ait une sensibilisation au sujet de harcèlement, mais aussi à ce sujet de l'inceste et des problèmes de violences intrafamiliales, il y a eu tout ce qui a été fait avec le développement de numéro vert, etc., mais c'est aussi non seulement une question de formation des professeurs, mais une question de sensibilisation en classe. Donc nous allons accentuer ce qui est fait en la matière, c'est d'ailleurs un sujet regardé par Brigitte MACRON, elle en a parlé encore tout récemment, et vous savez qu'on est très mobilisé avec elle sur le sujet général de la lutte contre les violences faites aux enfants, au travers du harcèlement, du cyber-harcèlement…

MARC FAUVELLE
Elle souhaite qu'on réfléchisse notamment sur la question de l'impres… je n'y arriverai pas…

SALHIA BRAKHLIA
Du délai de prescription.

MARC FAUVELLE
Voilà, merci, qui est aujourd'hui porté à 30 ans, après la majorité des victimes. Vous y êtes favorable vous aussi à ce qu'on l'allonge ce délai de prescription ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Oui, je pense que c'est un vrai sujet, on l'a vu dans une affaire récente, et simplement il faut toujours manier ces sujets avec beaucoup de précautions, puisque les questions de prescription, les questions de rétroactivité, sont des sujets de principes généraux du droit…

MARC FAUVELLE
La rétroactivité, c'est impossible.

JEAN-MICHEL BLANQUER
C'est impossible, bien sûr, mais c'est tous ces sujets-là sont des sujets délicats. Mais oui, je pense qu'il faut que la prescription s'allonge, oui.

MARC FAUVELLE
A partir de quel âge il faut en parler aux enfants à l'école, de l'inceste ?

JEAN-MICHEL BLANQUER
Vous savez, il y a différentes manières de parler de ces choses-là, selon les âges, donc en réalité dès l'école maternelle, vous dites… ça se fait, les professeurs le font, de dire qu'on respecte le corps de chacun, qu'on se respecte soi-même, qu'on respecte le corps des autres, c'est des choses qu'un petit enfant peut très bien comprendre. Donc il y a des manières de le dire, on diffuse des documents, je voyais récemment d'ailleurs une auteure qui travaille sur ces sujets, sur la manière de le dire de façon adéquate à chaque enfant, et donc dès les premiers âges on peut le dire, simplement évidemment avec les manières appropriées, mais il faut le faire et nous allons le faire de plus en plus. Je crois qu'à chaque fois qu'on a la parole sur le sujet, c'est le cas maintenant pour moi, il faut dire à chacun, donc tous ceux qui nous écoutent : regardez bien autour de vous, soyez attentifs, quand vous voyez quelque chose qui est soupçonnable d'un risque d'inceste ou de violences faites aux enfants, il faut le dire, il faut en parler, parce qu'on ne peut pas laisser faire des phénomènes aussi ignobles que ceux qu'on a vus encore récemment.

MARC FAUVELLE
Merci à vous Jean-Michel BLANQUER, ministre de l'Education nationale, invité de France Info.

JEAN-MICHEL BLANQUER
Merci à vous.


Source : Service d'information du Gouvernement, le 20 janvier 2021